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Suite de la description de l’Europe. — Description de la Péninsule Scandinave, comprenant la monarchie Suèdo-Norvégienne. — Première section. — Royaume de la Suède.
Aux extrémités septentrionales de l’Europe, dans les régions où l’hiver, caractérisé par de longues et belles gelées, perdant la teinte grisâtre qu’il offre dans les climats tempérés, couvre la terre d’un éclatant tapis de neige et se pare souvent des feux éblouissants de l’aurore boréale; où les longs jours de l’été, plus chauds même que sous le ciel de l'Italie, doivent aux rayons brülants du soleil les bienfaits d’une végétation qui se développe avec une surprenante rapidité, vivait, dès la plus haute antiquité, un peuple qui conserva longtemps les lois et les mœurs de ses ancêtres. C'était le
1'Le rouble-argent vaut #4 fr. — Le revenu total de l'Etat s'était élevé en 1849 à près de 15 millions de roubles.
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peuple scandinave. Les Scandinaves tiraient leur nom de la Scandia insula ou Scandinavia, qu’iis habitaient, L'origine de cette dénomination vient de ce que les Romains, au temps de Pline, ne connaissaient de toute la contrée et seulement par le rapport de quelques Germaius, que le pays appelé Skane où Skone; v’est l’ancienne province de Scante, la plus méridionale de la Suède.
Le peuple scandinave qui est partagé en trois autres : Suédois, Norvégiens et Danois, conserva jusqu'au huitième siècle le même idiome qui n'en faisait qu'une seule et grande famille; c’est dans cet idiome que furent composés les chants consacrés aux mystères et aux croyances mytholo giques des Scandinaves. Les brillantes fictions qui animent encore notre poésie classique paraissent avoir été sinon enfantées, du moins colorées avec goût sous le beau ciel de la Grèce ; cependant on trouve une partie de leur éclat dans l’ancienne Edda, le plus précieux recueil des poëmes
scaldes. Le géant Fmer y crée le monde; Odin, le dieu de la Lumière, vient le régulariser et l’'embellir; pour le peupler it crée l’homme et la femme d'un tronc d’arbre, rejeté sur le rivage par la tempête. L’Asagard est l’olympe scandinave et le séjour des bienheureux; c’est là que s’éléve, au milieu des nuages, le Valhalla ou le palais d’Odin; il y est entouré de Freya, la Vénus scandinave qui, sous le nom de Vanadis, est la déesse de l'Espérance ; de Frigga, sa chaste épouse ; de Thor, son fils aîné, le dieu de la Guerre, qui de sa massue effraie la race maudite des géants; de Bragor, le dieu des Arts et de l'Harmonie, et de plusieurs dieux secondaires, dont les . attribuis ont de nombreux rapports avec ceux des demi-dieux de l’olympe des Grecs ; enfin, c’est dans le Nastrod, enfer glacé, que résident Hela, déesse de la Mort ; Surtur, le génie du Feu; le terrible serpent Jormun- Gandur, et le vorace loup Feuris, qui doit un jour dévorer Odin.
Il est difficile de ne pas reconnaîlre la frappante ressemblance qui existe entre le normano-golhique, la langue des Scaldes, celle dans laquelle est écrit le poëme d’'Edda, et le sanscrit; alphabet runique, qui rappelle les caractères phéniciens et ceux des antiques inscriptions de Persépolis, était en usage dans le Nord depuis une époque immémoriale 1. Cependant nous ne conclurons pas de cette similitude, ainsi que l’ont fait quelques savants,
1 Les caractères runiques sont ainsi appelés du vieux mot latin runa (javelot), parce qu'ils sont en forme de pointes; l'écriture persépolitaine est formée de lettres que l’on désigne sous le nom de cundiformes, à cause de leur ressemblance avec un coin, un ter de flècne.
Les caractères runiques, qui ressemblent aussi à ceux des Samaritains, des anciens Grecs et des Celtibériens, sont au nombre de seize.
