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182 LIVRE QUARANTE-CINQUIÈNME.
Suite de la Théorie de la Géographie. — De la Terre considérée comme le séjour ces êtres organiques. — Deuxième section : De la distribution géographique des Animaux.
La force inconnue qui a répandu sur le globe la vie animale, et qui l’y entretient, n’a pas sans doute été circonscrite dans nne seule région. Partout la matière a.dù s’animer à la voix du grand Etre; partout les molécules élémentaires, en'se rapprochant, en se disposant en fibres, en muscles et en os, ons dù présenter le spectacle de cette générution spontanée qui probablement a lieu tous les jours pour les animaux infusoires, pour ces monades que la vue armée même n’aperçoit que comme un point; pour ces volvoces qui ne sont qu’ua globe de matière sans organes ; pour ces rofiféres qui, après être restés desséchés pendant plusieurs années, reprennent de la vie dès qu’on les humecte 1. Il est difficile de croire qu’il existe dans celte première tendance de la matière vers l’organisation des différences fondées sur la position géographique des lieux.
Les z0ophytes sont en grande partie si mal connus et si difficiles à classer, qu’on ne saurait dire si chaque région maritime possède en propre telle on telle espèce. Le corail, animal au dehors ét rocher en dedans, les madrépores et les millépores, qui au contraire ont une euveloppe pierreuse, semblent n’exister que dans les régions chaudes, dans les mers échauffées par les rayons directs du soleil, Il y a sur le globe trois ou quatre mers de corail, c’est-à-dire peuplées de polypiers : d’abord la partie du Grand- Océan où s'élèvent les îles basses, celles des Amis, la Nouvelle-Calédonie, les îles Salomon, et en général les étendues de mer comprises entre les diverses parties de l'Océanie; c’est là qu’à chaque pas le navigateur court risque d’échouer contre un rocher de corail s’élevant perpendiculairement, non d’une profondeur immense, comme on l’avait cru jusqu’à présent, mais d’un banc de sable ou d’un haut-fond; la deuxième région de ce genre s'étend depuis la côte de Malabar jusqu’à celles de Madagascar et de Zanguebar ; notre Méditerranée est lu troisième région, mais le corail précieux qu’elle fournit, et qui est recherché depuis l'Afrique jusqu’au Japon, difitre essentiellement des grossières substances dont sont composées les îles de
! Comp. Cuvier, Tableau élémentaire des animaux, p. 663.
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Ja mer du Sud. Les golfes d’Arabie et de Perse paraissent, d’après les anciens, être peuplés de zoophythes qui y forment comme des forêis souterrainest. La mer des Antilles et le golfe du Mexique doivent contenir beaucoup de madrépores. Mais qui connaît assez les diverses Aolothuries, astéries, méduses et autres légers embryons d'êtres, pour assigner leur région natale? Les laborieux voyageurs Péron et Lesueur, qui ont si bien observé les formes fugitives et délicates des zoophytes ?, ont trouvé le genre pyrosoma cantonné dans uce seule région de la mer Atlantique, et ils pensent que chaque espèce de zaophyte a son domicile déterminé par la température qui lui est nécessaire.
L’abime renferme encore des monstres qu’il est dangereux d’observer de près. Il nous paraît probable que la grandeur des poulpes varie selon la profondeur des mers où ils demeurent. Si le détroit de Messine, si la Manche en offrent notoirement qui aient des bras de 3 mètres de long, pourquoi traiterait-on de fables les récits très-circonstanciés des anciens 3 et des modernes4, qui parlent de poulpes pris dans la Méditerranée, dans la mer Allantique ct dans la mer des Indes, dont les bras, d’après des mesures faites de sang-froid, se sont trouvés avoir 10 à 42 mètres de long ? Ne seraitil pas même duns les règles de la saine critique de suspendre notre jugement à l'égard de ces monstrueux polypes, désignés en Norvège sous le nom de kraken, et dont plusieurs naturalistes estimables 5 ont cru trouver l'existence démontrée de nouveau par des observations récentes ?
Les zoophytes ou animaux végélants nous offrent les premières ébauches de la force créatrice; ce ne sont pas encore des êtres individuels, ce sont des masses confuses ou ramifiées de plusieurs êtres animés d’un commencement de vie.
Plus développés que les zophytes, les mollusques, tant nus que festacés, jouissent déjà d’une vraie existence individuelle, Parmi les premiers nous avons vu les poulpes et les sèches si communs dans la Méditerranée 6 ; occupons-nous des seconds ou des mollusques conchiféres.
1 Plin., Hist. nat., XIII, 26.
2 Voyages aux Terres australes, I, 499, et l’atlas, pl. XXIX-XXXI.
5 Plin., IX, 30. Ælian., Hist, na., XIIL, 6.
4 Aldrovand., de Molluscis, part. VIL, c. 2. Johnston, de Exanguib. aquat., lib. I, tit. 2,c. 1. Swediaur, Journal de physique, 1784, vol. II, p. 284 sgg.
5 Bosc, Hist. nat. des vers, I, p. 36 Denis Montfort, Histoire des mollusques, Il, 71, 153-918. Pennant, British zoology. IV, tb. 98, fig. 44.
6 Les pouples, les sèches et les calmars sont un aliment pour l’habitant de l'archipel et des côtes de l'Italie. Tout le inonde sait que ces céphalopodes jouissent de la faculté
Leurs divers genres ont diverses parties ; les coquillages de Timor ne se trouvent sur les côtes de la Nouvelle-Hollande que jusqu’à la pointe sudouest ; de l’autre côté, les coquillages de l’ile Diemen, tels que l’haliotis giganlea et phasianella, diminuent de grandeur en suivant les côtes de la Nouvelle-Hollande jusqu’au détroit du roi George, et disparaissent au delà. Le jambonneau ou la pinnemarine dont le byssus éclatant éclipse Ja soie, ne prospère que dans les mers de l’Inde et dans la Méditerranée. La pintadine ou huîlre à perles ne donne des produits riches et parfaits que dans les mers équatoriales. Mais l’arrangement naturel est souvent dérangé ; les bâtiments auxquels les coquillages s’accrochent, les transportent d’un pôle à l’autre. Ce n’est que par celte voie que les eaux de la Hollande ont été peuplées de ce taret ( feredo navalis) qui détruit les vaisseaux, et menace sans cesse de ses valves perforantes les digues hollandaises,
La sécrétion calcaire des zoophytes est déjà roche ou pierre au moment où l’animal meurt ; la sécrétion calcaire des mollusques testacés, ou les coquilles, ne forme des roches qu’en se décomposant. La structure des coraux et des madrépores est grenue: cell: des coquilles est lamelleuse ou stratifiée.
Nous arrivons à un autre ordre d’animaux plus élevé dans la série des êtres; c’est l’ordre des insectes, dont les vers forment la plus basse échelle, L’insecte qui, dans ses métamorphoses en passant par les états de larve et de chrysalide, rappelle le développement successif des oignons, de la tige et des fleurs ; l’insecte qu’on. pourrait appeler une fleur ailée et animée, possède déjà dans son organisation compliquée quelques traces obscures de sensibilité, quoique l’irritabiliié y prédomine encore, e‘ ‘ontre un instinct beaucoup plus développé que celui des mollusques. 3tau milieu dela plus vigoureuse végétation, c’est dans la zone équatoriale que naissent les insectes les plus brillants et les plus forts. Ce sont les papillons d’Afrique, des Indes orientales et d'Amérique dont les couieurs éclatantes rivalisent avec celles des métaux. C’est encore dans ces régions, et surtout dans l'Amérique méridionale, que les forêts, peuplées de millions de vers luisants, offrent à l’œil du voyageur nocturne le spectacle d’un immense incendie. Le termile d'Afrique, nommé aussi fourmi blanche, bâtit des collines so-
de répandre, lorsqu'ils veulent échapper aux poursuites d’un ennemi, une liqueur noire qui trouble l’eau : c’est cette liqueur qui fournit aux dessinateurs la couleur appelée sépiu, et celle que l’on connaît sous le nom d’encre de la Chine. Les parties osseuses de ces animaux qui vivent sur nos côtes sont vendues sous le nom de biscuits de mer.
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lides, et araignée de la Guyane attaque avec succès les oiseaux. Les Antilles possèdent le plus grand des insectes terrestres, le scarabée hercule. Certains genres, surtout les cousins, les abeilles et les mouches, paraissent être répandus également sur tout le globe; le court été du pôle en fait éclore une multitude aussi innombrable que les chaleurs de la zone torride; la moustique, qui tourmente le voyageur aux bords de l’Orénoque, ressemble à celle qui bourdonne en Laponie. Partout où l’homme n’a point desséché les marais et éclairci les forêts, les insectes règnent en tyrans ; l’histoire connaît plusieurs exemples de villes et de contrées rendues inhabitables par la multitude d’abeilles, de guëpes ou de cousins !. On a vu des armées et des tribus entières s’enfuir devant ces faibles insectes, devenus invincibles par leur nombre.
Parmi les insectes aquatiques ou les crustacés, il en est plusieurs qui doivent fixer notre attention. Le polyphème géant, le plus grand de tous, habite sous l’équateur, comme l’indique son nom vulgaire de crabe des Molvques ; le limule polyphème, que sur les côtes de l'Amérique on appelle casserole, parce qu’il en a la forme, atteint jusqu’à près d’un mètre de longueur. Les crabes, dont on connait une quinzaine d'espèces, sont, après les précédents, les crustacés qui atteignent la plus grande taille; trois espèces vivent sur les côtes de l’Europe où on les recherche comme un mets délicat; les autres habitent les régions équatoriales; toutes sont plus ou moins voraces et se réunissent en troupes pour dévorer les animaux morts. Le bernard ermile, habitant du Grand-Océan et de l’Atlantique, vit au contraire dans la solitude et s'établit dans les coquilles univalves qu’il trouve vides. Dans les îles de l'Océanie, on en rencontre souvent sur la terre traînant leur maison à plus de 1,006 pas du rivage. La langouste, recherchée sur nos tables, offre plusieurs points de ressemblance avec le Aomard,
1 Un insecte plus redoutable par ses émigrations est l'espèce de sauterelle appelée acrydium migratorium. Les troupes innombrables de ce criquet produisent un bruit sourd qui répand au loin l’épouvante ; sur la route qu’elles suivent, Pastre du jour est obscurci ; lorsqu'elles s’obattent sur la terre, les arbres se brisent sous leur poids, et en quelques heures il ne reste plus, sur une étendue de plusieurs lieues, une seule feuille, un seul brin d'herbe ; tout est dévoré ; la plus belle campagne prend tout à coup l’aspect du plus triste désert, Si, par suite de leurs ravages, la contrée sur laquelle elles se sont arrêtées ne leur offre plus assez de subsistances, leur mort produit un nouveau fléau : leurs cadavres putréfiés répandent dans les airs des miasmes pestilentiels qui font naître des maladies épidémiques, dont on a comparé les ravages à ceux de la peste,
Ces insectes, qui sortent des contrées orientales de l’Asie et de l’Afrique septentrionile, se ont souvent répandus en Europe et jusque dans ‘a France méridionale.
mais se fuit remarquer par ses brillantes couleurs. Le hideux fourlourou, qui vit sur terre et sous l’eau dans les régions méridionales, quitte souvent la fange ou le terrier qui lui servent de retraite pour aller pendant la nuit dans les cimetières dévorer les cadavres. Enfin, les phyllosomes, que l’on trouve dans les parages de quelques iles de l’Atlantique et du Grand-Océan, sont les crustacés les plus extraordinaires par la transparence cristalline de toutes les parties de leur corps.
Les poissons offrent déjà le commencement d’une ossification intérieure, mêlée, il est vrai, de quelques traces de ces sécrétions extérieures, de ces couvertures solides qui appartiennent aux reptiles et aux animaux sans
[ vertèbres. Les poissons n’ayant ni l’aveugle instinct des insectes, ni, dans un haut degré, l'instinct motivé des mammifères, paraissent inférieurs même à plusieurs animaux à sang blanc, quoiqu’ils fassent partie d’un ordre supérieur à celui auquel ces animaux appartiennent. Le règne ani- ; mal n’offre point une série progressive, mais deux grandes séries compo- d sées de plusieurs ordres progressifs chacune, de sorte que les gradations q dans le perfectionnement de l’organisation ne peuvent ni ne doivent se k: trouver continuées de genre en genre, à travers l'échelle, mais seulement ;
de l’ensemble d’un ordre à celui d’un autre.
Le défaut d’industrie que nous venons de remarquer dans les poissons rend probable que chaque bassin de l'Océan a ses tribus particulières qui y naissent et meurent. On connait les stations de quelques espèces de poissons. Ainsi, la morue, répandue dans toutes les mers boréales, entre l'Europe et l’Amérique, se rassemble principalement sur les grands bancs de sable au sud-est Jde Terre-Neuve. Poursuivie par vingt mille pêcheurs, elle se reproduit avec une fécondité étonnante; on a calculé que chaque femelle portait dans son ovaire plus de neuf millions d’œufs!, Les cory- Phènes er les chetodons ou bandoulières se tiennent exclusivement dans la zone torride ; ce sont diverses espèces de ces genres qui, à cause de leurs brillantes couleurs, ont reçu le nom de dorades. Ce sont les ennemis les plus actifs des poissons volants, qui également ne se montrent qu'entre les tropiques ou tout au plus vers le 40e parallèle de latitude. Ces genres se trouvent aussi bien dans l'Océan oriental que dans l'Atlantique, mais il est probable que les espèces varient. On croirait les poissons électriques circonscrits dans la zone torride; en effet, le gymnole électrique appartient exclusivement à l'Amérique, et le {rembleur ou le silurus électri-
1 Cuvier, Tableau élémentaire, p, 337
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Quel œil mortel a reconnu les profondeurs de l'Océan? Qui en connait les productions et la température? Combien de côtes dont les pêcheries sont mal décrites! En analysant même les magnifiques ouvrages des Lacépéde et des Cuvier, nous ne pourrions point composer un tableau vraiment général, et les descriptions particulières de chaque mer sont réservées pour d’autres volumes de ce Précis.
