‹ Géographie complète et universelle ou Description de toutes les parties du monde sur un plan nouveau [microforme]Chapitre 27 sur 108 · ASIE · texte numérisé non relu

ASIE

Descript’on de l’Asie. — Généralités sur cette partie dn monde. — Montagnes, fleuves, mers et golfes: — Température. — Productions. — Habitants. — Etat civil et politique.

C’est de PAsie que, selon les traditions les plus accréditées, ont jailli les premières clartés de la civilisation générale; c’est par l’Asie que nous com- mencerons cette série de descriptions, qui ressemblera, en quelque sorte à un voyage autour du monde.

Rien ne prouve que les anciens peuples asiatiques aïent reconnu ces grandes divisions du globe que nous appelons parties du monde, ni qu’ils aient désigné celle où ils demeuraïent sous le nom d’Aste. La conjecture du savant Bochart, d’après laquelle ce nom viendrait d’un mot hébreu ou phénicien qui dénote le melieu, n'a donc aucun fondement historique. Il faut en dire autant des spéculations de quelques étymologistes sur le rapport mystérieux qui semble exister entre le nom d’Asie et le mot 4s, par lequel plusieurs nations européennes désignent en général une divinité. Tenons-nous à des faits certains : le nom d’Asie désignait, selon Homère, Hérodote et Euripide, une contrée de la Lydie qu’arrosait le Cayrtre, et où même des géographes d’un âge postérieur connaissaient une tribu d’Asiones et une ville d’Asia. Il paraît naturel que les Grecs aient étendu peu à peu ce nom d’une seule province à toute l’Asie mineure, et ensuite aux autres contrées orientales, à mesure qu’ils en eurent connaissance. C’est ainsi que les Français ont étendu à toute la Germanie le nom du

1 Ja conserve, autant que leur exactitude me le permet, les articles des anciennes éditions dûs à la révision de M. Huot. C’est un devoir pour moi de rendre.cet hom-

inage à la patiente érudition du savantmodeste qui avait contribué à populariser cet ouvrage. V.A. M-B,

duché d'Allemagne; c’est ainsi que l'ancien canton d’Jfalia, resserré dans un coin de la Calabre, a donné son nom à’ la grande péninsule dont il ne formait qu’une portion peu considérable.

Les limites de l’Asie sont en partie naturelles et constantes, en partie susceptibles d'être contestées. Au sud-ouest, le détroit de Babel-Mandeb et le golfe d'Arabie la séparent de l’Afrique, à laquelle l’isthme de Suez la rattache sur un seul point. Vers l’occident, la mer Méditerranée, l’Archipel, les détroits des Dardanelles et de Constantinople, la mer Noire et le détroit de Caffa, forment la séparation del’Asie et de l’Europe; mais depuisle détroit de Caffa ou de Kefa jusqu’à celui de Vaïgatch, près de la Nouvelle-Zemble ou Nouvelle-Zemlie, la frontière devient incertaine. On suit communément l'opinion de la plüpart des anciens, qui regardaient le Tanaïs, aujourd’hui le Don, comme [a limite naturelle des deux parties du monde; mais le cours tortueux de ce fleuve, dont les anciens n’avaient que des idées vagues, a conduit les géographes dans, un labyrinthe d’opinions contradictoires !. Les uns ont tiré une ligne de l'embouchure du Don à celle de la Dvina, dans la mer Blanche; les autres ont dirigé cette ligne sur l'embouchure de l’Obi : l’un et l’autre système n’a pour base que le bon plaisir de ceux qui les ont proposés. Les académiciens de Pétersbourg ont enfin démontré le principe désormais incontestable, que la chaîne des monts Ourals ou Ouraliens marque la séparation naturelle de l’Europe et de l’Asie septentrionale. Déterminé à lier cette limite, aujourd’hui généralement adoptée, avec les droits imaginaires qu’un ancien préjugé accordait au fleuve Tanais, le savant Pallas a essayé de tracer une ligne de démarcation qui, en suivant le contour de ces vastes plaines salines dont la mer Caspienne est bordée au nord, laisse en Asie les gouvernements russes d’Orenbourg et strakhan, et, franchissant le Volga à Tzaritsyne, vient se confond: . ec le Don ?. Cet arrangement de Pallas offre ‘’inconvénient de partager le cours d’un grand fleuve entre deux parties du monde, et de ne se rapporter en général qu’à des circonstances naturelles, à la vérité, mais trop peu marquantes pour avoir de l'influence sur la géographie.

Mais il est encore plus rationnel et plus conforme aux principes géographiques de choisir pour limite la ligne de partage des eaux : cette ligne est nécessairement la crête du Caucase. Ainsi, depuis cette chaine, les côtes occidentales de la mer Caspienne nous marqueront la frontière de

1 Voyez les cartes de Sanson, de Delisle, d'Homunn, etc.

2 Commentarii Pecropol. I. Plan d’uue description de la Russie. Pallas, Observ. sur les montagnes, c:c.

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Depuis le détroit de Vaïgatch, la mer Glaciale borne l’Asie. Cette partie du monde est parfaitement séparée de l’Amérique septentrionale par le détroit de Bering. À commencer par ce détroit, le grand Océan (où l'océan Pacifique) forme la limite orientale de l’Asie. Les iles Aléoutiennes, et celles qui en sont voisines, doivent appartenir à l'Amérique, n’étant qu’un prolongement de la presqu’île d’Alaska.

Mais quelle frontière ‘donner à l’Asie vers le sud-est? Faut-il suivre les anciens errements? Faut-il dire que les îles Mariannes, les Philippines, les Moluques, Célèbes, Bornéo et Java, font partie de l’Asie, tandis que la Nouvelle-Guinée et la Nouvelle-Bretagne ne lui appartiennent pas? Il n’y a aucune limite naturelle dès qu’on entre dans cet immense archipel qui s'étend entre le grand Océan et l’océan Indien. Nous ne pouvons nous empécher de voir dans le détroit de Malacca et dans le passage entre les Philippines et l’île Formose la frontière la plus naturelle de l'Asie. Toutes les îles à l’est de cette séparation, jusqu’à la Nouvelle-Zélande et aux iles de la Société, forment évidemment une cinquième partie du monde, de laquelle la Nouvelle-Hollande est le tronc principal. Un coup d'œil sur une carte moderne de la mer du Sud suffira pour convaincre tout homme instruit de la vérité de cette idée, et des avantages qui résulteront de son adoption pour la distribution méthodique des descriptions géographiques.

Au sud, l'océan Indien sépare l'Asie de l'Afrique, en sorte que les îles Maldives appartiennent à l'Asie, celles de France, de Bourbon et de Mahé, à l'Afrique, quoique dans l’idiome des commerçants et des navigateurs français on parle quelquefois de ces dernières îles comme si elles faisaient partie des Indes orientales. L’île de Socotora, qui incontestablement appartient à l’Afrique, est cependant, dans beaucoupd’ouvrages, décrite comme étanten Asie.

Circonscrite dans les bornes que nous venons d’indiquer, l’Asie offre, avec ces Îles, une surface qu’on peut évaluer à 2,100,000 lieues géographiques carrées, ou 933,350 myriamètres, c’est-à-dire plus de cinq fois la superficie de l’Europe. La plus grande longueur de cette partie du monde, prise obliquement depuis l’isthme de Suez jusqu’au détroit de Bering, est de 2,390 lieues, ou 1,063 myriamètres. Prise sous le 30e parallèle de Suez à Nanking, sa longueur n’est que‘de 960 myriamètres ; sous le 40° parallèle, du détroit des Dardanelles à la Corée, elle est de 965 myriamètres, et sous

le cercle polaire de 569 myriamètres. La largeur du nord au sud se mesurc entre le cap Comoriu dans l’Inde, et le cap Taïmoura en Sibérie, et s'élève à 682 myriamètres. Sa plus grande largeur depuis le cap Severo-Vostotchnoï (cap Sacré) jusqu’au cap Romania, à l’extrémité de la presqu'île de Ma lacca, est de 4,825 lieues ou de 842 myriamètres. Îl résulte de ces dimensions que la principale masse du continent de l’Asie est située dans la zone tempérée septentrionale. Ce qui se trouve dans la zone torride nous paraît former : du total : seulement .‘ se trouve au delà du cercle polaire; mais d’autres circonstances physiques étendent presque sur la moitié de ce continent l’influence du froid polaire.

Pour nous former une idée exacte des températures si opposées qui règnent en Asie, commençons par décrire ses principales chaînes de montagnes, qui nous serviront ensuite à distinguer les grandes régions physiques dans lesquelles la nature elle-même a partagé cette partie du monde.

Nous connaissons très-peu les innombrables ramifications des montagnes de l’Asie, cependant nous savons assez quelle est la direction des chaînes principales pour reconnaître qu’elles forment cing systèmes principaux : l'Himalayen, \ Ouralien, le Caucasique, V'Arabique et l'Indien. Nous allons étudier en détail chacun de ces systèmes.

* Le système Himalayen est non seulemeni le plus considérable de l'Asie, mais du monde entier; il couvre de ses ramifications toute l’Asie centrale. Examinons séparément les parties qui le composent. ji

Le groupe de l’Altai, que quelques géographes ont à tort partagé en grand et petit Altaï, distinction arbitraire entièrement inconnue aux habitants des régions qu’oceupent ces montagnes, entoure les sources de lIrtyche et du Ienisei : à l’est il prend le nom de Tangnou, celui de monts Sayaniens entre les lacs Kousoukoul et Baïkal; plus loin celui de Haut- Kentai et de monts de Daourie; enfin au nord-est il se rattache au Iablonnoïi-khrebet (chaine des Pommes) et aux monts Aldan, qui se prolongent le long de la mer d’Okhotsk.

Selon les géographes chinois, ainsi que le prouve la description de l’AItaï, traduite de la Grande géographie de la Chine par M. Klaproth, l’Altaï s’étend sur une longueur de 2,000 li, ou environ 350 lieues ; plusieurs branches, dont quatre principales, s’en détachent. Ainsi l’on voit, par ce po age, que les Chinois comprennent aussi sous la dénomination d’Altai un groupe de montagnes ; car l’Altaïi proprement dit occupe à peine un espace de 7 degrés de longitude de l’ouest à l’est, c’est-à-dire une longueur de 445 lieues. H s'étend, dans sa largeur moyenne, entre le 50e degré de

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Le nom d’Altai est turc; en mongol on nomme Alta-iin-Oola, c'est-àdire Mont- dOr; les anciens Chinois l’appellent Kin-chan, nom qui a la même signification. Il est probable que cette dénomination de Mont-d’Or lui vient de l’abondance de ce métal, abondance qui était beaucoup plus grande jadis qu'aujourd'hui, à en juger par la quantité qu’on en trouve dans les anciens tombeaux que l'on remarque dans les vallées qui se dirigent vers l'irtyche supérieur.

C’est dans la chaîne de l’Altai que se trouve, sous le 46° parallèle, unc cime appelée en mongol sommet de l’Altaï (Alta-iia-niro) : est-elle, comme l'indique son nom, le point culminant du groupe? c'est ce que l’on ignore encore. Elle aurait alors au moins 3,576 mètres de hauteur, puisque le sommet, appelé Iyikoïi (Mont-de-Dieu ), eten kalmouk Alas-Tagh (Mont- - Chauve), sur la rive gauche de la Tchouïa, parait s’élever, suivant M. Bunge, à près de 3,508 mètres, la cime d’Itolitzkoi a 40,806 mètres, et le Tagtau environ 9,500. Le Tangnou doit être aussi très-haut, puisqr'ilest toujours ceuvert de neige. Ces montagnes paraissent d’autant plus élevées, que les plaines qui leur servent de base le sont peu ; ainsi, celles qui s’étendent au sud du lac Dzaïzang, et au nord du lac Balkachi, ne sont pas à plus de 3,080 mètres au-dessus du niveau de l'Océan. Au nord du lac Dzaizang elles n’ont que 500 mètres, et plus loin, sur les sors de l’Irtyche, elles n’ont que 350 mètres, enfin, près de Barnaoul, sur la rive gauche de l’Obi, elles n’ont pas 425 mètres.

Entre le 50° et le 59e parallèle, se prolonge de l’est à l’ouest, sur une étendue de 260 lieues environ, une chaine qui va se terminer dans la steppe des Kirghiz, tandis que sur nos cartes on étend cette chaîne de l’Altai sous les noms d’Aghidin-tsano ou Aghidin-chamo jusqu’aux montagnes de l’Oural. Ce qui a fait naître cette erreur dans le tracé d’un prolongement imaginaire qui s’étend à l’ouest, presque au double de la réalité, c’est qu’au milieu de collines de 450 à 200 mètres de hauteur s’élèvent brusquement, çà et là, à 350 ou 400 mètres au-dessus de la plaine, des sommets isolés qui trompent le voyageur peu accoutumé à mesurer les inégalités du terrain, et qui lui font croire à l’existence d’une chaine importante.

