‹ G�eographie de l'Afrique chr�etienne (volume 3)Chapitre 19 sur 198 · I. — CARTHAGE · texte numérisé non relu

I. — CARTHAGE

Carthage, Kart-Hadès des Phéniciens, Kapx^Jwv des Grecs, Carthago des Latins, autrement Karthago^ au cas indirect Carthagine, d'où Carthaginensis et Carthor giniensis^ était une colonie de Tyr et de Sidon. Détruite en 608 de Rome, relevée en 632 par Caïus Gracchus sous le nom de Colonia-Junoniaj puis par César en 710, elle porta le nom de Colonia-Julia-Carthago. Au temps de Sévère et de Caracalla, elle fut gratifiée du droit italique et reçut le nom de Colonia-Felix-Julia-Aurelia-Antoni'

niana-Kartago^^^ . Après la conquête byzantine et Texpulsion des Vandales, elle prit le nom de Itcstiniana-Carthago. Les Arabes la nomment encore Carthagenna dans leur langue. C'était la ville la plus illustre de l'Afrique et à laquelle aucune autre ne pouvait être comparée pour rétendue et pour la magnificence. Elle avait, en outre, depuis l'époque de la domination romaine, l'honneur que lui donnaient la présence et l'apparat de son proconsul. Lorsque la lumière de la foi chrétienne eut brillé pour l'Afrique, Carthage eut, de plus, la primatie dont jouissait son évêque et qui faisait regarder son Église comme la mère de toutes celles de l'Afrique.

Bientôt, dans cette capitale déjà si renommée pour la magnificence de ses édifices, TÉglise s'illustra en élevant les monuments religieux les plus remarquables. Victor de Vite mentionne ^*> comme le principal temple de la ville Vèglise appelée Restituta^ c'est-à-dire rendue par les Donatistes, et où les èvêques avaient établi leur habitation permanente. Cette église semble avoir porté d'abord le nom àQ Perpétue, puisque le concile, réuni sous Genethlius, en 390, fut tenu dans la basilique Perpétua- Restituta^^K Elle doit être aussi la même que la basilique Majeure {Jbasilica Major autrement Majorum)^ rendue particulièrement auguste par le tombeau des saintes martyres Perpétue et Félicité (*>. Il est probable aussi que c'est la basilique récemment découverte par le Père Delattre, des missionnaires d'Alger, à la porte septentrionale de la

(1) Corpus, Insc. lat., t VIII, n. 805, 1497, 1220, 2409 — Hard., Om^i t. III, p. 202 — Bochart, Qeog. 8ac.y lib. I, cap. xxiv.

(2) Eût. pers. Vand.y lib. I, cap. V.

(3) Hard., Conc,, t. I, p. 951.

(4) Hist. pers. Varid.f lib. I, cap. III.

ville antique. L'édifice était considérable et il comprenait un trichorunij une vaste area, une basilique proprement dite avec ses dépendances, un baptistère et des constructions qui ont dû constituer le palais épiscopal.

Le trichorum contenait trois tombeaux placés sous trois autels et il était précédé de Varea antique. Au-delà de ceUe-ci s'éleva plus tard une vaste basilique avec ses dépendances. Les fouilles de cet immense édifice ont fourni des fragments d'épitaphes chrétiennes par milliers, quantité de bas-reliefs et des débris de toutes sortes. Les textes épigraphiques sont pour la plupart incomplets, mais on y a lu la mention de basilicœ,ecclesiœ, cancellos, episcoptcs, presbyter, diacorms, subd [iaconus), dcolutus, lector et une foule de noms puniques, grecs, latins, appliqués aux pieux fidèles qui avaient reçu en ce lieu saint la sépulture chrétienne.

La fréquente mention d'évéque et de prêtre qui paraît sur les plaques funéraires donne lieu de croire qu'il s'agit bien de l'égUse où les évéques et leur clergé avaient étabU leur résidence permanente. Il est permis de penser que ce lieu consacré par le tombeau des martyrs devint le séjour des primats de Carthage, de même que le tombeau de saint Pierre au Vatican est devenu la résidence du Souverain Pontife.