Les migrations des poissons sont provoquées par le besoin de trouver des eaux moins profondes, afin d’y déposer leur frai. Ainsi, les harengs, venant du fond de la mer Glaciale, se transportent tous les ans sur les côtes de l'Islande, de l'Écosse, de la Norvége, de la Suède, du Danemark, de la Hollande et des Etats-Unis, aussi bien que sur celles du Kamtchatka et des iles voisines. Il paraît prouvé que les immenses légions de harengs suivent machinalement les chaînes des bancs et rochers sous - marins qu’elles rencontrent. Les va: iations prétendues et réelles qu’éprouvent ces migrations semblent aussi dépendre des causes locales que nous indiquerons dans un autre endroit. Les {ons se transportent également tous les ans de l’océan Atlantique dans la mer Méditerranée , fait que déjà les anciens avaient observé et décrit. Outre ces migrations annuelles, ct en partie exactement connues, les courants doivent en occasionner d’autres qui échappent à l’observation. Il est vrai que les poissons, en général, paraissent souffrir beaucoup par un changement soudain de température, ce qui peut faire croire que les poissons vivant à la surface de la mer sont circonscrits dans certaines régions. Mais, d’un autre côté, les observations de MM. Biot et Laroche, en démontrant l’admirable propriété qu'ont les organes respiratoires des poissons de s’emparcer d’autant plus d'oxygène qu’ils descendent à une plus grande profondeur, ne metlent aucune borne aux migrations des espèces qui vivent dans les couches inférieures de la mer.
L’océan a, comme la terre, ses régions populeuses et ses solitudes. Dans les premières vivent, selon les latitudes, certains poissons qui y trouvent la subsistance, la chaleur et la lumière qui leur conviennent; les secondes sont parcourues dans tous les sens par des poissons qui, scmblables au lion et au tigre du désert, font une guerre continuelle aux espèces destinées par leur faiblesse à satisfaire leur voracité. Le requin (squalus carcharias ), comme le plus avide, est celui qui parcourt les plus grandes distances; on le rencontre dans toutes les mers à la suite des
vaisseaux, dont les immondices lui assurent sa nourriture. Les coryphènes et les scombres, qui vivent de chasse, n’ont point de limites fixes; ils traversent en troupe l'Océan dans tous les sens. Mais, à l’exception de ces espèces, souvent le navigateur parcourt des espaces immenses sans rencontrer de poissons; co n’est que lorsqu'il approche de quelques grands bancs ou de quelque terrgiqu’il en voit cn grand nombre, parce que ces animaux y cherchent des abris et des lieux commodes pour y déposer leurs œufs. Quelquefois, dans la haute mer, on rencontre de petites espèces; mais, le plus souvent, elles y ontété entraînées par les courants à l’abri des fucus et des grands arbres déracinés. Dans les mers équatoriales habitent au milicu des récifs de madrépores les chétodons, les pomacentres, les acanlures, ct plusieurs autres genres aux brillantes couleurs. Près des côtes rocheuses, battues par la tempête s’offre, disent MM. Quoy et Gaimard, l’éclatante tribu des balistes, au nager vacillant et incertain, et des labroïdes à lèvres charnues et rétractiles.
Les poissons des lacs et des fleuves sont encore moins susceptibles d’une classification géographique. Les genres cyprinus ct perca, dont la carpe et Ja perche sont les types, peuplent presque toutes les rivières des zones tempérées ; les esturgeons habitent les petites méditerranées, telles que le Baltique, la Caspienne, le Pont Euxin. La grande espèce ( acipenser-huso, que l’on rencontre fréquemment dans le Volga et le Danube, le cède encore pour la taille au m4l, ou silurus glanis, le géant des poissons fluviatiles. Le vorace brochel, et quelques autres espèces, vivent souvent dons des mares soulerraines qui ne communiquent avec l’atmosphère que rar de pelites ouvertures.
Une circonstance plus digne de figurer dans un tableau général, c’est la présence des poissons de mer, tels que le cabeliau, dans le lac Ouinipeg, au centre de l’Amérique septentrionale.
Il y a des poissons qui s’élancent hors de leur élément; les anguilles traversent les prairies, et sur la côte de Coromandel une espèce de perche, perca scandens, grimpe sur les palmiers ; un périopthalme, mentionné par Commerson comme habitant la Nouvelle-Irlande, monte aussi sur les arbres, et court sur le sable comme un petit lézard.
L'histoire naturelle nous pardonnera de ne point séparer des poissons ces êtres équivoques qui, avec lc sang chaud des mammifères, possèdent un mélange de formes propres aux poissons et aux quadrupèdes. Habitants de la mer et de la terre, les baleines, le narval, les cachalots, les dauphins, les morses, les phoques, lient par le perfcctionnement progressif
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de leur organisation deux ordres différents; il y a peu de choses qui distinguent une baleine des poissons, et il y a des phoques qu’on a confondus avec des loutres. Plus l’ossification est complète et plus les organes se détachent, plus la sensibilité s'accroît. Les phoques et les lamantins offrent déjà quelques traces d’affections sociales.
Comme les mammifères amphibies et cétacésont besoin de respirer fréquemment l’air atmosphérique, il paraît qu’ils doivent être bornés à certains climats. Les phoques des mers australes sont des espèces différentes de celles qui peuplent les mers boréales. Le lion de mer des parages du Kamtchatka diffère essentieNement de celui des mers de Groenland. Les phoques vilulines ou veaux marins, qu’on prétend exister dans la mer Caspienne, dans les lacs d’Aral, de Baïkal et de Ladoga, pataissent être une’ espèce rapprochée des loutres et différente des phoques marins, ce qui nous dispense d’admettre les révolutions physiques par lesquelles on a voulu les faire arriver dans ces eaux intérieures, comme si la nature ne pouvait pas produire des phoques partout. La grande baleine des mers boréales, quoiqu’elle soit autrefois entrée dans la Méditerranée, n’a guère pu s'approcher de l’équateur; les baleines de l'Océan austral sont probablement d’une autre race. Le cachalot à grosse tête, habitant des régions équatoriales, surtout de Océan Indien, et qui nous donne l’ambre gris, diffère essentiellement du grand cachaiot des mers glaciales.
Parmi les animaux terrestres, les reptiles occupeni le dernier rang. Leurs organes sont empâtés ; quelques-uns leur manquent en partie; un épais bouclier ou une peau écailleuse les couvre; les os sont mous; la force vitale, disséminée dans tous les membres, n’a point de centre d'énergie; enfin, chez quelques espèces, les parties de l’animal, étant découpées, se reproduisent d’elles-mêmes. Tous ces traits caractéristiques indiqu :t un premier essor de la nature, un détachement imparfait de la matière bruie, Aussi les reptiles semblent-ils prospérer dans la boue échauffée par les rayons verticaux du soleil. Le crocodile de l'Afrique, le gavial du Gange et les divers caïmans d’Afrique sont les géants de l’ordre des sauriens ; c’est dans les régions les plus chaudes de l’Amérique et des Terres Océaniques que les serpents gigantesques se roulent en orbes immenses ou portent sous leur dent un venin mortel; les for/ues, qui paissent les algues dont se tapisse le fond de l’Océan, ne couvrent d’une infnité d'œufs que les sables des rég'ons équatoriales. .
Les ailes dont les oiseaux sont pourvus semblent leur assigner l’atmosphère entier pour domaine ; mais le plumage dont ils sont couverts, et qu
semblable à une vraic végétation, varie sclon les climats et les températures, nous prouve que ces êtres, en apparence si libres, sont pourtant soumis à certaines lois géographiques. Ceux mêmes à qui leur constitution robuste permettrait de.se répandre loin, semblent atlachés, par des goùts ct des affections, aux lieux qui les virent naître. Ainsi le condor et le roi des vaulours, qui planent au-dessus du Chimborazo même, n’abandonnent point la chaine des Cordillières du Pérou et du Mexique; le vaulour des agneaux el le grand aïgle ne s'éloignent pas des sommets de nos Alpes. L’aigle de mer ou l’orfraie est peut-être répandu autour du globe. Dans l'ordre naturel des sylvatns, les voyageurs se sont souvent trompés en confondant les espèces étrangères avec celles d'Europe; ainsi les calaos d’Afrique et des Indes diffèrent de nos corbeaux, et les manakins d'Amérique | ne sont point nos mésanges, malgré quelques traits de ressemblance. La zone lorride ne possède cependant pas seule des perroquels; communs en Amérique, on en a retrouvé jusque dans l’île Macquarie, au sud-ouest de la Nouvelle-Zélande. Les kakaloës, communs aux Indes orientales, sont très-répandus aussi dans l'Océanie. Les perruches se trouvent en Afrique, dans l’Inde et dans l’Octanie ; les Loris vivent dans les îles au sud-ouest de l’Asie, ct les aras et les papejais, ou les perroquels proprement dits, sont tous d'Amérique. Le fameux oîseau de Paradis ne sort pas même d’une région assez étroite de la zone torride, savoir de la Nouvelle-Guinée et des îles voisines. Parmi les oiseaux qui ne savent pas voler, chaque région équatoriale, isolée par des mers, a produit ses espèces particulières; l’autruche d'Afrique et d'Arabie, le casoar de Java, des iles voisines ot de la Nouvelle-Hollande, ct le fouyou, l’autruche d'Amérique, offrent, dans des espèces très-distinctes, la même tendance générale dans l’organisation. Les oiseaux de moyenne et de petite taille, dans les contrées équinoxiales, brillent des couleurs les plus magnifiques; leur plumage reproduit l’éclai métallique des insectes de la même zone.
La zone tempérée, pour les oiscaux, s'étend, dans notre hémisphère,
et même quelques espèces n’ont plus de régions particulières bien fixes ; d’ailleurs les hommes en ont transplanté ou entrainé sur leurs pas une foule d’espèces originairement bornées à une seule contrée. Le phénomène géographique le plus remarquable, c’est la migration annuelle des hirondelles, des cigognes et des grues, qui, aux approches de l'hiver, abandonnent les contrées boréales de l’Europe pour se rendre, soit en Italie ou en Espagne, soit même en Afrique. Quelques auteurs assurent que certaines
depuis le 30e parallèle jusqu’au 60e ; en dedans de ces limites, les genres.
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La zone glaciale compte un petit nombre d'espèces qui lui sont particulières, et qui appartiennent au genre canard (anas). Tel est, entre autres, l’anas mollissima, dont les nids nous fournissent l’édredon; la chouette lapone (strix laponica) et le lagopède’plarmigan (tetrao lagopus) vivent sur les montagnes couvertes de neiges perpétuelles de l’ancien et du nouveau continent.
Chaque grande division maritime du globe a ses oiseaux particuliers. L'albatros plane sur les flots dès qu’on s’approche du 40e parallèle de latitude. Les frégales et les oiseaux des tropiques ne s’éloignent pas de la zone torride ; leurs espèces diffèrent probablement d’un océan à l’autre. Le pingouin du pôle est le représentant du manchot des mers australes; ces oiseaux sans ailes offrent la dernière dégénération de l’ordre auquel ils appartiennent.
Nous voilà arrivés à un ordre d'animaux bien plus parfaitement organisés que tous ceux que nous venons de considérer, C’est surtout par rapport aux mammifères terrestres qu’il est intéressant de considérer la distribution géographique des espèces dans les diverses zones et dans les deux continents. Cette recherche a déjà jeté un grand jour sur l’histoire de la terre, et elle se lie même à l’histoire de l’homme (?).
Dans les migrations des animaux, il ne s’agit pas tant de leur force active, ou de l'énergie de leurs organes, que de ce qu’on pourrait appeler leur force passive, c’est-à-dire la faculté de résister aux changements de température. Souvent, dans tout un genre, une seule espèce est douée de cette facullé, D’autres fois une espèce animale ne doit sa grande extension qu’aux soins de l’homme, qui a su se l’assujettir, et qui l’a transportée avec lui aux deux bouts du monde, Les organes extérieurs d’un animal subissent déjà de grands changements par le seui effet de sa domesticilé; la diversité des climats en produit d’autres non moins remarquables. Quant aux animaux sauvages, ils se règlent dans leur migration surtout d’après l’abon-
dance ou la disette de vivres ; les carnivores trouvent partout leur nourriture naturelle, et par celte raison ils ont dù se répandre fort au loin. Ceux qui ne souffrent point les grands froids n’ont pu passer de l’ancien dans le
? Comp. Guénau, dans Buffon, Histoire des oiseaux, vol. XVII, p. 857. Daines Barringlon, Miscellanies, p. 225. Mém. of the American Academy of Boston, F, p. 494, 11. 95 sgg. G. de Montbéliard, dans d.fférents mémoires. | ? Zimmermann, Zoologie géographique, 3 vol. in-8°, 1783, en all,
” nouveau continent, parce que les seules communications immédiates qu’il y ait entre ces deux continents sont celles formées par les glaces arctiques. Il y a beaucoup d'espèces animales dont l’histoire prouve l’ancien séjour dans des climats beaucoup plus froids que ceux où ils vivent aujourd'hui. Tantôtles persécutions continuelles de l’homme les ont anéuntis ou chassés; tantôt les progrès de l’agriculture, en diminuant les forêts, leur ont enlevé à la fois leur territoire de chasse et leurs asiles.
Plusieurs mammifères, par leur extension à peu près générale, éludent les lois d’une classification géographique. Ces quadrupèdes sont, ou en état de domesticité, comme le chien, le bœuf, la brebis, la chèvre, le cheval, l'âne, le cochon et le chat, ou dans l’éfal sauvage, comme le renard, l’ours, le lièvre, le lapin, le cerf, le daim, l’écureuil, le rat, la sou: l'hermine. Il y en a cependant parmi ces animaux qui ne vivent pas dans la zone glaciale.
Le chien, fidèle compagnon de l’homme, l’a suivi dans tous les climats ; il est chez quelques peuples le seul animal domestique, et remplace pour eux à la fois le cheval et le bœuf. Vers l’équateur comme vers le pôle, il perd sa voix ; sou aboiement se change en un murmure, On trouve les diverses espèces de chiens répandues depuis le Groenland et lu Laponie jusqu’au cap Horn et à la Nouvelle-Zélande.
Le bœuf vit jusque sous le 64e degré, et même en Laponie, jusqu’au 71e. Il paraît que cet animal est natif de la partie la plus chaude de la zone tempérée de l’ancien continent ; c’est là qu’il atteint le plus haut degré de force et de courage. Mais dans les climats humides et froids, comme la Galicie, le Holstein, l’Irlande, il prend un plus grand volume, et les vaches y donnent plus de lait. En Islande, c’est dans les vallées exposées au nord et sous le 65e degré de latitude que le bétail vient mieux ; les vaches n’y ont point de cornes, mais donnent beaucoup de lait. L’ancienne colonie islandaise en Groenland a dù exporter du beurre, du bœuf salé et des peaux de bœufs. Ainsi la bienfaisante Providence a voulu que cette utile espèce püt supporter presque tous les climats, et suivre l’homme jusqu'aux derniers confins de la nature animée.