La chaîne Altaïique offre au géologue des schistes argileux et traumatiques {grauwæk) en contact avec les diabases, renfermant des pyroxènes, des roches calcaires compactes de transition, de la galène argentifère ; (dans le Kourgan-Tagh) la malachite, le jaspe, le cuivre natifet la dioptase;

(dans l’Ayn-Toubé ou Colline d’Or). Les ravins présentent successivement le porphyre, le granit et le schiste ; enfin les terrains inférieurs sont couverts de gneiss, de porphyre; on y rencontre des agathes, des cornalines et des calcédoines.

A l’est de l’Irtyche, et non loin des bords de l’Obi, s'étendent plusieurs rameaux de l’Altai. Celui que les Russes nomment Kolyvansk est composé, suivant les détails publiés dans le Journal des Mines, imprimé à Saint- Pétersbourg en 1831 , de roches qui sont riches en filons d’argent, de cuivre et de plomb : les montagnes que forment ces roches n’atteignent pas plus de 900 mètres ; leurs flancs sont couverts de dépôts diluviens aurifères. Deux autres rameaux, les mont Salaïr et les monts Khoksoun, composés à peu près des mêmes roches que les monts Kolyvansk, renferment également des richesses métalliques : les premiers des sables aurifères, et les seconds des mines d’argent. M. de Humboldt porte à 70,000 marcs la quantité d’argent que fournissent lesexploitationsde l’Altaï, et à 4,900marcs celle de l’or de lavage ; mais ces produits ont dù augmenter dans les dernières années par la découverte de nouveaux gisements.

L’Altai ne présente pas, comme les Alpes, des cimes déchirées ou dentetelées, et des aiguilles ou des pyramides colossales; il se termine au contraire par de larges plateaux granitiques dont la roche se e-asamose, et Couvre de gravier ses sommets et ses flancs.

Le Tarbagataï, ou mont des Marmotte , ainsi appelé de la grande quantité de ces animaux qu’on y trouve, est une chaîne de l’Altaïi qui borde à lorient la steppe des Kirghiz, entre les lacs Dzaïzang et Balkhachi. Cette chaine est fort élevée; elle forme presque un angle droit avec celle d: l’Altaï proprement dit, dont un des sommets, le Kourtou-dabahn, c’est-àdire le mont à Monceaux-de-Neige, va se joindre au Gourbi-dabahn, et donne naissance à l’Irtyche. C’est dans le bassin que forment ces deux chaînes avec celle du Thian-chan au sud, que l’on trouve des cavernes de sel ammoniac, des solfatares fumantes, et un volcan, l’Araï-Toubé, montagne conique située au centre du lac Alakoul, et dont un grand nombre de témoignages et de traditions attestent l’ignition dans les temps historiques !,

Le groupe du Thian-chan, nom chinois qui signifie monts Célestes, porte aussi ceux de Siue-chan (mont Neigeux) et de Pe-chan (mont Blanc). Son r.om turc Tengritagh signifie aussi monts Célestes. Sa latitude moyenne est le 42e degré; son point culminart paraît être la masse de montagnes

1 Voyez l’article Altaï de M. Huot, dans l'Encyclopédie pittoresque, et les Fragments de Géologies et de Climatologie asiatiques, par M. H. de Humboldt.

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ASIE. — GÉNERALITÉS. 28!

remarquable par ses trois cimes couvertes de neiges perpétuelles, et connue sous le nom de Bokhda-Oola (montagne Sainte), nom qui a fait donner par Pallas’celui de Bogdo à toute la chaîne. Du Bokhda-Oola et du Khetoun-bokhda (mont majestueux de la Reine), le Thian-chan, dit M. de Humboldt, se dirige À l'est vers Bar-koul, où, aa nord de Hamni, il s’abaisse brusquement et s’aplanit au niveau du désert élevé nommé le Grand-Gobi ou Chamo. Si du Bokhds-Oola on se dirige vers l’ouest, on trouve près du lac Balkach ou Balkachi la chaîne appelée Tarbagatai, qui se réunit à celle d’Alas-Tagh par une suite de collines. Lenom d’Alas-Tagh a été donné mal à propos par quelques géographes à toute la chaîne du Thian--chan. Au sud de l’Alas-Tagh se dirige, du nord au sud, un dos de montagnes qui porte le nom de Bolor ou Belour-tagh, en ouigour Boulyt-tagk, uom qui, suivant M. Klaproth, signifie mont des Nuages. C’est dans ces montagnes que le voyageur Marco-Polo a observé le premier un fait qui a été sighalé depuis sur quelques montagnes très-élevées : c’est la difficulté d’y allumer et d’y entretenir du feu. Cette chaîne sépare la Petite-Boukharie de la Grande. Elle traverse le prolongement occidental du Thian-chan qui prend le nom du Mouzfagh. Celui-ci, à l'ouest des monts Bolor, est appelé d'Asferah-tagh, et se couvre de neiges perpétuelles. La chaîne du Bolor est si âpre et si impraticable, dit M. de Humboldt, qu’il ne s’y trouve que des cols qui, depuis les temps les plus anciens, ont été fréquentés par les armées et les caravanes : l’un, au sud, est entre Badakkchan et Tchitral ; l’autre, au nord, est à l’est d'Ouchi aux sources du Sihoun.

La chaîne du Bolor, en unissant le Thian-chan au Æuenlun ou Kouenloun, appelé aussi Koulkoun, forme avec ces deux chaînes un seul groupe. La partie la plus voisine du Bolor porte le nom de Thsoung-ling, c'est-à-dire monts des Oynons ou montagnes Bleues, car Thsoung, en chinois, signifie à la fois ognon et bleu; maïs la signification d’ognon est la plus exacte, puisque l’ognon sauvage est très-commun dans ces montagnes ; il y forme même des touffes sur lesquelles il est dangereux de marcher, surtout dans les chemins escarpés, parce qu’elles rendent le pied glissant et font tomber les voyageurs et les bêtes de somme. Ces montagnes sont remplies de glaciers et couvertes de neiges profondes. Les routes qui les traversent sont raides et äifficiles. Le Thsoung-ling est riche en rubis, en lapis-lazuli et en turquoises.

L’Hindou-koh paraît être la continuation occidentale du Thsoung-ling où du Kouen-loun : c’est une chaîne considérable qui part du mont Bolor ei se continue de l’est à l’ouest sous les noms de monts du Khorassan et

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monts Elbourz jusqu'au delà du Téhéran, au sud de la mer Caspienne.

Du Thsoung-ling, le Kouen-loun se dirige de l’ouest à l'est, sous le nom d’Oneoulfa, au delà des sources du Houang-ho ou fleuve Jaune, et pénètre avec ces cimes neigeuses dans la Chine proprement dite. Au nord, et presque sous le méridien de ces sources, se trouve le Khoukhounoor ou le lac Bleu, qui a plus de 25 lieues de longueur et 75 de circonférence : il donne son nom au pays au milieu duquel ilest situé, etaux montagnes qui le bordent au nord, et qui vont s’appuyer sur la chaîne neigeuse des Nanchan, Ki-lianchan et Alachan-Oola, en chinois Holan, qui s'élèvent at nord du Houang-ho. Entre ces chaînes et celles du Thian-chan. les montagnes du Tangout bornent aü nord le haut désert de Gobi.

Au sud de la chaîne du Bolor s'étend celle de l’Æimalaya (en sanscrit séjour de la neige), le mont Imaüs des anciens, qui se dirige généralement du nord-ouest au sud-est. Mais bien qu’il ne soit pas parallèle au Kouenloun, il s’en rapproche tellement sous le 70° degré de longitude, qu’il semble ne former qu’une seule masse avec l’Hindou-koh et le Thsoung-ling. Le sommet le plus remarquable de l'Himalaya est le Tschamalari, qui paraît dépasser de plus de 20 mètres la hauteur du Dhavaladgiri, qui en a 8,954. On le distingue des plaines du Bengale à plus de 80 lieues de distance. Le nom de Dhavaladgiri signifie Mont-Blanc; il est composé de deux mots sanscrits dhavala, blanc, et dgiri, montagne. Le Djavahir vient ensuite, il a 8,583 mètres. M. Bopp présume que dans ce nom la finale hir remplace dgiri. Djava signifie vitesse. Tout le monde sait aujourd’hui que les cimes de l'Himalaya sont les plus hautes du globe; mais la température de certaines localités y indique de profondes dépressions cu sol. Ainsi la douceur des hivers et la culture de la vigne dans les jardins de Hlassa annoncent l’existence de vallées profondes et d’affaissements circulaires. L'Himalaya offre sur la hauteur où les neiges se conservent un phénomène remarquable : sur la pente méridionale la limite des neiges atteint 3,500 mètres au-dessus du niveau de la mer; sur le versant septentrional au contraire elle est à 5,200 mètres, cette différence est due au rayonnement sur le vaste plateau auquel cette chaîne est adossée. Les mythologues hindous déifient l'Himalaya et le considèrent comme le père du Gange et de sa sœur Ouma. Du mont Kaïlas, en tibetain Gang-disri (mont couleur de neige), le mont Kenfaisse des cartes de d’Anville, partent la chaine de Kara-Koroum-Padicha, qui se dirige au nord-ouest, les chaînes neigeuses de Hor, ou Khor, et de Zzang, ou Dzang. Le Hor se rattache au Kouenloun, en passant près du Tengri-n0or (lac du Ciel), plus considérable en-

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Au sud du mont Kaïlas, à l’est du Djavahir et à la naissance de la chaîne du Dzang, on remarque deux lacs situés à peu de distance l’un de l’autre. Le plus méridional, appelé Manassarovar, ou Mapham-dalaï, long de 5 lieues et large de k, est aux ycux des Hindous le lieu de pèlerinage le plus sacré; les Tibetains y viennent de très-loin pour y jeter une partie des cendres de leurs amis. Il est à 5,164 mètres au-dessus du niveau de la mer, c’est probablement le lac connu le plus élevé du globe. On recueille sur ses bords le meilleur borax du Tibet; ses environs sont riches en lapis et en dépôts diluviens aurifères très-riches, que le gouvernement tibetain ne laisse point exploiter. Ses eaux limpides s’écoulent dans l’autre lac, au pied du Kaïlas. Celui-ci, nommé Ravana-hrada, ou Lanka, est plus considérable ; il a 8 lieues de longueur sur 3 de largeur, donne naissance au Lang-Tchou, qui, réuni au La-Tchou, prend le nom de Setledje.

Entre les méridiens de Gorkha et de H'lassa, la chaîne de l'Himalaya envoie au nord, vers la rive droite du Dzang-bo, plusieurs rameaux couverts de neiges perpétuelles, dont le plus haut est le Farla-Chamboï-gangri, c’est-à-dire, en tibetain, la montagne neigeuse dans le pays de Dieu existant par lui-méme. Cette cime est à l’est du lac Famrouk-youmdzo, ou plus correctement Far-brok-youmthso, que nos cartes nomment Palté, probablement du nom d’une ville située au nord, que les Tibetains nomment Bhaldi ; ce lac ressemble à un anneau, parce qu’une ile en occupe le centre et presque toute l’étendué.

La chaîne de l'Himalaya est composée de granit, de gneiss, de micaschiste avec disthène, et d’amphibolites connues sous les roms de diorite et de grunslein primitif. Lorsqu'on examine la constitution géognostique de cette importante chaine, entre les méridiens du lac Manassarovar et le glacier des sources du Gange, on est frappé, dit M. de Humboldt, de la ressemblance parfaite qu’elle offre avec celle des Alpes dans les environs du mont Saint-Gothard.

Le système himalayen s'étend jusqu’aux extrémités orientales de l’Asie, au sud-est comme au nord-est. C’est une de ses chaînes qui va former la presqu'île de Malacca, tandis qu’une autre se termine au bord du May-kang, ou May-kaoung, sous le nom de Kimoys. A l’est, une autre chaîne aux sommets neigeux traverse la Chine et donne naissance à file de Formose. C’est probablement un prolongement semblable appartenant au

Thian-chan qui va former la presqu’ile de Corée et les iles du Japon.

