‹ Géographie complète et universelle ou Description de toutes les parties du monde sur un plan nouveau [microforme]Chapitre 31 sur 108 · XV. Région du Gange. . . . . . . Hindoustan oriental · texte numérisé non relu

XV. Région du Gange. . . . . . . Hindoustan oriental

XVI. Région de l'Indus. . . . . . . Hindoustan occidental. XVII. Région du Dekhan. ..... Péninsule de l'Inde en deçà du Gange, avec Ceylan et les Maldives comme appendice.

Péninsule de l’Inde au delà du Gange. Empire XVIIL. Région d'Indo-Chine, . . . } Birman. Royaume de Siam. Cochinchine,

Malacca.

} Chine proprement dite,

Nota. Dans ce système de divisions, on n’a cherché que la méthode la plus lumineuse et la plus commode d'étudier la géographie de l’Asie, et d’enchainer les descriptions particulières; c'est pour cela qu'on n’a pas visé à une rigueur scientifique, et qu’on a souvent réuni ensemble des régious moins intéressantes ou moins connues.

Suite de la Description de l’Asie. — Pays Caucasiens soumis à la Russie, ou Géorgie, Grande-Abasie, Iméréthie, Mingrelie, Chirvan et Arménie.

Les régions que baigne la mer Caspienne au sud-est, qu’arrosent au sud les fleuves du Kour et du Rioni ou Phasis, et qui comprennent tout le versant méridional du Caucase, forment une sorte d’isthme qui lie l’Europe à l'Asie occidentale.

La largeur de l’isthme est de 460 lieues géographiques entre l’embouchure du Rioni et le golfe de Bakou.

On n'est pas d'accord sur l’étymologie du nom de Caucase, si célèbre en histoire et en poésie. L’opinion la plus vraisemblable le considère comme un composé des mots persans Æoh, signifiant montagne, et de Kaf, c’està-dire montagne blanche. Dans l’ancien persan, ce nom est Koh kafsp. Cette opinion s’appuie sur un passage d’Eratosthène, où ce savant assure que les indigènes du Caucase l’appelaient Caspios; mais Pline dit que le nom indigène était Graucasus, d’origine scythique, nom qu’on peut expliquer du gothique.

Suivant M. Klaproth, toutes les hautes montagnes qui forment des limites de pays sont encore appelées Kaf par les Persans. Les Arméniens donnent à cette chaîne les noms de Æov-kas et de Kavkaset, dans lesquels on retrouve l’ancienne étymologie persane. Mais les Persans le nomment au-

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jourd’hui El-brouz, qui signifie monts formant des pics. Les Géorgiens l'appellent quelquefois Themi ; cependant, à l'exemple des Nogaïs et des Koumouks, ils le désignent sous le nom de Zal-/ouz ou Iel-bouz, dont l'origine est turque, et qui signifie crinière de glace.

Les anciens ont comparé le Caucase aux Alpes, sous le rapport de l’élévation. Il est certain que le milieu de la chaîne est hérissé de glaciers ou blanchi de neiges éternelles. L’Elbrouz, son pic principal, a 5,427 mètres d'élévation, et par conséquent est presque aussi élevé que le Mont-Blanc. Au midi, le Caucase joint les nombreuses chaînes du mont Taurus, qui parcourent toute l’Asie occ‘lentale; au nord, il borde presque immédiatement les vastes plaines où erraient jadis les Sarmates, et où errent aujourd’hui les Cosaques et les Kalmouks; à l’est, il domine par des précipices escarpés sur la plaine étroite qui le sépare de la mer Caspienne; à l’occident, la haute chaîne se termine brusquement au nord de la Mingrélie par des montagnes escarpées, les Montes Ceraunii des anciens; les chaînes inférieures se prolongent ensuite, en côtoyant les bords de la mer Noire, et en formant ies montagnes basses qui séparent les Circassiens des Abases, et que les anciens appelaient Montes Coraxici. Un promontoire qui se projette dans la contrée des Circassiens, si riche en bons chevaux, se nommait, chez les anciens, Æippici Montes; chez les modernes, il porte le nom de Beesch Tau.

Les deux principaux passages du Caucase sont désignés chez les anciens sous les noms de Portes Caucasiennes et Albaniennes. Le premier est, sans contredit , le défilé qui conduit de Mosdok à Tiflis; c’est l’étroit vallon de quatre journées, où, selon Strabon, coulait la rivière Aragon, aujourd’hui Arakui. C’est, comme Pline dit, un énorme ouvrage de la nature, qui a taillé ‘ une iongue ouverture parmi les rochers, ouverture qu’une porte de fer grillée suffirait encore pour intercepter; c’est le passage par lequel, selon Priscus, les barbares du nord menaçaient également l’empire romain et celui des Perses. Le château fort qui fermait ce passage reçoit divers noms chez les anciens; celui qui subsiste aujourd’hui se nomme Dariel ou Dariéla : il est bâti immédiatement au-dessous de l'ancien, et le défilé a été considérablement élargi par suite de sa construction.

Les Portes Albaniennes des anciens seraient, selon l’opinion commune, la passe de Derbent, le long de la mer Caspienne ; mais si l’on compare avec soin tous les indices que nous a laissés l’antiquité ; si on réfléchit sur le silence qui est gardé dans les descriptions de ce passage à l'égard de la mer Caspienne; si l'on se rappelle que Ptolémée place expressément les

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Portes d’Albanie près les sources du fleuve Kasius, qui, d’après tout l’ensemble de sa géographie, est le Koësou; si on observe que le même géo graphe place les Diduri, voisins des Tusci, près des Portes Sarmatiques, et que ces deux tribus, sous les noms de Didos et de Tousches, demeurent encore près d’un défilé qui passe par Le territoire d'Ouma-Khan, le long de la frontière du Daghestan, et traverse ensuite le district de Kagmamcharie, on restera persuadé que c’est là qu’il faut chercher les Portes Albaniennes ou Sarmatiques, jusqu’ici méconnues. Le nom de Portes Caspiennes, appartenant en propre à un défilé près de Téhéran, dans l’ancienne Médie, est appliqué vaguement, par Tacite et quelques autres anciens, à diverses passes du Caucase. D'avee toutes ces passes qui traversent la chaîne du sud au nord, il faut distinguer les Portes Ibériennes, ou le défilé de Parapaux, aujourd’hui Schaourapo, par lequel on arrive de l’Iméréthie en Kartalinie; défilé où, du temps de Strabon, on franchissait des abimes et des précipices, mais que les Persans, dans le quatrième siècle, ont rendu praticable aux armées.