Tout l'ensemble des ruines que nous venons de décrire sommairement porte aujourd'hui le nom de Damousel-Karita, dans la langue des indigènes.

Une autre égUse, la basilique de Fauste, est également célèbre. L'évêque Reparatus en parle, entre autres, dans une lettre synodale, adressée au pape Jean II ^^), et dit

(1) Hard., Cmc,, t. I, p. 1154, cf. Vict. Vit.

qu'elle possédait les corps de nombreux martyrs. Saint Augustin a parlé au peuple dans cette basilique, comme dans la précédente et dans les autres églises de Carthage. Non moins noble était la basilique de saint Agilée, remarquable par son cimetière (^) et dans la sacristie de laquelle l'évéque Boniface réunit un concile en 525.

A ces églises il faut en ajouter d'autres que nous font connaître Victor de Vite, saint Augustin et d'autres auteurs. Ainsi nous connaissons la basilique des martyrs Scillitains (^) , celle de la martyre Célerine ^^) , celles des Nouvelles ^*^ , la basilique de Gratien^*), la basilique de Théodose (*^ la basilique d'Honorius (^) , la basilique des TriciUes ou des Pavillons (^), la basilique de saint Pierre dans la troisième région (^), la basilique de saint Paul dans la sixième région (i^) , la basilique de Théoprépia <^^) .

Ce grand nombre d'églises ne devra étonner personne, si l'on veut bien se rappeler combien fut grand le nombre des martyrs de Carthage et aussi combien le clergé de Carthage était nombreux au V* siècle. Victor de Vite l'indique lorsqu'il dit autre part <") : « Tout le clergé de V Eglise de Carthage , au nombre d'environ cinq cents membres, ou davantage, est décimé par le glaive ou par la famine. »

(1) Append. chron., Prosp., Apvd Canis, Lect, Ant,^ 1. 1.

(2) Hist, pers, Vand., lib. I, cap. m.

(3) md.

(4) Ibid.^ lib. I, cap. vill.

(5) Serm. S. Atbg., Bîbl. Casin, t. I, p. 220 et seq.

(6) Ihid.

(7) Ihid.

(8) Aug, Sermon, inps. xxxil.

(9) Aug. Serm. XV.

(10) Hard., Conc, 1. 1, p. 388.

(11) Aug.

(12) Hiat. pers. Vand.f lib. V, cap. vm.

Carthage avait plusieurs sanctuaires dédiés à son illustre évéque et martyr saint Cyprien. Unn^ dit Victor de Vite ^^^ , s'élevait sur le lieu où il avait versé son sang et Vautre sur celui où son corps fut enseveli et qu'on appelle les Mappales, » Le môme saint avait un sanctuaire en vue du port, selon ce que rapporte saint Augustin dans ses Confessions^ lorsqu'il écrit que sa mère, sainte Monique, y passa une nuit en prières.

A Carthage encore se trouvait le sanctuaire de l'illustre martyr Julien, dont parle l'abbé Léonce dans sa vie de saint Grégoire d'Agrigente ^*) . On y voyait, en outre, la basilique des Tertullianistes qui fit retour aux catholiques au temps de saint Augustin (') et la basilique de Trasamond (*) .

Justinien, après avoir reconquis l'Afrique, augmenta encore le nombre de ces basiliques. Procope nous apprend W, en effet, qu'il fit construire deux églises à Carthage : l'une, dédiée à la mère de Dieu, dans le palais même ; l'autre, en dehors du palais, à sainte Prime, l'une des mai*tyres d'Abitina.

Victor de Vite^*) nous parle de miracles opérés au baptistère de la basilique de Fauste et nous avoirs mentionné plus haut un baptistère découvert dans la basilique de Damous-el-Karita. Le P.^ Delattre en a retrouvé un autre du côté de la Marsa, et un troisième du côté de la mer. Evidenmient les baptistères étaient dépendants des églises. D'autre part, le P. Delattre a découvert sur

(1) Lib, I, cap. V, Hard., Conc.^ t. II, p. 1087.