Cet immense système présente des volcans dans quelques points et des roches volcaniques à l’ouest comme à l’est, au nord comme au sud. Nous avons vu que le volcan d'Arat-Toubé appartient au groupe de lAltai; le Pé-chan, ou Mont-Blanc, appelé aussi Mo-chan et Aghie, c’est-à-dire montagne de. Feu, dépend de la chaîne du Thian-chan. On le nomme sujourd'hui Khalor ; mais son nom en turc est Echïk-bach, ou tête de chamois, Des relations qui ne sont pes très-anciennes, entre autres celles des missionnaires, nous montrent ce volcan vomissant sans interruption du feu et de la fumée. Au sud de cette montagne, les flancs du Thian-chan sont remplis de cavernes et de crevasses d'où l’on tire une grande quantité de sel ammoniac. Suivant une description de l’Asie centrale, publiée à Peking en 4777, ces ouvertures sont remplies de feu au printemps, en été et automne, de sorte que pendant la nuit la montagne paraît comme illuminée par des milliers de lampes. Alors personne ne peut s’en approcher. Ce n’est qu’en hiver, lorsque la grande quantité de neige amortit le feu, que les indigènes travaillent à ramasser le sel ammoniac. Ce sel se trouve dans les cavernes sous forme de stalactites. A l’ouest et à 45 milles du Pé-chan, entre la chaîne du Thian-chan et celle de l’Alas-Tagh, le lac appelé en kalmouk Te-mourtou, c’est-à-dire le Ferrugineux, en kirghiz Tous-Æoul, en chinois Fan-Har, ou le lac salé, et en turc Jssi-Koul, le lac chaud, a 47 à 48 lieues de longueur sur 6 à 7 de large. Au sud de la chaîne du Thianchan se trouve le volcan de Tour-fan, appelé aussi Ho-{cheou, du nom d’une ville jadis située auprès et aujourd’hui détruite.

Le système ouralien se compose des monts Ourals proprement dits, qui se distinguent du nord au sud en Mont-Poyas, Oural Verkhotourien, Oural d'Iekaterinbourg et Oural Bachkirien. Les rameaux qui s’en détachent

sont peu élevés et portent les noms des monts Ob/chei-syrt, Ilmen, Gou-'

berlinsk, en Europe, et ceux de Moughodjar et d’'Oust-Ourt, en Asie.

On a considérablement exagéré la hauteur des cimes de ce système. Non seulement, dit M. Ferry, qui l’a parcourue, la chaîne entière est peu élevée au-dessus du niveau de la mer, mais elle le paraît encore moins qu’elle ne l’est réellement. Cette illusion est l’effet de la grande largeur de la chaîne qui couvre partout un espace de plus de 50 lieues. On n’y trouve point les précipices, les cascades, les torrents, les grands traits qui caractérisent les grandes montagnes. La chaîne occidentale qui est la plus élevée atteint 4,137 à 1,299 mètres.

Cette partie des monts Ourals est composée de trois chaînes parallèles

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dirigées du nord-est au sud-ouest, et séparées par deux vallées dont la plus large est celle de l’Oural ou de l’laïk. La chaine e est composée de granit, de gneiss, de micaschiste et d’une ntiellement

siliceuse appelée quartzite. La Belaïa, rivière de 200 à 220 lieues de cours, la traverse pour aller se jeter dans la Kama; il en est de même d: ï"Owfa, qui parcourt un espace d'environ 430 lieues et qui est le principal affluent de la Belaïa. L’Oui, rivière de 70 lieues, et plusieurs autres moins cousidérables traversent les monts Ilmen. L’Jaik ou l’Owrai est un fleuve dont le cours tortueux a plus de 700 lieues de longueur. Dans sa partie supérieure, ses bords sont hérissés de rochers escarpés et très-hauts, formés de serpentines et de diorites aurifères ; mais en s’approchant de la mer Caspienne ils deviennent plats, et ses eaux serpentent à travers des steppes arides et couvertes d’efflorescences salines. C’est par plusieurs bras, dont trois principaux, qu’il se jette dans la mer. Aux approches de l'hiver, ce fleuve devient extrêmement poissonneux. On croit que l’Oural est le Rhymnus des anciens.

Dans la chaîne orientale dominent des granits riches en beaux minerais de fer et de cuivre. Les monts Ilmen, composés principalement de granitgneiss, ont été signalés depuis comme renfermant de très-gros zircons et corindons. Sur les bords de la Belaïa, entre la chaîne occidentale et moyenne des monts Frendik, on remarque des roches qui renferment des dépôts de cuivre et d’or; c’est à leur décomposition et à celle du schiste silicieux que sont dues les alluvions qui fournissent par le lavage la plupart de l’or que l’on tire de cette contrée. Quelques montagnes que nous n’avons pas encore nommées, telles que celles de Ouachkovsk, sont granitiques ; celles de Tachkou-targavsk et celles de Maldakavsk sont composées de diorites, de schistes talqueux et de granits à grain fin.

Les mines de fer sont extrêmement abondantes dans les monts Ourals : une seule localité suffira pour en donner une idée. La montagne de Blagodat, située dans la chaîne orientale, sur le versant asiatique, est une butte conique d'environ 240 mètres de hauteur au-dessus de la petite rivière de la Kouchva. « Sa forme arrondie, son sommet conique et son isolement la « rendaient remarquable avant que l’on eût commencé l’exploitation des « mines qu’elle recélait, et les travaux que l’on y a faits lui donnent une « forme encore plus pittoresque. Près de la moitié du cône a conservé « ses arbres et sa verdure; une partie de l’autre moitié est dépouillée de « la forêt qui la couvrait, et sillonnée de chemins pour les diverses ex- « ploitations; le reste de la montagne, depuis le pied jusqu’au sommet,

est taillé en gradins d’une hauteur prodigieuse, et disparaîtra peu à peu sous les marteaux des mineurs. Mais des siècles s’écouleront avant que l’on soit dans le cas d’attaquer les parties de la montégne qui sont encore intactes. Cependant, comme les forges de la Kouchva, de la Toura et plusieurs autres tirent de Blagodat ie minerai qu’elles travaillent, la quantité de fer que cette montagne fournit chaque jour s'élève à plus de 4,000 quintaux, et à peu près le double de minerai. La masse métallique dont la montagne est presque entièrement formée s’enfonce au-dessous du niveau de la rivière à une profondeur que la sonde n’a pu mesurer; lorsqu’en suivant le mode actuel d’exploitation, la montagne sera totalement rasée, loin que la mine soit épuisée, elle n’aura pas même donné la moitié du métal qu’elle contient 1. » À l'est des monts Moughodjar commence une région remarquable en ce qu’elle est dépourvue de montagnes et de collines, et qu’elle est couverte de petits lacs jusque sur les bords de Plrtyche, c’est-à-dire jusqu’à la naissance de l’Altai. Cette région comprend deux groupes principaux de ces lacs : celui du Balek-Koul et celui du ÆKoum-Koul au sud du précédent; elle indique, d’après M. de Gens, une ancienne communication d'une masse d’eau avec le lac Ak-Sakal, encore plus au sud, et dans lequel se jettent le Tourgaï et le Kamichloï-Irghiz, rivières peu importautes, ainsi qu’avec le grand lac Aral. « C’est, ajoute M. de Humboldt ?, « comme un sillon que l’on peut suivre au nord-est au delà d’Omsk entre « l'Ichim et l’Irtyche à travers la steppe de Baraba, où les lacs sont si « nombreux, puis au nord au delà de l'Ob à Sourgout, à travers le pays « des Ostiaks de Berezof jusqu'aux côtes marécageuses de la mer Glaciale. « Les anciennes traditions que les Chinois conservent d’un grand lac Amer « dans l’intérieur de la Sibérie, lac que traversait le cours du lenisei, se rap- « portent peut-être au reste de cet antique épanchement du lac Aral et de la « mer Caspienne au nord-est. Le desséchement de la steppe de Baraba, que « j'ai vue en allaut de Tobolsk à Barnaoul, augmente constamment par la « culture ; et l'opinion que M. Klaproth a énoncée relativement à la me* « amère des Chinois est de plus en plus confirmée par les observations géo- « gnostiques faites sur les lieux. Comme s’ils eussent été assez heureux « pour deviner l’ancien état de la surface de notre globe lorsque les cours « d’eau st l'évaporation ne présentaient pas les mêmes phénomènes qu’au-

1 Ferry : Article Ourals (monts), dans la Géographie physique de l'Encyclopédie méthodique.

3 Fragments de Géologie et de Climatologie asiatiques.

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l'Encyclopédie

« jourd’hui, les Chinois nomment la plaine salée qui entoure l’oasis de « Hami, au sud de Thian-chan, la mer desséchée (Han-Haï). »

Le système caucasique se compose de deux groupes distincts : celui du Caucase au nord, et celui du’ Taurus au sud. Le premier s'étend depuis la mer Caspienne jusqu'à la mer Noire; il est formé d’une chaîne dirigée du sud-est au nord-ouest. Un de ses rameaux au sud va se rattacher au second groupe, composé des monts Taurus qui se dirigent vers l’ouest, et des monts Elvend qui prennent la direction du sud-est. On peut y rattacher aussi le groupe du Liban, bien qu’il en soit séparé par la vallée qu’arrose l'Oronte. Si le versant européen ou septentrional du Caucase ne présente que des vallées étroites arrosées par de nombreux cours d’eau, il n’en est pas de même du versant asiatique ou méridicnal : sur celui-ci le bassin du Kour, dirigé de l’ouest à l’est vers la mer Noire, n’a pas moins de 450 à 180 lieues de longueur. A l’opposé se trouve celui du Riont, dont les eaux se déchargent dans la mer Noire, et qui a environ 50 lieues de longueur.

Le massif du Caucase se divise dans toute sa longueur en plusieurs bandes parallèles; la plus haute, celle du milieu, dont les cimes sont couvefles de neiges éternelles, est granitique; les deux autres sont composées de schiste argileux auquel sont subordonnées des masses de porphyre dont la structure est basaltique. Aux bandes schisteuses succèdent des bandes calcaires dans lesquelles on remarque des filons métalliques.

Le système arabique, entièrement séparé du précédent, comprend les différents groupes qui s’élèvent au milieu des déserts sablonneux de PArabie. Ces groupes sont au nombre de trois : 4° celui du mont Sinaÿ, le moins important par son étendue, mais le plus considérable par son élévation ; 2 celui de Tehama, dont la principale branche s’étend généralement dn nord au sud, et qui projette vers le nord-est plusieurs rameaux; 3° celui d’Oman, qui borde le littoral du golfe d’Oman et du golfe Persique. Le second groupe passe pour être généralement granitique.

Le système indien est séparé de l’himalayen par le cours du Gange. Ses principaux groupes sont les monts Vigherry, les Ghattes occidentales, les Ghattes orientales et les monts Vindkia. On peut regarder comme appartenant à ce système les montagnes de l’île de Ceylan.

Pour nous former une idée exacte des températures si opposées qui règnent en Asie, commençons par distinguer les cinq grandes régions physiques entre lesquelles la nature a partagé cette partie du monde.

La région centrale ou grand plateau central est un assemblage de plateaux et de plaines compris principalement entre les monts Bolor à l’ouest,

le Thian-chan et l’Altaï au nord, les monts Himalaya an sud et à l'est. On y remarque , à l'occident, le plateau de la Petite Boukkarie, au sud celui du Tibet occidental et celui du Tibet oriental, à l’est celui dela Monguie, et au nord celui de Bichbalik et celui de la Dzoungorie. On peut y conprendre aussi le vaste désert de Gobs ou de Chamo, dans lequel on ne voit que des lacs salés, de petites rivières qui se perdent dans des sables, et, pour rappeler le souvenir de la végétation, quelques pâturages ou quelques buissons chétifs. Dans toute cette région, située entre le 28.et le 50e parallèle, l’hiver est très-long et l’été fort court : cette saison y développe une chaleur insupportable, augmentée encore par la répercussion des sables dans les déserts.

Deux grandes régions s'appuient, l’une au sud, l’autre au nord, à la précédente. Semblable à un magnifique parterre de fleurs, sur lequel l’art du jardinier a concentré les rayons du soleil, la région méridionale ou l'Inde, garantie des vents glacés du nord par les montagnes du Tibet, s’incline fortement vers les tropiques et l'équateur. Arrosée par de nombreux et larges fleuves, son riche sol reçoit toujours les feux du soleil, et s’imprègne des exhalaisons d’une mer que l’hiver n’enchaine jamais.

Quel contraste entre ces contrées fertiles et les tristes solitudes de la région septentrionale, de cette vaste Sibérie qui, tout entière penchée vers le pôle et vers la mer Glaciale, n’aspire jamais la douce haleine des vents du tropique, et dont l’atmosphère ne reçoit des mers voisines que des particules chargées du froid polaire!