Les témoignages des anciens et des modernes s'accordent à placer dans les contrées caucasiennes des mines d’or, d’argent et de fer ; plusieurs rivières roulent des paillettes d’or, qui, interceptées sur des peaux de mouton, fournissent, à ceux qui veulent tout interpréter, une explication naturelle de la fable de la toison d’or.

Les sommets du Caucase sont de granit. La bande granitique est accompagnée, de deux côtés, de montagnes schisteuses, et ensuite calcaires. On dit que cette chaîne présente une grande régularité; sa direction en ligne droite rend cette assertion assez vraisemblable. Mais les montagnes calcaires secondaires paraissent devoir occuper plus d'espace du côté méridional, où la chaîne s’étend par un plus grand nombre de branches. Du côté septentrional, la base des montagnes, calcaire et schisteuse, est recouverte par de vastes dunes de sable qui se perdent peu à peu dans l’'aride plaine appelée s'eppe de Kouma.

Le Caucase est une des régions les plus intéressantes du globe pour l'histoire naturelle et civile. Tous les climats de l’Europe et toutes sortes de terrains s’y retrouvent : au centre, des glaces éternelles et des rochers stériles où habitent les ours, les loups, les chacals, le chaus, anima du genre des febis, le bouquetin du Caucase (capra caucasica), qui aime les sommets escarpés des montagnes schisteuses; le chamois, qui se tient au contraire sur les montagnes calcaires inférieures; le jièvre terrier, le putois, l’hermine, l’argali, une infinité d’oiseaux de proie et de passage; au

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L’isthme caucasien renferme un nombre extraordinaire de petites nations; quelques-unes sont des restes de hordes asiatiques qui, dans la grande migration des peuples, passèrent et repassèrent par ces montagnes; mais le plus grand nombre se compose de tribus indigènes et primitives. Ces tribus conservent chacune leur langage particulier, et ces idiomes remontent probablement à l’origine du genre humain. La physionomie caucasienne renferme les traits caractéristiques des principales races de l’Europe et de l’Asie occidentale. Les animaux domestiques et les plantes cultivées de ces deux parties du monde se retrouvent dans le Caucase ou dans ses environs. Les antiques et mémorables écrits attribués à Moïse, l’allégorie de Prométhée chez les Grecs, la fameuse expédition des Argonautes, plusieurs traditions des Scandinaves, tout nous reporte vers le Caucase, tout concourt à nous faire chercher dans cette contrée un des points d’où le genre humain s’est répandu sur une grande partie de la surface du globe. Mais ces questions sortent des limites que nous nous sommes tracées. Nous classerons les nations caucasiennes sous sept grandes divisions, d’après les sept langues principales qu’elles parlent; savoir :

a) Géorgiens proprement dits.

b) Imérethiens.

1. Les Géorgiens, subdivisés en4{ c) Gouriens. d) Mingréliens.

e) Souanes.

. Les 4bases, subdivisés en plusieurs tribus.

; . . V) Circassiens du Kouban.

. Les Zcherkesses ou Circatsiens. } À Citecselens dela: Cabusité:

. Les Ossètes, divisés en diverses tribus.

. Les Kistes ou Tchetchentzes, avec les Ingousches ct autres tribus.

. Les Lesghiz, divisés d’après leurs huit dialectes.

. Les restes des Tatars ou Tatares, des Mongols, des Huns et d’autres colonies étran gères disséminées sur le Caucase.

La Géorgiz proprement dite appelle nos premiers regards, comme étant située au centre de l’isthme. Les Russes appellent ce pays Grousia, et les Persans Gourgistan, mais les auteurs indigènes { comprennent les quatre anciens royaumes de Kartueli ou Karthli, d’Iméréthi ou d’Iméréthie, de Mingreliia et de Gourüa, sous le nom général d’Tbérie ou Twerie. N parait que cette dénomination classique est aujourd’hui inconnue à la plupart des habitants.

Selon quelques savants modernes, le nom de Géorgiens viendrait de celui du grand fleuve Æour (Kor, Kyros, Cyrus) qui arrose ce pays superbe; de sorte que l’on devrait plutôt les nommer Korgiens ou Kourgiens. Selon d’autres, le nom de Géorgiens vient de Gourdji, dénomination qui a fait donner à leur pays, par tous les Orientaux, celui de Gourdjistan. Mais ce nom de Gourdji ne date que de la fin du onzième siècle, époque à laquelle les Persans, sous le règne de Malek-Chah, conquirent la Géorgie, gouvernée alors par un roi nommé Giorgi, auquel le vainqueur restitua sa couronne. Ce fut depuis cet événement que les Persans donnèrent à la Géorgie le nom de pays de Gourdji, c’est-à-dire de Givrgi, puis celui de Gourdjistan. Cependant cette dénomination n’a pas été adoptée par les Arméniens : ceux-ci appellent les Géorgiens Virk, et la Géorgie Ourastan.

Les divers partages qui eurent lieu dans le moyen âge entre les princes d’Ibérie donnèrent naissance à trois royaumes, celui d’Imirette, d’Iméréthi, ou d’Zméréthie, dont la Mingrélie et la Gourie sont des démembrements postérieurs, et ceux de Karfalinie ou Karthli et de Kakhethi. L’Iméréthie a quelquefois été désignée sous le nom de Géorgie turque. Le restant a été appelé Géorgie persane; c’est à cette dernière portion que les écrivains actuels, surtout les Russes, restreignent le nom de Géorgie. Un prince

vaillant, nommé Héraclius, en forma, vers la fin du dix-huitième siècle, un Etat indépedant, qui maintenant, sous le nom de gouvernement de Géorgie est incorpe"’ à l’empire russe.

