CHAPITRE IL
Coup-tTœil sur [avenir.
Après avoir résumé en très-peu de mots le tableau des progrès des sciences et des arts depuis le commencement de ce siècle, il me reste à présenter Tindication de toutes les questions importantes qui attendent une solution, et de tous les essais qui réclament un perfectionnement. On connaîtra ainsi dans le pays de la science tous les points que le voyageur est appelé à visiter; il ne s'agira plus, pour les atteindre, que de découvrir les routes qui peuvent y conduire. Cette dernière portion du résumé général donnera, si je ne me trompe, Tintelligence anticipée de Tavenir aux hommes qui aiment à saisir Fensemble des choses»
CHxiPITRE III.
Science de Vhornme.
Il est une branche de la théologie qui peut trouver dans l'analyse des passions de Thomme et des besoins de son cœur une carrière neuve à parcourir : c'est l'apologétique, fondée sur les merveilleux rapports de la religion chrétienne avec les tendances primitives de l'àme buniaine.
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S^il est possible de démontrer que le christianisme est approprié au cœur de Tbomme, comme ce globe ou il haDiteFestà son corps, et que nous devons être aussi certains de la divinité de la religion que de la direction de nos désirs, alors les preuves des dogmes auront Tévidence des lois de notre espèce , et pour entrer dans la foi , il nous sufBra de savoir descendre en nous-mêmes. Quelques essais ont déjà marqué la direction de l'apologétique vers les preuves de ce genre; mais ils demandent à être complètes avec précision par la science et développés avec grandeur par Téloquence.
Une des recherches qui caractérisent le mieux les travaux des philosophes de notre temps est celle qui a pour objet de trouver un lien entre la raison , Fentendement et la sensibilité , et d'établir l'identité de la métaphysique, de la logique et de la morale. Pour atteindre ce résultat, il importe de prouver que ce qui nous fait penser et raisonner est la même chose que ce qui nous fait aimer. Il s'agit donc de constater l'existence d'un certain nombre de principes qui soient à la fois les éléments purs de la connaissance et de l'amour, c'est-à-dire les objets communs de l'intuition spontanée , de la conscience réfléchie et de la sensibilité morale. C'est dans cette voie que les sciences philosophiques peuvent rencontrer des aperçus nouveaux et cette unité harmonieuse et vivante qui a presque toujours manqué aux théories de l'âme humaine. Un système qui découvrirait l'origine commune de nos idées et de nos sentiments, et rapporterait cette origine à une lumière principe de notre connaissance , objet de notre amour et vie de notre âme, serait d'autant plus neuf qu'il établirait vraiment le
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point de jonction entre la philosophie et le chris tianisme.
Il est difficile d'indiquer la direction que doit prendre la littérature pour se marquer désormais au coin de l'invention. Nous nous bornerons à émettre, sous forme conjecturale, quelques réflexions touchant les tencfances à venir des arts de l'imagination. Trois grandes causes agissent touj ours sur les sciences littéraires : la religion, la philosophie et la forme des institutions sjociales. En traçant le tableau détaillé des changements qu'a éprouvés la littérature depuis un demi-siècle , nous avons essayé de montrer que son caractère général était le développement exclusif de l'individualité humaine, ou, en d'autres termes , la glorification du moi. L'âme a été peinte dans tous les effets que produisent les passions. On ne la pas traitée en reine, mais en esclave. Toutefois on lui a fait une gloire de sa servitude, puisqu'on l'a représentée comme d'autant plus grande que les passions qu'elle subit sont plus fortes. Le temps et les événements ont aflaibli ou détruit partout en Europe les institutions sociales qui ont été debout durant plusieurs siècles. En même tempp, l'esprit démocratique commençait à poindre ; l'individu cherchait donc à se glorifier, mais incertain de ses forces, peu accoutumé à la grandeur que donne la volonté , étonné de sa situation nouvelle et livré à cette corruption qu'amène la chute des croyances, il a cru se faire souverain de la nature en s'identifiant avec elle.
