‹ Géographie complète et universelle ou Description de toutes les parties du monde sur un plan nouveau [microforme] (volume 2)Chapitre 91 sur 146 · VILLES PRINCIPALES · texte numérisé non relu

VILLES PRINCIPALES

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Suite de la Description de l'Amérique. — Description particulière des républiques Péruviennes, c’est-à-dire du Pérou et de la Bolivie.

Le Pérou, cet ancien empire des Incas, cette terre d’une richesse fabuleuse et oroverbiale, où les lingots d’or représentaient aux yeux des indigènes les larmes du soleil, où des palais et des temples d'or s’élevaient dans des plaines fleuries au pied des montagnes gigantesques couvertes d’une neige éternelle ; le Pérou a bien varié d’étendue sous les Incas, sous la domination espagnole et de nos jours.

Sous les Incas, l'empire du Pérou s’étendait depuis l'équateur au nord jusqu'au 40e degré de latitude au sud, comprenant, dans une longueur de 4,000 lieues sur 450 à 200 lieues de largeur, les hautes terres de la Cordillère des Andes. Il occupait donc le territoire des républiques actuelles de l’Équateur, du Pérou, de la Bolivie et du Chili ; Cuzco, dont le nom en langue quichua signifie le nombril de la terre, en était la capitale.

Lorsque, en 1532, François Pizarre et Diégo Almagro eurent, à la tête d’un petit corps de troupes espagnoles, fait la conquête de ce pays, il fut érigé en vice-royauté. La vice-royauté du Pérou fut d'abord composée des mêmes contrées que l’empire des Incas, mais dans la suite, en 4567, le Chili en fut séparé pour foriner une vice-royauté à part, et les vastes provinces du Paraguay y furent annexées jusqu’en 1778, époque où elles formèrent la vice-royauté de Buénos-Ayres. La vice-royauté du Pérou était divisée en trois audiences : celle de Quito (Équateur), celle de Lima (Bas- Pérou), celle de la Plata (Haut-Pérou).

Le Pérou resta soumis aux Espagnols jusqu’à l’époque où Napoléon envahit l'Espagne. Alors des cris d'indépendance et de liberté retentirent au sein de cette colonie ; mais le parti royaliste comprima longtemps cet élan redoutable, et ce ne fut qu’en 4821 que le Pérou secoua le joug de la métropoie. Les dissensions intestines enfantèrent par la suite une nouvelle révolution : en 48925, il se divisa en deux républiques, celle du Bas-Pérou ou du Pérou proprement dit, et celle du Zaut-Pérou, qui prit le nom de Bolivia ou Bolivie, par reconnaissance pour les talents et les vertus de Bolivar, son libérateur. Cette modification ne devait pas être la dernière.

En 1836, à la suite d’une longue anarchie causte par les intrigues et l'ambition des généraux, le Pérou proprement dit, et composé alors de sept départements, se partagea en deux républiques ; les quatre départements du aord formèrent la république du Pérou-Seplentrional (Estado Nort-Peruano), et les trois départements du sud formérent la république du Pérou-Méridional (Estado Sud-Peruano). Elles se réunirent ensuite à la république de Bolivie, pour former pendant quelque temps, sous le général Santa-Cruz, la confédération Péru-Bolivienne ; mais en 1839, à la suite de nouveaux troubles politiques, cette confédération éphémère fut dissoute par l’abdication et l’exil de Santa-Cruz, et, depuis, le Pérou a repris son existence distincte et indépendante de celle de la Bolivie. Aujourd’hui donc le Pérou forme les deux républiques du Pérou proprement dit, et du Haut-Pérou ou Bolivie. Avant d'entreprendre leur description topographique, disons un mot de l’aspect du sol, de sa nature ct des richesses minérales qu’il recèle, Les Andes, qui traversent les républiques péruviennes du sud au nord, forment généralement deux chaînes à peu près parallèles ; l’une, la grande Cordillère des Andes, constitue le noyau central du Pérou, le Haut-Pérou ; l’autre, beaucoup plus basse, est appelée Cordillère de là côte. Entre celle-ci et la mer, se prolonge le Bas- Pérou, formant un plan incliné, large de 40 à 20 lieues, et connu dans le pays sous le nom de Valles. Il est composé en partie de déserts sablonneux, dépourvus de végétation et d’habitants. Cette stérilité provient de l’aridité naturelle du sol et du manque absolu de pluies ; car jamais, en aucune saison, il ne pleut ni ne tonne dans cette partie du Pérou; il n’y a de fertile que les bords des rivières et les terrains susceptibles d’être arrosés artificiellement, ou bien les endroits humectés par des eaux souterraines, résultat des brouillards et des fortes rosées. Dans ces lieux privilégiés, la terre ne cesse de se revêtir de la parure réunie du printemps et de l’automne, Le climat se fait encore remarquer par la douceur constante de la température; jamais, à Lima, on n’a observé le thermomètre de Fahrenheit, à midi, au-dessous de 60 degrés, et rarement il s’élève, dans l'été, au- «dessus de 86 degrés. La plus grande chaleur qu’on ait jamais éprouvée à Lima fit monter le thermomètre à 96 degrés. La fraicheur qui règne presque toute l’année le long de la côte du Pérou sous le tropique, n’est nul lement un effet du voisinage des montagnes couvertes de neige; elle est due plutôt à ce brouillard (garua) qui voile le disque du soleil, et à ce courant très-froid d’eau de mer qui porte avec impétuosité vers le nord, depuis le détroit de Magellan jusqu’au cap de Parinna. Sur la côte de Limo,