La nature a donné à chacune de ces régions un caractère physique que l’industrie humaine ne réussira jamais à changer, ou seulement à modifier d’une manière sensible. Tant que durera l’équilibre actuel du globe, les glaces s’amoncelleront dans les embouchures de l’Obi et de la Léna ; les vents siffleront dans les déserts de Chamo, et le Tibet ne verra point les neiges de ses Alpes disparaître devant les rayons du soleil qui, à si peu de distance, brûle les régions du tropique. Ainsi, le Tatar est appelé à la vie agricole et pastorale, comme le Sibérien à la chasse. L'Inde, en apparence plus heureuse, doit en grande partie à son climat cette mollesse, cetic indolence qui appelle la domination étrangère.et la tyrannie domestique.

Il nous reste encore à considérer deux grandes régions, l’orientale et l’occidentale. La première, qui se confond insensiblement avec la région centrale, présente trois parties distinctes. Une large chaîne de montagnes, couvertes en partie des neiges éternelles, s’étend du plateau de Mongolie jusqu’en Corée, Au nord de ces montagnes, l’Amour se tourne d’abord

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vers le sud-est, mais bientôt vers le nord-est. Cette dernière exposition est la.

plus froide possible dans la -«' iempérée boréale. D'ailleurs le sol paraît y être très-élevé. Ces contrée. aésignées communément sous le nom de Tatarie chinoise, ressemblent à l'Asie septentrionale, quoiqu'elles t situées sous les latitudes de la France. La masse du froid qui, pour ainsi dire, couve sur la Tatarie, et d’un autre côté la température constante du grand Océan, jointe à une exposition directement orientale, donnent à la Chine propre un climat moins claud que celui de l’Asie méridionale; ce vaste pays, quoiqu'il dépasse un peu le tropiqt . et ne s'élève guëro au delà du 40e degré de latitude boréale, renferme tous les climats européens.

La troisième partie de la région orientale de l’Asie est formée par cette prodigieuse chaîne d’iles et presqu'’îles volcaniques qui s’élèvent à peu de distance du continent, et représentent comme une immense haie contre laquelle la fureur de Océan vient se briser. Voisine d’un côté des régions du tropique, de l’autre du froid plateau de l'Asie centrale, et environnée d'un élément tumultueux et constant, cette région maritime, inséparable du continent asiatique, présente nécessairement d'innombrables variations de température.

La cinquième grande région de l'Asie se détache plus qu'aucune des autres de là masse du continent. La mer Caspienne, le Pont-Euxin, la l Méditerranée et les golfes Pcrsique et Arabique donnent à l’Asie occidentale quelques ressemblances avec une grande péninsule. On pourrait, avec quelque degré de vérité, dire que cette région est aussi opposée à la région orientale que celle du midi l’est à celle du nord. L’Asie orientale est en général humide; l’occidentale est sèche, et même en quelques endroits aride; l’une a le ciel orageux et souvent nébuleux; l’autre jouit de vents constants et d’une grande sérénité d’atmosphère; l’une a des chaînes de montagnes escarpées, que séparent des plaines marécageuses ; l’autre est composée de plateaux en grande partie sablonneux, et peu inférieurs en élévation aux chaînes de montagnes qu’ils portent sur leur dos, et de plaines basses, dont nous parlerons bientôt. Dans l’Asie orientale, on voit les fleuves de long cours se suivre de très-près, tandis que dans l’Asie eccidentale il n’y en a que deux ou trois d’un volume considérable, mais, en revanche, beaucoup de lacs sans écoulement. Enfin, la proximité de l'immense foyer de chaleur que renferme l'Afrique donne à une grande partie de l’Asie éccidentale une température bien plus chaude que celle dont jouit même l’Asie méridionale.

Remarquons que tout l’espace compris entre les monts Alatau, on Alas- Il. 37

Tagh, Tchingistan et Moughodjar, jusqu’aux bords de la mer Caspienne et jusqu’au coude que forme le Djihoun ou l'Amou-Daria avant de se jeter dans le lac Aral, c’est-à-dire toute la contrée qu’on a toujours appelée jusqu’à présent plateau de la Tatarie, loin de pouvoir être considéré comme un plateau, forme au contraire une vaste dépression dans laquelle le niveau de la mer Caspienne et celui du lac Aral sont les parties les plus basses : de telle sorte que les eaux de la mer Caspienne sont à 34 ,77 mètres audessous du niveau de l’Océant, et celles du lac Aral à 74,27 mètres. Mais cette dépression ne cesse point au bord oriental de la mer Caspienne, elle se continue en Europe : Astrakan est à environ 449 mètres au-dessous des eaux de l'Océan; les bords de ce vaste bassin se relèvent insensiblement, d’un côté en suivant les rives du Terek, du Manytch, de la Sarpa et du Volga, jusqu’aux collines qui s’étendent depuis la rive gauche de ce fleuve jusqu’à Orenbourg, de sorte que cette ligne est exactement au niveau de l’Océan, tandis que tout le terrain qui s’étend à l’est de cette ligne s’incline vers la mer Caspienne.

« La formation de ce creux, de cette grande concavité de la surface, « duns le nord-ouest de l’Asie, me paraît, dit M. de Humboldt, être en « rapport intime avec le soulèvement des montagnes du Caucase, de l’Hin- « dou-koh et du plateau de la Perse, qui bordent la mer Capienne et le « Maveralnahar au sud, peut-être aussi plus à l’est, avec le soulèvement » du grand massif que l’on désigne par le nom bien vague et bien incor- « rect de Plateau de l’Asie centrale ?. »

Aucune partie du monde, sans même en excepter l'Afrique méridionale, n'offre une masse de terre aussi étendue et soulevée à une si grande hauteur que l’Asie intérieure.

Pour donner plus de précision à ces esquisses générales des régions physiques de l’Asie, il est utile de classer les rivières de ce continent d’après leurs bassins respectifs : c’est ce que nous avons fait dans le tableau suivant, dans lequel on indique aussi la ligne de ceinture de chacun de ces-bassins, et la longueur approximative du cours de chaque fleuve et de leurs principaux affluents 5.

1 M. Hommaire de Hell, dans son voyage au Caucase en 1844-1846, ne trouve, d’après ses calculs, que 18" 304 de dépression.

2 De Humboldt : Fragments de Géologie et de Climatologie asiatiques.

5 Nous rappelons que la ligne de ceinture d’un bassin n’est autre que la série de montagnes ou hauteurs qui entourenèce bassin et le séparent de ceux qui lui sont contigus.

Caspienne et TABLEAU des divisions physiques de l'Asie.

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que la série de L 152 1 Les fleuves qui forment des bassins sont en majuscules ; leurs affluents devant les ascolades; les affluents ae eux qui lui sont ceux-ci en italique ; les rivières sur le même alignement que les fieuves. 2 Nous observerons que toutes ces évaluations ne sont LL» nada — On convertirait ces kilomètres en j lienes géographiques en divisaut chacus de ces nombres par 4,65.

EEE

En faisant entrer dans le compte toutes les rivières marquées sur les cartes d’Asie, nous avons estimé ainsi qu’il suit la proportion des volumes, ou, pour parler plus exactement, des superfcies des eaux courantes de cette partie du monde.

Myriamètres

Le total pris pour unité. . ,,.,:,,....,. sado do de O0 Er coulant vers le nord. .,.,.. +000. 0,31

Les:fleuves de Sibérie Id, vers l'est... 0. 0 0 o 0 0 « + 0,02 Les fleuves de la Chine et de la Tatarie chinoise. . . . . . . « . + + + + 0,15 — de toute l'Inde . ee . 0 0 ee 0 0,97

— du centre de l'Asie, . . . . soso. 0,08 — de la Turquie d'Asie. . . . . ,. 0. eos eee. ee. 0,10 — de ia Perse (avec l'Arménie). . . . . ,... 0 0 0 0 0 0 + + + + + 0,06 — de l'Arabie. . , ........ na Curie duo De CU A OIUS

Pour conclure de ces données si un tel pays est plus sec qu’un autre, il faut avoir égard aux surfaces respectives. L’Arabie, par exemple, est certainement beaucoup plus sèche que la Perse ou la Turquie ; mais l’Inde et la Chine ne sont pas moins copieusement arrosées que la Sibérie; c’est la moindre étendue des surfaces qui cause la différence entre le volume des eaux.

Le continent de l'Asie, étant une masse de terres très-considérable et peu entrecoupée de mers, doit naturellement contenir dans son intérieur de grands amas d’eau. Elle entoure même en grande partie le plus grand lac connu ; nous voulons parler de la mer Caspienne. En général, les lacs de l’Asie se distinguent par leurs eaux salées, saumâtres ou sulfureuses ; il y en a aussi beaucoup qui n’ont point d’écoulement. Déjà l’Asie mineure nous offre à cet égard un échantillon du grand continent dont elle fait partie. L'intérieur de l’Anatolie et de la Caramanie renferme une suite de lacs salés et sans écoulement ; celui de Tazla ou Touzla, appelé aussi Salato, est d’une longueur très-considérable : il a 44 lieues de longueur sur 2 de largeur. En remontant vers les parties les plus élevées de l'Asie occidentale, nous voyons les lacs de Wan et d'Ourmiah, dont les eaux salées et saumâtres s’étendent sur un vaste espace ; ils ont environ 60 lieues de circuit. Dans la Syrie, plusieurs lacs de cette nature se succèdent le long de la chaîne du Liban et de l’Anti-Liban ; un des plus célèbres phénomènes de ce genre, c’est le lac Asphaltite, ou la mer Morte, dansla Palestine, qui a les caux bitumineuses, et qui recouvre une étendue de 60 à 70 lieues carrées (12 à 15 myriamètres carrés).

L'Arabie entière n’a d’autres lacs que ceux formés par le confluent des eaux de pluie ou de sources, qui se perdent ou s’imbibent dans le sable.

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Mis toutes ces eaux ont extrêmement peu d’étendue. Les déserts de la Perse, si semblables d’ailleurs à ceux d’Arabie, nous offrent le même genre de lacs, mais plus grands. Celui de Zéreh, dans l'Afghanistan, couvre une étendue de 440 lieues carrées, et reçoit une rivière dont le cours est de 450 lieues (66 myriamètres), sans compter d’autres petites.

Le penchant occidental de l’Asie est couvert de lacs salés et sans écoulement. La mer Caspienne occupe une étendue de 46,850 lieues carrées, ou 3,139 myriamètres. C’est le plus grand lac saléqui soit connu, et on peutdire hardiment qu’il y ait sur le globe. Le lac ou la mer d’Aral, de 1,280 lieues carrées; le lac Amer ( Kouli-deria ou Adgt-Konyoussi ), qui communique à la mer Caspienne ; ceux d’Aksakal, de Balkhach-noor, ou Palcati, et un nombre de moindres lacs salés ou du moins saumâtres, distinguent cette région creusée en entonnoir.

L'opinion qui considère le lac Aral comme une antique dépendance de la mer Caspienne nous paraît fondée sur des traditions et sur des faits physiques : d’abord le niveau des eaux du premier a 71 mètres au-dessous de l'Océan; le témoignage des anciens qui placent l'embouchure de l’'Oxus et de l’Jaxartes dans la mer Caspienne; l’ancien lit de la mer dont M. Mouraviev a reconnu les traces entre le lac et la mer Caspienne; enfin le fait attesté par les Kirghiz au colonel Meyendorff que le lac continue à diminuer détendue, confirment également cette opinion. Les collines de 173 à 240 mètres qui s’élèvent entre le lac et la mer Caspienne ne sont point une difficulté réelle à cette réunion, puisqu’en supposant les eaux plus hautes, ces collines ne formeraient que de petites îles 6.

La présence des lacs salés ne serait point une preuve suffisante pour attester l’ancien séjour de la mer sur les contrées de l’Asie occidentale : il y a d’ailleurs de ces lacs salés bien au delà des limites que la mer Caspienne, dans sa plus grande extension, aurait pu atteindre. Cependant nous avons vu que les Chinois conservent la tradition d’un grand lac Amer situé dans cette région de lacs, entre le Tobol et l’Obi, région qui ne devait faire qu’une seule mer avec la Caspienne et le lac Aral.

Les penchants septentrionaux de la Tatarie offrent aussi un grand nombre de lacs. Le lac Tchany, qui n’a point d'écoulement, et qui a 30 lieues de longueur sur 20 de largeur, est aussi saumâtre, et c’est peut-être le cas de

? Nous ajouterons que depuis quelques années, l’Amou-Daria ou Oxus semble dit-on, vouloir reprendre son ancien lit, et qu’un du: ses bras cherche au Nord-ouest, à se frayer un passage vers le golfe de Balkan, dans la mer Caspienne. V. A. M-B.

LA

toutes les eaux stagnantes, lorsqu’elles se décomposent en s’arrétant sur un sol imprégné de matières salines.

