‹ Génie du christianisme: et Défense du génie du christianisme: avec notes et éclaircissementsChapitre 70 sur 322 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

promenâmes longtemps au milieu des pierres sépulcrales de marbre noir semées çà et là sur la terre ; les unes étoient totalement brisées, les autres offroient encore quelques restes d'épitaphes. Nous entrâmes clans le cloître intérieur : deux pruniers sauvages y croissoient parmi de hautes herbes et des décombres. Sur les murailles on voyoit des peintures, à demi effacées, représentant la vie de saint Bruno; un cadran étoit resté sur un des pignons de l'église, et dans le sanctuaire, au lieu de cette hymme de paix qui s'élevoit jadis en l'honneur des morts, on entendoit crier l'instrument du manœuvre qui scioit des tombeaux.

Les réflexions que nous fîmes dans ce lieu, tout le monde les peut faire. IVous en sortîmes le cœur flétri, et nous nous enfonçâmes dans le faubourg voisin, sans savoir où nous allions. La nuit approchoit : comme nous passions entre deux murs dans une rue déserte, tout à coup le son d'un orgue vint frapper notre oreille, et les paroles du cantique Laudate Dominum, omnes génies, sortirent du fond d'une église voisine; c'était alors l'octave du Saint-Sacrement. Nous ne saurions peindre l'émotion que nous causèrent ces chants religieux; nous crûmes ouïr une voie du ciel qui disoit : « Chrétien sans foi, pourquoi perds-tu l'espérance? Crois-tu donc que je change mes desseins comme les hommes ; que j'abandonne parce que je punis ? Loin d'accuser mes décrets, imite ces servi leurs fidèles qui bénissent les coups de ma main jusque sous les débris où je les écrase. »

Nous entrâmes dans l'église au moment où le prêtre donnoit la bénédiction. De pauvres femmes, des vieillards, des enfants étoient prosternés. Nous nous précipitâmes sur la terre, au milieu d'eux; nos larmes couloient ; nous dîmes, dans le secret de notre cœur : Pardonne, ô Seigneur, si nous avons murmuré en voyant la désolation de ton temple; pardonne à notre raison ébranlée! L'homme n'est lui-même qu'un édifice tombé, qu'un débris du péché et de la mort ; son amour tiède, sa foi chancelante, sa charité bornée, ses sentiments incomplets, ses pensées insuffisantes, son cœur brisé, tout chez lui n'est que ruines1.

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