! Eugène, archimandrite, Tableau de la Géorgie, dans les Annales des Voyages, XII, 74.

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Le Kour, qui arrose la grande vallée de la Géorgie, s’accroi: des rivières d’Aragui, dora, probablement l’Iberus des anciens, et de l’Ajazan, qui est leur Alazon; arrivé dans les plaines de Chirvan, il voit ses eaux se confondre avec celles de l’Aras ou Araxe; les deux fleuves forment plusieurs canaux, tantôt unis tantôt séparés; de sorte qu’il pourrait paraître incertain, comme il l'était du temps de Strabon et de Ptolémée, si leurs embouchures doivent être considérées comme séparées, ou si le Kour engloutit l’Aras, ce qui a lieu en effet.

La Géorgie jouissant d’une température très douce, et en général trèssaine, offre une agréable variété de montagnes, de forêts et de plaines; toutes les productions communes des pays caucasiens y abondent ; mais les habitants, peu nombreux, négligent les dons de la nature. Dans la saison sèche, qui commence ordinairement au mois de mai et finit au mois de novembre, les Géorgiens s'occupent à arroser le sol qui leur rend, sans beaucoup de travail, les fruits les plus précieux. On cultive le froment, le gomi ou l’holcus bicolor, le djikoura ou l'holcus sorghum, le maïs et le millet. La culture du chanvre et du lin est presque générale. On voit prospérer avec très-peu de soin, des pêches, des abricots, des amandes, des coins, des cerises, des figues et des grenades; les vignes, abondantes et de bonne espèce, donnent un vin qu’on envoie en Perse. Celui de Kakhethi ne se conserve pas bien, parce qu'il est mal fait, mais il pétille de feu. Les pommiers, la garance, les cotonniers sont cultivés avec quelque soin. Les champs sont couverts de melons et de pastèques ; cependant, malgré la fertilité du sol, l’agriculture y est dans l'enfance : la charrue y est si pesante qu’il faut y atteler six ou huit paires de buffles. On vante aussi l'éducation des abeilles; les chevaux et les bêtes à cornes rivalisent avec les meilleures races européennes en grandeur et en beauté ; les moutons à grande queue donnent une excellente laine. Les plus beaux chênes et sapin tombent en pourriture sans que personne cherche à en faire usage.

Les Géorgiens, ou, pour mieux dire, les Ibères, peuple indigène du Caucase, parlent une langue radicalement différente de toute autre langue connue, et dans laquelle il a été composé, dans le douzième siècle, beaucoup d'ouvrages d'histoire et de poésie. Les Géorgiens croient pourtant descendre d’une souche commune avec les Arméniens.

Les habitants de la Géorgie sont en général beaux, bien faits et agiles; ils ne manquent pas d'esprit naturel, mais ils sont intéressés et aiment à boire. Ils ont adopté une partie du costume persan, parce queles nobles

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étaient souvent élevés à la cour de Perse, et que les gens du peuple servaient de garde aux souverains de ce pays. Les Géorgiens sont rarement sans armes, et même aux champs ils ont à côté d’eux des fusils et des poignards, pour se mettre en garde contre les brigands des montagnes voisines.

Dans le triste état où les guerres et les révolutions ont mis ce beau pays, les indigènes, malgré leur goût pour les négoces et le voyage, font un commerce peu considérable; les Arméniens sont leurs commissionnaires. Leurs femmes, dont la beauté n’est pas moins célèbre que celle des Circassiennes, quoique leur teint ne sait pas aussi blanc ni leur taille aussi svelte, ont pris dans un commerce fréquent avec l’étranger, l'esprit de la licence et de la corruption. Les filles vendues comme esclaves sous le gouvernement mahométan, étaient les victimes de leur beauté; mais ce trafic honteux a cessé depuis 1802 que la Géorgie est devenue une province russe. Beaucoup de Géorgiens habitent des cabanes à moitié enfoncées dans la terre. Dans le Kakhethi, province où la civilisation a fait le plus de progrès, on trouve des espècés de maisons. Une mince charpente, des murs en claies d’osier, recouverts d’un mélange d’argile et de fiente de vache, surmontés d’un toit de jonc ; une chambre de cinq brasses de long sur quatre de large, où la lumière entre par la porte; un plancher qui sert à sécher la garance et le coton; une petite fosse au milieu de l'appartement où l’on entretient le feu, et au-dessus un chaudron de cuivre attaché à une chaine, et enveloppé d’une fumée épaisse qui s’échappe par le plafond et la porte; voilà de quoi se compose une de ces maisons. On trouve presque dans tous les villages des tours qui, à l’approche des hordes de Lesghiz, servent d’asile aux femmes et aux enfants.

Le gouvernement de Géorgie se compose de six arrondissements dont les chefs-lieux sont Tiflis, la capitale; Gori, Telava, Ananour, Signakh et ‘ Ielisavetpol ou Gandja.

Tiflis, ou Teflis, en géorgien Thilis-Kulaki (ville aux eaux chaudes), ancienne capitale du royaume de Géorgie, a été fondée vers le cinquième siècle; au neuvième elle était déjà l’une des plus commerçantes de l’Asie; sa population est d'environ 20,000 habitants. C’est une ville forte; tous les cultes y sont représentés. La cathédrale, anyelée église de Sion, est un vaste et bel édifice. Les principaux établissements sont, un hôtel des monnaies, un arsenal, un gymnase pour les jeunes gens nobles, une écule pour les élèves attachés à l'état-major du corps du Caucasse, un superbe

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hôpital, deux caravansérails, l’un pour les Persans et l’autre pour les Turcs, et deux bazars où l’on compte plus de 700 boutiques. L'industrie consiste principalement en manufactures d’armes et de soieries. Le commerce, qui est dans cette ville exclusivement entre les mains des Arméniens, est très-actif, et consiste en imr”rtations de marchandises:de l'Allemagne, de la Russie et de la Perse : on en estime la valeur à 450,000 francs par an. Tiflis est à environ 60 lieues de la mer Noire, 90 de la mer Caspienne, et 480 de Saint-Pétersbourg. Le Kour coule à ses pieds avec une grande rapidité, resserré entre des rochers. Cette ville renferme 3,700 maisons dont la plupart construites en briques liées avec l'argile, dans le goût persan, se terminent en terrasses. Elles sont si peu solides, que leur durée n'excède guère plus de 15 ans. Les fenètres au lieu de vitres, sont garnies de papier huilé. La moitié des habitants se compose d'Arméniens ; le reste de Géorgiens, de PHAGENLENR de Lesghiz, de Tatars et de Persans.