Ces amas d’eaux stagnantes se retrouvent à un niveau plus élevé sur le vaste plateau de la Mongolie et du Tibet. Ces hautes plaines, entourées de montagnes qui forment le pays des Kalmouks, renferment beaucoup de lacs sans écoulement qui reçoivent de petites rivières. Le Dzaïsang, lac qui se trouve près des montagnes d’où sortent l’Irtyche ct l’Obi, reçoit une rivière dont le cours est de 70 à 80 lieues. La plaine élevée entre les monts de Mongolie et ceux du Tibet, entre les deux sommets de l’Asie, est remplie de rivières souvent assez considérables qui se perdent dans le sable, ou qui alimentent des lacs sans écoulement, comme le Farkand, que l’on nomme aussi l’Ergheou-Gol ou Tarim-Gol qui forme le lac de Lop ou Lob-Noor.

Le Tibet, ou le plateau méridional le plus élevé de l’Asie, est singulièrement riche en lacs, dont un grand nombre n’a point d'écoulement. Le Tengri a 300 lieues carrées de surface. Sur deux alignements, l’un au nord, de 80 lieues, l’autre à l’ouest, de 460 à 470 lieues, on trouve 23 autres . jacs qui n’ont point d'écoulement, ou qui coulent l’un dans l’autre. Au nord-est du Tibet, on remarque, entre autres, le Wo-honor ou Khoukhouñnoor, lac de 260 lieues de longueur et de 120 de largeur, dans une situation très-élevée, et qui n’a point d'écoulement.

Le phénomène des lacs sans écoulement est donc commun à toutes les parties occidentales et centrales de l’Asie, mais non pas au nord de la Sibérie, ni à la Chine, ni à l'Inde. Les parties basses de la Sibérie présentent d'immenses marais presque contigus. Les grands lacs de la Chine se trouvent dans les contrées basses et marécageuses du milieu, et ne sont remarquables, pour la géographie physique, que par leur rapprochement : ils semblent confirmer la tradition des Chinois, selon laquelle une partie de ce pays aurait été récemment laissée à sec par la mer, ou plutôt par deux longs golfes formés par les deux fleuves Hoang-ho et Yang-fseu-kian. Les deux presqu'’îles des Indes n’ont guère de lacs remarquables, encore moins des lacs sans écoulement; preuve manifeste que leur terrain a partout de la pente.

Ainsi que l’a fait remarquer M. de Humboldt, J’Asie continentale n'offre à l’irradiation solaire qu’une très-petite portion de terres placées sous la zone torride. Ses parties situées dans la zone tempérée , ne jouissent conséquemment pas de l'effet des courants ascendants que la position de l'Afrique rend si bienfaisants pour l’Europe. Sa position orientale por rapport à cette partie du monde est encore une cause puissante de froid.

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C'est à cette conformation du terrain qu’il faut attribuer ces vents à pé- , riode constante qui règnent dans l’intérieur de l’Asie. Nous ne parlons pas des moussons de l’Inde, qui dépendent du mouvement annuel du soleil, mais de cette longue durée du même vent qu’on observe encore dans les contrées éloignées du tropique. Elle vient de ce qu’il n’y a pas de golfes ni de mers dont les exhalaisons et les courants puissent altérer la nature du vent ou changer sa direction. Les vents glacés de la Sibérie remontent jusqu’aux sommets du centre, et, s’ils sont assez élevés pour dépasser les premières chaînes, ils peuvent s’étendre jusqu’aux sommets du Tibet. Le vent d’est, chargé de brouillards, couvre dans le même instant toute la partie basse de la Chine. Mais à mesure que l’on s’enfonce dans la zone tempérée, toute régularité, dans les mouvements si intimement combinés de l'Océan et de l’atmosphère, cesse peu à peu. Ainsi, au Japon, l’on voit le froid et la chaleur, les orages et le calme se succéder presque avec la même rapidité que dans la Grande-Bretagne. La Chine est soumise à ces variations moins sensibles que la Hollande éprouve, soit par l'humidité des vents maritimes, soit par la siccité de ceux qui ont passé sur les terres. Enfin, si l’on pénètre dans les pays orientaux tempérés vers le centre, les saisons deviennent toujours plus constantes, mais aussi en proportion plus froides. Ce sont exactement les mêmes changements qu’on éprouve en allant de l’occident à l’orient en Europe.

MM. G. Rose et À. de Humboldt ont constaté par un grand nombre d'expériences deux faits qui sont caractéristiques de l’Asie septentrionale: le premier, c’est la sécheresse de l’atmosphère; le second, la basse température du sol. La sécheresse est surtout très-remarquable à l’ouest de l’Altaï, entre l’Irtyche et l'Obi, lorsque les vents du sud-ouest ont longtemps soufflé de l’Asie centrale, où les plateaux n’ont cependant pas 400 mètres d’élévation au-dessus du niveau de l'Océan. Quant au froid qui règne, même pendant l’été, dans les mêmes régions à 4,50 mêtre ou 2 mètres de

profondeur au-dessous de la superficie du sol, il n’est pas moins extraordinaire : les deux savants que nous venons de nommer observèrent aux mois de juillet et d’août 4829, à midi, pendant que la température de l'air était : 25 à 30 degrés du thermomètre centigrade, plusieurs puits peu profonds dont les eaux étaient à 4° 4’ et 2 5’, observations qui ont été faites vers le 54e parallèle, c’est-à-dire sous la latitude de l'Écosse méridionale. Cette température reste la même pendant les froids rigoureux de l'hiver.

Mais dans l’Asie septentrionale il se présente un autre phénomène, qui devient surtout sensible si l’on compare cette région avec les parties de l’Europe situées sous les mêmes latitudes. Pourquoi le froid de l’Asie septentrionale s’accroît-il toujours en allant vers l’est? Cette augmentation est telle que, sur les côtes de la Manche de Tatarie, situées sous les latitudes de la France, l'hiver commence dès le mois de septembre. Plusieurs causes concourent sans doute à produire ce phénomène. D'abord il s’élève entre la Corée et les pays sur le fleuve Amour, de vastes montagnes couronnées de glaciers; un second amas de montagnes plus larges encore sépare l'Amour de la Léna; toutes les côtes du nord-est présentent d’horribles escarpements. On peut ajouter que les mers qui environnent ces contrées glaciales sont presque toujours couvertes de brouillards épais et froids qui interceptent et amortissent les rayons du soleil. Une troisième cause pourrait se trouver dans le manque absolu d’habitants, et par conséquent de culture. Dans la Sibérie orientale, d’après les recensements officiels, on compte à peine un individu par lieue carrée. Néanmoins ces causes ne suffiraient peut-être pas, s’il n’y avait ici lieu d'appliquer une règle générale que nous avons indiquée dans la Théorie des Climats1. 1 faut considérer la masse d’air étendue sur un continent comme un ensemble dont la modification générale dépend de toutes les modifications partielles. Si un continent s’étend loin dans la zone torride, la masse d'air échauffée réagit sur la masse tempéréc, lui communique une partie de son calorique, et, en le dilatant, la force par là de s’étendre un peu plus au nord, et ainsi de resserrer les limites du froid ; en sorte que les pays se refroidissent vers les pôles, non-seulement en raison directe de leurs latitudes, mais aussi en raison inverse de la masse des pays chauds qui leur sont contigus au sud. Voilà pourquoi le voisinage de l'immense masse de terres brülantes de l'Afrique rend la température de l’Arabie, de la Syrie et de la Mésopotamie plus chaude que naturellement elle ne devrait l'être. ! Voyez la géographie physique.

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Par une raison contraire, l'Amérique septentrionale éprouve jusqu'aux environs du tropique des froids très-vifs ; car la masse de ce continent, qui s'étend au delà du tropique, n’est rien en comparaison avec le reste : done il n’y a ici aucune masse d’air chaud qui puisse réagir sur les masses tempérées et froides ; l’action de la masse froide n’est pas même contrebalancée. Si nous regardons l’Asie, nous la voyons toujours aller en se rétrécissant depuis la Chine jusqu’au détroit de Bering ; elle n’a plus ici aucun pays chaud ; l’air naturellement froid de ces contrées est encore refroidi par l'influence de la mer Glaciale, que le grand Océan ‘ne peut pas contre-balancer, parce que la mer Glaciale dégorge beaucoup de glaçons par le détroit de Bering ; ces glaçons, arrêtés entre les îles Aléoutiennes et les autres îles de la mer de Bering, occasionnent les froids brouillards dont la mer est ici couverte, et par le mouvement général de l'Océan, se portent de l’est à l’ouest, c’est-à-dire de l’Amérique vers l’Asie, où ils s'accumulent dans les golfes.

Cette redoutable immobilité de la nature physique, ces climats qu’aucun effort d'industrie ne saurait améliorer sensiblement, ces retours réguliers des saisons, cette perpétuité des mêmes cultures, et par conséquent de la même manière de vivre, ont dù influer sur le caractère moral des peuples asiatiques, tant en modifiant uniformément leur système nerveux et musculaire, qu’en frappant leur imagination par le retour des mêmes sensations. Elle a dù contribuer à rendre le Tatar vagabond aussi invariable dans son penChant pour la vie pastorale que l’Indien l’est dans sa servile indolence, et le Chinois dans son infatigable industrie. Les nations éternelles ne naissent guère sous les climats variables. Mais ce serait se tromper grossièrement que d’attribuer à cette seule cause l’immobilité de caractère que l’on observe chez les nations asiatiques. Hippocrate, qui n’a entrevu qu’une partie des faits physiques, s’est bien gardé de leur accorder une influence exclusive.

« Si les peuples de l’Asie, dit-il, sont sans courage, sans énergie, d’une « humeur moins belliqueuse et d’un caractère plus doux que les Euro- « péens, c’est en grande partie à la température toujours égale du climat « qu’il faut l’attribuer. On ne connaît guère ici de différence de chaleur « et de froid ; les deux températures se fondent l’une dans l’autre. L’âme « n’éprouve point ces vives secousses, ni le corps ces changements subits « qui donnent au caractère une vigueur agreste et une fougue indocile… « Mais, ajoute-t-il, une autre raison de l’inertie des Asiatiques est la nature

« de leurs lois politiques ; ils sont, pour la plupart, gouvernés par des IL. 38

« monarques absolus : et partout où l’homme n'est ni maître de sa per. « sonne, ni participant au pouvoir législatif, mais soumis à des despotes, « il a soin de ne pas passer pour courageux, parce qu’il sait que cela l’ex- « poserait à de plus grands dangers. Les sujets y sont contraints d'aller « à la guerre, d’en supporter toutes les peines, et de mourir même pour leurs « maîtres, loin de leurs enfants, de leurs femmes et de leurs amis. Tous « leurs exploits ne servent qu’à augmenter et propager la puissance de « leurs despotes ; les dangers et la mort, voilà les seuls fruits qu'ils re- « cueillent de leur bravoure. Ajoutez qu'ils sont nécessairement exposés « à voir leurs terres se changer en déserts, tant par les dévastations de la « guerre que par la cessation des travaux ; de sorte que, s’il se trouve « parmi eux des esprits courageux, ils sont détournés de l’usage de leurs “ forces par la nature de leurs institutions politiques. Une preuve de ce « que j’avance, c'est que parmi les Asiatiques mêmes, ceux qui jouissent « de quelque liberté politique, et qui par conséquent travaillent pour eux- « mêmes, sont les plus belliqueux de tous. »

Si Hippocrate se croyait obligé de faire des exceptions parmi le petit nombre de pays et de peuples asiatiques que l’on connaissait de son temps, et dont les Sarmates, dans les plaines au nord du Caucase, étaient les plus septentrionaux, comme les Indiens du Pendjab en étaient les plus orientaux, que sera-ce donc aujourd’hui que nous connaissons en Asie une étendue de 30 degrés de plus en latitude, et de 80 de plus en longitude? Il faudrait tout l'enthousiasme d’un médecin ou d’un hellénisle étranger à la géographie physique pour prétendre qu’Hippocrate a deviné d’avance l’influence morale du climat de la Sibérie, du Tibet ou de ia Chine, contrées dont il ignorait l'existence. Comment Hippocrate aurait-il pu dire des innombrables tribus des Tatars et des Mongols, qu’ils sont moins belliqueux que les Européens? Mais le sens que ce grand écrivain donne au nom d'Asie diffère entièrement de celui dans lequel nous le prenons; il comprend, dans l’Europe, les Sarmates, et place expressément les Égyptiens et les Lybiens en Asie. Il est donc évident qu’il entendait par Asie la partie méridionale et orientale du monde alors connu, et qu’il appliquuit 16 nom d'Europe à l’autre moitié, septentrionale et vccidentale. Hipposraie. ‘ocie Homère et tant d’autres anciens, ne distinguait que deux parties du monde; il les uppos constamment l’une à l’autre, comme le froid au chaud, la sécheresse à l’liumidité, la stérilité à la fertilité. Ce point de vue étant une fois bien saisi, «1: entend Hiypocrate sans difficulté; on voit comment il a pu dire que l'Asie, + :‘wéral, fit d’un climat plus doux que l’Europe, et