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la température du Grand-Océan est à 42°,5; tandis que, sous le même parallèle, mais hors du courant, elle est à 21 degrés.

Le pays compris entre les deux Cordillères est appelé la Sierra. Ce ne sont que des montagnes et des rochers nus, entrecoupés de quelques vallées fertiles ot cultivées. Mais ces ‘.ntagnes renferment les plus riches mines d’argent que l’on connaisse, et les vcines les plus abondantes se trouvent ordinairement dans les montagnes les plus arides. Le climat de la Sierra est l’un des plus salubres qui existent, si l’on peut en juger par la longévité de ses habitants. Quelques écrivains distinguent de lu Sierra la plus haute chaîne des Andes, ou la région des neiges éternelles ; nous pensons qu'il vaut mieux les comprendre l’une et l’autre sous le nom de Haut-Pérou.

Derrière la chaîne principale des Andes s'étend, vers les bords de l’Ucayale et du Marañon, une immense plaine inclinée à l’est, traversée par plusieurs chaînes de montagnes détachées, qu’on appelle au Pérou la Montaia-Real. Sous un ciel pluvieux, souvent sillonné d’éclairs, l’éternelle verdure des forêts primordiales charme les yeux du voyageur, tandis que les inondations, les marais, les serpents énormes et d'innombrables insectes arrêtent sa marche. Cette région peut s’appeler le Pérou-Intérieur. Les communications avec la région intérieure sont plus difficiles qu'avec le Bas-Pérou.

On voit, par cet aperçu, qu’une grande partie du Pérou n’est pas propre à la culture, et que ce pays pourrait difficilement devenir important et riche par ses productions végétales. La population, peu nombreuse, est dispersée sur une grande étendue de terrain; le défaut de routes, de ponts et de canaux rend très-difficile le transport d'articles pesants à quelque distance de la place où ils ont £ié produits. Il n’y a ni chariots, ni voitures, ni autres facilités pour le commerce : toutes les denrées, toutes les marchandises doivent être transportées à dos de mulet.

Cependant, il est permis d'espérer que lorsque la communication des deux océans aura été établie, ses productions pourront suivre la route de l’isthme, et prendre une place importante dans le commerce d’échange des deux mondes. Ces productions sont : les gommes odoriférantes, les résines médicinales, les bois précieux que renferment les forêts de la Bolivie; la noix-muscade et la cannelle qui croissent, dit-on, dans la Montana-Real ; les huiles très-fines que produit le Bas-Pérou ; le café et le sucre plantés avec succès dans les endroits tempérés de la Sierra ; le cacao excellent des plaines de l’intérieur ; le coton de Chillaos; la soie longue et fine de Mojo-

bamba; le lin et le chanvre de Moxos, et une foule d’autres produits inté. ressants. La vigogne seule, à cause de sa rareté et de sa finesse supérieure, est depuis longtemps l’objet d’une exportation recherchée; mais une chasse trop vive a presque exterminé l'animal qui la donne. La laine d'’Alpaca est aussi exportée avec profit. Le quinquina est encore une exploitation de prix. Actuellement l’agriculture languit dans le Pérou, au point que Lima et plusieurs autres villes à la côte tirent leurs provisions du Chili. Le tremblement de terre de 1693 fut suivi d’une telle stérilité dans les vallées du Bas-Pérou, qu’en plusieurs endroits le peuple cessa de les cultiver ; et quoique, depuis ce temps, le pays ait recouvré en grande partie <on ancienne fertilité, la culture n’a pas repris.