(2) In rita ejas.

(3) Lih. de Hères,

(4) Félix, Autol, vet, laUy m, p. 479.

(6) De œdif, Justin, lib. VI, cap. V.

(6) Pers, Vand,y lib. II, cap. xvii.

plusieurs points des ruines de Carthage des groupes de sépultures chrétiennes, entre autres près de Famphitliéâtre. Or, les cimetières chrétiens des premiers siècles dans les grandes villes possédaient d'ordinaire des églises ou sanctuaires sur le tombeau des martyrs.

Nous mentionnerons, en terminant la question des églises de Carthage, la basilique de la deuxième région où furent tenus les conciles de 404, 407, 409 et 410. Chaque région, on n'en saurait douter, avait sa basilique particuUère, avec son clergé spécial.

Nous savons, de plus, qu'un certain nombre de monastères, fort nombreux d'ailleurs dans tout le reste de l'Afrique, étaient établis à Carthage.

Victor de Vite mentionne le monastère de Bigua, près de la basilique de Célerine. C*est Zà, comme il le dit, que furent déposées les reliques des sept moines de Capsa, mis à mort par Hunéric ^ le même qui avait ordonné de livrer aux païens, c'est-à dire aux Maures, avec leurs habitants, tous les monastères d'homme et de vierges consacrées à Dieu. Observons que, parmi les épitaphes chrétiennes de Carthage, il en est plusieurs qui ont rapport aux vierges sacrées et aux serviteurs de Dieu, noms sous lesquels on désignait alors les religieux des deux sexes.

Un autre monastère fut aussi, d'après Procope (^) , construit à Carthage par Justinien, près du Mandracium, mais nous ignorons s'il était destiné à des moines latins ou à des moines grecs, car on sait que, dans le siècle suivant, il existait en Afrique une laïu'e de moines de saint Sabas, à laquelle appartenait l'abbé Théodore, prêtre, qui vint assister à Rome au concile de Latran('). Cette laure a

(1) De œd. Just., lib. VI, cap. V.

(2) Hard., Conc, t. III, p. 719.

subsisté après roccupation musulmane, comme on le voit dans le Mémorial de saint Euloge.

Parmi les titres d'honneur de Carthage, l'un des premiers est encore d'avoir été le siège de tant d'assemblées d'évêques. Depuis Agrippin jusqu'à Boniface, on y célébra, en efifet, au moins trente-sept conciles dont les Actes sont conservés pour la plupart et dont l'autorité a toujours été considérable.

Mais sa plus grande gloire est, sans contredit, le grand nombre de ses martyrs, soit qu'ils lui appartiennent par leur naissance, soit qu'ils lui soient venus du dehors ; car la plupart de ceux qui étaient dénoncés dans toute la province étaient amenés à Carthage au tribunal du proconsul, et elle fut souvent honorée par leur sanglant martyre. Voici les noms de ceux d'entre eux dont l'Église romaine célèbre encore la mémoire :

AaiLÊE, martyr, aux ides d'octobre ;

Bassa, Paula et Agathonica, vierges et martyres, au 4 des ides d'août ;

Candida, vierge et martyre, et Suzanne, martyre, au 12 des calendes d'octobre ;

Catulinus, Janvier, Florentius, Julie et Justa, martyrs, aux ides de juillet ;

Concessa, martyre, au 6 des ides d'avril ;

Cyprien, évêque et martyr, au 17 des calendes d'octobre ;

Guddène, vierge et martyre, au 15 des calendes d'août ;

HÊRACLius et ZosiME, martyrs, au 5 des ides de mars ;

Liberatus, Boniface, Servus, Rustique, Rogat, Septime et Maxime, moines de Capsa, martyrs, au 16 des calendes de septembre ;

Marcellin, martjrr, au 8 des ides d'avril ;

Modeste et Julien, martjrrs, la veille des ides de février ;

OcTAVTEN et plusieurs milliers de martyrs, le 11 des calendes d'avril ;

Restitutus, évoque et martyr, ou plutôt confesseur, au 5 des ides de décembre ;

Spérat, Narzale et les Scillitains, martyrs, au 16 des calendes d'août ;

Trois cents martyrs^ au 9 des calendes de septembre ;

Perpétue, Félicité et leurs compagnons de Thuburbola-Petite, martyrs, aux nones de mars ;

Il y en eut assurément beaucoup d'autres dont on retrouve les noms dans les anciens Martyrologes.