La brebis et la chéèvresupportent également le froid polaire et les chaleurs de la zone torride. La chèvre existe en assez grand nombre en Norvège et en Islande. Il paraît qu’il y a trois races originaires de mouton : l’une venue de Barbarie et du mont Atlas, l’autre de la Tatarie, et la troisième du Canada. C’est la race d’Afrique qui s’est répandue en E*pagne et en Angleterre. L’aïicul de la brebis, l’argalt ou le moufflon, vit encore, selon Zim-
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habitent les plus hauts sommets de l’Europe.
Le cheval, qui n’existait point dans le nouveau continent avant l’arrivée des Européens, s’est répandu en Europe et en Islande, jusqu’au delà du cercle polaire. En Asie, il ne passe guère le 64e parallèle. En Amérique il est répandu jusque sur la terre des Patagons, dont le climat, sous le 50e degré de latitude méridionale, répond aux climats de l’hémisphère boréal sous le 60e degré.
« Le cheval, dit un naturaliste, est, après le chien, le plus docile et le plus affectueux compagnon de l’homme ; il s’identifle avec toutes les positions de la vie, et s’est acclimaté dans tous les pays où il a suivi l’homme: il est originaire du plateau de la Fatarie; on en connaît des races nombreuses et variées qui sont eelles-ci : arabe, persane, latare, lurque, transylvaine, moldave, hanvvrienne, frisonne, suisse, italienne, andalouse, anglaise, galloise, normande, limousine, navarrine, auvergnate, brelonne, ardennaise, franc-comtoise, boulonaïse, de la Camargue et de Corse ; mais la plus remarquable, sans contredit, est la calmouque qui est revêtue d’un poil très-long, très-abondant, et de couleur blanche !. »
La race la mieux proportionnée s’est répandue d’abord entre les 40e et 55e parallèles, elle était probablement native de la Grande Boukharie. Les chevaux tatares et ceux de Pologne et de la Hongrie nous semblent avoir conservé le type originaire de la race. Dans les pays d’un froid humide, tempéré, et dans des paturages fertiles, cette même race est devenue plus grande et plus forte ; les formes, mieux développées, ont pris cette harmonie, cette noblesse guerrière qui distinguent les chevaux danois, normands et napolitains; ceux-ci ont cependant été mêlés avec la race arabe. La troisième variété s’est formée par dégénération, dans les pays trop humides ; on peut même suivre les degrés de cetle transformation ; les chevaux du pays de Brême offrent déjà les pieds moins bien faits que ceux du Holstein et du Jutland. Si l’on avance jusque dans l’Ost-Frise, les formes deviennent toujours de plus en plus grossières.
Une seconde race, petite, quelquefois presque naine, a le corps carré, et est douée d’une grande force et d’une agilité surprenante. Elle semble être originaire des plateaux septentrionaux de l’Asie, des steppes des Kirghiz, quoique Pallas regarde les chevaux sauvages de ces contrées comme venus des haras. Cette race, selon quelques rapports, paraît être
! Lesson, Manuel de Mammalugie.
Il, 25
répandue dans le nord de l’Inde, dans la Chine et dans les îles du Japon. Il est plus certain qu’elle est commune en Russie eten Scandinavie; les Norvégiens l’ont portée en Islande et en Écosse. Elle existe dans l'ile danoise de Séeland.
Une troisième race est douée des qualités les plus brillantes : elle unit la légèreté et la souplesse, une grande vigueur et un caractère ardent. Nous: voulons'parler de la race arabe, qui, sans doute, a une commune origine avec celle de Barbarie, si elle n’en est pas la souche. Les chevaux ands. lous en descendent sans mélange. Les Anglais disent que leurs chevaux de course viennent uniquement du croisement de la race barbe avec celle arabe. L'histoire prouve que les Romains, les Saxons, les Danois, les Normands, en y introduisant les races de leurs pays, ont fondé celle de l’Angleterre; ensuite des particuliers ont, de temps en temps, fait venir des étalons arabes et barbes.
L’dne, quoiqu'il ne passe pas pour un animal très-délicat, supporte moins . le froid que le cheval; en Europe, il n’est guère commun que jusqu’au 52e degré ; on ne croit pas qu’il puisse se propager à 60 degrés de latitude, Les climats les plus favorables à l’âne sont ceux entre le 20e et le 40e parallèles. Là, il devient grand et beau; il est vif et docile; on le tient en honneur.
L’âne sauvage n’existe aujourd’hui qu’en Tatarie, où il ne dépasse pas le 48e degré de latitude.
1l faut bien se résoudre à parler du cochon ; l’histoire de cet animal immonde jette un grand jour sur celle de l’homme. Le cochon est répandu dans tout l’ancien continent, à commencer du 64e parallèle de latitude boréale. Le sanglier ne s’étend pas jusqu’au 60e degré. Dans le Nouveau- Monde, il n’y avait point de ces animaux avant sa découverte par Colomb; on les y a portés, et ils y vivent depuis le 50e parallèle jusqu’à la Patagonie. On a trouvé le cochon presque sur toutes les îles du Grand-Océan, où il est même le principal animal domestique.
Le chat, répandu actuellement sur tout le globe, ne se trouvait pas originairement en Amérique. Comme de tout temps cet animal a dù être compagnon des navigateurs, son absence primitive en Amérique est un argument très-fort contre les prétendus voyages des Carthaginois, et surtout contre l'opinion que les Japonais auraient entretenu un commerce fréquent avec le nord-ouest de l'Amérique.
Les espèces d'animaux sauvages répandues dans tous les climats des deux continents sont en très-petit nombre; il est même douteux qu’il y en
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GÉOGRAPINE PHYSIQUE. 195
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Le renard est peut-être de tous les quadrupèdes sauvages le plus répandu et celui qui s’acclimate le plus aisément. Des troupes nombreuses de renards habitent la Nouvelle-Zemble et les bords de la mer Glaciale; mais il n’y en a pas un moindre nombre an Bengale, en Égypte, et sur la côte de Guinée. Le nouveau continent, dit Zimmermann, en est rempli depuis les parties septentrionales du Groenland, sous le 78e degré, jusqu’au Mexique, et de là le long des Cordillières, jusqu’au détroit du Magellan. Le renard tricolor ou l'agouarachay se trouve aux États-Unis et au Paraguay.
Des animaux semblables au lièvre se trouvent également en Sibérie et sur le Sénégal, sur les bords de la baie de Baffin et dans tout le Nouveau- Monde. Buffon a douté de l'identité des lièvres américains avec ceux de l’ancien continent; aujourd’hui on sait qu’il en existe plusieurs en Amérique. On a dit que ceux du Groenland ne diffèrent des nôtres qu’à l'égard du poil qui reste toujours blanc ; mais les lièvres de ce pays arctique paraissent pourtant être de l’espèce lepus variabilis qui est commune en Sibérie et dont le pelage est gris fauve en été et blanc en hiver.
L'écureuil, selon Zimmermann, habite l’Europe entière et l'Asie, depuis les extrémités de la Sibérie jusque dans le royaume de Siam, et se rencontre dans l’Afrique et les deux Amériques. Mais dans chaque partie du monde les espèces sont différentes.
Le lapin, originaire d'Afrique, d’où il s’est répandu en Europe par l’Espagne, doit avoir été transporté par des colons dans le nouveau continent où il a passé de la domesticité à l’état sauvage.
Le cerf paraît indigène dans les deux continents. Il habite l’Europe jusqu'au 64e degré, et l’Asie jusqu’au 55e, et en quelques endroits jusqu’au 60e degré: Il est donc difficile de croire qu’il ait passé en Amérique, comme Zimmermann le veut 1 : le cerf canadien, ayant des bois sans empaumures, est considéré avec raison comme une espèce à part. Zimmermann cherche encore à prouver par de nombreux témoignages que le cerf est répandu dans les îles de Java, de Sumatra et de Ceylan, ainsi que dans l’Abyssinie, dans la Guinée et dans la Barbarie, Mais d’abord les cerfs de l’Inde et des Îles au sud-est de l’Asie appartiennent à des espèces différentes de celles de l'Europe. Quant à l'existence des cerfs en Afrique, comme elle est unani-
1 Ceci ne doit s’entendre q"'e de la plupart des espèces du genre cerf; car l'original des Canadiens est l'élan de l’ancien continent (cervus alces); et, de plus, le renne (cervus tarandus) cest commun au nord de l’Europe et de l’Arnérique.
mement nice par les anciens et faiblement affirmée par les modernes, i] paraît vraisemblable qu’elle se borne à quelques troupeaux égarés d’Asie ou peut-être sortis des parcs royaux et proconsulaires.
Mettrons-nous l’ours commun au nombre des animaux répandus tout autour du globe? Zimmermann le retrouve sous toutes les latitudes, à partir du cercle polaire vers l'équateur et au deià; mais, dans les relations qu’il cite, on ne distingue pas toujours de quelle variété il est question. L'ours noir paraît répandu dans les deux mondes. L'existence de l'ours brun d’Europe dans l’Afrique septéntrionale est démontrée. L'Amérique a ses espèces particulières. Il en existe une dont le pelage est brun en Sibérie ; c’est sur les rivages de la mer Glaciale qu’habite l’ours blanc ou maritime,
Il resterait à discuter l’extension géographique de quelques petits animaux, sur lesquels il est très-facile de se tromper. L’hermine, ou la belette au museau noir, ne vit pas sous Lous les climats et dans les cinq parties du monde, quoi qu’en ait dit Zimmermann ; elle n’exisie point en Amérique, et paraît ne point avoir quitté l’Europe et le nord de l’Asie.
Les rats et les souris, nos parasites incommodes, s’embarquent dans nos navires, el passent sans danger l’équateur et les cercles polaires. C’est par la navigation que ces deux espèces ont dù se répandre. Cependant sur terre, ni les rats ni les souris ne supportent le froid de la zone glaciale ; il u’y en a point au Groenland ni dans la partie la plus septentrionale de la Laponie. En Sibérie , ils ne s'étendent pas même au delà du 62e parallèle. L'Islande nourrit une espèce particulière qui porte le nom de cette ile.
Concluons qu’il n’est pas démontré qu'aucune espèce animale, exactement identique, se soit répandue naturellement sur tout le globe. Dans des climats qui se ressemblent, les organisations ont pris des caractères qui se rapprochent sans se confondre.
Il y a des quadrupèdes qui, pouvant supporter un très-grand degré de froid, se sont répandus dans les deux continents, mais ils n’ont point passé par les tropiques, ils n’appartiennent qu’à la zone tempérée froide du nord. Le renne est de tous les animaux terrestres connus celui qui s'éloigne le moins du pôle. En Scandinavie, il ne peut guère vivre au sud du 65e parallèle; en Russie, le climat plus froid lui permet d’exister jusque sous le 63e degré; en Asie, il descend encore plus bas, et l'extrémité de sa sphère s'étend dans la Tataric Chinoise, chez les Toungouses, au delà du 50e degré. Cette ligne oblique, tirée &epuis la Laponie jusqu’à la terre d’Yeso, est très remarquable, parce qu’elle désigne à peu près la zone glaciale physique de l’ancien continent, Le renne ne trouve qu'en dedans de
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L'ours blanc ou polaire, : mal absolument différent de l’ours ordinaire terrestre, et infiniment plus terrible, habite sur toutes les côtes de la mer Glaciale, et se laisse transporter d’un pays à l’autre sur les glaces flottantes. Cette manière de voyager a donc pu être commune, ou l’est plutôt encore à des animaux moins grands que l’ours blanc. Ainsi les migrations des espèces animales polaires ne prouvent pas que les deux continents aient été contigus autrefois. Un pont de glace. ‘el que Cook en trouva, suffit pour les expliquer.
L'isatis ou le renard polaire, animal différent du renard ordinaire, paraît aimer le froid presque plus encore que le renne et que l’ours blanc; car celui-ci se retire ou se cache lorsque la nuit polaire commence, et ce n’est qu’alors que l’isatis se montre. L’isatis n’est pas borné au voisinage immédiat du pôle; il descend jusqu'aux îles Aléoutiennes et au Kamtchatka d’un côté, tandis que de l’autre il se montre en Islande et en Laponie.
Quelques autres espèces habiles à nager ont pu passer par lesiles Aléoutiennes ou par le détroit de Bering. Parmi celles-ci on doit nommer la loutre, qui se trouve dans l’ancien continent, depuis le 70e degré jusque vers le 20°, dans le royaume de Siam; mais en Europe les pays sur la Méditerranée ne la connaissent guère; peut-être la culture l’en a-t-elle chassée. Dans le Nouveau-Monde, elle habite depuis le 50e parallèle jusqu’à l'équateur. La loutre marine aime les côtes du Kamtchatka et du nord-ouest de l’Amérique environ entre le G5e et le 40e degré de latitude septentrionale.
L’industrieux et paisible cas{or a peut-être jadis habité tout le globe, ou, du moins, toute la zone tempérée boréale; car il y en avait en Italie, en Perse, en Égypte. La civilisation imparfaite de cette race a été détruite par l’homme. Dans le Nouveau-Monde , on trouve encore de petites républiques de castors depuis le 60e jusqu’au 30e parallèle boréal. Même dans les déserts du Canada, les castors se sont retirés fort loin des habitation de l’homme.
La martre habite les deux tiers de la zone tempérée du nord, en commençant par les 67° en Europe, les 64° en Asie, et les 60° en Amérique.
L'extension de quelques autres espèces animales est douteuse. Le loupcervier ou lynæ, ce tigre des climats froids, n’existe qu'au sud du cercle polaire; dans l’ancien continent, il se montre jusque dans les Pyrénées et dans la Mongolie. On ne connaît qu'imparfaitement les animaux du Nou-
veau-Monde, surtout de la Caroline et du Mexique septentrional, auxquels on a donné le nom de /ynx. Un animal qui de jour en jour devient plus rare, l'élan, semble craindre les froids extrêmes , puisqu’en Europe il ne passe guère au delà du 64° parallèle; de l’autre côté, on ne le trouve pas au sud du 52e. En Asie, plus on avance vers l’est, plus il devient méridional. L’élan d'Amérique, quoique peu différent, parait être d’une race particulière; du moins, l’élan d’Asie ne dépasse point le Kaïntchatka et les îles Kouriles. La région de l’élan, en Amérique, commence sous le parallèle avec lequel elle finit en Europe, c’est-à-dire, au sud de la baie d'Hudson, et s'étend jusqu’à la Nouvelle-Angleterre, ou même dans l’intérieur jusqu’à l'Ohio.
