‹ Génie du christianisme: et Défense du génie du christianisme: avec notes et éclaircissementsChapitre 233 sur 322 · QUATRIEME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIEME PARTIE

la confirmèrent par des articles de leurs codes. Chaque gradué, depuis le sous-diacre jusqu'au souverain pontife, exerçoit une petite juridiction, de sorte que l'esprit religieux agissoit par mille points et de mille manières sur les lois. Mais cette influence étoit-elle favorable ou dangereuse aux citoyens? Nous croyons qu'elle étoit favorable.

D'abord, dans tout ce qui s'appelle administration, la sagesse du clergé a constamment été reconnue, même des écrivains les plus opposés au christianisme1. Lorsqu'un État est tranquille, les hommes ne font pas le mal pour le seul plaisir de le faire. Quel intérêt un concile pouvoit-il avoir à porter une loi inique touchant l'ordre des successions ou les conditions d'un mariage? Ou pourquoi un officiai ou un simple prêtre admis à prononcer sur un point de droit auroit-il prévariqué? S'il est vrai que l'éducation et les principes qui nous sont inculqués dans la jeunesse influent sur notre caractère, des ministres de l'Évangile dévoient être en général guidés par un conseil de douceur et d'impartialité; mettons, si l'on veut, une restriction, et disons dans tout ce qui ne regardoit pas ou leur ordre ou leurs personnes. D'ailleurs, l'esprit de corps, qui peut être mauvais dans l'ensemble, est toujours bon dans la partie. Il est à présumer qu'un membre d'une grande société religieuse se distinguera plutôt par sa droiture dans une place civile que par ses prévarications, ne fût-ce que pour la gloire de son ordre et le joug que cet" ordre lui impose.

De plus, les conciles étoient composés de prélats de tous les pays, et partant ils avoient l'immense avantage d'être comme étrangers aux peuples pour lesquels ils faisoient des lois. Ces haines, ces amours, ces préjugés feudataires qui accompagnent ordinairement le législateur étoient inconnus aux Pères des conciles. Un évêque françois avoit assez de lumières touchant sa patrie pour combattre un canon qui en blessoit les mœurs, mais il n'avoit pas assez de pouvoir sur des prélats italiens, espagnols, anglois, pour leur faire adopter un règlement injuste; libre dans le bien, sa position le bornoit dans le mal. C'est Machiavel, ce nous semble, qui propose de faire rédiger la consti-

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