Le sol du Pérou est comme imprégné de métaux précieux. L'or n’est pas le plus recherché; il abonde, mais dans des lieux peu accessibles, ou dans une gangue trop dure et trop dispendieuse à fondre. Près de la Paz il s’écroula une partie saillante de la montagne d'Ilimani; on y trouva des morceaux d’or de 4 jusqu’à 25 kilogrammes pesant ; après un laps de cent ans on y trouve encore des morceaux du poids de 50 grammes. Près Mojos ou Moxos, le 'avage donne des morceaux grands comme un quart de ducat. Sclon M. ZZelm, le schiste argileux est presque partout parsemé de veines de quariz qui servent de gangue à l’or. La plupart des fleuves et rivières roulent de l'or, La mine d’or la plus productive est celle de Santiago-de- Catagoita, distinte d'environ 30 milles au sud de Potosi. Les mines d’argent, beaucoup plus nombreuses et d’une exploitation bien plus facile, ont absorbé la principale attention des colons. La célèbre montagne de Potosi a offert pendant deux siècles et demi des trésors d’argent inépuisables : cette montagne, de forme conique, a environ 47 milles de circonférence, et est percée de plus de 300 puits à travers un schiste argileux, jaune et dur; il y a des veines de quartz ferrugineux, entremêlées de ce «u’on appelle mine découpée et mine vitreuse. Dans la province de Carangas, on trouve, en creusant le sable, des masses d’argent détachées qu’on appelle des papas ou pommes de terre, à cause de leur forme. Dans une autre mine près de Puno, on découpait l'argent pur avec un ciseau, tant l’abondance du métal rendait toute industrie superflue.

Mais aujourd’hui, les mines les plus intéressantes, selon MM. de Humboldt et Helm, sont celles de Gualgavos ou Æualgayos, dans la province de Truxillo, au nord du Pérou, et celle de Yauricocha, près de la petite vil'e de Pasco, dans la province de Tarma. Dans le premier endroit, l’argent se trouve en grandes masses à 4,000 mètres de hauteur au-dessus de la mer.

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Quelques filons métallifères contiennent des coquilles pétrifiées. La montagne de Yauricocha est, selon Helm, entièrement remplie de veines et filons argentifères. Il y a une galerie composée d’hématite fine et poreuse, l'argent y est semé partout en petites parcelles ; cependant 50 quintaux ne donnent que 9 marcs de métal. Mais une argile blanche, dont le filon est large d’un quart de mètre, donue de 200 jusqu’à 4,000 marcs d'argent sur 50 quintaux de minerai.

Le Pérou produit naturellement du mercure à Huanca-Belica, district à peu de distance au sud-ouest de Lima. Le cinabre a été employé par les Péruviens pour la peinture. Le mercure fut découvert par les Espagnols, pour la première fois, en 1567. Le minerai semble être un schiste argileux d’un rouge pâle. L’étain, suivant Helm, se trouve à Chayanza et à Paryas; il y a aussi plusieurs mines de cuivre et de plomb. La principale mine de cuivre est à Aroa, mais les colonies s’approvisionnent généralement par les mines du Chili. Parmi les autres mineraux, on peut citer la pierre de galinaso, ainsi appelée par sa couleur noire; c’est un verre volcanique, que l’on confond quelquefois avec la pierre dite le mérotr des Incas, parce que l’on se sert de l’un ou de l’autre au lieu de miroirs.

Du temps des Incas, les émeraudes étaient aussi très-communes, surtout sur la côte de Manta et dans le gouvernement d’Atacama, où l’on dit qu’il y a des mines que les Indiens ne veulent pas révéler, dans la crainte d’y être immolés à des travaux meurtriers; car l’expérience a prouvé que ni les nègres ni les Européens ne peuvent supporter l’air froid et humide des mines péruviennes, ni conserver leurs forces en se nourrissant de racines et de pommes de terre, seules denrées qu’on trouve dans les déserts où la nature cacha en vain les minéraux, objets de nos vœux avides.

Les mines sont exploitées par deux classes d'individus : la première se compose des propriétaires, et la seconde, des petits entrepreneurs (bolicheros) qui traitent le minerai que les ouvriers reçoivent pour salaire de leurs travaux ou qu’ils exploitent frauduleusement. II y a, souvent, beaucoup de démoralisation parmi les diverses classes d'individus qui vivent ou spéculent sur le produit des mines; et souvent le peu de succès des entreprises peut être attribué avec plus de raison à la conduite des entrepreneurs ou de leurs subordonnés, qu’à un appauvrissement réel des gites de minerais.

