Sic. Le copiste paraît avoir omis un mot
dont vostre lettre est pleine, et moi, qui ay faute de sçavoir et de bien dire, sçai bien aimer et non dire,- qui est cause que je vous la représente toujours nue, simple et sans aucune couleur. Si est-ce que je veus bien croire qu'elle ne vous sera moins agréable que si je vous la monstrois avec quelques grâces qui ne fussent pas miennes et qui fussent empruntées. Je loue grandement ceus qui peuvent illustrer la vérité et sincérité de leurs affections de la belle et vive lumière de leurs escritz et me sçai bien plaindre que je ne suis point si heureus que cela. Si est-ce que là où je voy reluire ces flammes d*honneur et de vertu qu'on descouvre en vostre lettre, je pense que c'est un bien heureus signal, qui promet à mon amitié, telle qu'elle est et destituée de toute autre faveur, que d'elle mesnie d'estre bien recueillie chés vous comme en un port certain et asseuré, sans crainte de naufrage, et que pourtant vous ne la mespriserés point, si elle n'est apprise et ne se peut expliquer comme la vostre. Et s'il est ainsy qu'on ne peut rondement negotier en l'amitié que par l'amitié mesme, et que c'est une action vertueuse qui ne se peut recognoistre que par un autre semblable, et qui se pratique seulement parmi les verlueus, je suis très asseuré que vous m'aymerés bien, puis que je suis entièrement dédié à vous aimer, servir et honorer. Je suis mary que je n'aye veu le sieur de Martel, pour sçavoir de lui le temps et le lieu de l'arbitrage dont m'avés escrit et vous en faire responce. Je ne puis aussi vous repondre sur les fiiicts contenus au mémoire que m'avés envoyé sans voir le contract de mariage de madame de Cassenueil. Si vous cognoissés que je vous puisse servir en cest aflfaire en me le faisant sçavoir, vous m'i trouvères autant disposé que de bon cœur je salue vos bonnes grâces de mes très humbles recommandations, priant Dieu...
Le 2 décembre 1584.