‹ Génie du christianisme: et Défense du génie du christianisme: avec notes et éclaircissementsChapitre 63 sur 322 · MARONITES, COPHTES, ETC · texte numérisé non relu

MARONITES, COPHTES, ETC

Il y a dans les choses humaines deux espèces de natures, placées l'une au commencement, l'autre à la fin de la société.

S'il n'en étoit ainsi, l'homme, en s'éloignant toujours de son origine, seroit devenu une sorte de monstre; mais, par une loi de la Providence, plus il se civilise, plus il se rapproche de son premier état : il advient que la science au plus haut degré est l'ignorance et que les arts parfaits sont la nature.

Cette dernière nature, ou cette nature de la société, est la plus belle: le génie en est l'instinct, et la vertu l'innocence, car; le génie et la vertu de l'homme civilisé ne sont que l'instinct et i l'innocence perfectionnés du sauvage. Or, personne ne peut comparer un Indien du Canada à Socrate, bien que le premier soit, rigoureusement parlant, aussi moral que le second; ou bien il faudroit soutenir que la paix des passions non développées dans l'enfant a la même excellence que la paix des passions domptées i dans l'homme; que l'être à pures sensations est égal à l'être' pensant, ce qui reviendroit à dire que foiblesse est aussi belle i que force. Un petit lac ne ravage pas ses bords, et personne n'en i est étonné: son impuissance fait son repos; mais on aime le' calme sur la mer, parce qu'elle a le pouvoir des orages, et l'on admire le silence de l'abîme, parce qu'il vient de la profondeur même des eaux.

Entre les siècles de nature et ceux de civilisation il y en a d'autres, que nous avons nommés siècles de barbarie. Les anciens ne les ont point connus; ils se composent de la réunion subite d'un peuple policé et d'un peuple sauvage. Ces âges doivent être remarquables par la corruption du goût. D'un côté, l'homme sauvage, en s'emparant des arts, n'a pas ass'z de finesse pour les porter jusqu'à l'élégance, et l'homme social pas assez de simplicité pour redescendre à la seule nature.

On ne peut alors espérer rien de pur que dans les sujets où -une cause morale agit par elle-même, indépendamment des causes temporaires. C'est pourquoi les premiers solitaires, livrés à ce goût délicat et sûr de la religion, qui ne trompe jamais lorsqu'on n'y mêle rien d'étranger, ont choisi dans les diverses parties du monde les sites les plus frappants pour y fonder leurs monastères1. Il n'y a point d'ermite qui ne saisisse aussi bien que Claude le Lorrain ou Le Nôtre le rocher où il doit placer sa grotte.

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