Passons maintenant à la description topographique des deux républiques.

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teur ; à l’est, elle confine avec le Brésil; au sud, elle s'appuie sur la Bolivie ou Haut-Pérou ; enfin, le Grand-Océan baigne à l'ouest ses côtes, Celles-ci sont hautes, nucs et décharnées, elles offrent à peine une douzaine de bons ports. Les Andes traversent le Pérou du nord au sud, et forment deux chaines parallèles quelquefois réunies par des contre-forts; les points culminants sont le Pichu-Pichu, qui a 5,670 mètres, et le volcan d’Arequipa ou d’Uvinas. La côte prend le nom de los Valles ; la montagne, celui de Sierra ou Serrania, ei la région de l'est offre les immenses Pampas ou plaines de l’Amazone et de ses affluents. La superficie du Pérou a été évaluée à 75,775 lieues géographiques carrées, et sa population ne dépasse pas 1,800,000 âmes.

C’est dans la belle vallée de la Rimac, l’une des principales des Andes, à 2 lieues de l'embouchure de cette rivière dans le Grand-Océau, que s'élève, à 200 mètres au-dessus des eaux de celui-ci, Lima, la capitale de la république du Pérou. Cette grande cité, dont on estime aujourd’hui la population à 85,000 âmes, est bâlie en forme de triangle, dont la base, qui se prolonge sur la rive gauche de la rivière, est de 3,820 mètres, et dont la hauteur est de 2,440. Entourée d’une muraille en briques flanquée de 34 bastions et percée de 7 portes, on y entre du côté de la rive droite de la Rimac en traversant le faubourg de San-Lazaro, et un pont élégant en pierres. Du cûté de la mer elle présente un aspect enchanteur : on y arrive par une avenue bordée d’une double rangée d’arbres magnifiques, près de laquelle sont les promenades publiques. De ce point on aperçoit les tours de la cathédrale, qui, ainsi que le palais de l'archevêque, ornent la grande place; les autres édifices publics se groupent avec majesté : les principaux sont l’Adtel des monnaies, le ci-devant palais de l’inquisition, l’ancien collége des jésuites, transformé en hospice d’enfants trouvés, et l’université, dont la bibliothèque possède une intéressante collection de manuscrits. Le théâtre ne répond pas, par ses dimensions, à l'importance de la ville. L'intérieur de la capitale présente l’aspeet le plus réguler ; ses rues, comme celles de son faubourg, sont pärallèles, coupées à angles droits, pavées en petites pierres rondes, ornées de tetioirs, et arrosées par des ruisseaux qui y entretiendraient le propreté si elles n'étaient obstruées par des immondices. Les maisons, proprement construites en briques ou en bois, et peintes à l'extérieur, n’ont en général qu’un seul étages il n’y a que celles des riches propriétaires qui en aient deux. Les grands édifices, éclatants et majestueux de loin, perdent beaucoup à être examinés de près. Ils pèchent généralement sous le rapport du goût et du style ; ils auraient plus de noblesse s'ils

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étaient moins surchargés de sculptures et de détails. Les murailles des églises sont en pierre, tandis que les clochers et les dômes sont en bois revêtu de plâtre, précaution qui a été nécessitée par la fréquence des tremblements de terre. Mais les diamants, l'or et l'argent éclatent de toutes parts dans les temples ; plusieurs sont ornés d'énormes candélabres, de statues de grandeur naturelle, et de vases sacrés en argent, en vermei!, et même en cr massif, Ce qui a lieu d’étonner un Européen, c’est de voir suspendues dans le chœur des cages en argent, remplies d'oiseaux, qui mélent leur ramage aux chants des fidèles et aux accords de l'orgue. Le milieu de la grande place est occupé par une superbe fontaine en bronze, ornée d’une renommée qui jette de l’eau par sa trompette, et de huit lions qui la font jaillir par leurs gueules. Par une singulière bizarrerie, l’hôtel-de-ville est bâti dans le goût chinois.

