‹ Géographie complète et universelle ou Description de toutes les parties du monde sur un plan nouveau [microforme] (volume 3)Chapitre 182 sur 203 · ES · texte numérisé non relu

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sa capitale, dont le nom arabe Beledaix signifie pays salubre, est l’antique Paæ Augusla. Bien différente de Mérida, e:le ne renferme plus aucun monument de sa splendeur passée. Mais son pont moderne le dispute en beauté aux ponts antiques d’Emerila Augusta. I fut construit en 4596. La cathédrale est ornée de beaux tableaux de Matco Cercezo et de Moralès, qui naquit dans ses murs. Olivenza, qui fut cédé en 4804 à l'Espagne, n’est qu’un bourg fortifé.

Avant de parcourir le beau pays d'Andaluusie, borné par le royaume d’Algarve, l’Estremadure, la Nouvelle-Castille, le royaume de Murcie ct la Méditerranée, franchissons cette Sierra Morena, jadis le repaire des plus intrépides brigands, et l’effroi des voyageurs, avaat qu’un ingénieur français cût tracé la magnifique route de Madrid à Cadix.

Le caractère de l’Andalous conserve encore des traces du mélange de l'Espagnol et de l’Arabe;s à la vivacité naturelle aux peuples des climats méridionaux de l’Europe il joint l’imagination des Orientaux et quelquefois leur insouciance; sobre et patient, l’homme du peuple vit plongé dans la plus profonde misère sans perdre son courage ct sa gaieté. Mais la nécessité le rend actif, industrieux et habile à trouver des ressources.

L'ancien royaume Jaen, l’une des plus petites des huit provinces de Andalousie, est divisé en cinq districts, dont nous allons examiner les chefs-lieux. Entre le Guadalquivir et le Guadelimar, Ubeda, jolie ville d’origine arabe, est située au pied d’une colline fameuse par les montagnes et les gorges qui l’environnent; elle a des manufactures de tissus de laine, et fait le commerce de ses chevaux estimés. Paeza, l'antique Bealia, sur un plateau élevé, passe pour avoir des eaux aussi pures que l'air qu’on y respire. L’évêché et l’église de Sainte-Marie de l’Alcazar ne sont pas les seuls édifices que l’on remarque parmi ceux qui ornent ses places, ses rues larges et droites, auxquelles il ne manque qu’une population plus nombreuse. Sur la rive droite du Guadalquivir, que l’on traverse sur un beau pont de quinze arches, Andujar, assez régulièrement bâtie, estimportante par son industrie, bien qu’elle n'ait que 40,000 habitants. Elle expédie annuellement quatre cents voitures de diverses poteries, et principalement de ces alcarazas dont on £e sert pour rafraichir l’eau, Jaen, la capitale, est, selon quelques auteurs, le Flavium aurgilanum des anciens, selon d’autres Menlessa, V’'Oningi de Pline et l’Oringi de Tite-Live. Sa magnifique cathédralesbâtie en forme de croix latine sur l’emplacement d'une antique mosquée, douze paroisses, quatorze couvents ct

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plusieurs hôpitaux, lui donnent de loin l’apparence d’une ville consi dérable, et cependant sa population cst à peine de 20,000 âmes. Wartos.. que l’on croit être Tucci colunia, est dominée par un énorme rocher, d'où le roi Ferdinand IV fit précipiter les deux frères Carvajal, sur le simpls soupçon qu’ils avaient tué un chevalier de la maison de Denavides.

Dans l’ancien royaume de Cordoue, Lucena, ville assez considérable, et chef-lieu de district, est connue par ses vignobles; Montilla, égalcment chef-lieu de district, est plus industrieuse, quoique moins peuplée.

Sur la gauche de la route d’Andujar à Cordoue, Bujalance, que l’on croit être la cilé romaine de Calpurnium, est située dans une plaine vaste et fertile, et renferme plusieurs manufactures de draps ct d’autres tissus de laine.