Mitzkhetha, sur la rive gauche du Kour, à 5 lieues au-dessus de Tiflis, daus l’angle formé par le fleuve et l’Aragui, l’un de ses affluents, était jadis la capitale de la Géorgie et la résidence du patriarche; mais après avoir été dévastée d’abord par Tamerlan, puis par les Persans, elle n’est plus qu’un village, où l’on remarque encore ure forteresse assez bien conservée, une cathédrale construite il a neuf siècles, dans un beau style, et quelques ruines d’ânciens édifices qui annoncent sa splendeur passée. On traverse le Kour sur un ancien pont attribué à Pompée et restauré par les Russes. Gort, ville de 4,500 habitants, est à 11 lieues plus haut sur la rive gauche du fleuve, sise entre deux montagnes; elle est défendue par une forteresse bâtie sur le haut d’un rocher. Son nom signifie colline en gtorgien. Elle est principalement peuplée d'Arméniens.

Ananour ou Ananouri, à 12 lieues au nord de Tiflis, sur la rive droite de l’Arkala, est, malgré son titre de chef-lieu, une misérable ville dont les maisons, groupées autour d’une forteresse, sont en partie très-basses et en partie souterraines. Thelav ou Telavi est au contraire une charmante résidence. Elle n’a que 1,209 habitants; mais elle est située dans une-jolie vallée, sur le penchant d’une colline, et la plupars de ses maisons sont ombragées par de beaux arbres. Ses bazars sont bien fournis. Elle est défendue par trois forts. Signakh ou Signukhi n’est important que par sa forterresse.

Au sud du Kour et sur la petite rivière de Gandja, affluent de ce Wl. #1

fleuve, on remarque Jelisavetpol, autrefor: Shendjeh ou Gandja, ville fort ancienne qui était la résidence d’un klan, et qui, bien qu’elle soit déchue, est encore la plus importante après Tiflis. On lui donne 12,000 habitants. Elle est fortifiée. Dans ses environs on remarque d’immenses ruines en pierres et en briques, un monument appelée la colonne de Chamkhor dont l’origine est inconnue et que les habitants attribuent à Alexandre le Grand. Elle est haute d’environ 60 mètres, et entourée d’un escalier extérieur en spirale qui conduisait au sommet lorsqu’il était moins dégradé. Ces monuments et les médailles parthes, perses, grecques et romaines, attestent ici l’antique splendeur d’une ville qui n’est plus.

A l’ouest de la Géorgie proprement dite s’étend la Géorgie otlomane, l’ancien pachalik de Tchildir, pays qui a été cédé en vertu des derniers traités par la Porte à la Russie. Sa principale ville est Akhaltsikhe, dont le nom signifie chateau neuf. les Turcs la nomment Akiskha. son étendue en a fait évaluer la population à 40,000 âmes; mais il est probable qu’elle n’en a pas plus de 15,000. Une belle forteresse la défend. On y remarque la mosquée d’Ahmed, bâtie sur le plan de celle de Sainte-Sophie de Constantinople, et à laquelle est annexé un collége, dans lequel se trouve une bibliothèque regardée comme l’une des plus riches de l'Orient avant que les Russes n’en fissent transporter à Saint-Pétersbourg les livres les plus précieux.

En 1832, le gouvernement russe a fait construire la nouvelle ville d’Afhaltsikhe, au pied d’une montagne sur la rive droite de la Potchavka, emplacement qui, par son étendue, le peu d’inclinaison du terrain et l'abondance des eaux, offre tous les avantages que l’on peut désirer ; tandis que l’ansienne Akhaltsikhe n’a que de l’eau de citernes. Ses rues sont larges et bien alignées ; quelques maisons sont belles : tout annonce que cette ville deviendra l’un des ornements de la Russie asiatique méridionale.

La population de la Géorgie proprement dite peut aller à 390,000 indiv:lus, dont les deux tiers sont indigènes et attachés au rite grec ; les Arméniens et les juifs sont en grand nombre. Ses revenus sont d’environ 3 millions de francs.

La ci-devant Géorgie turque est peuplée d’environ 50 à 60,000 âmes. Ses revenus ne s’élèvent qu’à 140,000 francs.

Avant que la famille royale, que les uns font descendre d’un juif Bagrat, et les autres d’un seigneur persan, nommé Pharnavaz, eût cédé ses droits à la Russie, la Georgie était une monarchie féodale, que plusieurs excellents princes n’ont pu ni consolider ni perfectionner. Les princes et Les nobles

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Les Iméréthiens, dont le nom vient de celui des Ibériens, sont les voisins des Géorgiens, du côté du nord-ouest, et parlent un dialecte géorgien. De petits bonnets qui leur sont particuliers, la chevelure longue, le menton rasé avec une moustache retroussée, des habits qui descendent à peine aux genoux, et qui forment beaucoup de plis sur les hanches, des rubans roulés autour des mollets. des ceintures larges ; voilà à peu près en quoi consiste la parure d’un Iméréthien. 20 à 25,000 familles formant environ 80 à 100,000 individus, demeurent le long des rivières et des bois. À cause de sa situation élevée, le pays reste longtemps couvert de neige ; les vallées sont marécageuses. L'entretien du bétail, des abeilles, des vers à soie, y est poussé à un plus haut degré de perfection que dans toutes les autres contrées du Caucase. Un seul cep de vigne fournit du vin à une famille entière.