En général la vivacité d'esprit et la pénétration des habitants du Pérou, ainsi que leur goùt pour l'étude, leur assignent un rang distingué parmi les nations civilisées. Les établissements scientifiques de Lima forment un centre de lumières qui se répandent sur tout le pays. Les sciences, günéralement cultivées, y ont fait depuis peu de grands progrès. On y connait et l'on y suit toutes les découvertes faites en Europe. Le bon goût, l’urbanité, beaucoup de qualités sociales semblent héréditaires aux Péruviens. On admire l'imagination et la sensibilité des femmes. Elles aiment avec une sorte de fureur le luxe innocent des fleurs et des parfums. Il est cependant à désirer qu’on améliore le système d'éducation.

Mais chaque instant peut devenir le dernier pour les riches habitants de cette superbe capitale. En 1766, un terrible tremblement de terre détruisit les trois quarts de la ville, après avoir démoli entièrement le port de Callao. Jamais il n’y eut de destwmetion plus complète, puisque, de 4,000 habitants, il n’en resta qu’un seul pour porter la nouvelle de cet événement désastreux, et il échappa par le hasard le plus extræerdinaire. Cet homme était dans un bastion qui a vue sur tout le port; il apereut, en moins d'une minute, tous les habitants sortir de leurs maisons dans la plus grande terreur et la plus grande confusion : la mer, après s'être retirée à une distance considérable, revint en montagnes éeumantes par la violence de l'agitation, et ensevelit les habitants dans son sein.

Lima, que l'on a aussi appelée autrefois Ciudad de los Reyes, fut fondée en 4535 par Pizarre. Depuis l’an-4582, elle a été dévastée par plus de vingt tremblements de terre : celui du 30 mars 1828 renversa la plupart des édi-

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tants. Ses environs sont couverts de jolies maisons de campagne, de jardins et de vergers dont la fraîcheur doit tout aux irrigations et à l’art sous un climat où les chaleurs sont très-fortes et les pluies excessivement rares.

L'un des lieux les plus remarquables des environs de Lima par ses souvenirs, est le village de Pachacamac. On y voit encore les débris des murs du magnifique temple élevé par le dixième inca Pachacutec à Pachacamac, le créateur de l’univers. C’est dans ce temple que Pizarre, en 4533, s’empara d’une immense quantité d’or, et qu’il livra à toute la brutalité de ses soldats les vierges consacrées au service de la divinité.

Callao de Lima ou San-Felipe-de-Callao, à 10 kilomètres de Lima, est le port de mer de cette capitale, à laquelle elle est aujourd’hui réunie par un chemin de fer. C’est le principal port militaire de la république, et sa place la plus forte. Cette ville est l’entrepôt d’un commerce considérable. Elle a été rebâtie depuis le milieu du siècle dernier, près de l'emplacement de lancienne ville, entièrement détruite et submergée par le tremblement de terre de 1746. M. F. de Castelnau évalue sa population à 43 ou 44,000 âmes. Le petit port de Canefe fait avec la capitale un grand commerce de grains, de légumes , d’oiseaux domestiques, de poissons et de fruits. On trouve beaucoup de salpêtre près d’un village des environs. A 35 lieues plus loin, San-Geronimo-de-Ica, peuplée de 6,000 âmes, et bâtie sur une petite rivière près de la mer, possède plusieurs verreries. Æuaura, très-petite ville près de la côte du Grand-Océan, avait été choisie, en 1836, pour la capitale de l’Estado-Nort-Péruano. Elle est au nord de Lima, et possède dans ses environs des salines importantes.

Les tremblements de terre et les volcans appelés Guagua-Putina et Uvinas, ont engagé les habitants d’Arequipa à changer l'emplacement de leur cité. Cette ville, fondée par Pizarre, résidence d’un évêque, est aujourd’hui sur un lerrain uni, à 2,560 mètres au-dessus du niveau des eaux de l’Océan, et à 20 lieues de la mer. Les maisons y sont en pierre; le climat y est trèsdoux et l'air très-sain. Le nom d’Arequipa signifie : Aé bien! restez-y. En voici l’origine : Les troupes victorieuses de l’Inca venaient de conquérir cette contrée; charmés de la beauté du pays, les soldats témoignèrent quelques regrets de retourner chez eux; l’Inca, qui s’en aperçut, leur dit : « Hé bien! restez-y ; » etils y restèrent.

C’est immense volcan d’Uvinas qui lança, dans le courant du seizième siècle, les masses de cendres qui engloutirent Arequipa. Cette ville est l’une des plus importantes du Pérou. L'état florissant de son commerce, l'importance de ses manufactures de laine et de coton, de tissus d’or et

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Dans la partie méridionale du département d’Arequipa, Arica possède un très-bon port, vers lequel est concentré tout le commerce du Pérou miridional et d’uns grande partie de la Bolivie ; mais il est très-sujet aux tre:aolements de terre. Il en est de même de Tacna, ville importante de 40,000 âmes, à quelques lieues au nord-est de la précédente.