Nous avons mentionné les principaux et nous allons aussi donner les noms des principaux confesseurs de Carthage, qui ont illustré cette ville, et dont l'Église romaine célèbre la mémoire :

C^ciLius, prêtre, au 3 des nones de juin ;

Constantin, confesseur, au 5 des ides de mars ;

Cyr, évéque, la veille des ides de juillet ;

Deogratias, évéque, le 11 des calendes d'avril ;

Ponce, diacre, au 8 des ides de mars ;

Le calendrier propre de Carthage nomme, en outre :

AuRÈLE, évéque, au 13 des calendes d'août ; Capreolus, évéque, au 4 des mêmes calendes ; Eugène, évoque, aux nones de janvier ; Genethlius, évéque, aux nones de mai ; Gratus, évoque, aux 3 des nones de mai ; QuoDVULTDEUs, au 6 des ides de janvier.

Le môme calendrier de Carthage porte les noms de beaucoup d'autres saints martyrs et confesseurs qui lui appartiennent ou qui appartiennent à l'Afrique. Il contient encore les noms de trente saints environ qui sont étrangers à l'Afrique, mais qui recevaient à Carthage un culte tout particulier.

La réputation des saints de Carthage est éclatante et plût à Dieu que nous puissions citer aussi parmi eux un autre citoyen de Carthage, prêtre de cette même Église, je veux parler dé Tertullien, dans les écrits duquel nous admirons encore le génie, la science, l'érudition, mais dont nous devons déplorer aussi la défection et les folles rêveries.

Voilà pour ce qui concerne l'Église de Carthage. Quant aux monuments chrétiens de toutes sortes que l'on y a retrouvés depuis la nouvelle occupation française, ils sont tellement nombreux que nous ne pouvons en faire ici rénumération. Ils témoignent hautement de la foi et de la piété des fidèles de Carthage et nous faisons des vœux pour qu'ils soient mis à la connaissance de tous les chrétiens de notre époque.

Les édifices religieux élevés en ces dernières années sur les ruines de Carthage témoignent eux aussi à leur manière de la fécondité étemelle de l'Église catholique. Bornons-nous à dire qu'une magnifique cathédrale y a été dédiée à saint Cyprien et à saint Louis, roi de France, dont la sainte mort, on le sait, a consacré en 1270 ces mêmes ruines.

Nous devons, maintenant, mentionner, par ordre, les évêques connus qui ont gouverné l'Église de Carthage. Nous nous bornerons, du reste, ici, à quelques détails sur chacun d'entre eux, nous réservant d'en parler plus longuement dans les Annales.

A6RIPPIN. Nous le nommons en premier lieu, sans faire mention de saint Crescent qui aurait gouverné TÉglise de Carthage pendant vingt années avant d'évangéliser les Gaules. Agrippin appartient certainement au second siècle, s'il n'est pas plus ancien, et saint Cyprien, à propos des deux conciles qu'il a présidés, l'appelle en deux endroits de ses écrits^^), un homme d'heureuse mémoire. Saint Augustin en fait aussi mention, mais sans joindre aucun titre à son nom W .

OPTAT. Les Actes des illustres martyres Perpétue et Félicité, qui appartiennent probablement à l'an 203, nous font connaître cet évéque. Il est fait deux fois mention de lui dans le paragraphe treizième. Qu'il ait été évéque de Carthage, c'est ce qu'indique le lieu môme du martyre des saintes Perpétue et Félicité, puisque c'est à Carthage et dans l'amphithéâtre que ces deux admirables femmes en ont reçu la palme.