L’indolence des habitants laisse périr inutilement les riches dons du sol et du climat. C’est ici que jadis le Rhion ou Rioni, l’ancien Phasis, sur lequel on ne voit maintenant que des nacelles de troncs d’arbres creusés, portait jusqu’à cent vingt ponts, et qu’un trajet continuel de marchandises unissait en quelque sorte ce fleuve au Cyrus, et par conséquent la mer Caspienne à la mer Noire.

On voit encore les ruines de Sarabana, aujourd’hui Schorabana, qui n’est qu’un gros village, et l’ancienne Cy/æa, aujourd’hui Koufaïs ou Ko- {alis, près de laquelle résidait le tsar ou l’ancien prince de l'Iméréthie, dans une espèce de camp. KÆoufaïs est aujourd’hui la capitale de l’Iméréthie. Cette ville n’a que 2,000 habitants: elle est située sur la gauche du Rioni. C'est la résidence d’un évêque et “un gouverneur dont la juridiction

s'étend sur l’Iméréthie, la Mingrélie, la Gourie et la Grande Abasie; elle était autrefois la capitale de la Colchilde, On voit dans ses environs les ruines d’une ancienne ville dont l’antique cathédrale offre encore de beaux restes, et dont la forteresse dut être considérable, Les habitants de Koutaïis, dont plus de la moitié se compose de Juifs, et le reste d’Arméniens, s'occupent beaucoup de jardinage. Non loin de cette ville, on remarque le grand couvent de Génath, appelé vulgairement Gelath, dans lequel on conserve une riche bibliothèque, et l’un des battants de la porte en fer de Derbent, qui y fut porté par un roi nommé Dawith. Le supérieur de ce couvent est un archevêque: on lui donne le titre de Genathel, Bagdad, à 6 lieues au sud de Koutaïs, est une petite ville fortifiée; elle a 1,500 habitants.

Le faible commerce actuel des Iméréthiens se fait ordinairement en deux endroits situés sur le Rioni, à Ont et à Choni; on y échange des grains, des chevaux, des ustensiles en cuivre, contre des draps et des étoffes. À Zadis, vers l’orient du pays, on trouve de l’hématite, d’où l’on tire du fer; on en forge divers ustensiles.

Vers le nord est situé le Radcha, district principal, qui peut mettre sur pied 5,000 guerriers. Radchin en est le chef-lieu. Les villages des habitants de la plaine ont une grande étendue; dans les villages des montagnards, les maisons sont serrées les unes contre les autres, les habitations des premiers sont en claies d’osier ; celles des autres sont en planches.

Les montagnes de Radcha passent pour être riches en mines d'argent, de cuivre et de fer. Mais ce que ce district offre de plus remarquable, c'est une grande quantité de ruines parmi lesquelles on trouve fréquemment des médailles grecques et sassanides.

Les Gouriens habitent la contrée située aux bords de la mer Noire, au sud du Phasis. Ruinés par les pachas voisins, ils abandonnèrent ja navigation et la pêche; et même depuis qu’ils sont soumis à la Russie, ils ne profitent d’aucune des nombreuses richesses qui leur sent offertes par la nature. La Gourie jouit d’une tôlapérature saine, d’un sol propre à l’agriculture et à l'entretien du bétail, d’un climat dont la douce influence fait prospérer le cotonnier , les citrons, les olives et les oranges. De tous les environs du Caucase, ce n’est qu'ici que màrissent ces fruits. Le peuple, ainsi que sa langue, a éprouvé plusieurs mélanges; on y rencontre des Turcs, des Tatars, des Arméniens et des Juifs.

La population se compose d'environ 6 à 7,000 familles; mais il n’y a que deux ou trois endroits où l'on voit plusieurs habitations groupées autour

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d'un couvent ou d’un château; le reste paraît dépeuplé. De nombreuses ruines de châteaux et de villages annoncent que ce pays fut autrefois plus peuplé. On sait que la Gourie est une partie de la Colchide des anciens. À Ja paix de 1812, les Turcs en cédèrent la suzeraineté à la Russie : aujourd'hui elle est une partie intégrante de cet empire. Baloum ou Baloumi, le chef-lieu de la Gourie, est situé sur la côte de la mer Noire; son port est très-fréquenté. Poti ou Pothi, à l'embouchure du Rioni, est une ville de 1,200 habitants.

Les Mingréliens demeurent au nord des Gouriens, et à côté des Iméréthiens, dans le même pays que jadis possédèrent les Colchiens, et ensuite les anciens Laziens. De vieilles cités en ruines, des forteresses sur le bord de la mer, des vaisseaux qui font voile pour la Turquie, des princes et des nobles qui parcourent les campagnes pour piller le paysan, des femmes qui trahissent leurs maris, des combats entre tous les villages, tel était naguère le tableau de la Mingrélie. Un grand bonnet de feutre sur la tête, les pieds nus ou enveloppés de peaux, qui ne sont que de faibles préservatifs contre la boue de ce pays humide, des chemises et des habits sales; voilà le costume du Mingrélien : c’est ainsi qu’on le trouve au milieu de femmes débauchées, qui mangent avec les doigts, et qui élèvent leurs enfants au mensonge, au pillage et au brigandage. Voilà comment naguère un noble mingrélien se procurait des esclaves : pendant une attaque subite, ou une fuite précipitée , il guettait quelque ennemi qu’il pût renverser de cheval, et dont il püt ainsi faire son prisonnier; une corde attachée à sa ceinture lui servait à lier le prisonnier aussitôt qu’il était descendu. Le commerce des esclaves se faisait aussi en temps de paix; eur, en Mingrélie, avant la domination russe, le maître vendait son domestique, le père son fils, le frère sa sœur.

Les Turcs vont chercher es Mingrélie de la soie, de la toile, des fourrures, et particulièrement des peaux de castors, du miel rouge et blanc ; ils y portent en échange des sabres, des arcs et des flèches. des ornements pour les chevaux, des draps et des couvertures, même du cuëvre et du fer; car les anciens possesseurs de la toison d’or n’exploitent à présent aucun métal.