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Ne disons donc point que les Asiatiques, en général, sont des peuples cfféminés et voluptueux ; disons que tel est le caractère de quelques nations de l'Asie méridionale; mais excluons de ce nombre l’Arabe vagabond et le frugal Druze, le féroce Malais et les tribus indomptables des Mahrattes

Nous conviendrons pourtant que les peuples de l’Asie doivent à quelques circonstances géographiques des idées politiques et morales ü ## différentes de celles qui règnent en Europe. La vie nomade et patriarcale est prescrite par la nature elle-même à beaucoup de nations asiatiques; le pouvoir illimiié du père de famille devient donc nécessairement le type du pouvoir des monarques. L'absence des grandes villes, peuplées d’une bourgeoisie industrieuse, empêche qu’il ne naisse chez ces nations aucune idée de , acte social ni de liberté politique. Dars d’autres régions de l’Asie, la fertilité uniforme du sol et la douceur cons':nte du climat, en récompensant trop rapidement le plus léger travail, a étouf’$ presque dès sa naissance l’énerg: de l’esprit humain, qui, pour ne pas se ralentir, a besoin d’être stimulée par la nécessité et les obstacles. L’une et l’autre manière de vivre entrafnent l’âme et le corps vers une paresse qui, devenue héréditaire, semble annoncer chez lestaces asiatiques une infériorité générale d’activité et de courage. Cettelenteurd’esprit, en perpétuant quelques maximes vertueuses, pacifiques et hospitalières, éternise aussi l’empire des religions superstitieuses, sous le joug desquelles on voit surtout languir l’Asie orientale et centrale; tandis que le christianisme grec pénètre lentement par le nord, et que le mahométisme reste encore debout dans les régions occidentales. Maintenue par le même esprit de routine dans toute l’Asie, le Japon seul excepté, la polygamie avilit les liens de famille, et désenchante la vie en privant le beau sexe de considération et d’influence, en même temps que, contraire aux lois de la nature, elle fait décroître la population et dégénérer les races.

Cette immobilité du caractère même n’est pas un phénomène particulier à l'Asie; partout où la nature est plus puissante que l’industrie, soit en bien, soit en mal, l’homme reçoit du climat une impulsion invariable et irrésistible. Le pasteur des Alpes, le pêcheur de l'Archipel, le nomade Lapon, l’agriculteur de Sicile, ont-ils changé de caractère? Seulement en Asie, les nations eceupant plus d’étendue, les phénomènes de civilisation et de barbarie frappent davantage nos regards.

Cette même circonstance nous aide à expliquer pourquoi les grands empires sont plus communs en Asie qu’en Europe. Il ne suffit pas de dire que les grandes plaines dont l’Asie est parsemée ouvrent aux conquérants une carrière plus facile; cela n’est vrai que pour les parties centrales; mais combien de montagnes inaccessibles, combien de larges fleuves et de déserts immenses n’offrent pas à d’autres nations asiatiques des boulevards naturels et des barrières éternelles! Dès qu’une nation asiatique a voulu profiter de ses localités, elle s’est montrée aussi difñcile à conquérir que ies peuples européens. Les Druzes, les Kourdes, les Mahrattes n’en sont pas les seuls exem; '°5; nous pouvons en citer un plus illustre : la chaîne de: monts de l’Assyrie, au nord-est de Babylone, franchie sans difficulté par Alexandre, devint pour l'empire des Parthes un boulevard devant lequel échouèrent les légions de Trajan lui-même. Les grandes conquêtes en Asie ont nne autre cause; c'est, comme nous venons de le dire, la grande extension de la même nation. Les capitales de l'Hindoustan, de la Chine ou de la Perse, s’étant rendués à un conquérant, l'immense multitude de tribus, liées par l’usage d’une langue commune, se soumet machinalement au même joug. Ces grands empires une fois établis, leur succession devient presque interminable par des raisons purement morales et politiques. Les nations de l’Asie, trop nombreuses et trop disséminées, ne connaissent point le ressort du véritable patriotisme ; elles ne fournissent à leurs chefs que des troupes sans zèle et sans énergie ; elles changent de, maitre sans regret et sans secousse prolongée. Les souverains asiatiques, enfermés dans leurs sérails, n’opposent qu’un vain faste à l’audace des conquérants: ceux-ci, à peine assis sur le trône, se plongent bientôt dans la même mollesse qui avait causé la chute de leurs prédécesseurs. L'organisation des armées, composées en très-grande partie de cavalerie, et le manque de places fortes, ouvrent le champ à des invasions subites. Tout concourt à rendre facile la conquête totale de ces vastes empires de l'Orient.

Mais cet état de choses est si peu fondé sur la géographie physique de l’Asie, que nous voyons aujourd'hui l’Inde divisée en plus de cent souverainetés, la Perse démembrée en partie, et la Turquie d'Asie prête à se dissoudre. L'histoire ancienne nous montre toutes les régions de l’Asie originairement partagées en beaucoup de petits royaumes, dans lesquels la volonté du monarque trouvait des bornes dans les droits de la nation : l’Asie a même vu naître plusieurs républiques. La résistance qu’opposèrent Tyr et Jérusalem aux conquérants du monde n’était pas

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due, quoi qu’en dise Montesquieu, à l’héroïsme de la servitude. Les Persans de Cyrus n’étaient pas des esclaves, les Scytnes parlèrent au vainqueur de Darius le langage d’hommes libres.

L'étonnante rapidité des révolutions politiques en Asie tient réellement à un fait dépendant de la géographie physique. « Dans cette partie du « monde, dit Montesquieu ?, les nations sont opposées aux nations du fort « au faible ; des peuples guerriers, braves et actifs, touchent immédiate- « ment des peuples efféminés, paresseux, timides ; il faut donc que l’un « soit conquis, et que l’autre soit conquérant : voilà la raison principale « de la liberté de l’Europe et de l’esclavage de l'Asie. » Il faut combiner cette remarque juste et profonde avec une autre vérité, prouvée par la géographie physique, savoir, que l’Asie n’a point de zone tempérée, point de milieu entre les climats très-froids et très-chauds. Les peuples esclaves habitent la zone chaude; les peuples conquérants, les régions élevées et froides. Ces peuples sont les Tatars, les Afghans, les Mongols, les Mantchoux et autres, compris vulgairement sous le nom de Tafars chez les modernes, et sous celui de Scythes d’Asie chez les anciens. C’est ici une tout autre nature physique et morale : le courage anime leurs corps forts et nerveux; le bon sens est attaché à leurs fibres grossières; point de sciences, de beaux-arts, de luxe; des vertus sauvagcs, une morale brute, à la vérité, mais profondément gravée dans les cœurs; de l'hospitalité envers l'étranger, de la loyauté envers l’ennemi, une fidélité à toute épreuve envers leur nalion et leurs amis; à côté de ces bonnes qualités, l’amour de la guerre ou plutôt du pillage, de la vie nomade et de l’anarchie. Tels étaient les Scythes, tels sont les Tatars. Ils bravèrent la puissance de Darius ; ils donnèrent une grande et sublime leçon à Alexandre le Grand; ils entendirent le bruit des armes victorieuses de Rome, mais ils n’en sentirent pas le poids. Plus de vingt fois ils ont conquis l’Asie et l’Europe orientale ; ils ont fondé des Etats en Perse, dans l'Inde, en Chine, en Russie. Les empires de Tamerlan et de Tchinghz-Khan embrassaient la moitié de l’ancien continent. Cette vaste pépinière des nations semble aujourd’hui tpuisée, il ne reste que très-peu de Tatars formellement indépendants, mais

ils sont les maîtres de la Chine, et plutôt les alliés ou les vassaux de la Russie.

Nous remarquerons ici les limites des deux zones dans lesquelles l’Asie est partagée, par rapport à son climat et à ses productions. Si l'on tire une

* Esprit des Lois.

? Esprit des Lois, liv. XVII, chap. 111,

ligne le long du Caucase, autour des bords méridionaux de la mer Caspienne, le long des montagnes qui bornent en partie la Perse vers Cachemire, à travers le Tibet; ensuite, en tournant au nord-est, à travers les parties septentrionales jusqu’au nord de la Corée, alors on aura à peu près tracé la limite entre les climats chauds et froids de l'Asie. Li est naturel que les frontières de l’une et l’autre zone se confondent quelquefois. C’est aussi sur les frontières que se trouvent quelquefois des climats semblables à ceux de l’Europe, surtout dans l’Asie occidentale. Généralement parlant, la limite indiquée marque le passage rapide du froid à la chaleur. Le riz et le mais servent d’aliment aux nations méridionales ; le millet et l’orge à celles de la zone froide; sur la limite on trouve des pays à froment. La nature offre aux régions méridionales des fruits délicieux, et en partie des aromates piquants; les contrées septentrionales sont privées mème des productions des vergers de l’Europe boréale. La région où habitent les rennes marque, dans le nord et le nord-est 1, le vaste espace qui est et qui sera longtemps inaccessible à toute culture. Les Tatars, les Mongols, et en partie les Persans, doivent au grand nombre de chevaux qu’ils possèdent leur goût pour les courses, le brigandage et la guerre. Dans tout l'Occident, le chameau sert à multiplier les communications commerciales et les relations mutuelles des peuples. L’éléphant, utile à l’agriculture, et jadis si redoutable à la guerre, a influé sur l'antique civilisation de l’Inde. La Chine, privée en grande partie du secours de ces divers animaux, y a suppléé par ces milliers de barques dont ses rivières sont peuplées. Le défaut de bois de construction a obligé l'habitant du plateau central et du nord de l'Asie à se loger dans des tentes couvertes de peaux ou d’étoffes, les unes et les autres provenant de ses troupeaux. Une nécessité semblable a produit le même résultat en Arabie, Au contraire, dans l’Inde et d’autres contrées riches en bois, mais surtout en bois de palmiers, l’usage des maisonnettes légères a été trouvé aussi conforme à la paresse des indigènes qu’à la douceur du climat. L’un et l’autre genre d’habitations n’offrant rien de stable, rien de solide, les villes d’Asie disparaissent comme les empires dont elles sont les centres momentanés. Ce caractère général des habitations asiatiques exclut nécessairement le goût des meubles précieux, des tableaux, des statues; ainsi les beaux-arts n’y feront jamais de grands progrès. D’un autre côté, l’uniforme influence d’un climat qui détermine impérieusement les genres de culture et d'aliments propres à chaque région, l'influence non moins irrésistible

# Voyez notre Vol. £, xLv, Géographie zoologique.

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des religions superstitieuses, des lois despotiques et des mœurs serviles, bannissent de l’âme de l’Asiatique ces vives et libres émotions qui, en Europe, exaltent un cœur ami des lettres et des sciences. Ainsi les diverses régions de l’Asie offrent partout d’antiques ébauches d’une civilisation à laquelle les avantages et les désavantages physiques impriment un caractère ineffaçable; mais aussi partout cette civilisation s’est arrêtée à un degré bien inférieur à celui qu’ont atteint les peuples de l’Europe moderne.

L’Asie, comme nous l’avons dit ailleurs, se vante d’avoir donné à l’Europe ses céréales ainsi que la plupart de ses plantes potagères et de ses arbres fruitiers. Cette assertion est sans doute fort exagérée ; mais si l’on doit entendre par là que la culture des végétaux les plus utiles à l’homme a été importée de l’Asie en Europe, et non pas les végétaux eux-mêmes. on ne fera qu’énoncer une opinion très-probable, fondée sur une autre opiaion qui ne l’est pas moins : c’est que l’Asie, attendu l’élévation de quelques-unes de ses régions, doit avoir été le plus ancien point de centre de la civilisation. La rhubarbe, objet d’un grand commerce, est originaire de cette partie du monde : elle croît spontanément, çà et là, au milieu des déserts du plateau central, ainsi que le polystiehum barometz, plante singulière que l’on a classée parmi les fougères, et dont la tige, couverte de longs poils, et la racine tortueuse, prennent sous les ciseaux des formes bizarres, imitent même celle d’un animal, et lui ont valu le surnom d’agneau de Tatarie.