Si , comme nous devons en nourrir le consolant espoir, la religion reprend son empire sur les cœurs, riiouime recouvrera le sentiment des rapports qui l'unissent à son Dieu , et fa désastrcue iiillucnce du panthéisme sur les esprits, eh» par
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«aite sur la littérature, sera détruite. Mais, avant de gravir ces sublimes hauteurs , les hommes auront sans doute plusieurs degrés à franchir. Une philosophie plus noble et plus généreuse que le panthéisme relèvera le courage de l'humanité; rame, jalouse d'exercer la puissance qui lui appartient, se distinguera du monde extérieur. Si les nouvelles institutions sociales se développent en même temps , de manière à régler et à éclairer l'esprit des classes qu'elles ont investies du pouvoir, chaque membre de la société sentira le besoin de puiser dans sa raison une règle de conduite, dans sa volonté la force d'agir, et dans sa conscience un témoin pour l'encourager, le soutenir ou le consoler. Il est donc à présumer que le panthéisme tombera peu à peu pour feiire place au stoïcisme , qui servirait de transition aux sociétés vides de Dieu, pour retourner à la vérité chrétienne.
Si cette conjecture est fondée, la littérature se revêtira insensiblement des couleurs que lui prêtera ce système philosophique, de même qu'elle porte en ce moment tous les reflets du panthéisme. L'individu serait encore sur le premier plan , non comme un être passif recevant l'empreinte de toutes les passions et se colorant de toutes les nuances que lui communique la nature extérieure, mais comme une créature sublime faite pour combattre les sens et imprimer sa marque sur l'univers. Tel serait le caractère général de la littérature jusqu'à ce que l'imagination humaine consentît à jeter les images de l'homme dans le moule divin de la foi. Le combat de la raison contre la destinée et celui de la conscience avec lespassions donneraient aux productions littéraires un caractère à la fois dramatique et phi-
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loiiûphique. La psycologie serait vraiment le fona $ur lequel $e joueraient les peintures du génie. Van tendrait, par tous les chemins de Fidéaly à la glorification de la volonté. Dans le temple de la beauté serait encensée la vertu, mais la vertu assise sur le trône de Torgueil.
On verrait alors dans la sphère de la haute poé-. sie se consommer Talliance du drame et de Té-
{»opée; celle-ci ne serait plus quune biographie yriquede quelque illustre personnage. Peut-être pousserait-on Talliance de la forme dramatique avec le récit, jusqu'à substituer le dialogue à la narration.
L'extension des nouvelles institutions destinées à régir les sociétés modernes, faisant une nécessité à l'homme livré aux luttes politiques, de chercher des consolations et du repos au sein de la famille , les liens domestiques doivent tendre à se resserrer: de là un état de mœurs que les Muses prendront pourobjetde leurs chants. C'est surtout à la poésie lyrique qu'il est réservé de puiser ses inspirations au foyer domestique.
L'affaiblissement presque général de la puissance aristocratique achèvera de faire disparaître le genre peu cultivé aujourd'hui de la tragédie héroïque. Les sociétés actuelles s'intéressent faiblement aux douleurs de quelques familles choisies. La jalousie, qui est le propre de l'esprit démocratique, ne peut laisser la scène occupée par des malheurs privilégiés Le drame ou la tragédie populaire recevra sans doute un développement dont il est difficile d'assigner le terme : on y présentera avec une énergie et une profondeur inaccoutumées le tableau de la volonté humaine aux prises avec la souffrance. Dans cette supposition consolante, le théâtre, entièrement trans-
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fonné, deriendrait une école vivante de morale.
La comédie, qui a déjà épuisé la peinture des travers généraux du cœur humain, se ferait Aûforù/ue. S'attachant à démêler les causes minimes des grands événements, elle montrerait endésha* bille quelques-uns des personnages qui ont tenu dans leurs mains le sort des nations. Ce ne serait plus la'comédie d^un certain monde, mais de Fhumanité : genre ihixte où se combineraient la tragédie, le drame et la comédie; plaisant miroir des caprices de la destinée et de la folie des hommes.
