‹ Géographie d'Hérodote, prise dans les textes grecs de l'auteur et appuyée sur un examen grammatical et critique; avec Atlas contenant la géographie des trois grands historiens de l'antiquité et les plans des batailles qu'ils ont décrites, et avec trois index (volume 2)Chapitre 170 sur 178 · I." PARTIE. — L'EUROPE · texte numérisé non relu

I." PARTIE. — L'EUROPE

graphe ( u dans l'un , / dans l'autre ) et différence de désinence , puisque la. désinence de l'un est eç , et o< celle de l'autre. Mais nul doute que Bpvpi et Bpûyiç, et , de plus , que les Brygiens et les Phrygiens , ne soient un seul et même peuple; et, si l'on demandoit une autre preuve que celle de l'analogie existant entre les labiales |fl, ip voyez supra, pag. 2poj , nous rappellerions ce mot de Strabon (7, 45 3> A) : /es Phrygiens sont les mêmes que les Brygiens, Tpt!;*? Bpt^j*? ua-i.

Quant à leur origine, Hérodote dit, dans un endroit, «que les Phrygiens (ainsi que les Bithyniens ) , les Mysiens , les Lydiens , &c. sont tous descendans des Bryges , petit peuple voisin du Strymon , sur les frontières de la Thrace et de la Macédoine. " Ainsi parle l'illustre Fréret ( 1 ) : mais j'ose assurer que rien , dans les chapitres 20, 73 , 74, 75 , indiqués en marge du mémoire de Fréret, ne prouve, ce qu'il annonce, que les Phrygiens, les Bithyniens, les Mysiens, les Lydiens soient tous descendans des Bryges ; je dirai plus, il ne donne à aucune des quatre nations nommées cette prétendue origine l>ryge. Notre historien, parlant des Phrygiens , se borne à dire , les Phrygiens, s'appelèrent Bryges tout le temps que ce peuple, qui étoit européen, habitait avec les AlacéJoniens : mais, transplantés en Asie, changeant alors de nom en même temps que de pays , ils prirent le nom de Phrygiens, oî ^fûyiç s;yi?i£0)'7D Bp;j«{-, onv^Qovov'Eu-çy^ioi io vnç çuvoluav M«K«Jo«.

(i) Observations générales sur les premiers habitans de la Grèce, p. 104.

Ce texte nous apprend évidemment, non que les Phrygiens tirent leur origine des Bryges , mais que les Brygiens, établis en Asie, substituèrent à la labiale douce |S , l'aspirée <p ; ce qui donne clairement l'idée d'un seul et même peuple modifiant son nom aux lieux de son émigration, et non d'un peuple descendu d'un autre peuple.

Fréret, qui affirme sans restriction que les Phrygiens descendoient des Bryges , auroit bien dû s'apercevoir, 1." qu'Hérodote n'établissoit point cette descendance; 2.° que ce qu'il dit, il ne le garantit pas. Il a grand soin de remarquer que cette dénomination de Bryges, donnée aux Phrygiens avant leur émigration en Asie , n'a d'autre autorité que celle des Macédoniens, qui, en avançant que les Phrygiens d'Asie s'étoient appelés Bryges lorsqu'ils habitoient avec eux la Macédoine , vouloient , en rattachant leur nom à celui des Phrygiens d'Asie, se donner une antiquité qu'ils n'avoient pas , à>ç Mawcft'cêf Aé;y>ya7, 7, 73, 1.

L'origine thrace ou macédonienne des Phrygiens d'Asie n'est donc pas facile k établir d'après Hérodote, qui donne une tradition sans s'en rendre responsable. Nous n'oserons donc rien décider, même avec le témoignage de Strabon (7, pag. 4j3> A), qui donne aux Phrygiens une origine européenne; car il n'exa=minoit pas toujours quel degré de confiance il devoit accorder aux traditions répandues sur les origines des peuples.

Fréret, qui affirme sans preuve que les Phrygiens

Page 1