L’écureuil volant (sciuropterus ) s'étend aussi loin au sud et au nord que les forêts de sapins où il fait sa demeure en Asie et en Amérique. La marmotte suit en Europe la chaine des Alpes et des Karpathes. Elle n'existe pas en Scandinavie, mais il yen a en Pologne et en Oukraine. On la retrouve à l'embouchure du Don et au Caucase; elle habite les monts Ourals, près de la rivière de la Kama, et de là cette race s’est étendue jusqu’en Douarie. Dans le Nouveau-Monde, elle se trouve depuis le Canada jusqu’en Virginie, et même sur les îles de Bahama. Le blatreau et quelques autres petits animaux habitent également la moitié septentrionale de la zone tempérée.
Les quadrupèdes qui appartiennent exclusivement à l’un ou à l’autre des deux continents sont en général d’une nature à ne pouvoir supporter le froid qui règne au delà du 60e parallèle. Le lemming, espèce de souris qui souvent marche par grands troupeaux, d’un pays dans l’autre, habite toute la zone glaciale de l’ancien et du nouveau continent. Le chevrotain porte-musc habite les montagnes de l’Asie, depuis le Cachemire et l’Altai et depuis l’Iraouaddy jusqu'aux embouchures du fleuve d'Amour. L’Amérique ne possède aucun animal de ce dernier genre.
Parlons des animaux qui semblent être attachés aux confins de ia zone tempérée et de la zone torride.
Le chameau à deux bosses paraît originaire de la Bactriane ou Grande- Boukharie. Il vit dans la Turquie d'Europe, dans la Crimée, et jusque chez les Kirghiz et les Bachkirs sous le 55e degré de latitude, et dans un climat fort rigoureux. Le chameau vit même dans toute la Dzoungarie, dans la Mongolie et dans le pays des Tatares-Mandchoux, où l’hiver commence en septembre et ne finit qu’en mai. Il ne s’étend pas au delà du 28° degré en Chine et aux Indes; il ne peut pas vivre dans la presqu'île
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en deçà du Gange : mais, en Arabie, il a été transporté plus près de la zone torride.
Le dromadaire, ou le chameau à une bosse, connu par sa légèreté à la course, paraît originaire de l’Arabie ou de l’Afriane; il a été transporté jusque dans la Chine méridionale, mais il prospère surtout en Afrique où il habite l'Egypte, toute la Barbarie, les bords du Sénégal et de la Gambie, toute la Nigritie, et même la Guinée et l’Abyssinie. Nous avions conjecturé qu’il se trouvait même dans le centre de l’Afrique; on vient, en effet, de l’observer au nord du pays des Boushouanas, sous le tropique du Cupricorne.
Les chameaux de l’une et de l’autre espèce semblent être principalement attachés à cette longue suite de plateaux montagneux et de plaines nues et élevées qui traversent tout l’ancien continent, et où ils trouvent les plantes salines, les salsola, les statice, les artemisia, le cerisier des steppes et le cytisus hirsutus, dont ils font leur nourriture ordinaire.
L’agile chamots aime les montagnes de la zone tempérée, les cimes des Pyrénées, des Alpes, des Apennins, des Karpathes, du Caucase, et se trouve en Sibérie jusqu’1ux bords de l’Ichym. L’anfilope-saïga et l’antilope à goftre habitent le plateau de Tatarie; la première s’étend jusqu’au 53e parallèle. La gazelle, aux yeux doux et brillants, aime les contrées plus méridionaies ; compatriote du chamois dans le Caucase, elle s’étend jusqu’en Arabie, et à travers toute l'Afrique jusqu’en Sénégambie. On la retrouve dans la zone tempérée australe et dans la Cafrerie, avec un grand nombre d’autres espèces d’antilopes. Le genre des anftlopes suit, comme les chameaux, les grands plateaux de l’ancien continent; cependant il y a des espèces qui paraissent propres à la zone tempérée froide.
Le chakal existe, selon Zimmermann, en Turquie, en Barbarie, au Bengale, et en général dans les pays d’Asie et d'Afrique situés entre 43 et 8 degrés de latitude nord. Mais un animal qui vit si près de la ligne peut sans doute la passer ; les prétendus loups du Congo et de la Cafrerie nous paraissent être des chakals.
Le buffle, généralement considéré comme originaire de la zone torride, est devenu domestique, et a été transporté jusqu’au 46e parallèle boréal en Europe et en Asie. Deux autres espèces voisines ont chacune leur patrie à part : le bœuf grognant, ou l’yack, habite le plateau de la Mongolie et
le Tibet; le bufle de Cafrerie (bos caffer) paraît répandu dans toute l'Afrique; car pourquoi ne rapporlerait-on pas à cette espèce tous les récits des anciens sur des taureaux monstrueux, carnivores, redoutables aux
animaux et aux hommes, qu’on prétend avoir vus dans la Haute-Ethiopic, c’est-à-dire dans le Sennaar et l’Abyssinie, et auxquels Philostorge donne le nom de faur éléphants? Ces rapports sont confirmés par des lémoignages modernes. L'espèce à cornes mobiles, obscurément indiquée par les anciens, parait avoir été reconnue sur la côte de Mosambique. Peut-être retrouvera-t-on aussi un jour les bœufs ou buffles des Garamantes, que leurs cornes tournées vers la terre forçaient à paître à reculons. On pourrait croire que le bonasus décrit par Aristote, et qui vivait sauvage dans les montagnes de la Pæonie et de la Médie, canton de la Thrace, était un aurochs, espèce qui vit encore dans les montagnes du Caucase et des Karpathes, et dont il existe quelques individus dans les forêts de la Lithuanie, Les montagnes du Thibet renferment aussi plusieurs espèces fort remarquables, telles que le bœuf-gour et le bœuf-jungli-gau (bos frontalis ).
Nous arrivons à des espèces propres à la zone Ja plus chaude de l’ancien continent.
La nombreuse famille des singes gambade dans les forêts entre les tropiques, et n’aime guère les climats tempérés, du moins dans son état sauvage. Des singes exposés sur les rochers de Gibraltar y ont multipiié. Comme le mot singe a été pris dans une acception très générique, on a dit que cet animal, quoique borné à la zone torride, se trouvait également dans les deux continents; mais en distinguant les espèces, on voit qu’il n’y en a point qui soit commune aux deux mondes. Il y a même une limite bien tranchée entre la région qu’occupent les guenons, les magots, le mandrill, le chimpanzé et les autres singes d'Afrique, et celle où habite le véritable orang-oulang, le gibbon, le wouwou, singes les plus rapprochés de la tigure humaine, et qui se trouvent dans les iles de Bornéo et de Java. Dans les
. quadrumanes, il y a de même des limites marquées à chaque genre ; les loris sont des Indes orientales ; les gallagos de la Sénégambie, ct les makis proprement dits appartiennent à Madagascar.
La girafe ou le camélopardalis, si remarquable par la hauteur de sa taille, par son cou de cygne, par ses mœurs douces et innocentes, semble n’appartenir qu’à une seule région de l’Afrique, savoir à celle qui s’étend en longueurentre le cap Guardafui et celui de Bonne-Espérance, et à laquelle on doit joindre les plateaux montagneux qui probablement occupent tout l’intérieur méridional de l'Afrique, entre les sources du Nil ct celles des
rivières de Congo, de la Coenza et du Zambèze. Cette région, très-peu connue, excepté sur ses bords, semble être très-riche en espèces animales : on y connaît trois sortes d’ânes, le zébre commun, que les anciens nommaient
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tiquée par . Peut-être antes, que Ja pourrait ge dans les e,-était un et des Karà Lithuanie.
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hippotigre, le sèbre Burchell (equus sebroïdes) et le couagga; on ÿ voit le sanglier auquel deux protubérances placées de chaque côté du museau ont fait donner le nom de sanglier à masque. Comme cetie région de l'Afrique jouit d’une température peu chaude, la girafe paraît y être circonserite moins par le climat que par son extrême timidité. On la voit jusqu’au 28° parallèle du sud, mais seulement sur la côte orientale.
.Les deux variétés du rhinocéros ont chacune leur patrie : celle à deux cornes n’habite que l’Afrique méridionale, à commencer par le Congo et l'Abyssinie ; l’autre, à une corne, se trouve aux Indes orientales et dans la Chine. Dans ce dernier pays, les rhinocéros vivent jusqu’au 30e parallèle du nord ; ils se sont, de l’autre côté, répandus jusque dans les îles de la Sonde, Quelques relations font pourtant croire que des rhinocéros à une corne existent au Monomotapa; mais ne seraient-ils pas d’une espèce particulière?
L'hippopotame est aujourd’hui borné à la seule Afrique; habitant de tous les grands fleuves de cette partie du monde, il s’y nourrit de végétaux ; il se montre déjà en grand nombre près du cap de Bonne-Espérance.
Les éléphants d'Afrique et d’Asie sont de deux races différentes, et qui probablement ne se sont pas mêlées; car l’éléphant asiatique n’habite que les Indes, la Chine, depuis la latitude de 30 degrés, et quelques îles au sudest de l’Asie où il a été conduit par l’homme : on ne trouve en Perse et en Arabie que ceux que de temps en temps on y mène, et l’on sait que l’éléphant ne multiplie pas lorsqu'il est en état de domesticité. L’éléphant afri-
‘cain ne monte qu’au 20e degré de latitude nord ; de là jusqu’au Cap, toute l'Afrique en est remplie.
Le lion, ce puissant et redoutable roi du peuple quadrzpède, a perdu une grande partie de ses Eiats ; car il existait du temps d'Homère, et même de celui d’Aristote, en Grèce et en Asie-Mineure. On sait, par l’histoire profane et sacrée, qu’il y avait des lions en Arménie, en Syrie, en Palestine et en Égypte. Dans tous ces pays, le lion ne se montre plus. Ce terrible animal a appris à craindre les armes encore plus terribles de Phomme ; il s’est retiré dans les contrées les moins peuplées ; il habite les déserts de l'Arabie, d’où il fait des excursions aux environs de Bagdad ; on le trouve en Perse dans les montagnes de l’Hindoustan, sur la côte de Malabar, dans les Ghattes et dans l’Indo-Chine. L’Afrique a toujours été et est encore le pays qui nourrit le plus de lions, quoique les Romains, en les recherchant pour leurs spectacles sanguinaires, en aient diminué le nombre. Les plaines élevées, mais brûlantes , qui sont au delà du mont Atlas, nourrissent les
lions les plus forts et les plus courageux.
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Le tigre, moins répandu que le lion, monte plus près du pôle; Tournefort en vit plusieurs sur le mont Ararat. Les auteurs russes prétendent qu'on voit de temps à autre un tigre s’égarer jusqu’en Mongolie et aux bords de l’Ichym en Sibérie. Il existe aussi dans la Perse orientale et en Chine ; mais les climats où il développe le mieux son vaste corps et son ca: ractère féroce, sont ceux du Bengale, du Dekhan, de Mulabar, de l’Indo-. Chine, de Ceylan et de Sumatra. C’est 1à que le tigre royal, digne favori des monarques de lorient, s’enivre du sang des esclaves qu’on livre à sa rage.
L'Afrique ne renferme point de vrais tigres : elle a en revanche les panthères et les léopards, deux espèces qui ne diffèrent sensiblement que par leurs taches, plus belles et mieux arrondies chez le léopard, qui habite surtout la Guinée et la Sénégambie. L’unce, qui diffère de !2 panthère par son poil gris et son naturel plus doux, est plus répandue : on la trouve dans toute la Barbarie, dans l’Arabie, et jusque dans la Tatarie et la Chine. Elle se montre aux environs de Kouznetzk en Sibérie.
De cet aperçu de la distribution géographique des animaux propres. à l’ancien continent, il semble résulter une vérité générale : l’intérieur de l'Asie et celui de l'Afrique ont été, chacun de leur côté, les patries d’un certain nombre d'espèces animales. Le ligre, l'éléphant indien, le chameau à deux bosses, le mouton sauvage, le foulan ou âne sauvage, le dzigglai ou l’âne-cheval, le bœuf grognant, l’élan, le perte-musc, voilà les animaux caractéristiques du plateau central de l'Asie. Ceux qui caractérisent le plateau oriental de l’Afrique sont : le lion, l'éléphant d’Afrique, le dromadaire, la girafe, le buffle de Cafrerie, le zèbre, le couaggo, les guenons, les mandrills. Nous sommes persuadés que le plateau septentrional de l’Afrique ou le inont Atlas, le plateau occidental de l’Asie ou le Taurus, et le centre de l’Europe ou les Alpes, ont également eu leurs races animales indigènes, mais ces vérités générales, nous l’avouons, offrent un moindre degré d’évidence.
Si les deux grandes masses de l’ancien continent ont produit chacune ses races d'animaux, pourquoi le Nouveau-Monde n’aurait-il pas les siennes ? Pourquoi la magnifique chaîne des Cordillières du Mexique et du Pérou aurait-elle été plus étrangère au mouvement général des forces vitales que les plateaux d’Asie et d’Afrique ?
Il n’y a rien de plus naturel que de penser que le continent vasie et isolé de l’Amérique a eu aussi sa création à part. Les animaux, en très-pelit nombre, et qui ont pu passer d’un continent à l’autre par le nord, ne pouvaient guère parvenir à traverser les climats plus chauds du milieu de l'Amérique. Ainsi, l'Amérique méridionale, du moins, serait restée absolu-
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Parmi les animaux qui appartiennent en propre à l'Amérique septentrionale, nous croyons qu’on peut compter le grand élan, noinmé moose-deer par les Américains. Les ours, les 1ynx, les onces de l'Amérique ou jaguars, sont probablement aussi différents des animaux des mêmes noms dans l’ancien continent, que le sont les écureuils et les lièvres dont ils se nourrissent. :
Les bisons, ou les taureaux à bosse, sont les plus grands quadrupèdes du Nouveau-Monde. Ils errent en grands troupeaux depuis la baie de Hudson, dans tout le Canada, dans le territoire occidental des États-Unis, dans la Louisiane, au Nouveau-Mexique, et jusque sur les bords de la mer Vermeille, ou golfe de Californie ; ainsi ils vivent depuis le 52e jusqu’au 33° parallèle de latitude nord. Ils diffèrent des zebus de l’Inde et de l’aurochs de l’Europe. Mais la laine épaisse qui revêt leur dos et leur cou, ainsi que la la barbe qui couvre leur menton, rappellent, il faut en convenir, les bisons décrits par les anciens comme un animal de la Scythie.
Le bœuf musqué, ou plutôt l’ovibos musqué, animal qui appartient à un genre tout différent du bœuf, puisqu'il est de la taille d’une génisse de deux ans, et qu’il offre l’aspect d’un gros mouton, habite les extrémités de l'Amérique, entre le Welcome, la mer de Baffin et la rivière du Cuivre.
