TROISIÈME PARTIE
d'en haut et qu'ils enseignent par l'ordre exprès du Tout-Puissant. Toutefois, au milieu de ces inspirations, leur génie conserve le calme et la majesté.
Saint Ambroise est le Fénelon des Pères de l'Église latine. Il est fleuri, doux, abondant, et a quelques défauts près, qui tiennent à son siècle, ses ouvrages offrent une lecture aussi agréable qu'instructive; pour s'en convaincre, il suffit de parcourir le Traité de la Virginité1 elYÉloge des patriarches.
Quand on nomme un saint aujourd'hui, on se figure quelque moine grossier et fanatique, livré, par imbécillité ou par caractère à une superstition ridicule. Augustin offre pourtant un autre tableau : un jeune homme ardent et plein d'esprit s'abandonne à ses passions; il épuise bientôt les voluptés, et s'étonne que les amours de la terre ne puissent remplir le vide de son cœur. Il tourne son âme inquiète vers le ciel : quelque chose lui dit que c'est là qu'habite cette souveraine beauté après laquelle il soupire : Dieu lui parle tout bas, et cet homme du siècle que le siècle n'avoit pu satisfaire trouve enfin le repos et la plénitude de ses désirs dans le sein de la religion.
Montaigne et Rousseau nous ont donné leurs Confessions. Le premier s'est moqué de la bonne foi de son lecteur; le second a révélé de honteuses turpitudes, en se proposant, môme au jugement de Dieu, pour un modèle de vertu. C'est dans les Confessions de saint Augustin qu'on apprend à connoître l'homme tel qu'il est. Le saint ne se confesse point à la terre, il se confesse au ciel; il ne cache rien à celui qui voit tout. C'est un chrétien à genoux dans le tribunal de la pénitence, qui déplore ses fautes, et qui les découvre, afin que le médecin applique le remède sur la plaie. Il ne craint point de fatiguer par des détails celui dont il a dit ce mot sublime : Il est patient, parce qu'il est étemel. Et quel portrait ne nous fait-il point du Dieu auquel il confie ses erreurs!
« Vous êtes infiniment grand, dit-il, infiniment bon, infiniment miséricordieux, infiniment juste; votre beauté est incomparable, votre force irrésistible, votre puissance sans bornes; toujours en action, toujours en repos, vous soutenez, vous rem-
Nous en avons cité quelques morceaux.
plissez, vous conservez l'univers; vous aimez sans passion, vous êtes jaloux sans trouble; vous changez vos opérations et jamais vos desseins... Mais que vous dis-je ici, ô mon Dieu! et que peut-on dire en parlant de vous? »
Le même homme qui a tracé cette brillante image du vrai Dieu va nous parler à présent avec la plus aimable naïveté des erreurs de sa jeunesse :
« Je partis enfin pour Carthage. Je n'y fus pas pîi^s tôt arrivé que je me vis assiégé d'une foule de coupables amours, qui se présentoient à moi de toutes parts... Un état tranquille me sembloit insupportable, et je ne cherchois que les chemins pleins de pièges et de précipices.
« Mais mon bonheur eût été d'être aimé aussi bien que d'aimer; car on veut trouver la vie dans ce qu'on aime... Je tombai enfin dans les filets où je désirois d'être pris : je fus aimé, et je possidai ce que j'aimois. Mais, ô mon Dieu! vous me fîtes alors sentir votre bonté et votre miséricorde en m'accablant d amertume; car, au lieu des douceurs que je m'étois promises, je ne connus que jalousie, soupçons, craintes, colère, querelles et emportements. »
Le ton simple, triste et passionné de ce récit, ce retour vers la Divinité et le calme du ciel au moment où le saint semble le plus agité par les illusions de la terre et par le souvenir des erreurs de sa vie, tout ce mélange de regrets et de repentir est plein de charmes. Nous ne connoissons point de mot de sentiment plus délicat que celui-ci : « Mon bonheur eût été d'être aimé aussi bien que d'aimer, car on veut trouver la vie dans ce qu'on aime. » C'est encore saint Augustin qui a dit cette parole : « Une âme contemplative se fait à elle-même une soli- . tude. » La Cité de Dieu, les épîtres et quelques traités du même Père sont pleins de ces sortes de pensées.
Saint Jérôme brille par une imagination vigoureuse, que n'avoit pu éteindre chez lui une immense érudition. Le recueil de ses lettres est un des monuments les plus curieux de la littérature des Pères. Ainsi que saint Augustin, il trouva son écueil dans les voluptés du monde.
Il aime à peindre la nature et la solitude. Du fond de sa grotte de Bethléem, il voyoit la chute de l'empire romain : vaste