L’ABBÉ GAULTIER
Louis - Énouarn - Camizrx: GAULTIER naquit en Italie, de parens français, Il fit ses études dans le collège des Jésuites, et recut à Rome les ordres sacrés. Il vint, en 1780, se fixer en France > où il fut pourvu d’un bénéfice. Entraîné de bonne heure par le vif intérêt qu’il portait à l’enfance , il voulut lui aplanir le chemin de l’étude, et le lui rendre agréable et facile. L'amélioration de l’enseignement élémentaire a été Pobjet constant de $es pensées et le but des longs et pénibles travaux qui ont rempli toute sa vie.
Pour apprécier les services que l’abbé Gaultier a rendus à l’enseignement » il faut se reporter au temps où il a publié ses premiers ouvrages. Rollin, Dumarsais, et d’autres savans , avaient indiqué des améliorations , et donné d’excellens conseils. Ce qu’ils proposaient, l’abbé
aultier entreprit de l’exécuter; il eut le mérite de commencer la réforme. Le premier » il fit de l’analvse la base de l’enseignement élémentaire, et mit à la portée des en fans la métaphysique du langage. Il les fit raisonner » leur apprit des choses et non des mots » €t voulut exercer à-lafois leur jugement et leur mémoire, Il bannit de Ja lecon l'ennui et la contrainte sil en fit ur j-u, c’est-à-dire une lutte animée, un exercice plein d'action et de gaîté. De nos jours, les méthodes se sont perfectionnées ; les livres élémentaires sont plus méthodiques et plus appropriés À l’âge de ceux à qui ils s’adressent ; l'analyse est le guide que chacun prétend suivre » et l'instruction est présentée sous des formes moins sévères ÿ mais il faut reconnaître que c’est l’abbé Gaultier qui donna cette salutaire impul- Sion ; et, en jouissant du bienfait de cette grande amélioration , il en faut rapporter l'honneur à qui il est dû.
viij NOTICE
Le parfait orateur de Cicéron est un être fictif ; ceux qui ont vu l'abbé Gaultier enseigner ont eu sous les yeux le vivant modèle d’un instituteur parfait. L'instruction ne fut jamais transmise sous des formes plus aimables et
lus ingénieuses. Véritable accoucheur d’ esprit, selon
‘expression de Socrate, il laissait agir l'intelligence des enfans ; il avait l’art de leur faire découvrir ce qu’il avait à leur expliquer ; il savait exciter, entretenir, satisfaire à
ropos leur curiosité ; ce qu’ils avaient une fois compris il le gravait dans leur mémoire d’une manière ineffacable
ar les interrogations et les applications les plus variées ; il excitait à chaque instant leur émulation | sontenait leur attention, réveillait leur ardeur par des jetons que les bonnes réponses faisaient gagner, que les fautes faisaient perdre, enfin il animait tellement la lecon et y répandait un tel charme, que les enfans éprouvaient un vif sentiment de regret lorsqu'il fallait terminer un exercice trop court à leur gré, et où ils trouvaient à-la-fois plaisir et instruction. {
De 1783 jusqu’à sa mort, l'abbé Gaultier publia des auvrages d'éducation, où il sppique son ingénieuse méthode à toutes les branches de instruction, et principalement à la Grammaire, à la Géographie , à l’Historre et à la Langue latine, En 1787, une commission nommée au sein de l'Académie des inscriptions et helles-lettres, examina les premiers essais de l’abbé Gaultier , assista à un exercice qu’il dirigea lui-même; et, après avoir ainsi pris Connaissance de la théorie et de la pratique, elle fit sur la nouvelle méthode un rapporttrès avantageux (Voy. les Le. gons de Grammaire). Vus des ouvrages de l'abbé Gaultier ont eu le plus grand succès, et un grand nombre d'éditions, tant en France qu’à l'étranger. Tous se distinguent par l'esprit d'analyse ; on voit que le judicieux instituteur de l’enfance n’a jamais oublié pour qui il écrivait, Il procède du simple au composé , du conau à l'inconnu , de ce qui est facile à ce qui l’est moins ÿ il ne franchit point d'intermédiaire, et n'emploie que des termes déjà connus,
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SUR L'ABUÉ GAULTIRR. ix,
Pour parler aux yeux , qui sont l’une des portes de l’enteudement, il fait uu grand usage de tableaux. Parmi les plus ingénieux qu’il ait imaginés , uous citérons surtout les tableaux d'analyse logique, et celui qui présente l'ensemble et la liaison des rapports grammaticaux. (1) L'abbé Gaultier fonda chez lui, vers 1786, un cours gratuit qui fut suivi par des enfans a partenant aux premières familles de la capitale, Vers la même époque , il présenta au Dauphin ses Eat de grammaire et de géographie , et ces livres furent adoptés pour l'éducation de ce jeune prince.
es orages de la révolution forcèrent l'abbé Gaultier à s'expatrier. En 1792, il passa en Hollande, d’où il se rendit en Angleterre. 11 ÿ fut recherché par tout ce qu'il y avait de distingué, ct pendant tout le temps du séjour qu'il y fit, il A dans l'intimité du duc de Marlborough. Il concut ia généreuse pensée de continuer , pour les enfans des émigrés françris, les cours gratuits qu'il faisait à Paris. Un grand nombre de familles dénuées de ressources lui durent l’éducation de leurs enfans. Ses mé-thodes furent appréciées en Angleterre , et les universités d'Oxford et de Cambridge donnèrent une hante approbation à son mode d'enseignement. Il revint en Frouce en 1801 , et reprit ses cours qu’il continua jusqu’à sa mort,
Deux générations d’une même famille ont souvent re-
cueilli le bienfait d'un euseignement si désintéressé, Pour. Propager sa méthode , l'abbé Gaultier forma de jeunes maîtres dont il était le conseil, l’ari et le père (2). Longtemps avant qu’il fût questioa d'enseignement mutue : l'abbé Gaultier avait concu et appliqué l’heureuse idée d’instruire les enfans les uns par E autres (3). Daus un
Qt Les bornes de cette Notice nous interdisent tout autre détail sur les nombreux ouvrages de l'abbé Gaultier. Nous renvoyons ceux qui les von dront connaître à l'excellent livre que M. de Jussieu a publié sous le titre de
Éxpose analytique des Méthodes de l'abbe Gauitier
(3) Les élèves de l'ablé Gaultier conservent religieusement les traditions de s00 enseignement, et depuis sa mort ils ont contiuué ses cours san: interruption.
5) Voyes l'Zxpose des Méthodes déjà cité.