Nous arrivons aux animaux indigènes de l'Amérique méridionale, Le jaguar (felis onça), le tigre du Nouveau-Monde, ressemble à la panthère par le poil, et comprend des individus qui égalent le tigre en grandeur. Le puma ou le couguar, qui a été appelé lion d'Amérique, ressemblerait plutôt au loup pour le corps, et au léopard de Guinée pour la tête. Ce sont deux espèces absolument étrangères à l’ancien monde. Le couguar, ne s'étend que jusqu’au 45e degré de latitude australe.
Le lama ou guanaco, qu’on a nomié très-improprement le chameau du Nouveau-Monde, et qui, à l’état sauvage, porte le nom de lama alpaca ou paco, et le lama vicugna ou vigogne, que l’on réduit en domesticité, habitent le Chili et le Pérou jusqu’au 40e degré de latitude méridionale; ils ne se répandent point dans les plaines du Tucuman ni dans celles du Paraguay.
Le tapir, le plus grand quadrupède de l’Amérique méridionale, quoiqu'il n'ait que la hauteur d’une vache; l’armadrille ou le fafou, le fajassouveccuri, le paresseux aÿ, le bradype-unau, le fourmilier proprement dit, le
tamanoir, les divers agoulis et coalis, espèces qui toutes reconnaissent l'Amérique méridionale pour leur patrie, ne s'étendent en général que jusqu’au tropique. Le fajassou, cependant, selon quelques rapports, se tror ve dans le Chili. Les petits singes à queue, les sapajous, les sagouins, le: /amarins, et autres espèces semblables, sont très nombreuses, trèsvariées et très-jolies dans toute la zone torride de l’Amérique ; elles diffèrent essentiellement des singes d’Afrique et d'Asie,
Aux confins de la zone tempérée se montrent des cerfs de piusieurs espèces, des rongeurs encore inconnus, et l’élégant hamster chinchilla. Les animaux qui appartiennent exclusivement au nouveau continent sont, comme. on voit, très-nombreux; mais ce qu’il y a de remarquable, c’est qu'aucun n’y atteint une taille élevée, c’est qu’on n’y voit aucun analogue des géants de l’Ancien-Monde. La géographie physique nous apprend les causes de cette particularité. Ne connaissons-nous pas la configuration particulière du continent américain? Des montagnes froides et en partie arides cèdent immédiatement la place à des forêts marécageuses, à des plaines habituellement inondées. La zone torride, en Amérique, offre peu d’étendue en terrain; la zone tempérée, au nord, est envahie par de froids marais; celle du sud ne renferme qu’une pointe du continent. Ainsi, partout dans ce même continent, les grandes espèces animales, ou sont étrangères au climat, ou n’y trouvent pas un espace libre pour se développer. Mais les animaux convenables au climat de l'Amérique et que l’on y apporte n’y perdent point leur taille, leur beauté, leur force. Le cheval et le bœuf n’ont point dégénéré dans les vastes pâturages du Paraguay. Si la race humaine a paru s’abâtardir en Amérique, attribuons ce phénomène au désordre politique des colonies mal organisés, et aux vices d’une population ramassée sans choix.
Si les reptiles et les insectes abondent en Amérique, si quelques-uns y parviennent à une taille plus grande qu'ailleurs, ce n’est que relativement aux parties connues de l'Afrique. Ces parties, peuplées d’un temps immémorial, ont vu leurs animaux primitifs fuir devant l’homme ; mais qui sait si l’intérieur .de cette terre inconnue n'offre pas de vastes marais aussi peuplés de reptiles et d'insectes que le sont les côtes de la Guyanne? D'ailleurs, le Delta du Gange ne fourmille-t-il pas de serpents énormes ?
Le caractère distinctif de la zoologie américaine méridionale consiste donc principalement dans la différence des espèces, différence qui prouve combien cette grande péninsule est restée étrangère au reste du monde. Elle n’a même reçu aucune espèce animale de l’Amérique septentrionale,
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llreste à considérer un foyer de population animale encore peu connu, mais certainement bien distinct de ceux que nous avons examinés. Les îles au sud-est de l’Asie et particulièrement la grande île nommée Nouvelle- Hollande, se trouvent dans une position très-semblable à celle de l’Amérique méridionale. L'Australie est le berceau de races animales très-différentes de celles des deux continents; mais ces races se sont peu répandues dans le reste du vaste archipel qui occupe le milieu du Grand-Océan. On n’a trouvé dans ces Îles ni les ornifhorynques, ni les æ#ombat, ni les opossum, animaux particuliers à la Nouvelle-Hollande. On peut dire qu’à trois exceptions près, l'Australie n’a présenté jusqu’à ce jour que des carnassiers de la division des marsupiaux. Remarquons cependant que les didelphes, ou sarigues, que l’on peut regarder comme le type de cette famille, sont confinés dans l'Amérique méridionale; que les couscous sont répandus dans la Polynésie et la Malaisie, et qu’à la Nouvelle-Guinée on trouve le kangourou des anciens. Mais dans la Nouvelie-Hollande seule on trouve ces ornythorynques, petits édentés qui passent pour être ovipares, les échidnés et les pétauristes. Le casoar appartient en commun aux îles Moluques et de la Sonde et à la Nouvelle-Hollande ; si les dazyures remplacent dans l'Australie les civeles des autres parties du globe, le Koala reste sans analogue. Quant aux carnivores amphibies, ce sont les mêmes espèces qui vivent sur toutes les îles de la Polynésie méridionale; la roussefte à tête cendrée (pteropus poliocephalus) de la baie de Carpentarie se trouve également à la Nouvelle-Guinée. Nous pouvons donc considérer la cinquième purtie du monde, ou les terres Océaniques, au sud-est de la mer de la Chine, comme la patrie d’une masse d’espèces animales dont les découvertes ultérieures augmenteront le nombre et éclairciront l’analogie.
Telles sont les notions générales que nous avons pu donner sur la distribution géographique des animaux. Quelque imparfaites qu’elles soient, elles aideront à nos lecteurs à classer les nombreux détails que renfermeront nos descriptions particulières des régions et des contrées.
Suite de la Théorie de la Géographie. — De la Terre, considérée comme la demeure des êtres organiques. — Troisième section : De l'Homme physique.
La terre dominait au-dessus des mers; les nuages envoyaient leur douce rosée; les ruisseaux serpentaient dans la plaine ; les forêts revêtaient les flancs de la montagne; les fleurs émaillaient la colline; dans les airs, au fond de l'Océan, et sur toute la surface du globe, les animaux divers se livraient aux mouvements de leur intelligence imparfaite. Mais aucun être ne concevait la majestueuse harmonie de ce vaste univers; aucune pensée libre et immortelle ne planait au-dessus de toute cette poussière animée; aucun œil ne s'élevait, humide de larmes pieuses, vers la source éternelle de la vie. Le Créateur du monde voulut qu’il existât des êtres capables de comprendre son divin ouvrage, et l’homme naquit.
L'organisation physique de l’homme, en lui rendant communes ces lois de génération, d’accroissement et de destruction, auxquelles toute la nature vivante est soumise, porte cependant, dans toutes ses parties et dans son ensemble, un caractère si particulier, si extraordinaire, si sublime, qu’il est impossible de supposer aucune parenté, proche ou éloignée, entre les brutes qui ne font que vivre sur la terre et celui qui est né pour y commander. Cette allure droite etélevée, qui annonce le courage et la dignité; ces mains, fidèles exécutrices de la volonté, ouvrières adroites des travaux les plus surprenants et les plus utiles; ces yeux, détor:rnés de la vile poussière, et dont le regard pensif embrasse l’immensité des cieux ; ces organes, qui permettent à l’homme d’exprimer sa pensée par des sons articulés, variés et nuancés à l’infini : ce mélange admirable de force et de souplesse dans tous ses membres; en un mot, l'harmonie et la perfectibilité de tous ses sens, lui assignent le premier rang parmi tous les êtres vivants et lui assurent l’empire de la ter:'e.
L’anatomie et la physiologie ont mis ces vérités hors d’aticinte ?. Les naturalistes, qui ont prétendu confondre l’espèce humain: avec :cle des singes, malgfé la différence essentielle des pieds, du bassin et des organes de a voix paraissent n’admettre aucun principe constant pour la classitication des espèces.
1 Voyez Cuvicr, Leçons d’suntomie comparée, etc.
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GÉOGNAPINE PHYSIQUE. 207
Les désavantages apparents de notre organisation hâtent même le perfectionnement de notre existence. Doués de la force du lion, cuirassés comme l’éléphant, couverts d’une peuu impénétrable au froid et à l’humidité, nous serions peut-être restés engourdis dans une stupide indolence, sans us et sans industrie. Lu délictte faiblesse du corps humain, au moment de sa naissance, la lenteur de son accroissement, la multiplicité de ses besoins, toutes ces intirmités, tous ces maux que la mature nous a donnés pour escorte, sont autant d’aiguillons qui ont excité notre sens intérieur, autant de liens qui ont uni l’homme à l’homme et fait altre les premières sociétés. De la faiblesse prolongée de notre enfance résulte la société intime des parents et des enfants ; de cette associatWit Hit lu perpétuité de l’union conjugale. La réunion des hommes en familles est suivie de ia formation des tribus et des nations. C’est en se réunissait à ses sem- Llables, sous une commune loi, que l’homme s’est, pour ainsi dire, créé homme ; c’est en appréciant se faiblesse et en inventant des instruments qu’il s’est emparé des forces infinies de la nature entière; il a se: li son indigence, voilà sa vraie richesse.
Cet animal, si distingué de tous les autres, forme, dans la série des êtres, un ordre isolé qui ne contient qu’un seul genre et une seule espèce; car on entend pur espèce un ensemble d’êlres organiques qui se reproduisent entre eux, et qui ne diffèrent que par des qualités variables ct étrangères aux caractères qui constituent l’espèce. Or, toutes les races humaines que nous connaissons produisent par leurs mélanges des individus féconds ou capables de produire à leur tour. D’uu autre côté, les différences qu’on observe entre ces races se bornent à des qualités que nous voyons encore tous les jours varier par l'influence du climat, de la nourriture et des maladies!
La première de ces asserlions n’a pas besoin d’être développée; on connaît assez les nombreuses classes de métis et de muldtres qu’ont produites les unions des diverses races humaines. Quant au second point, il est bon d'observer que les différences par lesquelles se distinguent les variétés des espèces, sont relatives ou à la s{ature, ou à la physionomie, ou à la couleur, ou à la nature des cheveux, ou enfin à la forme du crâne.
Personne n’ignore qu’une vie simple, une nourriture abondante, un air
! Blumenbach, de Varictate nativà generis humani, traduit en français par M. Chardel.
Plusieurs variétés accidentelles paraissent être en effet le résultat de quelques affections maladives. C’est ainsi que se perpétuent les albinos en Afrique, les cage dans les Pyrénées, et les erétiæs dans les Alpes.
salubre, donnent à tous les êtres organiques des formes plus belles et plus grandes. L’exemple des Lapons et des Hongrois, dont la langue indique l’origine commune, et qui diffèrent extrémement par la taille et la physionomie, prouve assez que la beauté de la même race varie selon le climat et selon les qualités du pays. Les Germains de Tacite, ces Patagons de l'Europe, ne se trouvent plus dans l’Allemagne civilisée, tandis que le Hollandais, dans l'intérieur de la colonie du Cap, est devenu un géant. Combien de contrastes ne rencontre-t-on pas dans une seule nation à de petites distances ! Les paysannes de la Westrogothie sont des Vénus, et celles de Ja Dalécarlie sont zénéralement laides, quoique l’une et l’autre provinces soient au centre :«e la vraie patrie des Goths. Les passions violentes, le joug de l'hypocrisie, les occupations tristes ou agréables, les habitudes de l'activité ou de l’inertie impriment un caractère permanent aux physionomies des nations entières.
Plusieurs différences de physionomie sont l’ouvrage de l’art, du moins en partie. D’après les rapports nombreux de témoins oculaires, il est certain que les nègres, les habitants du Brésil et les Caraïbes, les peuples de Sumatra et ceux des îles de la Société, dépriment et aplatissent soigneusement le nez des nouveau-nés, usage qui, sans doute, ne peut pas faire naître cette configuration héréditaire, mais qui contribue à rendre les exceptions infiniment rares.
Les variétés de couleurs semblent également dépendre des circonstances extérieures. La même nation renferme souvent des individus de teintes extrêmement différentes. La cause de la couleur réside dans le tissu muqueux et réticulaire qui est immédiatement sous l’épiderme. Si, par l'influence d’une extrême chaleur ou par quelque autre cause locale, le carbone surabonde dans l’économie animale, il est rejeté au-dehors avec l'hydrogène par l’action des vaisseaux sanguins du derme; mais le contact avec l'air atmosphérique l’ayant précipité, il vient se fixer daus le réseau muqueux. Cette explicalion, fournie par la chimie moderne, nous fait concevoir pourquoi la peau des hommes blancs noircit dans certaines maladies, tandis que les nègres, dans le même cas, blanchissent ou plutôt jaunissent. L'un et l’autre phénomènes indiquent un dérangement dans les sécrétions. Mais nous ne dissimulerons point le seul inconvénient de cette explication ; si les nègres descendent d’uxe race originairement blanche, il a fallu des millions d'années pour que l’action répétée du climat leur rendit la couleur noire héréditaire. Or, les monuments géologiques semblent démontrer le peu d’antiquité du genre humain. « Ainsi, nous diront certains philosophes,
les et plus je indique la physioe climat et s de l'Eule Hollan- . Combien petites discelles de la provinces tes, le joug des de l’acysionomies
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« ou accordez-nous pour l’action des causes qui ont formé les races hu- « maines une immense série de siècles, ou avouez que ces races, si elles « n’existent que depuis 5 à 6,000 ans, ont dù naître de couples différents, « et qui déjà offraient tous les caractères de leurs descendants. »
Les nombreuses variétés de cheveux dépendent également des sécrétions des substances élémentaires dont le corps se compose; mais ici se présente une contradiction dans les faits. Parmi les nations civilisées de l’Europe, la couleur des cheveux devient constamment plus claire à mesure qu’on avance jusqu’à une certaine limite vers le nord; parmi les nations sauvages ou barbares de l’Afrique, de l’Asie et de l'Amérique, on retrouve une même couleur de cheveux dans des climats absolument différents. Ains’, tandis que l'Italien aux cheveux noirs et le blond Scandinave, bien qu’appartenant à la même variété de l’espèce humaine, offrent des effets sensibles de Paction du climat, les Lapons et les Samoïèdes ont les cheveux aussi noirs et aussi rudes que le Mongol, le Tibetain et le Chinois, à la race desquels d’autres raisons les font joindre. Tous les peuples nègres ont les cheveux laineux, même les Yolofs, qui les ont un peu plus longs et moins frisés. Il ne paraît pas non plus que les cheveux américains offrent des nuances comparables à celles qu’on voit chez les nations européennes. Ainsi la nature des cheveux reste toujours un des arguments les plus syécieux en faveur du système qui admet plusieurs espèces d'hommes.