CYR. Il semble devoir être placé entre Optât et Donat, car c'est à peine s'il reste, plus tard, une période libre qu'on puisse assigner à son épiscopat. C'est Possidius, dans son Index des sermons de saint Augustin, qui nous a conservé son nom; il y mentionne un discours sur la déposition de Cyr, évéque de Carthage. Ainsi il était honoré comme un saint, mais nous ne possédons pas le discours de saint Augustin.

DONAT. Il gouvernait l'Eglise de Carthage avant l'année 248, car une lettre de saint Cyprien au pape

(1) ^. LXXI et LXXIIL

(2) De Bapt adv» Donat.j lib. III, cap. il, et alibi.

Corneille (^) prouve avec évidence que Donat fut son prédécesseur. Saint Cyprien écrit, en effet, que Thérétique Privât a été dénoncé et condamné par les lettres de Fabien et de Donat, nos prédécesseurs. En quoi, il montre que, comme Corneille avait eu Fabien pour prédécesseur, ainsi lui-même avait' succédé à Donat.

GTPRIEN. — n devint évéque en 248, ou dans l'année qui suivit immédiatement; car dans la lettre qu'il écrivit au pape Corneille, en 252, il dit de lui-même : « que son peuple a pu le juger depuis quatre ans dans Veœercice de répiscopat ^^\ E fut le premier (évéque) en Afrique y comme l'écrit dans sa vie le diacre Ponce, qui ait teint de son sang la couronne sacerdotale ''^K II ajoute : depuis que Carthage compte des évêques^ il n'ajamuis été dit qu'un membre de Vépiscopat et du sacerdoce, même des meilleurs y y ait été honoré du martyre. Ponce indique ici que Carthage eut toute une série d'évôques avant saint Cyprien.

Saint Cyprien reçut la couronne du martyre sous le consulat de Tuscus et de Bassus, en l'an 258 de l'ère chrétienne. La durée de son épiscopat a donc été d'environ dix ans. L'Eglise l'honore le 16 septembre et les anciens Martyrologes lui donnent plusieurs compagnons de martyre. Il eut pour adversaires Fortunat que la faction de Félicissime avait élu évéque de Carthage, et Maxime à qui les sectateurs de Novatien avaient conféré le même titre.

(1) EpùU LIX.

(2) Ihid,

GARPOPHORE. — Un manuscrit des œuvres de saint Optât, celui de saint Germain, nous a conservé ce nom. En parlant du schisme que fit Majorin contre Cécilien, l'évoque légitime, il dit <^) : « Le siège épiscopal était occupé, Vautel était à sa place, cet autel où avaient sacrifié dans la paix les évêques antérieurs, Cyprien, Carpophore, Lucien et les autres. » Il est, du reste, naturel de placer, au moins, deux évêques entre Cyprien et Mensurius, puisque, entre Fun et l'autre, il s'écoula environ quarante ans.

LVGIEN. Nous le connaissons par le même saint Optât, et son nom se trouve dans tous les manuscrits. On pourrait même douter si Mensurius fut son successeur immédiat, puisque saint Optât dit : Lucien et les autres. Or les autres désignent au moins deux évêques. Mais après Lucien et avant Cécilien, dont Optât ne parle pas, nous ne pouvons nommer que Mensurius.

Lucien est-il le même que le calendrier de Carthage annonce aux calendes de février avec saint Vincent, martyr? Nous ne pouvons le dire.

HENSVRIVS. Saint Optât et saint Augustin en ont fait mention (2). H gouvernait l'Eglise de Carthage au commencement du IV*' siècle. C'est l'époque oii Dioclétien sévissait contre les chrétiens. Accusé auprès de Maxence de ne vouloir pas livrer le diacre Félix, caché auprès de lui, il fut ohUgé de se rendre près de l'empereur pour plaider sa cause. Ayant ensuite reçu l'ordre de revenir, il

(1) De schîm. Donat, lib. I, cap. xix.

(2) De schisni. Donat^ lib. I, cap. xvi — Aug. contra litt. Petit,, lib. III, cap. XZV et alibi.

mourut loin de son Église, en 411. C'est peut-être à Rome même que Mensurius remit son âme à Dieu. Son nom, du moins, se lit plusieurs fois, en graffite, sur les murs de la catacombe de Soter.

