‹ Geoffroy Tory, peintre et graveur, premier imprimeur royalChapitre 41 sur 141 · lbid,no\\U · texte numérisé non relu

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Dans plusieurs des ouvrages que nous venons de décrire, Tory prend le titre d'imprimeur; dans les trois derniers, il se qualifie d'imprimeur du roi, et dans l'un d'eux, de libraire juré de l'Université. C'est à l'initiative de François I'^'' qu'il dut ces deux dernières qualités. Le roi, qui n'avait encore fait cet honneur à personne, crut devoir nommer imprimeur royal l'auteur du Champ fleury. Il était naturel, en effet, de donner ce titre à celui qui venait de montrer une si parfaite entente de l'art typographique unie à tant de connaissances littéraires, et dont le livre faisait une véritable révolution dans l'imprimerie, tant au point de vue technique et pratique qu'au point de vue grammatical et philologique ; car c'est un fait qui n'a pas été signalé encore, et que je suis heureux de constater ici : c'est à partir de la publication du Champ fleury que la typographie française" introduisit dans ses caractères les accents, les apostrophes, les cédilles, dont Tory regrettait l'absence, et dont il se servit lui-même bientôt après, avant tout autre imprimeur, comme nous allons voir.

Mais le résultat le plus remarquable qu'ait produit la publication du Champ fleury fut la réforme des vieux caractères. Non-seulement ce livre contribua à faire abandonner les caractères gothiques , mais il amena la refonte des anciens caractères romains. Robert Estienne, entre autres, réforma alors tous ceux qu'il tenait de son père

I . Elle est allée plus loin même que Tory ne le demandait, car elle a inventé des accents orthographiques qui n'ont pour but que de distinguer des mots de même son, quoique de sens différents ; et en cela elle a abandonné la logique. En effet, non-seulement elle n'a pas distingué de cette manière tous les mots de même forme {son, par exemple, qui a trois sens totalement distincts, n'a pas reçu d'accents), mais elle en a mis sur des mots qui n'avaient qu'un sens, déjà, par exemple : de quelle utilité est cet accent grave sur 1'^? Bien mieux, elle en a mis dans certains cas sur des mots qui dans d'autres n'en ont pas. Ainsi elle écrit vo?re ami et le nôtre, et notre ami et le vôtre.

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Henri I'^'", ou pour mieux dire de son beau-père Simon de Colines , et les remplaça par des caractères d'nne forme nouvelle, gravés, je crois, par Tory (son élève Garamond ne paraissant pas avoir été en état de le faire encore) , et qui s'est perpétuée presque sans changement jusqu'à l'époque de la révolution. C'est en ce sens qu'on a pu dire que Tory perfectionna les caractères de Josse Bade; car je ne pense pas qu'il ait gravé aucun caractère pour ce célèbre imprimeur, établi à Paris longtemps avant que Tory se fût occupé de gravure, et mort peu d'années après la publication du Champ fleury (en i535), sans avoir rien changé dans son mode d'impression. C'est aussi Tory sans doute qui grava les caractères italiques de Robert Estienne , lesquels ont beaucoup de ressemblance avec ceux de Simon de Colines, que j'ai déjà attribués à ce graveur. (Voyez p. 14.)

Le bruit que fit le livre de Tory , tant en France qu'à l'étranger, est constaté du reste par les écrits des contemporains. A Paris, Antoine du Saix, l'auteur de VEsperon de discipline ^ s'exprime ainsi dans une épître en vers dédiée à ses amis', parmi lesquels on voit figurer René Massé, qui était aussi l'ami de Tory , et plusieurs autres littérateurs de ce temps :

Geoffroy Thory, qui divine as heu main Pour figurer dessus le corps humain La lettre anticque, ouyant que plume ay prise Pour te imiter, ce bourgeon ne méprise, Raisin sera , sil a temps de meurer [mûrir).

I . Elle est imprimée à la f-n de son livre, qui a du rapport avec celui de Tory : « Lesperon de discipline pour inciter les humains aux bonnes lettres , etc. » Ce livre porte sur le titre l'écu de Savoie, comme indice de l'origine de l'auteur, qui était né dans la Bresse, appartenant alors à la maison de Savoie.

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A Londres , Léonard Coxe , faisant allusion à la grammaire publiée peu de temps après par son compatriote Palsgrave, s'écrie : « Docte Geofroy, il est comblé le vœu si souvent exprimé dans ton Champ fleury, car voilà, moyennant des règles dûment autorisées, le français enseigné à fond I . ))

Tory reçut sans doute le titre d'imprimeur du roi en i53o, mais je ne le lui vois prendre qu'en i53i , et, faute de monuments, je ne puis le lui donner plus tôt. C'est, je crois, sa nomination qui a fait dire aux auteurs de [''Art de vérifier les dates que « François !*=•■ établit l'Imprimerie royale 2 à Paris, « à son retour de l'abbaye de Veyen, où il avait épousé, le 4 juillet i53o, Éléonore, sœur de l'empereur Charles-Quint. En effet. Tory fut alors chargé de plusieurs impressions royales relatives à ce mariage du roi. Ainsi il publia, le 16 mars i53o (i53i nouveau style), un opuscule de Guillaume Bochetel, intitulé : le Sacre et coronnement de la Royne, imprimé par le commandement du Roy nostre sire. C'est une plaquette de douze feuillets in-4°, imprimée avec un certain luxe, et dont le privilège, signé DE LA Barre 3, est ainsi conçu : «Nous avons donne a maistre Geofroy Tory, marchant libraire imprimeur, le privilège de imprimer le Coronnement de la Royne et deffences a tous autres imprimeurs ne limprimer jusques a

1. Voyez à l'Appendice, n^ II, la pièce de vers latins imprimée au verso du titre de Lesclaircissement de la langue française, ouvrage anglais réimprimé en i8j2 par les soins de M. Génin.

