TROISIEME PARTIE
Il résulte de nos observations que les écrivains du xvme siècle loivent la plupart de leurs défauts à un système trompeur de ihilosophie, et qu'en étant plus religieux ils eussent approché [avantage de la perfection.
Il y a eu dans notre âge, à quelques exceptions près, une orte d'avortement général des talents. On diroit même que 'impiété, qui rend tout stérile, se manifeste aussi par l'appauxissement de la nature physique. Jetez les yeux sur les généations qui succédèrent au siècle de Louis XIV. Où sont ces lommes aux figures calmes et majestueuses, au port et aux ■éléments nobles, au langage épuré, à l'air guerrier et classique, onquérant et inspiré des arts? On les cherche, et on ne les rouve plus. De petits hommes inconnus se promènent comme tes pygmées sous les hauts portiques des monuments d'un autre ge. Sur leur front dur respirent l'égoïsme et le mépris de Heu; ils ont perdu et la noblesse de l'habit et la pureté du ingage : on les prendroit, non pour les fils, mais pour les balains de la grande race qui les a précédés.
Les disciples de la nouvelle école flétrissent l'imagination vec je ne sais quelle vérité, qui n'est point la véritable vérité. ,e style de ces hommes est sec, l'expression sans franchise, imagination sans amour et sans flamme; ils n'ont nulle onction, ulle abondance, nulle simplicité. On ne sent point quelque hose de plein et de nourri dans leurs ouvrages; l'immensité 'y est point, parce que la Divinité y manque. Au lieu de ette tendre religion, de cet instrument harmonieux dont les uteurs du siècle de Louis XIV se servoient pour trouver le )n de leur éloquence, les écrivains modernes font usage d'une troite philosophie, qui va divisant toute chose, mesurant les gntiments au compas, soumettant l'âme au calcul et réduiant l'univers, Dieu compris, à une soustraction passagère du éant.
Aussi le xvnr siècle diminue-t-il chaque jour dans la perpective, tandis que le xvne semble s'clever à mesure que nous ous en éloignons; l'un s'affaisse, l'autre monte dans les cieux. »n aura beau chercher à ravaler le génie de Bossuet et de l'aine, il aura le sort de cette grande figure d'Homère qu'on perçoit derrière les âges : quelquefois elle est obscurcie par
la poussière qu'un siècle fait en s'écroulant, mais aussitôt que le nuage s'est dissipé, on voit reparoitre la majestueuse figure, qui s'est encore agrandie pour dominer les ruines nouvelles *.