L'art d'écrire a été poussé si loin et a produit tant de chefs-d'œuvre, qu'on pourrait regarder comme taries, pour Yéloquence, les sources de rinvention et du perfectionnement; mais le style se divise en deux parties distinctes, Tune qui est l'ensemble des procédés techniques, l'autre le choix des idées et des sentiments : la première ades bornes, comme tout ce qui tient aux artifices de l'art ; l'autre est illimitée, parce que l'homme n'atteindra jamais la parfaite connaissance de son être. L'éloquence peut donc produire des effets nouveaux, si les hommes pensent et agissent d'après l'impulsion virtuelle et spontanée de ce qu'un philosophe allemand a nommé la révélation intérieure. Alors, cessant de se modeler les uns sur les autres, ils aurontunfonds d'idées et de sentiments qui leur fera un caractère dans la vie «C une originalité dans l'éloquence. Si l'art d'écrire est réservé à quelques progrès, cest dans le naïf et le naturel qu'il les fera. La spontanéité, c'est laviez or, rien ne s'arrête que ce qui est mort, et tout ce qui vit avance. Ajoutons que V éloquence politique est loin d'avoir atteint les limites de l'horizon que lui ouvrent les grands; intérêts 'des nations, les rapports nouveaux du commerce et les dévolutions oe cç siècle.
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Les considérations dans lesquelles nous sommes entrés y touchant l'influence que peut avoir sur les diverses branches de la littérature le nouveau système philosophique, dont le règne succédera à celui du panthéisme, nous porte à re« carder Yhistoire comme destinée à recevoir un caractère plus philosophique, plus moral et infiniment plus dramatique. Au lieu de montrer, comme on le fait aujourd'hui, Fhomme courbé sous une fatalité maîtresse du monde, on le représentera pourvu d'une force qui résiste aux passions et uéfie la fortune; on placera la cause des événements dans son cœur ; et l'histoire des
Eeuples ne sera plus que la vie des grands ommes.
La philosophie de F histoire^ telle que l'ont traitée Bossuet, Vico et Herder, est un genre susceptible de divers progrès. Au point de vue religieux, il reste à faire la continuation de l'histoire universelle de Bossuet , et au point de vue philosophique on peut compléter les idées de Herder sur l'humanité.
Le nombre des formes qu'a déjà prises le roman est incalculable. La plus neuve consiste à revêtir des idées religieuses, morales, politiques, ou même économiques, du voile de la fiction.
Cette dernière application du roman peut être étendue et perfectionnée.
La peinture, en ne sacrifiant plus autant l'expression des sentiments de l'âme à la reproduction de la beauté physique, peut s'ouvrir des routes peu explorées. La toile même peut être conquise par la philosophie de l'âme. Peut-être cet art se rattacnerait-il à un but philosophique, si les peintres de nos jours établissaient un lien entre leurs compositions par la continuité du
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même sujet envisagé sous des faces diverses et successives. Cest ainsi que Lesueur avait tracé dans une suite de tableaux la vie de saint Bruno.
La tentative faite par Ganova, en sculptant la statue de la Madeleine et en forçant le marbre à exprimer les sentiments de Tâme , est aussi une heureuse innovation, qui, si elle était imitée, pourrait donner uu caractère particulier à la sculpture moderne.
Il serait difficile de dire en quoi peuvent consister les progrès futurs de la musique; mais je suis sûr de ne pas m'égarer en faisant entrevoir Futilité sociale qui résulterait de renseignement populaire de la musique. Nous pourrions prendre sous ce rapport de neaux exemples dans Fantiquité. Déjà on a pu reconnaître les heureux effets produits par 1 étude, en commun, de la musique vocale sur un certain nombre d'ouvriers.
La recherche des affinités grammaticales qui seraient de nature à démontrer Forigîne commune du sanskrit et des langues sémitiques, et Fétude des idiomes des continents américains , tels sont les deux objets essentiels proposés dans Favenir aux travaux des philologues,
La branche d'archéologie qui a été le moins cultivée est celle qui regarde les anciens restes de l'architecture chrétienne. La paléographie mérite, en outre, d'exciter Fémulation des érudits. Il importe de compléter les belles découvertes qui concernent Fécriture hiéroglyphique des Egyptiens.
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