Observons pourtant que dans la race européenne la couleur des cheveux semble changer avec la civilisation, ou, si l’on aime mieux, avec la dépravation des nations. La race blonde qui, du temps d’Homère, fournissait à la Grèce des rois et des héros, dominait encore au siècle de Tacite, en Gaule- Belgique et en Germanie; aujourd’hui elle paraît s’éteindre dans les villes du nord !,
Les variétés de la forme du crâne semblent être de plus d’importance que toutes celles que nous avons examinées. Cependant, depuis que les savantes recherches de Gall ont démontré que la configuration extérieure du crâne dépend de la forme du cerveau, on ne saurait considérer ces diversités dans une substance molle et susceptible de prendre toutes les formes,
* M. À. Desmoulins (Histoire naturelle des races humaines) relate des faits qui tendent à prouver l’invariabilité de la couleur des cheveux quand il n’y a pas mélange de races ; ainsi, depuis 800 ans qu’une race de cheveux blonds est établie en Islande, clle n’y a point éprouvé le moindre changement dans la couleur des cheveux ; ils n’y On! “as pris Ja teinte de la chevelure des Groenlandais. C’est donc au mélange des
races qu’il faut attribuer les changements dans la couleur des cheveux chez quelques nations.
comme un caractère propre à indiquer une diversité d'espèce. La forme du crâne nous paraît dépendre, autant que la physionomie, du caractère moral des individus. Quoiqu'il ne soit pas possible d’assigner à chaque passion, à chaque talent, un organe particulier dans le cerveau, il semble constant que les hommes doués de beaucoup de talents et de passions fortes ont la tête plus garnie d’éminences ou de bosses que la multitude. Un autre fait, c'est que la nation où les individus se ressemblent le plus par le caractère offre une forme nationale constante du crâne; quand on a vu une tête d'Hindou, on les a vues toutes ; au contraire, en Europe, où les caractères varient extrêmement, on trouve des crânes de toutes les formes, même les plus éloignées de ce qui nous en semble le type régulier.
La forme du crâne dépend souvent d’une cause artificielle. Une pression exercée continuellement pendant une longue suite d’années, donne le plus souvent aux os planes du crène une configuration particulière qui devient même nationale. Cet effet peut dépendre de la manière dont plusieurs nations placent leurs enfants dans le berceau, ou bien d’une compression manuelle exercée avec soin pendant longtemps. Vesale rapporte que, de son temps, les Allemands avaient presque tous la tête aplatie postérieurement, et élargie sur les côtés, parce qu’on les couchait constamment sur le dos pendant qu'ils étaient au berceau. Les Belges, accoutumés au contraire à mettre les enfants dormir sur le côté, se faisaient remarquer par la longueur de la tête, Les Américains sauvages, depuis la Caroline méridionale jusqu’au Nouveau-Mexique, ont tous le crâne déprimé, parce qu’ils donnent dans le berceau, à leurs enfants, une position déclive, de manière que le vertex, qui repose sur un sac rempli de sable, supporte tout le poids du corps.
Un usage qui a existé chez les nations les plus antiques comme chez les modernes, dans nos climats et dans les pays les plus éloignés, c'est de ramener la tête des nouveau-nés à une forme nationale, au moyen de liens, d'instruments différents, ou de la simple pression des mains. Cette habitude eut lieu jadis ou se retrouve encore sujourd’hui chez les habitants de plusieurs parties de la Germanie, chez les Belges, les Français, chez quelques peuples d'Italie, chez les insulaires de l’Archipel grec, les Turcs, les anciens Sigynes ct les Macrocéphales du Pont-Euxin, elle est en vigueur chez les habitants de Sumatra, de Nicobar, et surtout chez différentes nations de l'Amérique, telles que les peuples du détroit de Nootka; les Chactas, nations indigènes de la Géorgie, les Waxsashs de la Caroline, les Caraïbes, les Péruviens, les Omaguas, et chez les nègres des Antilles.
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s des Antilles.
Cet usage fut défendu dans l’Amérique espagnole par le décret d’un concile. On possède les descriptions les plus exactes des moyens que ces sauvages employaient pour donner à la tête de leurs enfants, par une pression uniforme, la configuration qu’ils désiraient. Ce fait étant démontré par tant de témoignages authentiques, il reste, à la vérité, encore à prouver si les formes du crâne obtenues par ces moyens finissent, après une longue suite de générations, par être héréditaires et devenir une conformation naturelle, ce qui ne parait pas possible. Hippocrate, dans son Traité des airs, des eaux etdes lieux, parle en particulier des Wacrocéphales, nation voisine du Pontsuxin. Selon lui, aucun autre peuple n’a la tête faite comme eux; cette conformation, particulière dans le principe, dépendait de leurs usages. Les Macrocéphales regardaient la longueur de la tête comme un indice de courage; d’après cette opinion, ils pétrissaient la tête des-enfants nouveau-nés, et tâchaient par différents moyens de l’allonger aux dépens de sa largeur. Cette forme, dit-il, finit par devenir naturelle, et il fut inutile de rien faire pour la produire.
Il y a encore d'autres diversités dans les formes du corps humain qui paraissent propres à des nations, et peut-être à des variétés entières de l'espèce humaine. On prétend que plusieurs tribus sauvages ont les oreilles mobiles; mais c’est probablement par une mauvaise plaisanterie que plusieurs auteurs ont assure que les anciens Bataves avaient les oreilles d’une difformité particulière, et que chez les Biscayens cette partie est d’une longueur remarquable. Les mamelles pendantes des négresses sont dues à l'usage d’allaiter les enfants suspendus derrière le dos. L’ampleur de cette partie semble appartenir au climat chaud et humide. Les nègres ont, à ce qu’on assure, les signes de la virilité très-prononcés. Les femmes mongoles peuvent encore, après plusieurs accouchements, se faire passer pour vierges. Nous parlerons autre part de la difformité des femmes boschismanes, dans l'Afrique australe. Chez les peuples de la mer du Sud ou du Grand-Océan oriental, les chefs et les grands doivent à leur paresse et à leur manière de s'asseoir, des jambes singulièrement enflées. Peut-être aussi l’éléphantiasis, maladie commune en Afrique, en Arabie et dans l’Hindoustan, étend-elle son empire sur les terres Océaniques. Les jambes torses ou cambrées des nègres avaient déjà frappé les anciens. et paraissent également communes aux nations mongoles. On attribue cette difformité, soit à l’équitation prématurée, soit à la position des enfants, qui, fixés pendant l'allaitement sur le dos de leurs mères, s’y appuient fortement avec les genoux. Il y a des variétés plus essentielles dans la proportion des membres infé-
rieurs, qui tiennent à la race. Les sauvages de la Nouvelle-Hollande ont les jambes extrêmement longues et minces. Il n’est pas vrai que cette par- * ticularité se retrouve chez les Hindous, comme l’assure un observateur peu digne de confiance. Mais il paraît certain que les Mongols ct les Américains ont les jambes et les cuisses trop courtes en proportion du reste. Plusieurs nations ont naturellement les mains et les pieds petits. On a observé sur les armes des Hindous que la poignée des sabres est trop petite pour la plupart des mains européennes. On cite aussi les Chinois, les Kamtchadales, les Esquimaux, les Péruviens, les Hottentots et les habitants de la Nouvelle- Hollande.
Les diverses nations diffèrent encore beaucoup par le degré de force dont elles sont douées. Les belles expériences de MM. Péron et Régnier ont prouvé que les nations sauvages ou à demi civilisées le cèdent aux Européens pour tous les genres de force active; mais nous pensons qu’elles possèdent dans un degré plus éminent cette force passive qui résiste à l’imtempérie des saisons.
En résumant toutes les observations faites par les voyageurs, le célèbre Blumenbach réduit toutes les variétés de l’espèce humaine à cinq lypes principaux, auxquels, après un mur examen, nous croyons ne devoir apporter que quelques légères modifications.
La première variélé occupe les parties centrales de l’ancien continent, savoir : l'Asie occidentale, l’Afrique orientale et septentrionale, l'Hindoustan et l'Europe. Ses caractères sont la couleur de la peau plus ou moins blanche ou brune, les joues teintes d’incarnat, les cheveux longs, bruns ou blonds, la tête presque sphérique, la face ovale, étroite, les traits médiocrement prononcés, le front uni, le nez légèrement arqué, la bouche petite, les dents incisives des deux mâchoires placées perpendiculairement, les lèvres, et surtout l’inférieure, mollement étendues, le menton plein etrond; la régularité des traits de ce visage, qui est celui des peuples de l’Europe, le fait en général regarder comme le plus beau et le plus agréable. Les traits de l’Hindou, ceux de l’Abyssinien et du Berber, habitant du mont Atlas, ne diffèrent pas essentiellement de ceux des Européens; il n’y a que la peau qui est rembrunie par l'effet du climat, et qui d'ailleurs, chez l'Hindou et l’Abyssinien même, prend une teinte très-claire dans les provinces montagneuses. M. Blumenbach désigne cette race sous le nom de Caucasienne ; mais ce nom blesse les droits de l’histoire civile, qui n’a aucune raison pour croire les peuples du Caucase plus anciens que ceux du mont Atlas ou des Alpes. Ni la physiologie ni la g‘ographie physique ne fournissent la moindre
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preuve d’une origine commune de cette variété de l’espèce humaine; elle a pu se former partout où existent les causes physiques dont elle dépend.
La deuxième variélé est celle qu'on avait d’abord si mal désignée sous le nom de fartare, quoique les Tartares ou Tafars proprement dits n’y appartiennent point; Blumenbach la nomme mongolique; nous l’appellerons variélé ou race orientale de l’ancien continent. En voici le caractère: couleur jaune; cheveux noirs, roides, droits et peu fournis; la tête presque quadrangulaire ; la face large, à la fois plane et déprimée; les traits peu marqués et comme fondus ensemble; l’espace entre les sourcils large et uni; le nez petit et camus; les joues globuleuses et saillantes en dehors; l'ouverture des paupières étroite et linéaire; le menton pointu.
Cette variété se compose de tous les Asiatiques à l’orient du Gange et du mont Belour, excepté les Malais de l’extrémité de la Péninsule, au delà du Gange. En Europe, on la retrouve, selon Blumenbach, chez les Lapons. chez les Finnois et, en Amérique, chez les Esquimaux répandus depuis le détroit de Bering jusqu’au Groenland. Mais nous nous sommes convaincu qu’il faut rapporter les Finnois, descendants des anciens Scythes d'Europe, à la première variété, dont ils forment une très-ancienne subdivision, ayant, comme les Celtes et les Basques, leur physionomie et leur idiome à part, ainsi qu’il sera démontré dans notre description de l’Europe.
La race orientale de l’ancien continent, circonserite dans les bornes que nous venons de tracer, offre une remarquable identité de teinte, de physionomie, de forme du crâne, et même, ainsi que nous le verrons dans la suite, de langues.
La variété américaine se rapproche à plusieurs égards de celle que nous venons de considérer. En voici les principaux caractères : couleur cuivrée; cheveux noirs, droits, roides et rares ; front court; les yeux enfoncés ; le nez presque camus, et cependant saillant; en général, les pommettes éminentes; la face large, sans être plane ni déprimée; les traits, vus de profil, paraissant très-prononcés et comme profondément sculptés. La forme du front et du vertex est souvent ici un produit de l’art.
Cette variété occupe toute l'Amérique, excepté les extrémités septentrionales, habitées par les Esquimaux. Elle paraît renfermer plusieurs branches qui diffèrent considérablement, soit par le teint, qui, blanc chez les Kristinaux, arrive presque au noir chez les Brésiliens, soit par les traits et par la forme du crâne, tantôt aplati et tantôt allongé. Tous ces peuples ont de la barbe, mais elle est faible; il y en a qui, à l'instar de quelques nations mongoles et malaises, se l’arrachent. Le préjugé qui représente
les Américains comme imberbes a été propagé par le philosophe Paw ; un écrivain encore plus accrédité, l'historien Robertson, a prétendu que tous les Américains ont les mêmes traits de visage : tant les vérités de la géographie physique ont été méconnues ou dédaignées par ceux qui ont écrit l'histoire de l’homme.
Nous allons revenir vers l’est pour considérer la quatrième variété de l'espèce humaine; celle des terres Océaniques, désignée par Blumenbach sous le nom trop arbitraire de race malaise. En voici le caractère encore très-incertain : couleur basanée; cheveux noirs, mous, épais, abondants et frisés; la tête légèrement rétrécie; le front un peu bombé; le nezgros, large, épaté; la bouche grande; la mâchoire supérieure un peu avancée; les traits, vus de profil, paraissent marqués et distincts.
Cette variété comprend les insulaires de la mer Pacifique, les habitants des îles Mariannes, Philippines, Motuques, de la Sonde, et les indigènes de la péninsule de Malaca, la plupart des habitants de la Nouvelle-Hollande, et ceux de la Nouvelle-Zélande, peut-être même quelques-unes des nations de Madagascar. Mais qu’il est difficile de rien statuer sur des peuples aussi imparfaitement connus, et qui paraissent renfermer des tribus d’origine diverse! L’immortel Quiros, qui le premier découvrit les îles de la Société, distingua soigneusement la disparité qui existe entre leurs habitants; il dit que les uns ressemblent aux blancs, les autres aux mulâtres, et enfin aux nègres. Des voyageurs modernes ont également comparé la caste dominante dans l’île d’O-Taïti aux Européens du Midi, et le peuple aux mulâtres. L'extension très-grande de la langue malaise, qui a d’abord fait supposer l'identité de ces nations, pourrait ne provenir que d'anciennes migrations et conquêtes. Cependant les sauvages de la Nouvelle-Galles du sud, qui parlent un idiome différent du malais, offrent les principaux caractères physiques de la variété telle que nous l’avons dépeinte.
La cinquième grande division du genre humain, ou la variélé nègre, que Blumenbach appelle é/hiopienne, ne présente rien de douteux. Ses caractères sont : la couleur noire; les cheveux noirs et crépus; la tête étroite, comprimée sur les côtés ; le front très-convexe, voûté; les os de la pommette saillants en avant; les yeux à fleur de tête, le nez gros, et se confondant presque avec la mâchoire supérieure, qui est portée en avant; le bord alvéolaire étroit et allongé; les dents incisives supérieures placées obliquement; les lèvres, particulièrement la supérieure, gonflées ; le menton retiré; les jambes en général cambrées.