GËGILIEN. Il était archidiacre de l'Église de Carthage, lorsque, élu par le suffrage unanime du peuple, il fut sacré évêque, en 311, par Félix d'Aptunga. Il eut d'abord pour compétiteurs Botrus et Cselestius (^\ puis Majorin et Donat, duquel le schisme reçut son développement. Il eut beaucoup à souffrir de la secte des Donatistes et fut souvent l'objet de leurs accusations, mais il ne faiblit jamais et fut absous par les suffrages de tous. On n'est pas sûr de la durée de son épiscopat, mais il était certainement vivant en 321, lorsque le rescrit de l'empereur Constantin fut expédié à Verinus, vicaire d'Afrique. Il assista aussi, en 325, au concile de Nicée, comme le prouve le registre des souscriptions publié par Labbe, à l'autorité duquel vient s'ajouter celle de Gélase de Cyzique qui compte aussi Cécilien parmi ceux qui souscrivirent à ce concile (^). Il parait être mentionné dans le calendrier de Carthage le 14 des calendes de mars.

RVFVS. Son nom nous est donné fort à propos par le concile de Rome, tenu sous saint Jules, en 337 <^); car entre le sacre de CécUien et celui de Gratus on compte plus de trente années. D'autre part, il est vrai, les opinions diffèrent sur ce concile. C'est par Isidore que nous le

(1) Ibid., p. 567.

(2) Opt., De schism., J)im., lib. I, cap. XVII.

(3) Haid., Ckmc, t I, p. 423.

connaissons mais les circonstances ne concordent pas bien entre elles ^^K

6RATVS. Nous savons, par saint Athanase^^), qu'il assista au concile de Sardique, avec plus de trente évêques africains. Gratus en témoigne lui-même dans le concile qu*il tint à Carthage après son retour, en 349, c*est-àdire deux ans après ('). C'est sous son épiscopat que Donat fut envoyé en exil et y mourut. Cependant les Donatistes, à partir de Tannée 355, ou peut-être même auparavant, lui donnèrent Parménien pour successeur. A Carthage on célébrait la déposition de saint Gratus évoque le 3 des nones de mai.

RESTTTVT. Le Martyrologevorxmsï^ qui fait sa mémoire le 5 des ides de décembre, lui donne le titre de martyr; néanmoins, dans le calendrier de Carthage, on lit simplement, au 4 des calendes de septembre, déposition de Restitut. Possidius, faisant Fénumération des sermons de saint Augustin dit que Tun d'eux portait ce titre : « Pour la déposition de Restitut^ èvêque de Carthage. » Ce qu'on en peut conclure c'est qu'il n'était point honoré le même jour dans l'Eglise de Carthage et dans celle de Rome ou bien il faut reconnaître qu'il s'agit de saints différents, honorés tous deux à Carthage. Restitut assista, en 359, au concile de Rimini et ayant été député à l'empereur i^> avec plusieurs autres évêques il participa à Nicée en Thrace à un synode impie oii il déclara partager

(1) Antist, Raven, chron.^ 1. 1, p. 37.

(2) In Apolog.j IL

(3) Hard. Ocmc.y t. I, p. 686, can. v.

(4) Hard. Cône., 1. 1, p. 719.

les sentiments d'Ursacius et de Valens, évéques Ariens. Il est certain cependant qu'il se repentit ensuite et qu'il mourut dans le sein de l'Eglise catholique, après s'être illustré par de grandes vertus.

6ENETHLIVS. Il est hors de doute qu'il fut nommé évêque avant 381 ; car en cette année-là, il délégua Félix et Numidius au concile d'Aquilée. Lui-même tint deux conciles à Carthage. Il fait, en effet, dans le second de ces conciles, mention du premier en ces termes : Je rends grâce au Dieu tout puissant de ce qu'il a permis que conformément aux décisions de notre précédent concile et à la teneur de mes lettres de convocation, vous vinssiez à Carthage pour y soutenir la foi et les intérêts de rÉgUse(i).

Le calendrier de Carthage annonce la déposition de GenethUus, évêque, aux nones de mai.