Quelques kilomètres avant d’arriver à Cordoue par la route que nous venons d'indiquer, on traverse, près de la Venta de Alcolea, le Guadalquivir sur un des plus beaux ponts de l’Europe. En entrant dans cette ville célèbre, que les Romains appclaient Corduba, dont les Espagnols ont fait Cordova, son ensemble w’offre rien d’imposant : c’est un amas do maisons construites sans goût et sans élégance, formant des rucs étroites, torlueuses et malpropres, dans une enceinte immense occupée en grande partie par des jardins, et composée de vieilles murailles flan . quées de grosses tours de construction romaine et arabe. Un seul monument attire les regards, et ce monument est l'unique reste de la puissance des Maures : c’est la magnifique mosquée construite par Abdérame en 770, qui fut le principal temple de l’islamisme après celui de la Mekke, et qui aujourd’hui est transformée en église. Après avoir vu cette mosquée (Mezquila), c'est ainsi que l’appelient encore les Espagnols, il faut sortir de la ville en traversantle Guadalquivir sur un pont de seize arches, ouvrage des Romains et des Maures. Aux environs, on voit les ruines d’un édifice que le peuple appelle la maison de Sénèque ; nous ne savons ci cette tradition est fondée, mais ce qu'il y a de ceriain, c’est que Cordoue est la patrie des deux Sénèque, de Lucain, d’Avicenne, d’Averroës et de Gonzalve Fernandez, plus connu sous le nom de Gonzalve de Cordoue. Cette ville, qui avait au temps des Maures 300,000 habitants, qui au dix-septième siècle ne comptait que 60,000 âmes, n’en renferme plus qu’environ 50,000. Commerçante et industrieuse sous les Romains et les Maures, celle n’a conservé de ces derniers que l’art de travailler les peaux en façon de maroquin ; on n’y compte qu’un petit nombro de manufactures de rubans, de galons ct de chapeaux.

La province de Séville est à elle seule aussi importante que les deux provinces que nous venons de parcourir. Æcija, l’une des plus considérables villes, est le Sligis des Romains ; elle est placée entre deux collines élevées au bord du Génil, qu’on traverse sur un beau pont en pierre ; sa situation dans une sorte d’entonnoir y produit presqu’en tout temps des chôleurs si violentes, que les Espagnols l’appellent la sarten de Andalucia, c’est-à-dire la poêle à frire de Andalousie. C'armona, ville riche et bien bâtie, est mentionnée sous ce nom dans les auteurs anciens, et l'on y voit encore deux portes de construction romaine.

Séville, que son origine phénicicnne place au rang des plus anciennes villes de l’Espagne, dut le nom phénicien d’Hispalis à la richesse ct à la fertilité du bassin qu’elle occupe. En vain Jules César lui donna-t-il le nom de Julia Romula ; les Arabes, en la désignant sous celui de Sevilla, n’ont fait que lui en donner un analogue à sa situation, et conséquemment à celui qu’elle reçut dans l’origine. La position de Séville est réellement admirable ; son horizon est borné par des montagnes dont les plus rapprochées dépendent de la Sierra Nia de Ronda, et terminent vers l’occident la longue chaine à laquelle appartient la Sierra Nevada. Elle s'étend au milieu d’une plaine couverte de plantations d’oliviers, de fermes, de jus villages, de riches couvents; et le Guadalquivir, auquel elle doit sa

richesse, serpente au picd de ses murailles. Celles-ci, garnies de cent soixante-six tours, forment une circonférence de 8 kilomètres, et si l’on y comprend les faubourgs, cette étendue se trouve plus que doublée. Elle compta autrefois plusde 450,000 habitants; aujourd’hui leur nombre est moindre, et sa population sédentaire dépasse à peine 91,000 âmes.

Les Espagnols, habitués à vanter les beautés de leur pays, exprir leur admiration pour Séville par le dicton populaire :

Que non 4 visto Sevilla, Non à visto maravilla.

Mais les merveilles qu’elle renferme ne changent rien à l’ensemble triste et sale qu’elle offre : ses rues sont tellement étroites que lon ne peut y circuler en voiture; la plupart montrent de chaque côté les traces des essieux, tt l’on peut, dans quelques-unes, toucher à la fois les maisons opposées. C’est par ses édifices qu’il faut juger Séville : ’archevéchè est un vaste et superbe bâtimgat ; l’Alcazar, où l’ancien palais des rois Maures, achevé par Pierre le Cruel et ses successeurs, mérite, par élégante bizarrerie de sa construction, par les marbres, les stues, les

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ornements qui y sont prodigués, et par ses jardins, l'attention du voyageur. On peut encore citer l’hôtel-de-ville, la fonderie de canons, le collége de Saint-Elme, la manufacture de tabacs, et la lonja ou la bourse, bâtiment carré d’ordre toscan, où l’on conserve les archives relatives à l’histoire des découvertes faites par les navigateurs espagnols. Mais le plus important de tous, et l’un des plus considérables de l'Espagne, c’est l’église cathédrale, bâtie au commencement du quinzième siècle. On y voit les tombeaux de saint Ferdinand, de saint Louis de l'Espagne, celui d’Alphonse le Sage ou l’Astronome, et celui de Christophe Colomb, avec celte inscription frappante par sa brièveté :

A Castilla y Aragon Otro mundo dié Colomb.