Redout-Kaleh, petite ville fortifiée, possède le port le plus fréquenté de la côte : il y entre annuellement 430 à 150 navires. Elle n'a que 500 habitants, mais elle peut devenir importante sous le gouvernement russe. Ana- Kia ou Anakria, à quelques lieues au nord-ouest à l'embouchure de l'Inéour, parait occuper l'emplacement de l’antique Héraclée ; il y a un port et une forteresse. C’est le siège d’un commerce assez actif.

La Mingrélie est encore aussi humide, chaude et fiévreuse qu’à l’époque

où Hippocrate la décrivit sous le nom de Colchide. En été, il y règne des maladies pestilentielles qui enlèvent les hommes et les animaux. La végétation y est d’une extrême activité; tous les fruits y viennent sans qu’on prenne soin de les greffer ; il est vrai qu’ils ne sont pas toujours d’un goût, exquis. Les châtaigniers et les figuiers abondent. On ne vante que le vin, qui est salubre et plein de feu; il y a aussi du riz et du millet ou du gem. Les Mirgréliens ne cultivent plus le lin, qui, du temps d’Hérodote et de Strabon, fournissait aux Colchiens la matière d’une fabrication importante, dont Chardin observa encore les restes. Le seul objet auquel ils donnent quelque soin, c’est l'entretien des abeilles. Le miel de quelques cantons où abonde l’azalea pontica, est.amer, comme Strabon l'avait observé. C'est au delà du Phasis, dans la Gourte, que Xénophon trouva une sorte de miel qui donnait une espèce de délire à ceux qui en mangeaient, effet que Pline attribue au rhododendron, arbrisseau abondant dans les forêts où voltigent ies abeilles.

Les superstitions sont extrêmement répandues en Mingrélie. Les missionnaires du dix-septième siècle ne parvinrent pas même à faire supprimer une fête qu’on y célébrait en l’honneur d’un bœuf, et qui rappelle le culte d’Apis. Le prince de la Mingrélie prend le titre de Dadian ou maître de la mer ; depuis 4803 il s’est déclaré vassal de la Russie, qui lui assura , ainsi qu'à ses descendants, la jouissance des droits qu’il possédait. Malgré son titre de maître de la mer, il ne possède pas une barque de pêche’:r; ordinairement il erre avec sa suite d’endroit en endroit, et son camp, séjour de la licence, l’est aussi de la misère. Les Mingréliens nobles aiment la chasse ; ils savent apprivoiser des oiseaux de proie qui servent à faire la guerre au gibier. Un proverbe mingrélien cite un bon cheval, un bon chien et un bon faucon, comme trois choses indispensables à la félicité humaine. La chasse fournit au Mingrélien une provision abondante de venaison. Dans

le Phasis forme la frontière. Les Mahométans , qui sont en grand nombre dans la Mingrélie, ne voient pas sans une inéignation profonde l’abondance de vin et de porcs qui y règne, tandis qu’on manque de bon pain.

A l’est d’Odichi et de la Mingrélie proprement dite, est située la petite province mingrélienne de Leschgoum, où les habitants demeurent dans des cabanes de pierre.

La population de la Mingrélie se compose de 44,000 familles géosgiennes, crméniennes, tartares et juives formant environ 90,000 habitants; mais la religion grecque y est dominante, et le pays est divisé en trois diocèses,

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La Grande Abasie s'étend sur le versant méridional du Caucase depuis la Mingrélie jusqu'aux frontières de la Circassie occidentale. C’est un pays arrosé par un grand nombre de petits cours d’eau, et très-fertile, quoique montueux. Il est en général couvert de forêts, où la chaleur et l'humidité entretiennent une végétation aussi abondante que celle de l'Amérique; les lianes y étouffent les arbres sous leurs branches entrelacées.

Les Abases, qui se donnent eux-mêmes le nom d’Absne, sont des barbares bien faits, endurcis et agiles; un visage ovale , une tête comprimée sur les côtés, un menton court, un grand nez, des cheveux d’un châtain foncé, leur donnent une physionomie nationale très-remarquable. Les Grecs les connurent jadis, sous le nom d’Aschæi, comme des pirates rusés et redoutables; sous le nom d’Abasgt, ils étaient décriés chez les Byzantins pour leur commerce d'esclaves. Les Circassiens invitèrent un jour les princes abasiens à une assemblée, et après avoir gagné leur confiance, ils assassinèrent les chefs de ce peuple libre. Depuis cette époque, les Abases , livrés à des guerres, ont perdu le peu de civilisation qu’ils avaient reçue de Constantinople. On trouve pourtant dans la célébration du dimanche une faible trace de leur ancien christianisme. Les uns, nomades paisibles, errent dans les forêts de chênes et d’aunes qui couvrent le pays; les autres-vivent d’un peu d'agriculture ; tous sont enclins au brigandage, et se vendent les uns et les autres aux marchands d'esclaves. La langue et les coutumes des Abases ressemblent beaucoup à celles des Circassiens, selon Guldenstedt ; tandis que Pallas affirme que leur idiome ne lui parut avoir de rapport avec aucune langue connue. On présume qu’il y a dans le pays des Abases des mines d'argent cachées, mais ils n’en savent pas plus profiter que de leur situation, si propre à la navigation et à la pêche.

Les objets de commerce des Abases consistent en manteaux de drap et et de feutre, en pelisses de renards et de fouines, en miel, en cire et en bois de buis, dont les Turcs font des achats considérables. Les marchands turcs et arméniens qui leur apportent du sel et des étoffes se tiennent constamment en garde contrc les attaques de ces perfides sauvages , qui, dès qu'ils se trouvent en force, dépouillent, dit-on , sans distinction , leurs amis et leurs ennemis.

Soudjouk-kaleh, la plus occidentale et la plus septentrionale des villes de la Grande Abasie, est à 6 lieues au sud-est de la cité circassienne d’Anapa. C’est une place de commerce bien située , à l’entrée d’une petite baie, avec un bon port, et défendue par une forteresse. Soubachi n'est qu'un

bourg à l’embouchure d’une petite rivière du même nom. Mamuï n’est aussi qu’un bourg, mais avec un bon port. Les autres lieux habités de la côte ne sont que des bourgades, à l'exception de Soukgoum-Kaleh ou Sokhoum-kaleh, petite ville qui, sous le gouvernement turc, n’a fait que déchoir d'année en année : en 4787 elle avait 3,000 habitants, aujourd’hui elle n’en a pas 300; mais déjà elle commence à éprouver l’heureuse influence d’un gouvernement européen. C’est à une lieue au sud-est que se trouve Zskouria, ville maritime ruinée, qui paraît être l'antique Dioscurias, port dans lequel , au rapport de Pline, venaient commercer des marchands de trois cents nations différentes. Pilsiounta, à 6 lieues au nord-ouest, paraît ètre l’ancienne Pilyus.