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se retrouve aussi sur les côtes de Madagascar, probablement sur celles de nord-ouest, de la Nouvelle-Hollande, dans les grandes îles de Van-Diemen, de la Calédonie et de la Nouvelle-Guinée; on croit même qu’elle occupait anciennement les îles Philippines, Bornéo, Java et Sumatra; les Alfourous, qui habitent encore l'intérieur de quelques-unes dé ces îles, sont nègres; les indigènes des îles Andaman le sont également. Quand nous observons les différences entre un véritable nègre, à teint de jayet, à chevelure laineuse, crépue, un Caffre à teint jaune cuivré, à cheveux laineux, longs, un Diéménois, un nouveau Calédonien, un Papou à couleur de suie, à cheveux frisés; nous restons incertains si ces trois races, séparées d'ailleurs par des mers et des montagnes, sont chacune originaire de son domicile actuel, ou si elles descendent d’une souche commune.
Les Hottentots forment encore une exception remarquable; la forme de leur crâne est celle de la race malaise; ils ont le teint et la barbe faible
de la variété mongole, mais leur chevelure laineuse les rapproche des nègres.
Telles sont les principales variétés de l'espèce humaine répandue sur toute la surface du globe (1).
Les anciens s'étaient à tort imaginé que la zone torride, embrasée des feux du soleil, ne permettait pas aux habitants de deux zones tempérées de communiquer ensemble. Ces préjugés, qui rétrécissaient l’univers, ont disparu devant les lumières que les Colomb, les Gama, les Cook nous ont
1 Voici les autres classifications proposées depuis par les savants :
Linnée admet, comme Buffon, une seule espèce humaine, divisée en variétés’ Celles qu’il adopte sont les cinq suivant s: l'américaine brune, l’européenne blanche, l'asiatique jaune, l’africaine noire, et la monstrueuse.
M. Duméril reconnaît cinq variétés : la caucasique, ou arabe-européenne, l’hyperboréenne, la mongole, la malaise, la nègre et l'américaine.
G. Cuvier ne voit que trois races éminentes distinctes : la blanche ou caucasique, la jaune ou mongolique, et 11 nègre ou éthiopique. 11 avoue que ni les Aalais ni les Papous ne se laissent aisément rapporter à l’une de ces trois grandes races; mais il ne trouve pas de caractères suffisants pour distinguer les premiers des Hindous caucasiques et des Chinois mongoliques, et se demande si les Papous ne seraient pas des nègres anciennement égarés sur la mer des Indes. Les habitants du nord des deux continents, dit-il, les Samoïèdes, les Lapons, les Esquimaux, viennent, selon quelques-uns, de la race mongole ; selon d’autres, il ne sont que des rejetons dégénérés du rameau scythe et tatar de la race caucasique. Les Américains eux-mêmes, ajoutet-il, n’ont pu encore être ramenés clairement ni à l’une, ni à l’autre de vos races de l’ancien continent, et cependant ils n’ont plus de caractère à la fois précis et constant qui puisse en faire une race particulière.
Nous donnerons à la fin de ce livre un tableau des classifications de Bory-Saint- Vincent, de Desmoulins et de Lesson.
procurées. Les navigateurs ont trouvé des habitants dans les climats les plus brülants et dans le voisinage des pôles, sur les côtes les moins abordables, et dans ces îles qu’un immense Océan semblait séparer du reste du monde. Les îles du Spitzberg et de la Nouvelle-Zemble, au nord, la terre Sandwich, les îles de Falkland et de Kerguelen, au sud, sont les seuls pays d’une étendue remarquable qui se soient trouvés absolument sans habitants.
La terre entière est donc la patrie de l’homme. Il supporte tous les climats, et ses habitations s’étendent jusqu’aux derniers confins de la nature animée. Les Esquimaux de Groenland habitent jusque sous le 80e parallèle. A l’autre extrémité, la stérile Terre-de-Feu nourrit les pauvres Pecherais. Le Nouveau-Monde, quoique en général moins peuplé, est donc habité d’un bout à l’autre. Dans l’ancien continent, les habitations de l'homme forment un ensemble qui n’est interrompu que par quelques landes sablonneuses ; et au milieu même de ces déserts, l’homme a peuplé les Oasis, ces îles de verdure éparses dans un océan de sable.
Le corps humain supporte, sur les bords du Sénégal, un degré de cha-leur qui fait bouillir l’esprit-de-vin ; dans le nord-est de l’Asie, il résiste à un froid qui rend le mercure solide et malléable. Les expériences de Fordyce, de Boerhaave et de Tillet prouvent que l’homme est plus capable que la plupart des animaux de supporter un très-grand degré de chaleur. On peut croire que notre corps résisterait également à un froid extrême, pourvu qu’il eùt les mouvements libres. Comme d’ailleurs le froid ne doit guère augmenter au delà du 78e ou 80° degré, il est probable que l’homme ferait “oile sous les pôles aussi bien que sous l’équateur, s’il n’y était pas a’rêté par les glaces.
La faculté qu’a l’homme de s’acclimater partout et en peu de temps paraît venir de la même cause qui rend sa santé moins ferme et moins durable que celle des animaux. Les animaux doivent à la plus grande affinité des molécules de leurs corps avec la matière brute, ces instincts qui nous manquent. Nos sens au contraire ne sont si irritables, notre corps n’est si susceptible d’impressions, la fougue de nos passions n’est si impétueuse, que parce que toute notre organisation est plus fine, plus délicate, plus spirituelle pour ainsi dire. L'instabilité de notre santé et l’incertitude du terme de notre vie dépendent essentiellement de cette mobilité de nos organes. Mais grâce à cette même mobilité, nos organes se plient avec facilité et promptitude aux volontés de notre âme. Une ferme résolution de ne point se laisser vaincre par une maladie est, de l’aveu de tous les médecins, un des remèdes les plus efficaces, tandis qu’une imagination craintive aggrave
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la moindre indisposition. C’est ainsi que notre corps, pour s’endurecir et se roidir contre l’influence d’un climat nouveau, n’attend que les ordres de l'intelligence à laquelle il sert d’organe;-sous chaque climat, les nerfs, le: muscles, les vaisseaux, en se tendant ou se relâchant, en se dilatant ou se resserrant, prennent bientôt l’état habituel qui convient au degré de chaleur ou de froid q” le corps éprouve.
On dit âssez communément que le nombre total des hommes vivants sur la terre peut s’élever à un #tlliard ou 1,000 millions. Mais tous les calculs qu’on a faits à ce sujet sont et doivent être dépourvus d’exactitude. D’après toutes les probabilités, la population du globe entier doit s'élever à envi- 752 millions : ce serait peut-être l'exagérer beaucoup que de l’évaluer à 800 millions. Dans cette évaluation l’Europe est comprise pour 230 millions, l'Asie pour 390, l'Afrique pour 60, l'Amérique pour 50, et l’'Océanie pour 22 millions !.
Nous trouverons des résultats plus positifs, en considérant les divers rapports qui existent entre les nombres des naissances, des décès, des mariages et des individus vivants de chaque sexe et de chaque âge.
« L'homme naît faible, dit un naturaliste ; il tète d’un an à dix-huit « mois, ne marche seul que vers deux ans, reste longtemps débile, entre « dans l’adolescence vers seize ans, dans la virilité à trente, dans l’âge « mûr à quarante, dans la vieillesse à soixante, et décroît alors rapidement « vers le terme de son existence. » Ë
La limite naturelle de la vie humaine semble être l’âge de quatre-vingts à quatre-vingt-dix. Peu d'hommes dépassent ceterme ; l'immense majorité périt longtemps avant de s’en être approchée. Le quart de tous individus nouveau-nés meurt dans la première année ; à peinesi deux cinquièmes atteignent la sixième année, et avant la vingtième ou vingt-deuxième, la moitié d’une génération est dans le tombeau. L’ordre que la mort observe en frappant les humains est un des phénomènes les plus admirables de la nature; les causes en sont trop multipliées et trop compliquées pour pouvoir être développées ici. Les dangers qui accompagnent plusieurs métiers, la fougue des passions, la corruptiori des mœurs, y contribuent autant que la faiblesse naturelle du corps humain. En général, la durée moyenne de la vie humaine, l’une portant l'autre, se trouve entre trente-huit et quarante-deux
? C’est sous la plus grande réserve que nous donnons ces chiffres, on ne doit les considérer que comme très-problématiques. N'oublions pas le dissentiment qui existe entre les géographes relativement à la population de l'Asie, qu'ils portent de 290 à 390 millions, V.A.M.-R.
ans, c’est-à-dire que de trente-huit ou quarante-deux individus, il en meurt chaque année un.
Ce rapport varie singulièrement selon les sexes, les localités et les climats, mème d’une province à l’autre. En France, la mortalité moyenne est de 1 individu sur 39,98 ou de 100 sur 3,098; tandis qu’elle est de 4 individu sur 26,3 dans le département du Finistère, et seulement 4 sur 53,5 dans celui des Hautes-Pyrénées. Dans la Belgique et la Hollande réunies on comptait en 4828 1 décès sur 43,8 vivants; tandis que dans la province de Drenthe c’était 4 sur 55, et dans celle de Namur 4 sur 57,9; que dans la Hollande septentrionale c’était 4 sur 34,5, et dans la Zélande 4 sur 34,4. Dans la Suède, la mortalité était de 4 sur 44,69, et en Russie de 4 sur 40, En Angleterre, le nombre moyen des décès est de 4 sur 49, tandis que dans le pays de Galles il est de 4 sur 60.
La mortalité est plus grande dans les villes, et surtout dans les villes importantes, que dans les campagnes. A Paris on compte 4 décès sur 33 individus. Wargenlin suppute qu’il meurt à Stockholm un homme sur 4%, et À femme sur 21. Suivant Price, il meurt dans les grandes villes d’Angieterre, année commune, À individu sur 49 à 23; dans les petites, À sur 28, et dans les campagnes, seulement 4 sur 40 à 50. Aristote déjà engage les gouvernements à empêcher l’accumulation de la population dans les villes. Sussmilch estime pour l'Allemagne la mortalité à 4 sur 40 dans les villages, à un sur 32 dans les petites villes, et 4 sur 28, sur 24, et même 22 dans les grandes villes ; aussi compare-t-il celles-ci à une pestecon. iuelle. Ce préjugé général exagère un mal réel. Les campagnards ont sans doute deux grands avantages sur les citadins, celui d’un air pur, et celui d’une vie plus sobre et mieux réglée : mais comme de l’autre côté les paysans, les chasseurs et les pêcheurs sont exposés à des accidents violents, et mènent une vice misérable, on peut douterque les désavantages réels des villes soientaussi grands qu’on les a crus. L’apparence vient de ce que les hôpitaux sont presque tous établis dans les villes ; les malades des campagnes et les indigents y affluent. Or, sur 26 à 29,000 décès à Paris, on en trouve ordinairement 7 à 8000 pour les seuls hôpitaux de Paris.
Il paraît que l’air des plaines nues et élevées, ou des montagnes d’un accès libre, est favorable à la longévité; on peut dire la même chose de l'atmosphère insulaire, qui est toujours renouvelée par l'air maritime. La Russie, la Norvège, la Suède, le Danemark, l'Écosse, l'Irlande et la Suisse, voilà les pays qui nous fournissent les exemples les plus nombreux et les plus authentiques d’hommes et de femmes ayant prolongé leur vie au delà
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sans qu'on ait à cet égard des données exactes. Pline désigne la région de
l'Italie qui s’étend des Apennins au PÔ, et de Plaisance vers Bologne, comme ayant été trouvée singulièrement riche en vieillards de 400 ans jusqu’à 450, lors des dénombrements faits sous les empereurs Claude et Vespasien. Les rares exemples d’une longévité extrême, d’une vie de 450 ans et au delà, semblent pourtant appartenir indistinctement à tous les pays. Si l’Angleterre, dont on vante la salubrité, a offert jusqu’à trois exemples d'hommes parvenus à l’âge de 450 à 169 ans, la Hongrie, qui n’est pas, généralement parlant, un pays très-salubre, a vu le fameux Pierre Czarlan pousser sa carrière jusqu’à 485 ans; et Jean Rovin, âgé de 172 ans, avait une femme de 164, et un fils cadet de 417 ans. C’est dans le bannat de Temeswar, pays cependant marécageux et sujet à la fièvre pétéchiale, cette peste européenne, qu’on a observé ces exemples de longévité et bien d’autres.
Une vie sobre et exempte de passions tumultueuses contribue certainement à prolonger l’existence. D'après l’auteur d’un petit ouvrage trèscurieux, intitulé Apologie du jeûne, 152 anachorètes, pris dans tous les siècles et sous tous les climats, ont produit 41,589 ans de vie, par conséquent 76 ans et un peu plus de 3 mois pour chacun. Il n’est donc pas impossible que, dans les siècles de l’innocence patriarcale, il y ait eu des nations et des tribus chez qui les vieillards de 450 à 200 ans étaient plus nombreux que parmi nous. C’est ce que les anciens affirment des Seres, des Cyrni de l'Inde, des Épiens en Étolie, et des habitants des monts Athos et Tmolus.