La partie la plus curieuse de cette cathédrale est la célèbre tour de la Giralda, ouvrage de l'architecte arabe Geber, qui lui donna d’abord 80 mètres d’élévation ; mais en 1568 on l’exhaussa de 33 mètres. De cette tour carrée, la vue s’étend à plus de 66 kilomètres ; on n’y monte point par un escalier, mais par une rampe si douce, que depuis longtemps on répète qu’un cheval pourrait la gravir au trot; mais nous doutons qu’on en ait jamais fait l’essai, La coupole qui la termine est surmontée d’une figure en bronze doré représentant la Foi et faisant l'office de girouette; elle pèse 34 quintaux, et cependant elle tourñe au moindre vent.

Séville possède une université, l’une des plus fréquentées de l'Espagne, neuf collèges, une école de pharmacie, deux de mathématiques, une d’agriculture, une autre de beaux-arts, une école de navigation, qui jouit d’une grande réputation, et une de fauramachie, la seule qui existe dans toute la péninsule. Elle a aussi trois sociétés savantes.

L’amphithéâtre d’Zfalica est l’une des antiquités les plus remarquables des environs de Séville; la cité dont il fut le principal ornement n’est plus qu'un misérable village nommé Sanfi Ponce; on sait cependant qu'elle fut le siége d’un évêché, et qu’elle a vu naître trois empereurs : Trajan, Adrien et Théodose.

Nous allons parcourir rapidement les autres villes de cette province. Utrera, qui paraît être l’ancienne Orippo, est une petite ville assez bien bâlie, dont les vieilles murailles sont détruites, et dont le territoire est fertile en oliviers, en vignes et en pâturages, où l’on élève d'excellents chevaux, Moguer, avec son tribunal ecclésiastique, son hôpital, ses deux

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couvents, ses deux écoles latines, son château ruiné et son port sur le Tinto, est une petite ville qui exporte le vin et les autres produits de la province, et qui renferme soixante distilleries d’eau-de- vie. /Zuelva, cheflieu de district, au confluent de l’Odiel et du Tinto, est l’ancienne Onuba; elle possède un port qui rivalise avec celui de Moguer. Enfin, Ayamonle, ville fortifiée, à l'embouchure de la Guadiana, sur la limite de l’Andalousie et du Portugal, s'enrichit par le commerce et par la pêche des sardines.

En s’embarquant à Ayamonte pour faire voile vers le port leplus proche de tous ceux de la province de Cadix, subdivision récente de celle de Séville, on débarque à San-Lucar de Barrameda, port assez fréquenté, situé à l'embouchure de la Guadiana; son ancien nom de Lucifer annonce l’emplacemeni d’une ville où le dieu de la lumière avait des autels. On y compte un grand nombre de tanneries ; on y fabrique diverses sortes de liqueurs, et des tonneaux pour les vins estimés que produit son territoire, et qui forment sa principale branche de commerce. Sa population est d'environ 20,000 âmes. Ses environs sont d’une grande fertilité, tandis que sur l’autre rive du fleuve l'œil est attristé par de vastes plaines sablonneuses aussi arides que les déserts de l’Afrique,

Sur la côte on voit Ro/a, célèbre par ses vins; mais en remontant dans les terres, Xérès de la Frontière, ou Jerez de la Frontera, l'antique As/a Rejia, au pied d’une colline, dans une position délicieuse, est plus importante encore par sa population et par ses vins chauds et délicats. Le produit de ses vignes s'élève annuellement à 75,000 hectolitres, et les caves qui les recèlent sont, par leur étendue et la solidité de leur construction, au nombre des curiosités que renferme la ville. Le château royal, flaqué de grosses tours, paraît être d’une construction fort ancienue. Dans les environs, on admire l’église et le couvent d’une célèbre et riche chartreuse.

A 17 kilomètres de Xérès, sur les bords escarpés de Guadalète, Arcos de la Frontera, petite ville aux rues longues et péniblement roides, que l'on croit être Arcubriga, dépend du même district que la précédente.

Traversons le Guadalèle, et visitons cette importanic ville de Cadix, dont les habitants passent pour les plus civilisés de l'Espagne. On ignore l’origine de cette cité, dont le nom antique, Gaddir, qui signifie lieu enlouré, a été changé en celui de Gydès par les Grecs et les Romains. Strabon en attribue la fondation aux Phéniciens.