Les peuplades abases se distinguent sous les sept noms suivants : les Aresthkovaches, les Baghis, les Ibsips, les Inalkoups, les Madchaveis, Oubyks et les Sasks.

La province de Schirvan occupe le bassin inférieur du Kour, depuis l’extrémité orientale de la Géorgie jusqu’à la mer Caspienne. Sa longueur, de de l’ouest à l’est, est de plus de 60 lieues, sa largeur moyenne d’environ 50, et sa superficie de 1,200 lieues carrées. On y rentontre, surtout près des bords du Kour, un grand nombre de marais et de lacs, dont plusieurs sont salés. On y trouve aussi des steppes, dont la plus considérable est celle de Moghan , longue de 25 lieues et large de plus de 10, qui abonde en päturages, mais qui est infestée de serpents. Les montagnes y renferment plusieurs métaux, parmi lesquels on exploite principalement le fer. Leurs cimes sont couvertes de forêts qui servent de retraite au chacal, à la gazelle, à l’antilope et à plusieurs autres espèces d’animaux. Ses pâturages qui bordent les rivières nourrissent un grand nombre de chameaux , de buffles, de chèvres, de moutons à grosse queue, et de chevaux d’une race estimée. Les coteaux sont garnis de vignes qui fournissent le meilleur vin du Caucase; les champs sont couverts de coton, de chanvre, de garance , de safran, de soude et de tabac.

Le cotonnier du Schirvan est une plante herbacée annuelle qui a l’inconvénient de produire un coton trop court pour pouvoir être filé fin. La culture du safran est le plus répandue sur le territoire de Bakon. On le récolte en mai. On assure qu'il ne le cède ni à celui de l'Italie ni à celui de l'Inde; il s’en fait une grande consommat.on dans le pays, et il s’en exporte annuellement pour 450,000 roubles.

Les pêcheries de l’Aras et du Kour forment une des branches les plus importantes de l’industrie du Schirvan. Les ports destinés à ces pêcheries

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se nomment vafagas, et sont au nombre de sept : Bot, Acouscha, Lopatine, Toprakaléh, Arboutagne, Abouliane et Meneïmane. La pêche se partage en trois périodes: celle du printemps (béhiak), celle de l'été (jarkoësky), et celle de l’automne. La première commence en mars et finit en juin; la seconde dure de juillet à septembre, et la troisième de septembre à décembre. Celle d: printemps est la plus importante, et fournit à elle seule les trois quarts du produit annuel. Les poissons que l’on prendsont les principales espèces d’esturgeons, telles que l’esturgeon commun, le belouga et le sevruga; quant aux silures, ils sont aussi très-nombreux, mais on les rejette après en avoir extrait la colle que le fermier de la pêche abandonne aux pêcheurs. Tout le poisson pris en été et en automne est mis en balyk, c’est-à-dire découpé, salé et séché au soleil; la pêche du printemps fournit les œufs d’esturgeons, qui sont convertis de suite en caviar. A l'exception du balyk , les produits de la pêche sont expédiés à Astrakhan, et forment le chargement d’une douzaine de navires. Ce qui complétera l’idée qu’on doit se former de l’importance de ces pêcheries, c’est qu’elles étaient affermées en 1830 à 66,000 roubles argent, c’est-à-dire à 227,000 francs; que les frais du fermier s’élèvent à plus de 600,000 francs, ce qui, sans compter ses bénéfices, porte Ja pêche à plus de 827,000 francs1.

On estime ': lation de la province de Schirvan à 435,000 habitants, la plupart Tec1s, Arméniens, Tadjiks et Lesghiz.

On remarque, en traversant le Caucase, une grande différence dans l'aspect que présente le versant septentrional ou européen et le versant opposé. Sur le premier on ne voit pas même un buisson ombrager les coteaux arides ; sur le second, des ruisseaux serpentent au milieu de forêts d'arbres fruitiers et forestiers. Noukhi était autrefois le chef-lieu du khanat de Cheki : il est situé au pied de montagnes abruptes dont la cime atteint la hauteur des neiges perpétuelles 2. Cette ville est moins importante que celle de Cheki, composée de 500 maisons et défendue par nn château fort où résidait le khan. Vieux-Schamakhi, que le roi de Perse, Nadir-chah détruisit en 1735, a vu dans ces dernières années relever ses murailles, réédifier ses bazars, reconstruire ses anciens édifices; et, replacé par les Russes au rang de capitale de la province, tout fait espérer qu’il reprendra son ancienne activité commerciale. Nouveau-Schamakhi, bâti par Nadirschah, et qui a eu jusqu'à 30,000 habitants, est aujourd’hui beaucoup moins important, tandis que Bakou, chef-lieu d’un arrondissement de ce nom, :