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EUROPE, — DESCRIPTION DE LA SUËDE. ÿ8y
que la nation scandinave n’est pas descendue d’une race primitive et mdisène des contrées qu’elle habite encore, et que le conquérant qui, sous le nom d'Odin, fut divinisé dans les régions humides et glacées de la Scandinavie, où il fonda une croyance et un nouvel Empire, était sorti de la Tatarie.
Les peuples scandinaves s’adonnaient beaucoup plus à la chasse et à lo pêche qu’à l’agriculture, Ces occupations étaient les principales garanties de leur indépendance. C’est chez eux que semble être né le gouvernement représentatif, Es obéissaient à des chefs ou rois qui étaient à la fois juges cet grands ponlifes, et dont le pouvoir était limité par des assemblées nationales composées par des hommes libres; l'autorité souveraine était en par tie héréditaire et en partie élective: cette organisation mixte s’est même longtemps conservée en Suède, [ls n‘avaient que des habitations éparses : pour eux comme pour les Germains, l’enceinte d’une ville n’eùt été qu'une insupportable prison. Leurs mœurs étaient sévères : chez eux l'hospitalité était le premier des devoirs; la lächeté et l’adultére étaient les deux plus grands crimes. Ils inhumaient leurs guerriers sur les plages alternativement couvertes et abandonnées par les flots. Ces peuples s’étaient imaginé que les ombres des héros devaient préférer le bruit majestueux des vagues au repos silencieux d’un vallon nu d’une plaine, et que leur spectre s’élevant dans les nuages du soir, aimerait à contempler les fils d'Odin revenir de leurs expéditions lointaines en répétant les chansons guerrières qu’ils avaient inspirées.
L’estime qu’ils avaient pour leurs femmes était portée beaucoup plus loin encore que chez les Celtes et les Germains. Dans les festins, dans les réuuions publiques, dans les fêtes, les femmes occupaient toujours la place d'honneur. Celles-ci se rendaient dignes du respect des hommes par leurs vertus et par leur attachement pour leurs époux. Le respect sévère que les Scandinaves avaient pour la chasteté étail la première sauvegarde des mœurs ; les femmes ne vivaient pas séquestrées des hommes; les jeunes filles pouvaient recevoir dans leur chambre leurs parents et même leurs prétendus. Lorsque dans les voyages deux individus de sexes différents, non mariés, étaient obligés de reposer sur la même couche, l’hommie plaçait son épée nue entre la femme et lui: c’était une barrière plus sûre que les verroux des modernes. L'éducation que recevaient les filles d'un rang distingué prouve aussi le respect que les mœurs leur assuraient. Elles apprenäient à lire et à graver les caractères runiques, connaissance interdite aux esclaves; elles s’exerçaient à la musique et à la noésie : les Saga’s
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anciennes relations historiques, citent un grand nombre de princesses qui aspiraient au titre de poëte. Les femmes seules exerçaient la médecine et la chirurgie ; c'étaient elles qui pansaient les blessés : elles excellaient aussi dans l’art d'expliquer les songes, de prédire l'avenir, et de reconnaitre le caractère des individus d'après l’ensemble des traits et la physionomie. Cependant cette éducation brillante n’excluait pas les occupations domestiques : les reines mêmes savaient coudre, broder, faire le pain et la bière.
L'homme donnait aux parents de la femme un présent considérable, par lequel il était censé l'acheter ; c'était une sorte de garantie contre le divorce, c'était un frein mis à la polygamie. Souvent des femmes d’un haut rang obligeaient ceux qui les demandaient en mariage à renoncer solennellement au droit d'en épouser d’autres. Les noces étaient célébrées avec beaucoup de pompe, et, dans la règle, précédées de fiançailles non moins solennelles. On invoquait les dieux et les déesses, surtout Vara, la gard'enne des serments. La future restait le premier jour couverte d’un voile; mais devenue épouse, elle portait plusieurs clefs attachées à sa ceinture, comme symbole de son autorité domestique. La dot de la femme était restituée à sa famille en cas de répudiation du mari. Ordinairement la femme possédait une sorte de pécule ou de trousseau dont elle pouvait disposer à son gré. Souveraine dans son ménage, elle était légalement exclue de toute affaire civile ou politique; mais l’adresse, Pamabilité ou l'audace n’en donnaient pas moins à un grand nombre de femmes linfluence la plus marquée sur les résolutions de leurs époux. Les Saga’s, qui, généralement parlant, sont des mémoires de familles remplis des détails les plus minulieux, parlent rarement ‘le ménages malheureux. On y voit les femmes prendre d’assez grandes libertés envers leurs époux, leur donner des avis impérieux, même, dans un accès de jalousie, leur adresser devant toute la compagnie des chansons saliriques qu’elles improvisaient. Il s’y trouve aussi des exemples touchants de femmes qui marchaient au combat à côté de leurs époux, ou qui, après leur mort, rassemblaient des troupes pour les venger. On en vit même s’immaler sur le bücler de leur époux après sa mort, mais cet usage ne [lt jamais universel dans le Nord, quoi qu’en aient dit plusieurs savants danois et suédais.