Cadix est une place forte du premier rang et le chef-lieu d’un des trois

départements maritimes de l'Espagne. Environnée de tous côtés par des remparts et des bastions, la nature autant que l’art a contribué à sa sûreté, Au nord et à l’ouest, des bancs de sable et des écucils en défendent l'approche, et sur ces derniers s'élèvent encore les deux forts de Sainte-Catherine et de Saint-Sébastien. Enfin, pour compléter sa sécurité, la Cortadura, coupure faite dans la largeur de la langue de terre par laquelle elle tient à l’île de Léon, peut intercepter facilement toute communication avec celle-ci. Les maisons sont bien bâties et blanchies avec soin ; leurs toits saillants ont l'inconvénient de rendre les rues étroites et sombres, mais ils ont l’avantage d'offrir un abri contre les rayons du soleil. Belle dans son ensemble, cette ville n’a rien de remarquable dans ses détaiis ; la cathédrale cst petite et mesquine ; l’hôtel-de-’ille, malgré lirrégularité de son architecture, ne laisse pas que d'offrir un acpect agréable ; Je séminaire, le collége des jésuites ; ses écoles des beaux-arts, de marine, de mathématiques, de chirurgie et de médecine, jouissent en Espagne d’unc réputation méritée.

L'îe de Léon n’est séparée du continent que par un bras de mer de 200 mètres de large, que les Espagnols appellent le Rio Santi-Petri, et que l’on traverse au moyen d’un pont qui nous conduira sur la route de Medina Sidonia, petite ville située sur la cime d’un rocher en pain de sucre, renommée par ses eaux salutaires, par les terres qu’elle recucille sur son territoire, ct qui sont estimées pour la fabrication des briques et de la poterie propre à résister au feu. En descendant vers la côte, on voit, à 22 kilomètres au delà du lac de la Janda, à l'extrémité la plus méridionale de l'Espagne, la ville et le port de Tarifa, que les Romains appelaient Mellaria, cité qui, du temps de Strabon, était renommée par ses salines, Ses fortifications sont importantes, et l’on a vainement projeté de la réunir à la petite île qui porte son nom, et dont elle n'est séparée que par un canal de peu de largeur. ;

Eu suivant la route qui doit nous conduire dans la province de Grenade, la plus importante de l’Andalousie, nous passons à 8 kilomètres de Gibraltar, rocher formidable qui appartient aux Anglais depuis l’époque de la guerre de la succession (1704), et qui est devenu entre leurs mains unc forteresse imprenable. La ville de Gibrallar renferme environ 16,000 habitants.

L'ancien royaume de Grenade, cette riche contrée dans laquelle les villes rivalisent d'industrie ; cette province où l’on peut s’élever depuis les plaines les plus basses et brülantes qui bordent la Méditerranée jusqu’aux

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froides régions qui ont valu le nom de Vevada à la principale chaîne qui la divise dans sa longueur; ce pays, entrecoupé de vallées délicieuses et le mieux arrosé de la Péninsule, est tellement favorisé de la nature, que ce fut le dernier que les Maures persécutés se décidèrent à abandonner. Ne nous laissons point charmer trop facilement à la vue de ces campagnes où des ruisseaux limpides et des prairies émaillées de fleurs tempèrent l’excessive chaleur du climats jetons un coup d’œil rapide sur ce que ses cités peuvent offrir de plus intéressant à la curiosité du géographe voyageur. La première ville importante et bien bâtie que nous trouvons sur la route de Madrid est Ronda, partagée en deux par un affreux précipice qui divise dans toute sa hauteur la montagne calcaire sur laquelle clle est construite, Au fond de cette déchirure, de 2 à 300 mètres de profondeur, coule un torrent, dont le nom arabe, Guadalvin; signifie ruisseau creux, et qui, sous celui de Guadiaro, va se jeter dans la mer entre Estepona et Gibraltar, Dans la ville, on traverse cette énorme cassure par le moyen de deux beaux ponts, dont le plus large et le plus récent, nommé le Pont- Neuf, est tellement élevé au-dessus du torrent, qu’à peine si l'on peut en entendrele bruit, On descend par un escalier de quatre cents marchesjusqu’à la cascade nommée El-Tajo. Ronda, comme l'indique son nom, est la cité d’Arunda, dont Pline et Ptolémée font mention. A 8 kilomètres au nordouest de la ville, existent les ruines de l’autique Acinipo, que l’on nomme aujourd’hui Ronda la Vieille (Ronda la Vieja). On y voit encore un théâtre, et l’on y découvre, en fouillant le sol, des inscriptions, des médailles et des débris de statues.