! Journal de Saini-Pétersbourg, du 5 juillet 1839. 2 M. Steven : Voyage dans leCaucase oriental. IL. 22

est la principale ville ‘te ‘a province comme place deguerre et de commerce, ainsi que par son port et sa population que l’on évalue à 12 ou 45,000 âmes. Ses maisons sont mal bâties, et les toits se terminent la plupart en terrasses; les rues sont étroites et tortueuses; la principale est formée de deux rangées de boutiques, et, comme celles-ci ne s'ouvrent qu’en s’élevant de bas en haut, quand toutes ces portes sont ouvertes, la rue ressemble à un passage couvert. Nous ferons remarquer que Bakou, du côté de la terre, est entourée d’u : double enceinte de murailles flanquées de tours ornées de canons; tanuis que, du côté de la mer, il n’y a qu’un simple mur que les vagues baignaient autrefois et dont elles n’approchent plus qu’à la distance de 3 mètres : ce qui semble indiquer un abaissement des eaux de la mer Caspienne. Cette ville possède quelques ruines remarquables, entre autres une arcade en ogive, servant autrefois d’entrée à la mosquée. Ses plus beaux édifices sont l’ancien palais du schah, et une église arménienne; mais le plus digne d’attention est une tour ancienne, appelée la Tour de la Vierge, et qui paraît avoir servi de phare. Son port est le meilleur qu’il y ait sur la mer Caspienne : il est fermé par deux îles et défendu par deux forts. Il s’y fait une pêche importante ; c’est celle des ÿhoques qui fréquentent ces parages. Ses principales exportations sont celles de l’opium, du vin, de la soie, du sel, du salpêtre et du naphte, que l’on recueille sur son territoire, Bakou est regardée comme un lieu saint par les Hindous qui suivent encore les croyances des anciens Parsis, adorateurs du feu. Les motifs de cette croyance tiennent à un phénomène qui mérite d’être relaté.

A l’orient du Vieux-Chamakhi, le Caucase s’abaisse;, une grande langue de terre s’avance dans la mer Caspienne : c’est la péninsule d’Apcheron où d’Okoressa, dont les terres argileuses et salines se couvrent d’une végétation languissante, mais où les fameuses sources de naphte sont un.sujet d’admiration pour les voyageurs, et un trésor inépuisable pour la ville de Bakou. Les principaux puits, au nombre de 82, sont au village de Balkhany; lun d’eux donne 500 livres par jour. Nor loin de là, à 3 ou 4 lieues de Bakou, s'étend le champ des grands feux, d’environ un quart de lieue en carré; c’est un terrain d’où il sort continuellement un gaz inflammable. Des çuébrcs, ou adorateurs du feu, y ont bâti plusieurs petits temples. Dans l’un d’eux, près d’un autel, on a fixé dans la terre un large tuyau creux en forme de canne. De son ouverture supérieure sort une flamme bleue, plus pure que celle de l’esprit-de-vin ; il s'échappe une flamme semblable d’une ouverture horizontale ménagée dans le rocher. Uue colline, près de Bakou, fournit du naphte blanc, mais on ne l’y trouve qu’en petite quantité; les Russes s’en

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ASIE. — PAYS CONCASIENS. 331

servent comme cordial et comme médicament ; ils l’appliquent aussi à l’extérieur. Non loin de là se trouvent deux sources d’eau chaude qui bouillent comme le naphte; l’eau est imprégnée d’une argile bleue qui la rend épaisse, mais elle s’éclaircit en la laissant déposer; q'and on s’y baigne, elle fortife et donne de fappétit: Le khan de Bakou tirait du naphte un revenu de 40,000 roubles.

A l'endroit où commence le Delta du our on voit la petite ville de Salian, célèbre par la pêche et le commerce de l’esturgeon. A environ 40 lieues à l’ouest, Chouclah ou Chouchi, forteresse construite sur un roc escarpé, n’est accessible que par un sentier étroit.

Les deux khanats persans d’Érivan et de Nakhtchivan, cédés par la Perse en vertu du traité de 1828, forment la province russe d'Arménie, peuplée de 400,000 âmes. Elle est divisée en quatre arrondissements; sa capiale, Érivan, dont la population est de 12,000 âmes, se compose de 2,000 maisons éparses au milieu de champs et de jardins. La forteresse qui la défend couronne un rocher qui s'élève de 200 mètres au-dessus du Zenghi, petite rivière qui arrose la ville. C’est dans l’enceinte de cette forteresse que se trouvent le palais du gouverneur, une belle mosquée et une fonderie de canons. On dit que cette cité a beaucoup souffert du dernier tremblement de terre.

À 10 lieues au nord-ouest de cette ville, on voit le lac Sivan ou Sebanga, appelé aussi Gouktcha, nom qu'il doit à la couleur bleue de ses eaux, qui est elle-même l'effet de sa grande profondeur. Il est long de 44 lieues et large de 5. Il nourrit un grand nombre de poissons, dont plusieurs passent pour des mets exquis. Vers son extrémité occidentale s’élève une petite île qui renferme un couvent où l’on relègue les moines de celui d’Etchmiadzine, lorsqu'ils se sont rendus coupables de quelques délits. Ce dernier couvent, situé à quelques lieues à l’ouest d’Érivan, est l’ancien chef-lieu de la religion arménienne : c’est là que réside le principal patriarche de l’Arménie. Le village qui s’élève auprès a le rang de chef-lieu d’arrondissement.

Ptolémée parle d’une ville Naœuana, située en Arménie; on croit la retrouver dans Vukhtchivan, à peu de distance de l’Aras, et à 30 lieues au sud-est d'Érivan. Elle fut ruinée au commencement du dix-septième siècle, sous le règne d’Abbas [°r, qui en fit transporter les habitants dans l'intérieur de la Perse : le tremblement de terre de juillet 1830 l’a presque entièrement renversée. Chef-lieu d’arrondissement, sa population, qui fut dix fois plus considérable, ne parait pas dépasser 3,000 imes. En descen-

dant l’Aras, on arrive à la ville d’Ourdabad, peuplée de 6,000 àmes. Elle est sur la gauche du fleuve, près d’une cataracte que forment ses eaux en tombant de 7 mètres de hauteur.

La province de l'Arménie comprend un plateau de 260 mètres de hauteur, entrecoupé de montagnes et de collines. Le sol en général en est bien arrosé, et fertile en céréales, en riz et en vignes. Le climat en est

sai. l'été y est doux, mais l’hiver y est très-rude,

Telles sont les rrovinces asiatiques qui forment la Trans-Caucasie russe.

TRANS-CAUCASIE.

TasL au de la Russie du Caucase asiatique.

Superficie en licues géographiques carrées. . . . Population absolue. .

Population par lieue carrée.

Province de Georgie ou Grousie.

Provinces musulmanes de Karabakh, Schekinsk, Schirvan, Daghestan !, e' ‘e pachalik de Talyschin,

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