Dans les environs d’Arica et de Tacna, l’air est chaud et malsain. Quelques cantons produisent d’excellentes olives , qui sont remarquables par leur grosseur. Il y a dans la province d’Arica un vclcan qui lance des jets d’une eau infecte et chaude. Cette province est remplie de désers: sablonneux entremélés de lisières extrêmement fertiles. On y cultive la vigne avec beaucoup de soin et d'intelligence. On y exploite quelques miues d’or et de cuivre et des mines d’argent très-riches.

Dans la partie du Pérou située le long de la côte du Grand-Océan , au nord du département de Lima, nous trouvons celui de Libertad. Piura se distingue comme étant la plus ancienne ville du Pérou. Bâtie par les Espagnols, elle est sur une petite rivière qui fertilise le terrain , mais qui disparaît entièrement dans la saison sèche. Ses habitants, au nombre de 45,000, commercent en cire, en salpêtre, fil d’aloès, cascarille et autres objets; ils s’occupent aussi du transport des marchandises, à dos de mulet, de Quito à Lima. Truxiilo, ville épiscopale, peuplée de 43 à 14,000 âmes, fut bâtie en 4535 par François Pizarre, qui lui donna le nom de sa ville natale. C’est le chef-lieu du département de Libertad. Elle est à une demilieue de la mer, dans une contrée agréable et fertile. On voit à quelque distance les ruines d’anciens monuments péruviens où l’on a trouvé des trésors considérables. Le département dont elle est le chef-lieu produit des vins que l’on transporte dans l’intérieur du Pérou, à Guayaquil et à Panaia, On y voit aussi beaucoup d’oliviers dont le fruit donne uneexcellente huile.

La ville de Caxamarca renferme des restes du palais de l’inca Atahualpa, habités par un de ses descendants. On y voit encore la chambre où il fut retenu prisonnier pendant trois mois ; une longue pierre servant de base à l’autel de la chapelle de la prison , est celle sur laquelle ce dernier empereur du Pérou fut étranglé par les Espagnols. Cette ville, peuplée de 8,000

âmes est dans un climat tempéré, au milieu d’une plaine fertile qui donne le soixantième grain. À une lieue sont des sources d’eau chaude, appelées les bains des Incas, près desquels Atahualpa possédait une maison de plaisance. Caxamarca , située dans une charmante vallée, donne son nom à la petite rivière qui l’arrose. Elle est bien bâtie; ses rues sont tirées au cordeau ; ses églises et ses maisons sont bien construites ; enfin la place publique, placée au centre de la ville, est belle et d’une grande étendue. Les habitants industrieux fabriquent toutes sortes d’étoffes grossières de laine, ainsi que des toiles de lin et de coton. La matière première de ces articles se trouve dans le district, dont le sol, en partie inégal et montueux, réunit, dans un espace peu étendu, les températures et les productions les plus différentes. Caxamarca est à 2,920 mètres au-dessus du niveau de la mer.

A 5 ou 6 lieues de la ville on trouve, sur la Caxamarca, un village appelé Jesus, remarquable par les restes d’une ville péruvienne qui paraît avoir été peuplée de plus de 30,000 âmes, et qui renferme encore plusieurs maisons entières, dont la construction annonce un peuple assez avancé dans les arts mécaniques, puisqu’on y voit des pierres de 4 mètres de longueur sur 2 de hauteur.

Malgré sa position avantageuse au bord du Chacapoyas, dans une contrée délicieuse, malgré son rang d’ancien chef-lieu de la province, San-Juan-de-la-Frontera, que l’on appelle aussi Chacapoyas, est petite et peu peuplée.

Huanuco ou Guanuco, qui ne renferme guère que de grandes maisons, aujourd’hui en partie abandonnées, est le chef-lieu du département de Junin. Ce n’est plus que l’ombre de cette belle cité péruvienne qui renfermait le palais des Incas et le temple du Soleil, dont on voit les ruines. Tarma , habitée par des créoles, des métis et des indigènes, au nombre de 8 à 140,000, est dans une petite vallée profonde où l’air circule diffcilement. Ce département, qui doit son nom au village de Junin, célèbre par une victoire que les républicains remportèrent sur les royalistes, contient la ville de Pasco, dans un pays âpre et sauvage, appelé plaines de Bombon, où il ne croît aucune espèce de blé. Malgré ces désavantages , la ville est une des plus peuplées, des plus commerçantes et des plus importantes de la république, par le voisinage des riches mines d’argent de Yauricocha ou Lauricocha. |

Cerro-Pasco est le centre du canton minéral le plus riche du Pérou.

