XXXIV. — A
Archives municipales de Bonleaux, ms. Delpit, f° 194 1*, minute originale autographe.
Monsieur,
Vous me faites beaucoup d'honeur de vous souvenir d'une persone si affligée que je suis et batu de plusieurs grandes adversités, qui ont tombé coup à coup Tune sur l'autre, suffisantes pour ébranler non une foiblesse telle qu'est la mienne, mais bien une plus grande constance d'une ame de plus forte trempe ^ Il semble que la Fortune ou bien mon infortuné desastre a pris plaisir de lascher les traits de son corrous contre moy, qui n'ay nul moyen de luy résister et ne puis dire autre chose meshuy, si ce n'est que je me rends à sa discrétion. Car quand je serois pourveu de toutes les vertus du monde (et je n'en suis que trop despourveu)^ je cognoy que j'ay vescu pour néant, réduit sur mes derniers jours en une étrange solitude, privé de toutes mes espérances et de mes ressources et n'ayant pour compaignie inséparable que mes ennuys. Je n'oublie rien de tout ce que je pense me ^ pouvoir servir pour m'en divertir, mais ilz recourent maugré moy et veillant et songeant ilz me travaillent en diverses façons et coupent la racine aus consolations que je veus faire naistre et provigner en mon entendement. Il aviendra possible que le temps donra quelques remèdes plus lenitifs à la douleur que j'ay sentie en ung si grand coup, mais il ne m'ostera jamais la souvenance de ce que je vous doy et de vostre mérite envers moy, qui recercheray tousjours le bien de voz bonnes grâces pour me dire et recognoistre à jamais.
Monsieur,
Vostre très humble serviteur et cousin.