La région septentrionale offre plusieurs zones de végétation bien difféerentes : près des sources du fleuve Amour, le chêne et le noisetier sont faibles et languissants ; le tilleul et le frêne cessent vers l’Irtyche; le sapin ne dépasse pas le 60e parallèle; d’épaisses forêts de bouleaux, d’ormes, d’érables et de peupliers bordent le cours des fleuves. Le pin cimbre (pinus cimbra), qui couronne en Europe la cime des monts, s’élève au milieu des plaines humides de la Sibérie, où il atteint, suivant Gmelin, une taille gigantesque; mais il n’étale toute sa mâgnificence que sur les terres à l’ouest de l’Ieniseï : à l’est de ce fleuve, il diminue de grandeur, et vers le bord de la Lena il ne dépasse guère la taille des arbustes. Le peuplier blanc est tellement commun en Sibérie que Pallas s’étonnait que le coton qu’il porte n’y fût pas utilisé ; le peuplier baumier, qui dans nos jardins n’est qu’un arbrisseau, élève majestueusement sa tige et répand dans les airs lies molécules odorantes de ses bourgeons résineux. La Sibérie ne produit ni pommes ni poires : les fruits insipides du poirier sauvage de la Daourie (ptrus baccata) et du poirier à feuilles de saule, sont de la grosseur d’une cerise; l’abricot

303 LIVRE QUARANTE-IIUITIEME.

du même pays est d’un goût aigrelet. Le merisier à grappcs(serasus padus), qui croît dans la Sibérie méridionale jusqu’au Kamtschatka, porte un petit fruit douceêtre ; celui d’un autre arbre (prunus fructicosa), commun dans les steppes, sert à faire une sorte de vin. On tire des baies de plusieurs ronces et de diverses airelles une boisson agréable. Un grand nombre de plantes ornées de fleurs brillantes sont indigènes de la Sibérie : le muguet, la violette, l’ellébore noir, le vératre blanc, l'iris jaune-blanche (iris océroleuca), l'iris des prés (ris sibirica), ’anémone, la potentille, la gentiane des marais et l’élégant astragale des montagnes offrent en beaucoup d’endroits l’assemblage des couleurs les plus variées, ou répandent des parfums dont le mélange rappelle les contrées les plus méridionales. Le joli robinier caragan, le daphné altaïque, dont les rameaux velus portent des fleurs d’un beau blanc, l’amandier nain, la gentianealtaique, l’œillet superbe (dianthus superbus) que l’on cultive dans nos jardins, et la valériane, croissent sur les flancs des monts Altaï, tandis qu’à leurs pieds fleurissent l’aster de Sibérie aux fleurs bordées d’un violet pourpré, la tulipe sauvage et le rosier à feuilles de pimprenelle. Sur les autres montagnes on trouve la gentiane croisette et la gentiane des neiges; mais c’est en Daourie que la flore sibérienne étale ses principales richesses : les monts se couvrent de deux espèces de rhoûodendrons, l’un à fleurs rouges et l’autre à fleurs jaunes, d’églantiers, de spirées à feuilles de millepertuis, à feuilles crénelées, à feuilles d’ormes, à feuilles lisses, à feuilles de saule et à feuilles de sorbier ; dans les plaines croissent les anémones pulsatiles, vingt espèces de potentilles et de centaurées, la pivoine officinale à fleur d’un beau rouge, la pivoine anomale dont la racine sert de nourriture, la pivoine à fleurs blanches dont la graine infusée dans l’eau bouillante donne une sorte de bière, et la pivoine à feuilles menues ornée de fleurs de pourpre.

Ces nombreux végétaux et plusieurs autres encore ne dépassent point les limites de la Daourie; ceux qui croissent dans les monts Altai continuent à se montrer sur les hauteurs'qui bordent l’Obi. En remontant l’Irtyche, on retrouve quelques plantes des régions élevées de l’Europe; mais dès qu’on passe l’Ieniseï, la végétation devient plus pauvre, et ‘nfin au delà du cercle polaire jusqu’au bord de l’océan Glacial, aux chétifs arbrisseaux succèdent des mousses et des lichens.

Suivant M Guillemin, la plupart des plantes qui caractérisent la végétion du nord de l’Asie appartiennent aux familles des crucifères, des cyptracées, des gentianées, des graminées, des légumineuses, des ombellifères, des renonculacées, des rosacées et des synanthérées. Le genre spiræa est

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presque entièrement indigène dans la Sibérie; il en est de même du genre.

astragalus.

La végétation de la Mantchourie, de la Corée et du nord de la Chine, diffère essentiellement de celle de la Sibérie et du plateau central. De magnifiques forêts bordent le fleuve Amour ; au pied des montagnes qui limitent ces contrées au sud, croissent le mürier, labricotier et le pêcher ; leurs flancs sont garnis, des mêmes arbres qui peupient les forêts de l’Europé centrale; les pins couronnent leurs sommets ; les plaines basses se couvrent de rosiers, de lis et de mugue's; les bords des ruisseaux sont garnis de saules, d’érables et de bouleaux ; la lisière des grands bois est ornée de pommiers, d’azeroliers et de massifs de noisctiers. Les mêmes plantes se présentent dans la Corée accompagnées de citronniers et d’orangers; sur les montsgnes croissent le ginseng à cinq feuilles (panaz quinquefolium), dont la racine est considérée par les Chinois comme un précieux analeptique et comme un excellent aphrodisiaque, et le panie‘millet, dont on obtient par la fermentation une liqueur enivrante, et dont la graine, réduite en poudre, fournit au peuple son principal aliment.

, La flore japonaise, malgré la présence de plusieurs végétaux de l’Inde, tels que les genres amomum canna, carissa, diascorea laurus, etc., présente une singulière analogie avec la flore européenne : on y rencontre des allium, des campanula, des careæ, des euphorbia, des ris, des veronica, etc. Les principales espèces particulières au Japon sont le rhus vernix, célèbre par le vernis qui en découle, le lilium japonicum, le sophora japonica et le spiræa japonica, toutes célèbres comme ornements de nos jardins.

La région méridionale de l’Asie offre deux zones de végétation importantes. La seule flore chinoise, si elle était plus connue, pourrait être l’objet d'une longue description. Un arbre à cire, qui n’est pas cependant le myrica cerifera, et l’arbre à suif (croton sebiferum) offrent à l’industrie une matière recherchée pour l'éclairage; le sumac vernis, le mùrier blanc etle mürier à papier, le camphrier (laurus camphora), le camellier à feuilles étroites (camellia sasanqua), dont la feuille fournit par la décoction un parfum recherché pour la toilette des Chinoises, et dont la graine donne une très-bonne huile; le jujubier, le cannellier, la pivoine en arbre (pœonia moutan), à laquelle sa beauté a fait donner par les Chinois le surnom de reine des fleurs; l'hortensia, qui fut longtemps l’une de nos principales plantes d'agrément; le magnifique asfer, connu sous le nom de reine Marguerite ; \a jolie primevère, introduite depuis peu dans les jardins de l'Europe sous celui de primula sinensis; la magnifique légumineuse à fleur

Il. 3v

306 LIVRE QUARANTE-NUITIÈME.

couleur de lilas que l’on cultive dans nos parterres et que l’on appelle glycine sinensis; plusieurs espèces de magnoliers, entre autres le pourpre et le yulan, recherchés comme ornements des jardins ; l'Aemerocallis japonica, qui ressemble au lis par la forme et le surpasse en beauté; enfin un grand nombre de rosiers, le thé (fhea viridis) et ses diverses variétés, sont les principaux végétaux de Ja Chine sous lerapport de l'élégance etde l'utilité. Nous ne devons point oublier parmi ceux qui constituent une branche importante de commerce l’illicium aniselum, qui fournit l’anis étoilé que l’on emploie dans la préparation de la liqueur appelée auisette.

Dans la presqu'île de Malacca, des forêts où croissent l’aloës, le bois de santal, la casse odorante cassia odorata) et plusieurs autres arbres précieux, conservent toute l’année leur brillante verdure; tandis que dans les plaines et les vallées l’air est embaumé par les exhalaisons d’une innombrable quantité de fleuïs. Le teck, dont le bois dur et presque inaltérable est si utile dans les constructions, et dont les fleurs passent pour un bon remède contre l'hydropisie, fait l’ornement des forêts de la Cochinchine, de la presqu’ile de Malacca et des bords du Gange, Le plaqueminier, bois

d’ébène (dtospyros ebenum), est indigène de la Cochinchine; dans toute

l'Indo-Chine, le bananier, l’aloès, le calaba qui fournit la résine employée en médecine sous le nom de baume-marie, le nauclée d’orient, dont le bois, d’un beau jaune, est employé à faire des meubles, rivalisent en élévation et en beauté.

Dans l’Hindoustan, le bambou, qui forme d’épaisses forêts, s’élève quelquefois à 20 mètres de hauteur et produit un suc utilisé en médecine; l'indigo croit spontanément danse Goudjérate. Le cocotier doit être cité parmi les arbres les plus précieux de l’Inde; outre l’aliment et la boisson que fournit la noix de coco, le brou filamenteux qui l'entoure sert à calfater les navires et à faire des cordages. Le figuier des pagodes (ficus religiosa), dont le tronc atteint 3 à 5 mêtres de circonférence, est en vénération chez les Hindous, parce qu’ils croient que Vichnou est né sous son ombrage; le figuier des Indes (ficus indica), dont les immenses rameaux retombant à terre y poussent de nouvelles racines, et forment d’une seule tige une vaste forêt, excite l’admiration des voyageurs. Nous devons encore citer plusieurs végétaux bien connus : le balisier, le gingembre, le cardamome et le curcuma. Le poivre noir (piper nigrum) et le bétel (piper betel) croissent sur la côte de Malabar. Le laurus camphora qui donne le camphre, et le laurus cinnamomum qui fournit la cannelie, peuplent les forêts de l’île de Ceylan. L’inde possède dans la famille des légumineuses un grand nombre de

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ASIE. = GENÉRALITÉS. 307

plantes utilisées dans la pharmacie et dans les arts : tels sont le tamarinier (tamarindus indica), dont le fruit est purgalif; le moringa oleije, a, qui fournit l’huile de ben; plusieurs espèces de casses, enfin le :æsalpinia sappan, qui donne une teinture qui rivalise avec celle du bois de Brésil. A côté de ces végétaux remarquables, l’Inde voit croître la plupart des arbres fruitiers de l’Europe. Ceux qui peuplent les forêts appartiennent principalement aux genres avicennia, ægiceras, rhizophora. Près des habitations, les habitants de l’Inde cultivent pour leurs fruits les mangifera, les eugenia, les elale et les arlocarpus, et le mangouste (garcinia mangostana) qui donne le fruit le plus délicieux. Nos serres se sont enrichies du daphne indica, dont l'odeur est si suave, et nos pares doivent leur plus bel ornement au beau marronnier (æsculus hippocastanum),.si répandu aujourd’hui, et qui croît naturellement dans l'Etat du Neypäl.

Quoique la Perse ai, perdu presque toutes ses antiques forêts, la végétation y offre encore de grandes richesses : celle de sa région méridionale et maritime se couvre d’une parte des plantes de l’Hindoustan : les vallées de Schiraz sont garnies de platanes, d’azeroliers, de saules pleureurs et de peupliers d’une hauteur extraordinaire; à l'ombre de ces arbres, l’anémone étale ses teintes d’écarlate et de bleu; le jasmin, ses fleurs d’une éclatante blancheur; les tulipes et les renoncules, leurs couleurs variées. Au nordest les montagnes sont ombragées de lauriers, de buis et de térébinthes.

Les plaines élevées de la Perse et de la Tatarie produisent une foule de plantes salines. Vers les bords de la mer Caspienne et de la Méditerranée la végétation prend une physionomie européenne, et les forêts reprennent leur vigueur ; en grimpant à travers des bosquets d’églantiers et de chèvrefeuilles sur les flancs inégaux des collines, 6m est bientôt entouré d’acacias, de chênes, de tilleuls et de châtaigniers; au-dessus d’eux, les sommets se couronnent de cèdres, de cyprès et d’autres arbres verts; le frêne produit la manne, et le sumac croit en abondance. L’indigotier à feuilles argentées (indigofera argentea) croit sans art sur les bords du Jourdain ; sur ceux de l'Oronte l'olivier s’élève à la hauteur des hètres ; le mürier blanc fait la richesse du pays des Druzes. Dans les plaines qui entourent le Liban on trouve réunis tous les fruits de l’Europe.