Cette ville est bâtie sur un terrain inégal semé de collines nues et détachées. Les maisons sont blanchies à la chaux, et quelques unes, outre la porte,

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ont pour seconde ouverture une petite fenêtre vitrée ; les plus distinguées ont des cheminées, sorte de luxe dû aux Anglais qui exploitent les richesses minérales de ce district. Cerro-Pasco est divisé en trois quartiers: Chenpimarca, Yanacandia et Santa-Rosa. Chacun d'eux a une église et un prêtre pour la desservir. Il y a deux places : celle de Chenpimarca, où s'élève la cathédrale, église fort modeste, surtout à l'extérieur, et celle du commerce où se tient le marché. Banos est un village remarquable nar ses eaux thermales, où les Incas avaient un vaste palais dont on voit encore les ruines.

L'une des vallées les plus belles et les plus peuplées des Andes est celle qui donne naissance à plusieurs cours d’eau dont la réunion forme la rivière de Jauja, située dans le département d'Ayacucho. Cette vallée, fort élevée et d’une température toujours froide, présente une vaste plaine où nous voyons Huancabelica ou Guancavelica, ville de 6,000 habitants, devenue célèbre par ses riches mines d’or, d’argent et de mercure, situées à 3,752 mètres au dessus du niveau de l'Océan. Les sources chaudes de Huancabelica sont chargées de carbonate calcaire. On peut dire que les habitan!: ° ce canton construisent leurs maisons avec de l’eau, carils laissent refr.::..i *:s eaux imprégnées de matières calcaires; le sédiment qu’elles déposen: esi reçu dans des vases, et y prend la figure et la consistance d’une pierre. Guamanga ou Huamanga, ville épiscopale, fondée par Pizarre, et bâtie en pierres avec régularité, renferme de belles places publiques, une cathédrale, plusieurs églises et une université. Cette cité, de 25,000 âmes, est quelquefois nommée San-Juan-de-la-Vicloria, en mémoire d’une victoire remportée sur l'inca Manco, qui avait défait les Espagnols en plusieurs rencontres. Les habitants, polis, intelligents et adonnés aux sciences, font aussi un grand commerce en cuirs, en grains et en fruits. Plus loin, Jauja ou Xauxa, peuplée de 10,000 âmes, se soutient par le produit de ses mines d’argent, la vente de ses grains et de ses pâturages. Ayacucho, où le général Sucre remporta, en 1824, une victoire décisive sur les royalistes, a donné son nom au département.

Puno est le chef-lieu d’un département de &e nom, dont elle est la ville la plus importante ; on lui accorde environ 16,000 âmes ; elle possède un assez bon collége.

Le département de Cuzco renferme beaucoup de petites villes. Visitons d’abord son chef-lieu.

Cuzco, autrefois capitale de l'empire des Incas, est aujourd’hui le siège d’un évéché. Cette ville, élevée de 3,499 mètres au-dessus du niveau de la

mer, est éloignée de 480 lieues de Lima, et compte plus de 46,000 habitants. Presque aussi étendue que cette Gernière, elle conserve encore beaucoup de monuments de son ancienne grandeur, parmi lesquels se trouve la forteresse des Incas. Les pierres qui y ont été employées sont si énormes, si irréguliérement taillées, et cependant si bien jointes, qu’il n’est pas facile de comprendre comment on les y a placées, le fer, l’acier et les machines étant alors ince us. Il s’y trouve des bains fournis par deux fontaines, l’une d’eau chaude et l’autre d’eau froide. Un couvent y a pour murs ceux mêmes du temple du Soleil, et le saint-sacrement est placé à l’endroit où se trouvait la figure en or de cet astre. Un couvent de religieuses occupe le même emplacement où demeuraient les vierges du Soleil, Le principal commerce est en sucre, étoffes, draps communs, toiles ordinaires, galons d’or et d'argent, cuirs, maroquins et rarchemins. Ses habitants, très-ingénieux, se distinguent particulièrement dans l’art de broder ei de peindre.