Dans la marche ordinaire de la nature, du moins chez les peuples civilisés, et en faisant abstraction des cantons marécageux ravagés annuellement par les épidémies, il naît plus d'individus qu’il n’en meurt. On a trouvé des rapports très-différents : dans les campagnes, souvent il naît un enfant sur 22 vivants ; dans les villes, le rapport est moins favorable, souvent de 1 à 40, plus ordinairement de 4 à 35. Le climat fait ici une différence très-remarquable. Le climat le plus salubre n’est pas toujours celui où il naît le plus d'enfants : par exemple, en Danemark, le rapport des naissances aux vivants est de À à 31; en Norvége il est de 1 à 34. En France, ce rapport est comme 1à 32. Un auteur, qui fait autorité dans les recherches statistiques! , a dressé
‘M. Benoiston de Châteauneuf, Notice sur l'intensité de la fécondité en Europe au commencement du dix-neuvième siècle, insérée dans le tome IX, des Annales des sciences naturelles, unnée 1896.
un tableau du nombre d'enfants par ménages dans les divers pays de l’Europe; voici quelques-uns de ces résultats :
Il naît, année commune, par mariage :
Dans la Suède. ....,,,.,.,.,... RCA os. 8,62 Dans la Moscovie.. ,.,.,..,.,.,.,...,.... NS 5,95 Dans la Hollande. . ......... terre ce 0 6 "000 ou Pa A TAN ENR RENE done os. 6,97 Dans une partie de l'Écosse. . .....,.......,. ..e: Bi Dans l'Angleterre. . ..,....,.,.,...,.., rose oe
Dans la Moravie et la Silésie. . NÉ Re ne Or 6e à MN Se 4,81 Dans la Bohême. . L] . LI) L . L L L] . . L1 L L] . L L1 L . L] L] L] . L] 5,97
En France... ..,.,,46,.,, ere: d .. 4,91 Dans le département du Bas-Rhin, réuni au Jura, en | France. 5,02 Dans la Vendée, réunie au Morbihan. . . .. : . Id... 6,49
Dans la Loire, réunie aux Basses-Alpes. . . . . . .. 44, .. 6,54 Dans les Pyrénées-Orientales.. , . « . .. «+ + + Id... 6,17
Dans le canton de Fribourg. . . . . . ses orese 6,36 Dans la Savoie. . ........ Rene elh ere 0 dard 2 5,65 Dans le gouvernement de Venise. . .:::..,.,....... 5,45
Mn RON à 6 desde testée vie eee 6 5,14
On voit par ces exemples que l’ancien préjugé qui faisait regarder le Nord comme l’officine des nations est tout-à-fait dénué de fondement.
Le genre de vie, la nature des différents métiers et la qualité des aliments dont un peuple fait usage, sont les circonstances qui influent plus sur la propagation de l’espèce que le climat. On croit avoir observé que les peuples qui se nourrissent de poissons multiplient plus facilement que ceux qui ne mangent que de la viande; mais l'exemple cité plus haut du nombre d’enfants dans les deux départements maritimes de la Vendée et du Morbihan, comparés à d’autres parties de la France, prouve que cette observation est illusoire. On a aussi attribué la fécondité des femmes de la Sologne, contrée peu salubre, au sarrazin qui fait la nourriture principale de ses habitants; car cette espèce de grain, comme on l’observe dans les oiseaux, semble échauffer davantage les organes de la reproduction; mais tout porte à croire que si dans ce pays insalubre le nombre des enfants par mariage l'emporte sur celui des pays voisins, c’est que la mortalité y est plus forte. Chez les peuples qui mènent une vie errante et qui sont peu nombreux, il naît moins d'enfants que dans les pays où les individus des deux sexes se trouvent plus rapprochés et plus souvent en présence l’un de l’autre. Cependant, à l’époque d’une haute civilisation, le nombre des naissances diminue par la cherté des subsistances qui rend les mariages plus difficiles. L'époque où un
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Ce sont ces influences physigéesde l'air, des aliments et du genre de vie qui rendent certaines saisons plus fertiles que les autres. Pline appelle le printemps la saison génitale. Hippocrate avait observé avant lui que le printemps était la saison la plus favorable à la conception. Le soleil et l'amour rallument en même temps leur flambeau. Aristote a dit avec raison que ce sont le soleil et l’homme qui travaillent à la reproduction de l’homme. Des observations faites dan&plusieurs pays semblent toutes s’accorder à indiquer les mois de décembre et de janvier comme ceux où il naît le plus d’enfants. Des circonstances locales, dépendantes du genre de vie d’une nation, peuvent changer cette règle générale. En Suède, selon Wargentin, le mois où il y a le plus de naissances est le mois de septembre, et le mois de janvier ne vient qu'après celui-ci. Ce fait n’a rien d’étonnant lorsqu'on se rappelle que chez tous les peuples du nord, surtout dans les campagnes, l’époque de Noël et du nouvel an donne le signal de fêtes, de rassemblements et de plaisir. +
Des causes politiques et morales influent très-directement sur l’augmentation des naissances. Le défaut de subsistance s’oppose à la multiplication des mariages, et ce n’est que par des mariages que l’État peut espérer de voir naître beaucoup d’enfants; le libertinage, la communauté des femmes, la polygamie, le divorce n’ont jamais eu d'influence salutaire sur la population. Il est démontré par des dénombrements authentiques que, sur deux masses d'individus égales en nombre, celle qui vit dans le mariage produit plus d'enfants que celle qui se livre à la débauche. Quant à la fameuse institution proposée par Platon, nous nous en rapportons à ce philosophe lui-même; la communauté des femmes, telle qu’il la concevait, réglée par des lois austères, avait pour but de limiter la population en l’épurant. La polygamie des Orientaux, vu l'égalité de nombre des deux sexes, ne donne à un homme plusieurs femmes qu’en condamnant au célibat une grande partie de la nation. Aussi Montesquieu l'a déclarée nuisible à la population (!); mais ce même philosophe s’est constitué le défenseur de la facilité et de la fréquence du divorce; il a osé attribuer à cette institution l'énorme nombre d'habitants qu’il donne à l’ancien empire romain; enfin il insinue que la religion chrétienne, en préchant la continence et l’indissolubilité du mariage, a fait diminuer le nombre du genre humain. Cette ingénieuse calomnie est aisément réfutée par les témoignages des anciens eux-mêmes,
1 Lettres persanes, lett. 140. Esprit des lois, liv. XVE, ch. 6 ; liv. XXIIE, ch. 2,
qui tous s’accordent à représenter l’antique sainteté du mariage comme la sourcc la plus directe des forces inépuisables de la république romaine; tandis que, sous les empereurs, dans lessiècles de la corruption, l'Italie serait restée inculte, faute Ge bras, si elle n’eût pas été cultivée par des légions, ou plutôt des nations entières d'esclaves amenées de toutes les parties du monde. Le mal réel que fait le célibat des prêtres, institution purement humaine, ne saurait balancer les services qu’a rendus le christianisme, même sous le seul rapport de l'augmentation et de la conservation de notre espèce.
L'usage immodéré des liqueurs fortes énerve également un peuple et dessèche les sources de la propagation. Un peuple actif, sobre, modéré dans ses plaisirs, sera toujours plus fécond qu’un peuple abâtardi par le luxe, la mollesse et la jouissance des voluptés que dédaigne ou que désavoue la nature. Une preuve de ce que l’on vient de dire nous est fournie par la comparaison des pays agricoles et des pays vignobles. Il parait prouvé qu’un terrain d’une lieue carrée en champs ne peut occuper et nourrir que 1390 individus, au lieu qu’un pareil espace planté en vignes entretient 2604 personnes. Pourquoi néanmoins les pays vignobles sont-ils souvent plus mal peuplés que des provinces agricoles sous le même climat ? Pourquoi les paysans vignerons sont-ils souvent si malheureux? C’est sans
doute parce que l’ivrognerie est plus favorisée dans un tel pays, et aussi parce que le produit annuel de la vigne est plus incertain que celui des semailles en blé.
« L'époque de la puberté arrive plus tôt, dit-on, dans les pays chauds :t « méridionaux que dans les pays froids, comme ceux des pays septentrio- « naux et des montagnes élevées. » Cette thèse, vulgairement adoptée, a besoin de restrictions. Il est vrai, par exemple, que les femmes barbaresques sont communément mères à onze ans, et cessent d’avoir des enfants à trente. Buffon rapporte, d’après Thévenot, qu’au royaume de Dekhan on marie les garçons à dix ans et les filles à huit, et qu’il y en a qui ont des enfants à cet âge; de sorte qu’elles peuvent être grand’mères avant l’âge de vingt ans. Mais si cela‘était purement l’effet du climat, comme Buffon le croit, il s’ensuivrait une conséquence fort singulière. Le climat sous lequel habitent les nègres du Sénégal est certainement plus chaud que celui de la Barbarie, et même que celui de la presqu'île de Dekhan. Donc, si c’est l'influence du climat seui qui hâte l’époque de la puberté chez les peuples de l'Inde, et qui la fixe à dix ou onze ans, la même influence devrait fixer l’époque de la puberté à sept ou huit ans chez les nègres, ce qui serait absurde. Au con-
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GÉOGRAPHIE PHYSIQUE. 2253 traire, toutes les relations que nous avons consultées semblent indiquer que la puberté chez les nègres n’est pas beaucoup plus hâtive que chez les peuples méridionaux de l’Europe. H paraît donc que, mème dans la zone torride, le phénomène physique dont il est question dépend plutôt de la différence des races que de celle du climat.
Souvent aussi on doit en chercher la cause dans l’extrême dissolution des mœurs. Quoi qu’il en soit, le phénomène dont nous parlons n’influe probablement que très-peu sur le nombre des naissances, et point du tout sur l'augmentation de la population. D’abord on a observé que partout où les femmes sont nubiles de très-bonne heure, eiles cessent aussi plus tôt d’être fécondes : aux Indes, elles vieillissent déjà à trente ans. D’un autre côté, les enfants, dans ces pays, sont plus faibles et sujets à une mortalité plus grande.
Cette dernière observation doit même s’étendre indistinctement à tous les peuples; on doit toujours se garder de conclure à une augmentation de population, uniquement parce qu’on voit un énorme excédant de naissances sur les morts. Lorsque ces excédants sont trop disproportionnés au nombre des morts et a celui des mariages, on est fondé à soupçonner quelque inexactitude dans la rédaction des listes, ou quelque circonstance physique extraordinaire. Le rapport des naissances aux mariages, l’un portant l’autre, et dans un pays de quelque étendue, ne peut guère être au-dessus de 5, ni au-dessous de 3 naissances pour un mariage. Le rapport ordinaire, dans les pays les plus civilisés du monde, est de quatre naissances pour un mariage. Le apport entre les naïssances et les décès est, année commune, depuis 404 jusqu’à 450 pour 400. Ce dernier rapport même n’a lieu que dans quelques provinces de peu d’étendue et singulièrement favorisées de la nature. Tout ce qu’il y a de plus, en parlant d’un pays étendu, doit paraître suspect, à moins d’être prouvé par des dénombrements et des registres revêtus d'un grand caractère d’authenticité.
Euler a calculé la table suivante, au moyen de laquelle on voit aussitôt en combien d’années le nombre d'individus d’une nation peut doubler dans des circonstances données!
1 Euler, Tables communiquées à Sussmilch, Ordre divin, c. VIII, $$ 152-156--102.
Pays de 100,000 habitants : mortalité de À sur 36.
Les décès Le surplus Ce surplus Le doublement
étant aux naissances des naissances fera de la somme de popatoe aura comme : sera: des vivants : ieu en:
10 à 11 277 Tr 250 + années.
——— 192 555 en 125 | st 15 723 5 96 , ——— 14 1100 3 62 ; L ——— 15 1388 3: 50 : v ——— 16 1666 #8 42 f(
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| su
Le même géomètre, en admettant des suppositions extrêmement favo- | rables à propagation de l’espèce, a calculé une table en séries récurrentes, Eu dont le résultat général est que le genre humain a pu se tripler en vingt- d'e quatre ans, et qu’au bout de trois cents ans, la postérité d’un seul couple des
a pu s'élever à 3,993,954 individus.
Si l’on évalue le nombre total des humains à 700 millions, le rapport entre les décès et les vivants, de 4 à 33, et celui entre les naissances et les vivants de 1 à 29 ?, on trouve les résultats suivants pour la totalité du globe :
Epoque de temps. Naissances. Morts,
Dans une année. . . . . : 93,728,813 ....,., 921,212,121 ——unjour ....... 65,010 ...,... 58,190 —— une heure. , . :.. 2,708 .,..,.,: 9,491 —— tune minute. . . .« 4D 40 40
—— une seconde. . . .. TR CT M RE j
D'où il suivrait que le nombre total du genre humain pourrait dans une année augmenter de 2,516,692 individus, si les gucrres et les épidémies ne l’empêchaient pas. Cette augmentation ferait, en cent ans, monter le nombre des hommes à 3,216 millions. La terre pourrait bien en nourrir encore plus ; mais les témoignages de l’histoire semblent jusqu'ici s’accorder à indiquer une augmentation beaucoup plus lente de l'espèce humaine.
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pour la statistique et pour la législation. En Europe, il naît toujours plus de garçons que de filles, dans lerapport de 16 à 15,de 21 à20,ou,selond’autres, de 26 à 25. La mortalité est aussi plus grande parmi les enfants mâles, à peu près dans le rapport de 27 à 26; d’où il suit que vers la quinzième année, l'équilibre est presque rétabli entre les deux sexes; cependant il y a encore un surplus pour le sexe masculin. Mais ce surplus en hommes, et même un nombre trois ou quatre fois plus grand, est anéanti par les guerres, les voyages dangereux, les émigrations, dont l’effet tombe moins sur le sexe féminin. Ainsi, en dernière analyse, les femmes se trouvent toujours en plus grand nombre dans nos climats que les hommes. Cette différence est surtout très-sensible après une longue guerre; selon Wargentin, elle s’est élevée, en France, après la guerre de sept ans, à 890,000 sur 24 ou 25 millionsd’âmes ; eten Suède, après la guerredu Nord, à 127,000,sur2,500,000 individus. D’après les calculs de M. Rickmann, elle s’est élevée en Angleterre, en 1844, à388,886, sur 9,538,827 habitants, et en 1821, à 310,543, sur 11,261,437 habitants.
Néanmoins la différence en nombre entre les deux sexes n’est pas en Europe assez grande, ni surtout assez constante, pour qu’il soit permis d'en tirer quelque conclusion défavorable au système de la monogamie, ou . des mariages entre un seul homme et une seule femme. Ces sortes de mariages, seuls conformes à la dignité humaine et à une saine morale, sont encore protégés par de puissantes raisons d'économie politique, et personne ne doute que la polygamie, ou le mariage d’un homme avec plusieurs femmes, ne serait une institution funeste pour le bien-être de l’Europe.
Quelques voyageurs avaient paru croire que dans les climats chauds, il naît beaucoup plus de filles que de garçons; et comme le sexe masculin y est encore sujet à une plus rapide destruction que nous, le surplus des femmes devait devenir extrêmement grand; d’où Montesquieu conclut que la polygamie a chez ces peuples des excuses très-plausibles; mais le fait d’où il part s’est trouvé absolument faux. Les recherches du P. Parrennin, dans la Chine, les listes de baptêmes tenues par les missionnaires danois de Tranquebar, les dénombrements faits par les Hollandais à Amboine et à Batavia; enfin, les renseignements pris à Bagdad et à Bombay par le judicieux Niebuhr, et ceux que l'on s’est procurés depuis sur plusieurs pays de la zone torride, ont démontré que le nombre des enfants des deux sexes n’est pas plus disproportionné dans l'Orient qu’en Europe.
On prétend, avec plus de raison, qu’il y a des peuples qui, ayant la coutume de vendre au-dehors un grand nombre de femmes, en manquent chez