L’Arabie offre encore une autre nuance de végétation ; les palmiers ombragent de nombreuses oasis; les plaines sablonneuses produisentles mêmes plantes salines que l'Afrique septentrionale, mais les côtes de la mer présentent un aspect plus riche et plus varié. Lesruisseaux qui descendent des montagnes entretiennent sur leurs bords une verdure agréable ; un grand

nombre de plantes de l’Inde et de la Perse y sont indigènes : tels sont le tamarinier, le cotonnier, le bananier, la canne à sucre et diverses espèces de melons et de courges. Mais l’Arabie heureuse se glorifie de deux arbres précieux : le caféier (coffæa arabica) et le baumier (amyris opobalsamum), Dans les terrains sablonneux on voit croître spontanément le palmier éventail (corypha umbraculifera), arbre commun dans les Indes orientalés, et le mimosa nilolica, qui fournit la gomme arabique et qui se.trouve en abondance sur le sol africain. Ainsi, sous le rapport de la végétation , l'Arabie se lie à l'Afrique et à l’Asie orientales.

Pour rendre plus complète cette esquisse de la végétation, nous devons dire que le riz, originaire de l’Inde, est le principal aliment des peuples de l'Asie méridionale ; que le millet et l'orge sont la nourriture de ceux de la zone septentrionale, et que ce n’est que sur la limite des régions que l’on trouve les pays de froment.

Le règne animal est tellement riche en Asie, qu’il est indispensable d’en donner une idée. Sur les côtes méridionales, les zoophytes brillent des plus vives couleurs : ici ce sont des coralinées roses, vertes, jaunes, bleues, ou d’une teinte pourprée; là des gorgones étalent leurs ramifications en forme d'éventail à côté des rameaux violets de l’alcyon plexaurée; plus loin, la marée en se retirant laisse sur le rivage une foule d’actinies que leurs couleurs variées ont fait nommer anémones de mer, et qui donnent à la plage l'aspect d’un brillant parterre de fleurs : l’holothurie trépan est recherchée à la Chine comme aliment aphrodisiaque.

Les mers qui baignent le continent indien nourrissent des mollusques conchyfères les plus remarquables par l'élégance de leurs formes et la richesse de leurs couleurs : tels sont parmi les bivalves la donace à réseau, la cythérée dont les Chinois et les Japonais se servent dans leurs jeux ; celle que l’on a surnommée impudique ; la belle cythérée pourprée et celle qui sous le nom spécifique de cedo nulli, fait l’'ornement des collections; la jolie vénus lévantine; l’élégante buccarde cœur-de-vénus; l’arche bistournée, le tridacne gigantesque, dont les deux valves qui servent de bénitiers dans l’église de Saint-Sulpice à Paris, ne donnent qu’une faible idée de la taille de cette coquille ; la pintadine, qui fournit les plus belles perles fines et la nacre employée dans les arts ; la précieuse houlette; fe peigne manteau-ducal ; les plus belles espèces du genre spondyle, l’huître rayonnée de 25 à 30 centimètres de diamètre; la piacune vitrée que les Chinois emploient comme vitre. Au nombre des univalves nous citerons l’ombrelle de l’Inde; la jolie espèce appelée’ bulle fasciée ; l’anostome déprimée ; la jolie stoma-

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Si ces mollusques méritent d’être cités, quelques-uns comme servant à la nourriture de l’homme, d’autres comme objets de luxe ou comme utiles dans nos arts, nous ne devons point oublier parmi ceux qui, dépourvus de coquilles, habitent les mers de l’Asie, la sèche tuberculeuse, si importante pour les Chinois, qui fabriquent, avec la matière colorante qu’elle sécrète, la substance connue sous le nom d’encre de la Chine.

Une grande variété de zoophytes, tels que les polypiers pierreux, les polypiers coralligènes, les holothuries et les actinozoaires, garnissent les côtes de l’Asie méridionale et orientale, ainsi que celles des îles qui en dépendent.

Les crustacés des mers méridionales de l’Asie sont les squilles ou mantes de mer, animaux armés de longues arêtes et d’épines, et dont la chair sert communément de nourriture ; le palémon carcin, espèce comestible ornée de belles couleurs bleues ; les langoustes, mouchetées de blanc sur un fond bleu ; la maïa à crête et la maïa pipa, qui porte ses œufs sur son dos; le matute vainqueur, dont le corps blanchâtre est parsemé de points rouges, et le crabe bronzé, sont les plus remarquables des animaux de cette classe.

Parmi les poissons des mers asiatiques, se trouvent des squales de grande taille, des balistes, des aleutères, des chetodons, des labres et des mureno-phis. Le plus célèbre des poissons d’eau douce, celui qui fournit une nourriture abondante et délicate est le gouramy. Le Gange nourrit une espèce particulière de dauphins, connue de Pline sous le nom de platynis{a.

L’Asie est aussi la patrie d’un grand nombre de reptiles remarquables : l’'Euphrate possède une tortue particulière qui offrirait aux habitants de la Turquie asiatique un aliment succulent, si, par un préjugé religieux, ils ne repoussaient sa chair ; sur la côte de Coromandel vit la plus grande tortue terrestre que l’on connaisse, c’est celle que l’on a surnommée la lortue indienne : sa carapace, d’un brun foncé, a plus de un mètre de longueur.

Le Gange et le Brahmapoutre sont peuplés d’une innombrable quantité de crocodiles vulgaires, et principalement de ceux à long bec, qui appartiennent au genre gavial. L'ile de Ceylan passait chez les anciens pour être la patrie de ce serpent appelé amphisbène, dont le corps désséché et réduit en poudre fut longtemps regardé comme le meilleur spécifique contre les fractures, parce que l’on prétendait que. lorsqu'on coupait ce reptile en deux, les moitiés se réunissaient, malgré tous les efforts pour les empêcher de le faire; mais aujourd’hui le nom d’amphisbène est réservé à un genre qui habite l'Amérique. Dans les marais de l’Asie méridionale, Fhydrophis obscur et l’hydrophis à bandes bleues, espèce de serpents aquatiques dont la blessure est dangereuse, poursuivent les poissons et les autres habitants des eaux. C’est au Coromandel et au Malabar que l’on trouve, dans les bois et sur les chemins, ce redoutable naja, surnommé la vipére d lunelles, dont la morsure donne en quelques instants la mort, que les jongleurs indiens apprivoiserit, et qu’ils font danser au son de la flûte, avec laquelle ils prétendent le charmer; tandis que le peuple réserve à ce reptile une sorte de culte, que le superstitieux Hindou lui porte des aliments dans les lieux qu’il fréquente, que les brahmines le conjurent, et font de sa représentation le principal ornement de leurs pagodes. Les autres reptiles les plus répandus, surtout dans les régions méridionales, sont les crocodiles bi-

carénés, les monstrueux pythons, et l’oular-limpé dont la piqüre donne la mort avec des douleurs atroces.

Le gibbon, l’un des plus paisibles singes, habite la côte ('e Coromandel; le douc, le plus remarquable des quadrumanes par les vives couleurs de son pelage ; et le nasique masqué, par la longueur de son nez, se trouvent à la Cochinchine; diverses espèces du genre macaque peuplent les bords du Gange, le Bengale et l’île de Ceylan. La Sibérie et le Tibet sont la patrie de deux ours différents de ceux l'Europe; dans la presqu'île de Malaeca, unc autre espèce se nourrit de miel, de fruits et de fourmis blanches. C’est dans les forêts qui couronnent les montagnes de la Sibérie que se réfagient plusieurs animaux précieux pour leur fourrure : ces martes, ces hermines, ces renards argentés, et cet écureuil surnommé petit-gris. Les chinois font avec les Russes un commerce lueratif de la dépouille des loutres du Kamtschatka. L’Arabie et la Perse nourrissent un lion au pelage isabelle. Le chacal ne chasse que de petits animaux; le guépard, animai carnassier, que l’homme n’a point à redouter, habiteles contrées au sud du bassin du Gange ; tandis que l’audacieux tigre, la panthère, et le léopard tacheté de noir, sont la terreur de toute l’Asie méridianale.

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C’est de l’Inde et de la Perse qu’à la faveur des navires marchands le surmulot, ou le gros rat gris, émigra au dix-huitième siècle en Europe où il a presque détruit l’espèce indigène noire. C’est dans les contrées les plus méridionales de l’nde que vit le plus grand et le plus intelligent des éléphants, espèce toute différente de celle d'Afrique, et que l’on voit ces éléphants albinos, si recherchés par les princes indiens. Le rhinocéros qui vit au delà du Gange se distingue de celui d’Afrique par son nez, armé d’une seule corne, par sa taille plus grande et ses formes plus massives. Les deux espèces de chameaux, celle à une et celle à deux bosses, paraissent appartenir plus particulièrement à l’Asie qu’à l'Afrique. Le chevrotain portemusc, célèbre par le produit odorant qu’il sécrète, dirige ses pas timides dans les lieux les plus solitaires des contrées montueuses de l’Asie. Plusieurs des nombreuses espèces d’antilopes sont indigènes de ce continent. L’Asie nourrit encore différents bœufs sauvages, tels que le zébu, qui habite ses contrées les plus chaudes ; l’arni, qui se tient dans les hautes montagnes de l'Hindoustan ; le gour, espèce de bœuf qui habite par troupes de quinze à vingt les forêts de l’intérieur ; le yack, qui aime à se vautrer dans la fange, et dont la queue touffue sert d’étendard aux Orientaux. L’espèce de mouton appelée argali, dont la corne, suivant Gmelin, présenterait une lon-

. gueur de près de 2 mètres si sa courbure était développée, et dont la force

pourrait résister à celle de dix hommes, est très répandue dans les steppes de la Sibérie et de la Tatarie. La chèvre, dont le poil soyeux donne aux châles de Cachemire une souplesse particulière, habite les montagnes du Tibet. On connaît encore, suivant M. Lesson, dans les plaines de ces mêmes montagnes, six espèces de cerfs observées depuis peu d'années : telles sont l’hippélaphe d’Aristote, le cerf de Wallich et celui de Duvaucel; des antilopes bleues dont les cornes ont mis en question, parmi les auteurs anglais, l'existence fabuleuse ce la licorne; le chitckara, élégant quadrupède, qui porte quatre cornes. Dans les forêts du Bengale, ou trouve aussi ces charmants axis mouchetés de blanc qui appartiennent au genre cerf et dont la femelle ne porte point de bois ; dans les forêts d'Orissa, ce jungligau, souche des bœufs de l’Inde, comme l’urus est celle des bœufs de l’Europe; dans l’Inde au delà du Gange, le buffle à la peau noire et deminue, qui aime à se vautrer sur les rivages fangeux de la mer et des fleuves ; et, dans la presqu'île de Malacca, le tapir bicolore qui rappelle la zoologie américaine. Enfin, sur les bords du Gange, le tigre, rayé de noir, se tapit au milieu des roseaux d’où il guette l’homme pour le dévorer.

L’Asie nourrit des oiseaux de grande taille et d’autres ornés du plumage

le plus riche et le plus varié. Ce sont les gigantesques vautours, les aigles et les faucons ; des essaims de perroquets brillants de mille couleurs ; des loris au plumage cramoisi; la perruche verte, le cacatoës, d’un blanc éclatant, le couroucou aux plumes dorées; le drongo aux plumes d'azur ; et le calyptomène vert qui reflète la teinte de l’émcraude. Dans le Neypäl on trouve ces faisans si riches en couleurs et ces paons magnifiques que nous avons naturalisés en Europe. La presqu'’ile de Malacca possède ce beau cryptonix et ce magnifique luen dont l'immense queue est semée de mille yeux, qui l'ont fait surnommer argus.

Enfin les entomologistes savent combien sont variés les insectes de l’Asie : tous ceux qu’on a rapportés de ses contrées orientales, et particulièrement de la Chine, sont différents de ceux de l’Europe et de l’Afrique ; une partie des papillons que Linné désigne sous le nom de froyens sont propres à l'Hindoustan; le genre anthie se trouve au Bengale; la Chine méridionale donne naissance au papillon priamus et au bombyx atlas.

TaBLeau des points culminants des montagnes de l'Asie.

° Hant SYSTÈME HIMALAYEN. a. rs À]

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L’Iyiktoïi ou Alas-Tagh. . .. ., + 3,508 L'Italitzkoi. «+ 3,270 Le Taghtagh. 3,080 Le Bokhda-Oola. ...,.,...,.,.. 5,800?

Groupe du Thianchan Le volcan appelé Pé-Chan. 4,200? Point culminant des monts Bolor. . . . 5,700? Le Tchamoulari . . 8,575?

Le Dhavaladgiri. + 8,555

Le Djavahir CCE . 7,845

Groupe de l’Himalayah Pic connu sous la dénomination du 14°. 7,821 Idem, du 12°. 7,088

Idem, du 3°. 6,959

Idem, du 23°. 6,926

Groupe de l’Altaï

SYSTÈME OURALIEN. Le Kvar-Kouch. . . .

Le Pavdinskoï-Kamen. .

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