Eslepona, jolie ville maritime, est située au pied de la Sierra Vermeja (montagne vermeille), où l’on trouve des mines de plombagine dont on fait d'excellents crayons. Harbella, chel-lieu d’un district riche en minéraux, serait une ville plus importante si dans cette petite province les chemins étaient mieux entretenus; sa population cest de 4 à 5,000 âmes. Elle à des fabriques en différents genres, et des pêcheries abondantes donnent quelqu: activité à son port.

Sous un ciel magnifique qui n’est obscurci que par les pluics de l’arrière-saison ; au fond d’un golfe bordé par des montagnes dont Ja base est couverte d’oliviers, d’orangers et de vignes célèbres; entourée par des champs couverts de cotonniers et de cannes à sucre, Malaga jouit des richesses que lui procurent un heureux climat et un port avantageusement situé. Ses habitants passent pour”tre polis et spirituels, et les femmes y jouissent d’une réputation de beauté que leur disputeraient vainement

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celles de plusicurs autres villes de l’Andalousie. Malaga est environnée d’une double muraille, défendue par des bastions et par un château que les Maures ont construit sur la pointe d’un rocher qui la domine. Son port est abrité par deux belles jetées, dont la plus avancée dans la mer porte un fanal à feux mobiles nouvellement construit, qui sert à guider pendant la nuit le navigateur incertain. Près du port, la promenade de l'Alameda, entourée de beaux édifices, est ornée de statues et d’une fontaine dont les eaux jaillissantes ajoutent à l'agrément de ce licu fréquenté. La ville est approvisionnée d’eau par un bel aqueduc qu’un de ses plus riches citoyens, appelé Molina, fit élever à ses frais. La plupart des anciennes maisons, d'architecture mauresque, ont été remplacées par des constructions modernes : le palais épiscopal est, avec la cathédrale, son principal édifice. On porte sa population à près de 55,000 àmes.

Lesriches vignobles de Malaga produisent annuellement au delà de 460,000 hectolitres de vin, Le vin de guinas est fort recherché; il doit son nom à une cspèce de bigarrcautier dont on y laisse infuser les bourgeons.

Ua chemin qui côtoie la mer conduit de Malaga à Velez-Malaga, petite ville industricuse ct commerçante dont les vignobles égalent ceux de la précédente, et qui occupe l'emplacement de l'antique Menoba.

Nousterminerons notre excursion dans ce!te province par la ville d’Antequera, l'Anlecarta des anciens, siluée entre les montagnes qui: portent son nom ct le cours du Guadiaro. Cette viile est importante par sa population, évaluée à plus de 20,000 âmes; mais on n'y voit aucun édifice digne de fixer l'attention.

La province de Grenade est divisée en deux parties à peu près égales, l’une seplentrionale et l’autre méridionale. Dans cette deraière, les villes de quelque importance sont de petits ports ou des cilès à peu de disto.ice de la mer. A/muñecar, dont Le port est abrité des vents d'est et d'ouest, es: au picd d’une colline où l’on voit encore les restes d’une citadelle dans Jaquelle les rois maures déposaicnt leurs trésors et faisaient enfermer les princes de leur famille dont ils craignaient les tentatives d’usurpation. Motril, le Firmium Julium des Romains, dont les environs sont fertiles en cannes à sucre, ct dont le rhum, suivant les Espagnols, ne le cède point à celui de la Jamaïqae, est au bord de la Méditerranée. Almeria, cité qui fut toujours riche et industrieuse, est l'antique Murgis, dont l'origine se perd duns la nuit des temps, et dont le port, que les anciens appelaient Magnus Porlus, cst encore assez bon ct passablement fréquenté.

Au pied d’une chaîne qui porte son nom, Loga, sur la rive gauche du VIL. 85

Geni!, possède une abondante saline ; Ælhama, dont le nom arabe signifle eaux thermales, est de toute l'Europe la ville la plus élevée au-dessus du niveau de la mer : elle est à 35 mètres plus haut que Madrid, Ses mai sons dans le style mauresque, les vicilles murailles qui l'entourent, l’aridité de ses environs lui donnent un aspect difficile à décrire, Pendant près de six mois, elle est dominée par la neige, et le reste de l’année elle est brûlée par le soleil.

