QUATRIÈME PARTIE. 9î
vases surmontés de flammes, et des balcons, et de hautes tor- <^ières, et des balustres en marbre, et des stalles sculptées par les Charpentier et les Dugoulon, et des lampadaires arrondis par les Ballin; et des Saints-Sacrements de vermeil dessinés par les Bertrand et les Cotte. Quelquefois les débris des temples des dieux du mensonge servoient à décorer le temple du vrai Dieu; les bénitiers de Saint-Sulpiee étoient deux urnes sépulcrales apportées d'Alexandrie; les bassins, les patènes, les eaux lustrales, rappeloient les sacrifices antiques; et toujours venoient se mêler, sans se confondre, les souvenirs de la Grèce et d'Israël.
Enfin, les lampes et les fleurs qui décoroient nos églises servoient à perpétuer la mémoire de ces temps de persécution où les fidèles se rassembloient pour prier dans les tombeaux. On croyoit voir ces premiers chrétiens allumer furtivement leur flambeau sous des arches funèbres, et les jeunes filles apporter des fleurs pour parer l'autel des catacombes : un pasteur, éclatant d'indigence et de bonnes œuvres, consacroit ces dons au Seigneur. C'étoit alors le véritable règne de Jésus-Christ, le Dieu des petits et des misérables; son autel étoit pauvre comme ses serviteurs. Mais si les calices étoient de bois, les prêtres étoient d'or, comme parle saint Boniface; et jamais on n'a vu tant de vertus évangéliques que dans ces âges où pour .bénir le Dieu de la lumière et de la vie il falloit se cacher dans la nuit et dans la mort.