Nous décrirons toutes ces gravures plus loin
192 Troisième Partie,
en grand nombre, sont signées d'un G; quelques-unes portent la date de oiq.
Même observation pour le deuxième volume.
Une des miniatures du troisième volume est signée en toutes lettres Godefrov (fol. 52); plusieurs autres, signées seulement G, sont datées de i520.
Quant au volume des Triomphes de Pétrarque, qui est à la bibliothèque de l'Arsenal, les miniatures ne portent point de dates, mais elles sont toutes signées d'un G, et l'une d'elles porte aussi en toutes lettres le nom de Godefroy.
Dans les deux ouvrages, les dessins ont le même aspect : ils se distinguent de ceux des miniaturistes de profession par une sobriété de couleur très-caractéristique. Ils sont d'ailleurs d'une délicatesse et en même temps d'une netteté qui ne peuvent provenir que de la main d'un graveur; or, ce graveur ne peut être un autre que Tory, dont on retrouve là les écussons et Jusqu'aux arabesques antiques.
Outre ces deux ouvrages, que le nom et le faire de l'artiste me paraissent permettre d'attribuer à Tory, j'en citerai ici quelques autres d'une exécution plus tardive, dont diverses circonstances permettent également de lui attribuer les miniatures.
Le premier est une traduction des trois premiers livres de Diodore de Sicile par Antoine Macault. Ce magnifique manuscrit, qui se trouvait en 18 10 dans la bibliothèque de M. Firmin Didot père, est aujourd'hui enfoui dans l'un des cabinets d'Angleterre. On en trouvera la description plus loin. Rien n'y rappelle Tory, à la vérité, mais le genre de la peinture et celui de la gravure (car ce livre a été imprimé par la veuve de Tory en i53 5) ne laissent pas de doute à cet égard.
Le second est un recueil de portraits des rois de France,
Iconographie. 193
par Jean du Tillet, dont le manuscrit original, offert par l'auteur à Charles IX, est encore conservé à la Bibliothèque du Roi. Voyez ci-après la description de ce manuscrit précieux et de quelques autres également conservés dans le même dépôt.
Venons à la seconde question.
Tory a-t-il été graveur?
Ni Zani ni Papillon ne l'ont mentionné comme tel; toutefois il y a un préjugé en sa faveur. La Croix du Maine, qui fut presque son contemporain, nous dit', sans entrer, il est vrai, dans aucun détail à cet égard, que Tory était connu sous le nom de Maître au Pot cassé; d'autres ont dit qu'il avait perfectionné les caractères de Josse Bade 2. M. Renouvier3 a écrit récemment que Tory avait eu « le rare privilège de se servir aussi bien de Veschoppe que de la plume. » Le Champ fleury, dit-il, est « un traité d'esthétique comme pouvait l'imaginer seul un graveur de caractères. »
Ce que M. Renouvier avait pressenti, je l'affirme sans crainte d'être démenti par les faits. Tory, à la vérité, n'a dit nulle part positivement qu'il eût été graveur ; mais il l'a donné à entendre indirectement. Ainsi il nous dit que, parmi les fantaisies qui lui vinrent à l'esprit le 6 janvier i523, et donnèrent lieu à la rédaction du Champ fleury, il lui souvint de quelque lettre antique qu'il avait « naguères faite pour la maison de monseigneur le trésorier des guer-
1. Bibliothèque française, arûde Geufroy Tory. L'auteur du Recueil T (vol. xix, p. 20) des Mélanges tirés d'une grande bibliothèque , publiés par M. dePauImy, dit aussi que Tory était un bon graveur, le maître au Pot cassé.