Déjà nous approchons de cette importante cité qui fut le tombeau de la puissance maurosque en Espagne. Voici, sur la rive gauche du Genil, au milieu d’une campagne délicieuse, cette intéressante ville de San/a-Fé, si maltraitée en 4807 par un tremblement de terre, ct si singulièrement fondée par l'héroïne castillane, épouse de Ferdinand le Catholique. Pendant le siége de Grenade, la reine avait fait vœu de ne changer de chemise que lorsque celte capitale aurait ouvert ses portes. Afin d'intimider les cnnemis, son camp fut transformé en une ville qu’elle entoura de murailles, et celte ville est Sunta-Fé. Les Maures combattaient à outrance, et le siége fut si long, que le vêtement que la reine avait juré de conserver prit sur son corps un teinte jounâtre qui fut l’origine de la couleur isabelle; c'est aussi dans l'enceinte de cette ville que Ferdinand et Isabelle approuvèrent et protégèrent M première expédition de Christophe Colomb allant à la découverte d’un nouveau monde, ‘

De belles promenades, tracées sur les bords enchanteurs du Genil, annoncent l'approche d'une ville importante, Grenade, en espagnol Granada, traversée par le Daro, est entourée par de riants bocages rafraichis par des ruisseaux limpides, et parfumée par les délicieuses odeurs que répandent les jardins et les bosquets disséminés sur les coteaux voisins. Cette ville, qui au temps de la domination musulmane compta jusqu’à 400,000 habitants, n’en a plus que 80,000 aujourd’hui. Elle possède de beaux édifices ; elle a 2 grandes places et 46 peutes, un grand nombre de fontaines publiques, sept collèges, onze hôpitaux, un beau théâtre bâii par les Français, et soixante-trois églises, dont les principales sont celles de San- Geronimo, de Santa-Cruz, de San-Juan-de-Dios, et la cathédrale, temple imposant, qui renferme le tombeau de Ferdinand et d’isabeile, ainsi que celui de Philippe Eer et de la reine Jeanne ; mais ces édifices perdent un peu de leur intérêt à côté du palais arabe de l’Alhambra, édifice orné de portiques et décoré des plus précieux gmarbres, et dont les galeries formées de colonnades légères et les salles chargées d’ornements encore si frais, font rêver aux palais enchantés des Mille et une Nuils,

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EUROPE, = ROYAUME D'ÉSPAGNE. 67ù

Cette ville est la patrie du célèbre poëte Hurtado de Mendoza et du jé suite Suarez, que Pascal n’a point épargné dans ses Provinciales. À peu de distance de ses murs, on voit l'emplacement de la cité romaine d'Æliberis, où des fouiiles ont fait retrouver les antiquités les plus précieuses,

Guadiæ, duns une vallée au bord du Rio Guadix, est un chef-lieu de district dont nous dirons peu de chose, si ce n’est quo sos vicilles murailles ont vu la longue résistance que firent les Maures oprès la conquête de leur cupitale. Cette petite ville s'élève probablement non loin da l’emplacement qu’occupait la cité bétique d’Acci; son nom l’attesterait à défaut d’autres preuves : en ajoutant à celui-ci le mot Gua, qui signifle eau courante, les Arabes ont fait Guadiacci, qui est devenu Guadix, Baza, qui s'enrichit par ses récolles de lin et de chanvre, esi dans une riche vallée au picd d’une chaîne qui porte son nom; c’était la ville do Basti, capitale des Baslilani. Enfin, dans le même district que la précédente, Iuescar, sur les bords du Parbato, fabrique des tissus de laine de diverses couleurs : près de ses murs, un village qui porte le nom d’AJuescar la Vieja, est tout ce qui reste d'Osca, fondée par les Curthaginois.

Il nous reste encore à parcourir une province continentale : c'est celle de Murcie, qui portait jadis le titre de royaume, ct qui confine à l’Andalousie, à la Nouvelle-Castille et à la province de Valence, Son étendue ne dépasse guère celle du bassin de la Segura.

Lorca, l’un de ses plus importants chefs-lieux, dont on porle également la population à 40,000 âmes, est l’antique £liocroca ; elle est sur le penchant septentrional de la Sierra del Cano. Murcie, ville riche et bien peuplée, est située dans une plaine et baignée par la Segura, dont les eaux sopl retenues par un superbe quai; sa cahédrale est aussi riche d’ornements à l’intérieur qu’à l’extérieur : c’est son plus bel édifice ; co: pendant on doit encore citer l’hôtel-de-ville et le bâtiment où l’on apprête la soie, principale richesse de ce canion. Des inscriptions et d’autres antiquités romaines ont prouvé que Murcie portait jadis le nom de Vergilia.