2. Cette erreur a été commise par beaucoup d'écrivains. L'institution des imprimeurs royaux est si peu la fondation de l'Imprimerie royale, qu'il continua à y avoir des officiers portant ce titre même après la création de l'imprimerie du Louvre, en 1640, comme on peut le voir plus loin. (Appendice no ix.)

3. Jean de la Barre, chevalier, comte d'Étampes , conseiller et chambellan ordinaire du roi , premier gentilhomme de sa chambre , garde de la prévôté de- Paris, délivrait alors les privilèges d'impression.

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ung an i , sur peine damende arbitraire et confiscation dicelluy, etc. Fait a Paris, le dixiesme jour de mars. » Le sacre de la reine avait eu lieu à Saint-Denis cinq jours avant, le 5 mars i53o (i53i nouveau style).

Quelques jours après , Tory publia encore un autre livret du même auteur : c'est Lentree de la Royne en sa ville et cite de Paris, imprimée par commandement du Roy nostre 5/rg. Vingtquatre feuillets in-4°, même disposition que le Sacre 2. Le privilège de ce livret, daté d'Anet, le 26 avril i53i (Pâques tombait le 9 avril cette année-là), ne donne plus à Tory que le titre de libraire, mais c'est évidemment par suite d'une simple omission J. Ce livret renferme deux pièces en vers latins de Geofroy Tory, l'une adressée à la reine {ad reginam Leonorem) , l'autre au peuple français {ad gentem gallicam). On lit au verso du dernier feuillet : « Ce présent livre fut achevé dimprimer le mardy neufviesme iour de may m. d. xxxi. »

Ce livret nous offre le spécimen de trois caractères différents de Geofroy Tory, un sainî-augustin qui a servi à imprimer le texte , une philosophie et un petit-texte.

Sur toutes ces éditions nous retrouvons les encadrements et le Pot cassé de Geofroy Tory , et cette souscription : (( On les vend a Paris, en la rue Sainct Jacques, devant lescu de Basle , et devant leglise de la Magdaleine, a lenseigne du Pot Casse. »

Nous voyons que Tory avait abandonné son second

1. A peine le privilège fut-il périmé, qu'on réimprima cette pièce, comme on le voit par un exemplaire d'une édition en caractères gothiques de huit feuillets in-8", datée de 153), qui se trouve à la Bibliothèque impériale.

2 . Voyez la description de ces deux livrets ci-après [Bibliographie , § J , no» I et 11).

3. Il y en a bien une plus étrange, celle de la signature de la Barre, qu'on a été obligé de pousser à la main sur chaque exemplaire, au-dessous du privilège.

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domicile, situé sur le Petit-Pont, trop étroit sans doute pour recevoir son imprimerie, et était venu s'établir au milieu de la Cité, presque en face de l'église de la Madeleine, qui occupait à peu près le coin des rues de la Juiverie et des Marmouzets. Son nouveau domicile se trouvait sur l'emplacement de l'ancienne et célèbre halle aux blés de Beauce, dans une maison où il transporta son enseigne du Pot cassé (qu'elle conserva pendant quelques années) , et qui correspond au n° 16 actuel de la rue de la Cité, suivant les renseignements qu'a bien voulu me communiquer sur ce sujet M. Adolphe Berty, si versé dans la connaissance du vieux Paris i.

Quoi qu'il en soit , le premier ouvrage, à ma connaissance , où Geofroy Tory prenne le titre d'imprimeur du roi est une petite plaquette de deux feuilles et demie in-4°, de mêmes dispositions typographiques que les précédentes, mais imprimée avec un caractère différent, qui me semble avoir été gravé par Tory. Ce livret fut publié à l'occasion de la mort de Louise de Savoie , mère de François I", arrivée le 22 septembre i53i. Cette pièce est composée d'épitaphes latines et françaises, faites en l'honneur de la défunte 2, et porte sur sa première page ce titre mi-parti : « In Lodoicas régis matris mortem epitaphia latina et gallica. — Epitaphes a la louenge de Madame mère du Roy faictz par plusieurs recommendables autheurs. » Au-dessous on lit : « On les vend a Paris , devant Leglise de la

1. Voyez son opuscule intitulé : Les Trois Ilots de la C/fé, in-S», 1860 (Extrait delà Revue archéologique).

2. Ces trois opuscules sont réunis dans un même volume à la bibliothèque de l'Arsenal (H. 7634). Us se trouvent aussi, mais isolés, et plus ou moins défectueux, à la Bibliothèque impériale. C'est par erreur que le dernier ne figure pas sur le nouveau Catalogue de cet établissement, car il y est sous la co!e L. 62 3, r. c. pièce.

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Magdaleine, a Lenseigne du Pot Casse, « — Le privilège, daté de Paris, le i5 octobre i53i, et signé de la Barre, comme les deux précédents, donne positivement à Torv le titre d'imprimeur du roi : <i Nous avons donne a maistre Geofroy Tory, marchant, libraire et imprimeur du roy, privilège, etc. »

A la dernière page , qui, comme la première , est encadrée, on lit : « Imprime a Paris a Lenseigne du Pot Casse, par maistre Geofroy Tory de Bourges, Marchant, Libraire et Imprimeur du Roy. Le xvn. jour Doctobre m.

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