Cuzco n’est pas le seul lieu du Pérou qui renferme des monuments de ancienne civilisation de cette contrée. Un voyageur français, M. Gay, qui a parcouru longtemps l'Amérique méridionale, a signalé dans ces derniers temps une antique ville dont aucun auteur n’avait encore parlé, pas même le judicieux et naïf Garcilasso; c’est Hollay tay tambo, dont les monuments sont encore plus surprenants que ceux de Cuzco. On y voit encore un grand nombre de maisons presque intactes et situées toutes dans les endroits ‘es plus escarpés, au bord des précipices les plus effrayants : ce qui semble prouver que le gouvernement des Incas était entièrement basé sur le féodalisme. Les chefs avaient des places, des forteresses presque inexpugnabies dont les restes font encore, par leur construction, l’admiraiion du voyageur.

Sicuani, située sur un plateau très-élevé au sud-est de Cuzco, avait été désignée, en 1836, pour capitale de l’Estado Sud-Peruano; on lui accorde 4 ou 5,000 habitants.

Le district de Calca-y-Lares produit le meilleur sucre de tout le Pérou ; les cannes subsistent sans aucun soin pendant plusieurs années ; elles sont très-riches en sucre, et mürissent rapidement. Le district de Canes-et- Canches tire son nom de deux tribus dont les restes y demeurent encore ; les premiers, robustes, taciturnes et orgueilleux, s’habillent de noir et vont à cheval ; les autres, d’une taille moindre, inconstants et gais, n’ont pour vêtement que des peaux. Leur langage diffère autant que leurs mœurs; ils vivaient sous deux princes ou curacas indépendants jusqu’à ce que les Incas les soumirent,

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Dans le département de Cuzco, la géographie physique s'arrête avec intérêt au bord du lac Tilicaca ou Chucuyto, si fameux dans l'histoire des Incas. Le bassin dont ce lac occupe le fond a 430 lieues de long, sur une largeur de 50 à 60. Entouré de montagnes, il ne montre aucun écoulement visible de ses eaux abondantes. Le lac de Titicaca, long de 62 lieues, mais d’une largeur qui varie beaucoup, puisqu'elle est de 6 lieues dans sa plus petite extension et de 24 dans sa plus grande, a les eaux légèrement saumâtres et très-amères ; sa profondeur est de 70 à 80 brasses ; sa superficie est de 2,070 lieues carrées. Il est à 3,915 mètres au-dessus du niveau de l'Océan, c’est-à-dire plus élevé que le sommet du pic de Ténériffe. Sa forme irrégulière, qui présente quatre golfes commuuiquant chacun par un détroit à la masse principale, a fait considérer ces golfes comme autant de lacs, auxquels on a donné les noms d’Azangaro, de Chucuyto et de Vinamarca. Douze ou treize rivières, dont les deux plus importantes sont le Jilaye et le Desaguadero, se jettent dans ce lac, dont les eaux, toujours troubles et d’un goût désagréable, nourrissent en abondance d'excellents poissons. On y remarque plusieurs îles, entre autres celle de Titicaca et celle de Coafa. Ce fut dans la célèbre île de Tilicaca que Manco-Capac prétendit avoir reçu sa vocation divine pour être le législateur du Pérou. Un temple couvert d’or ornait cette place consacrée. Ce fut encore dans ce lac que, selon la tradition, les Indiens jetèrent la plupart de leurs trésors, et surtout la grande chaîne d’or de l’inca Huaïna-Capac, qui avait 235 mètres de lon-gueur.

Sur les côtes du Pérou se trouvent quelques petites îles, telles que les îles Chincha. celles d’Iquique, de Lagarto, de Margarita, de Jésus, Animas, etc., etc., d’une superficie restreinte et pour la plupart inhabitées; ces îles, depuis un temps immémorial, servent de refuge aux pélicans, aux mouettes et aux flamants qui y viennent pondre et couver leurs œufs. Ce séjour leur a permis d’y accumuler leurs excréments en quantité tellement considérable, que le sol de ces îles en est couvert, en certains endroits, à plusieurs mètres d'épaisseur. Ce sont ces matières qui sont connues sous le nom de guano ou huano, et dont l’emploi comme engrais dans Pagriculture a pris, depuis 4840, une telle extension, surtout en Angleterre et en Allemagne, que leur exportation forme aujourd’hui l’une des branches importantes des revenus du Pérou. Le petit port de Chincha en a expédié en 1850 pour 19,228,200 francs.

La république du Pérou est aujourd’hui divisée en 41 départements et à districts, ceux de Callao et de Piura, qui forment 63 provinces, les-

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