La ville qui donne le plus d'importance à la province par son commerce ct par son port, destiné à contenir quarante vaisseaux de ligne et un grand nombre de navires marchands, est Carlhagène, fondée par le Carthaginois Asdrubal. Des montagnes importantes séparent son territoire de celui de Murcie, et les richesses minérales qu’elle renfermait ont été longtemps pour les Romains ce que le Mexique fut depuis pour les Espagnols. Is exploitaient l'argent et plusieurs métaux utiles. Carthagène est l’une des plus belles villes de l'Espagne ; elle est défendue par plu-

sieurs forts situés sur la côte, et par celui d’Alalaya sur une des hauteurs qui la dominent. Son arsenal est immense, ses atclicrs, ses chantiers, son bassin rectangulaire, occupent la moitié occidentme de la ville. Le plus remarquable de ses édifices est la cathédrale, formée de trois nels, et renfermant plusicurs autcls richement sculptés. Chef-lieu d’un des trois départements maritines, la profondeur et la beuuté de son nort no sont point le seul avantage qu'elle offre à la marine espagnole et étrangère. Elle possède des écoles de marine, de navigation, de mathématiques, un observatoire et un jardin botanique. Sa population cest évaluée à environ 45,000 âmes.

Une légère embarcation conduit facilement de Cathagènect plus promptement du port de Dénia à Juice ou Ihiza, l’une des Baléares. Iviza, sa capitale, est bâtie sur le penchant d’une colline escarpée qui s'élève au fond d’un golfe, ct dont le sommet est-couronné par l'évêché, la cathédrale et le clâtcau du gouverneur. La ville est entourée de murs qui la protégeaicnt autrefois des attaques qu’elle pouvait avoir à craindre des pirates. Les environs d'Ivice sont marécageux, mais fertiies en coton; le reste de l’île abonde en goudron que l’on retire du pin d'Alep (pinus Alepensis), el qui constitue avec les produits de scs riches sulines les deux principales branches de son commerce.

Ivice renferme aussi quelques groupes d'habitations auxquelles on donne le nom de villages. Les mœurs de ses habitants ont la rudesse de celles des peuples abrutis par la misère et l'ignorance, Es n’ont qu’un seul genre de modulation pour chanter leurs amours, et que le son monotone du flageolet ct du tambourin accompagnés de la castagnette, pour animer leurs danses bizarres et sans grâces, Le costume des paysans consiste en une vesle courte ct un pantalon étroit qui descend à mi jambes ; leur coiffure est un bonnet de laine rouge, et leur chaussure consiste en spardilles, ou semelles de jones termintes en pointes recourbées comme des sabots, el altachées avec des cordes du même végétal, Celui des paysannes est plus élégant : un vaste chapeau rond un peu penché sur l'oreille recouvre une guimpe qui leur enveloppe le menton et descend jusqu’à la ceinture. Celle guimpe, ouverte par derrière, laisse fotter une longue tresse de cheveux noirs; trois colliers de différentes grandeurs, dont deux supportent une croix, s’élagent sur leur poitrine; un tablier étroit richement brodé tranche sur la coulgw noire de leur jupon, ct la spardille recourbéc est, comme chez les hommes, leur principale chaussure.

Fromentera, ou, comme disent les Espagnols, Formentera, est si peu

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éloignée de la précédente, qu'il serait facile et même utile de les réunir; sa population est répartie dans plusieurs villages, On s'est plu à représenter celte Île comme infestée de serpents, de loups et de renards; mais les seuls animaux que renferment ses bois et ses prairies soat des chèvres ot des moutons devenus sauvages, et sesrivages sont garnis de ces grands oiseaux échassiers connus sous lo nom de flamans.

A peu de distance de Majorque, Cabrera est un rocher habité par quelques pätres et de nombreux troupeaux do chèvres. Elle est couverte d'arbres, ct renferme trois sources d'une cau saine et limpide. Une chapelle, élevée par ordre du duc de Joinville, réunit duns son caveau lus ossements épars, il y a encore quelques années, des malheureux prisonniers de la gucrre de 1804 à 1814.