Nous bornerons à ces quelques lignes le tableau de la religion et des mœurs des anciens Scandinaves; de plus grands détails nous éloigneraient d’ailleurs de notre sujet principal.
Reprenons donc motre course géographique à travers l'Europe, et décrivons l’état actuel de la Scandinavie,
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La péninsule scandinave s'étend entre l'Océan glacial, la mer du Nord et la Baltique, sur une longueur de 450 lieues et une largeur de 90 à 100 lieues, Cette vaste contrée, dont on peut évaluer la superficie à 38,000 lieues carrées, se soude à l’Europe continentale par les plaines toujours glacées de la Laponie et de la Finlande. Elle est partagée en deux parties inégales par les montagnes que nous avons désignées! par le non de système scandinavique (monts Kælen ou Kiolen), Ces montagnes divisent non-seulement la presqu’ile en deux régions physiques distinctes, mais encore en | deux parties qui diffèrent sous le rapport politique ; elles séparent, en effet, la Suède de la Norvége, aujourd'hui réunies sous un mème sceptre,
Nous suivrons, dans la description de la monarchie Suédo. Norvégienne, l’ordre qui nous est naturellement tracé par cette double division physique et politique ; nous commencerons par la description (lu royaume de Suède.
La Suède occupe la plus grande partie de la péninsule scandinavique, la distance des monts Kiolen à la mer est beaucoup plus grande qu’en Norvége, les terrains y ont moins de pente, les cours d’eau y sont plus considérables, et les lacs plus nombreux et plus étendus. Le plus important de ses fleuves est la Tornéa, dont le cours inférieur sépare la Suède de la Finlande. Il sort du lac du même nom, situé au pied des monts Kiolen, et qui$ parmi les rivières qu'il reçoit, compte le Muonto, barrière naturelle qui complète celle que forme la Tornéa, Celle-ci parcourt une longueur de 140 lieues. La Luléa, qui se jette comme la précéde.te dans le golfe de Bothnie, n’a que 80 lieues de cours, et l'Uméa n’en a que 75. En avançant toujours vers le sud nous verrons le Dal qui, formé de deux torrents impétueux, l'OEster-Dal et le Wester-Dal, a, jusqu’à son embouchure dans le golfe de Bothnie pès de laquelle il forme une belle caseade, 110 lieues détendue. Endn, la Gota ou Güla-elf, qui, avant d'entrer dans le lac Wenern, porte le nom de Klar, tombe dans le Cattégat après un cours d'environ 420 lieues, et en se frayant un chemin au milieu des rochers escarpés qui forment des cataractes efllrayantes. Toutes ees rivières, et beaucoup d’autres que nous ne nommerens point, traversent des lacs d'une grande superficie ; les quatre plus importants de ces laes sont, dans l'ordre de leur grandeur, le Wenern ?, le Malawn5, le Wettern #, ex le Hielmar °; ils sont tous quatre situés dans la Suèice mémdionale; le premicr est le
1 Livre CXXXII, page 176.
2 Le Wenern long de 35 lieues sur 20 de largeur
8 Le Mülarn a 25 lieues de long sur 9 à 18 de large.
“ Le Wettern de 24 lieues de long sur 6 à 7 de large. 5 Le Hielmar à 16 lieues de long sur # de large.