L'ile de Majorque renfermo scize villes de 3 à 6,000 âmes ; mais Palma, sa capitale, qui en compte plus de 34,000, est seule digno d'être décrite, Elle cst entourée de murailles de 2 à 3 mètres d'épaisseur, avec 43 bastions de 50 pas de largeur; elle cst dominée par un château bâti sur le coteau de Belver. De la promenade on jouit d'une vue délicieuse sur les champs ct les jardins d’alentour, Ses maisons sont bâties en picrre ; mais l’excessive largeur des balcons rend les rucs fort étroites. Le seul édifice qui rappelle son ancienne splendeur est la Lonja, qui s'élève auprès du port. La cathédrale renferme le tombeau de don Jayme I, roi de Majorque, et fils de celui qui la conquit en 4229 sur les Maures. Cette ville, qui fut pendant longtemps le principal entrepôt de commerce entre l'Europe et l'Orient, n’a plus qu’une industrie bornée aux besoins des habitants de l'ile,

Les Pagés, ou habitants des campagnes de Majorque, ont un costume tout différent de celui des Ivizains; leurs sandales, leurs jambes nues, leurs larges culottes plissées, qui descendent jusqu'aux genoux, leur veste ronde et sans collet, leur donneraicnt beaucoup de ressemblance avec les paysans grecs, si leurs visages n'étaient pas ombragés par un large chapeau. Les femmes, chaussées de même, n'ont de particulier qu'une guimpe qui diffère de celle des paysannes d’Ivice en ce qu’elle est ouverte par devant, qu’elle flotte sur les épaules, ct que, couvrant aussi le haut de la tête, clle laisse voir sur le frent deux mèches de cheveux parlagées on bandeau ; un chapeau d'homme recouvre aussi celte coiffure du treizième siècle, Les riches habitants ont les mêmes vêlements ct les mêmes mœurs qu’en Espagne; le peuple y est hospitalier; et comme il n'y a point d’auberges dans l’intérieur de l’île, une simple recommanda-

tion suffit pour vous faire ouvrir la porte d’un paysan, qui s’empresse de vous offrir tout ce qu’il possède avec la plus franche cordialité.

À Minorque, on retrouve les mêmes costumes et les mêmes mœurs que dans l’île que nous quittons. Elle renferme cinq villes : Jamma, aujourd’hui Ciudadela, dont l'origine est probablement carthaginoise, est la plus considérable ville après Mahon, sa capitale. La principale église n’est pas sans beauté. De grandes rucs tirées au cordeau, des maisons propres et régulières, font de Mahon une résidence charmante; la cathédrale et l'hôtel du gouverneur sont peu dignes de l’aisance qui semble régner dans celte ville, qui, pendant la guerre de Napoléon contre l'Espagne, dut la richesse dont elle jouit encore à la hardiesse de ses corsaires et à la sùreté de son port, l’un des plus beaux de la Méditerranée. Le célèbre André Doria disait proverbialement qu’il ne connaissait que quatre ports : Juin, Juillet, Août et Port-Mahon. W a 4 kilomètres de long sur plus d’un kilomètre de largeur; il doit sa principale sûreté à deux coteaux escarpés qui forment ses côtés. Son entrée a 300 mètres de large, et les marins peuvent naviguer dans ses environs sans craindre les écucils.

Ici se termine notre excursion chorographique en Espagne ; mais notre tâche n’est point encore remplie : nous devons ajouter quelques mots à ce que nous avons dit de rindustrie et du commerce de cette belle contrée, Nous avons vu qu’elle est riche en soude, en savon, en sel, en fer et en autres. métaux; qu’elle produit de l'huile, des fruits secs et des vins recherchés, la laine la plus estimée que l’on connaisse, et la soie la plus belle après celle de l'Italie.

Malgré ces sources de richesse nationale, l'Espagne est peut-être le pays le plus pauvre et le plus arriéré de l'Europe. Elle semble malheureusement négliger trop souvent tout travail, toute industrie, ces vérilables sources de la richesse, pour user son énergie, sa vitalité dans la stérile agitation de ses troubles politiques. Il nous serait difficile aujourd’hui de tracer, avec quelque chance d’exactitude, un tableau résumé de l'état politique et moral de ce pays, qui pourrait si facilement, à l’aide d’un bon et sérieux gouvernement, retrouver dans son agriculture, son industrie des laines, des soies, des mines, et son commerce des vins, une prospérité qui semble l'avoir abandonné depuis trop longtemps!

Le gouvernement de l'Espagne est une monarchie constitutionnelle. La dette publique dépasse cinq mjiards de francs avec les intérêts à payer ; le budget de 1854 élait évalué à 4,174,147,894 réaux 1, et les dépenses ! Le réal vaut 0 fr, 26 c.

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