AVRÈLE. Il était diacre de l'Église de Carthage lorsqu'il fut élevé à l'épiscopat, en 391, ou l'année qui suivit. Car en 393, il présida le premier des conciles qu'il a tenus et dont le nombre s'est élevé jusqu'à vingt (^^. Il eut pour adversaire Primien que les Donatistes avaient élu à la place de Parménien et qui fut le dernier chef de cette secte. Le vingtième concile tenu par Aurèle fut célébré en 424. Il vivait encore en 426, comme le montre la lettre qu'il écrivit avec les autres évéques d'Afrique aux évêques des Gaules sur l'affaire de Leporius ^^\

(1) Hard. Conc,^ t. I, p. 951.

(2) Hard, Ckmc.^ 1. 1, p. 953 et eeq.

(3) IHd., p. 1261.

Parmi ses actes les plus connus, il faut placer la consécration du temple de la déesse Céleste, dont la dédicace, à l'époque du paganisme, avait d'abord été faite par un pontife païen, nommé aussi Aurèle. Il le purifia lui-même pour le consacrer au culte de la vraie religion. Aussi, comme l'écrit l'auteur du livre des prédictions (^) : « Le jour de la solennité de Pâques, devant un peuple nombreuœ qui s'y était réuni ou qui était attiré de tous côtes par la curiosité, le père d'un grand nombre de prêtres, Vévêque Aurèle^ de digne mémoire, aujourd'hui citoyen de la céleste patrie, établit son siège au lieu qu'occupait auparavant la déesse Céleste et y prit place. »

GAPRÉOLVS. On a de lui une lettre au concile d'Éphèse où il délégua, en 431, le diacre Besula^*^. Sirmond a, le premier, publié une autre lettre de Capréolus^^), en réponse aux évoques d'Espagne Vital et Constance, après la condamnation de Nestorius. EUe est postérieure à l'an 435, car il y parle du concile d'Éphèse en termes qui n'indiquent pas un événement tout à fait récent.

D'après le calendrier de Carthage et le Martyrologe de saint Jérôme, Capréolus était honoré le 4 des calendes d'août.

QVODWLTDEVS. 11 paraît avoir été élu évêque vers l'an 437, car Victor de Vite raconte que l'année où Carthage fut prise par les Vandales, c'est-à-dire en 439,

(1) Lib. III, cap. xxxviii.

(2) Hard., Conc,, t. I, p. 1410.

(3) Op. var.j 1. 1, p. 215.

l'évoque de Carthage était QuodvultDeus ^), connu de Dieu et des hommes, termes qui semblent indiquer un homme qui remplissait saintement, depuis plusieurs années déjà, les fonctions de Tépiscopat. Bientôt après, Genséric ordonna de l'expulser^ lui et une grande troupe de clercs^ après les avoir dépouillés de leurs vêtements et de tout ce qu'ils possédaient et les avoir embarqués sur des navires à demi brisés. Dieu cependant, par un effet de sa m^iséricordieu^e bonté, daigna les faire aborder heureusement à Naples, dans la Campanie, Nous lisons, dans les Martyrologes^ qu'il mourut dans cette ville. L'Église romaine l'honore le 26 octobre et ceUe de Carthage célébrait sa déposition le 6 des ides de janvier.

DE06RATIAS. Sur les supplications de F empereur Valentinien^ c'est ainsi que s'explique Victor de Vite^^)^ Genséric toléra que l'Église de Carthage^ après un long et désolant veuvage, pût, en 454, faire sacrer un évêque. Dans la chronique, dite de Prosper le Conscrit, nous trouvons ce fait consigné avec l'indication de Tannée, du jour et du Ueu^^> : « Sous le consulat d'Aetius et de StudiuSj Deogratias est sacré évêque à Carthage dans la basilique de Fauste, le dimanche 7 des calendes de novembre. Victor de Vite atteste que Deogratias tint pendant trois ans sa charge épiscopale ; il faut donc placer sa mort en 457. Mais comme, dans le calendrier de Carthage, on mentionne sa déposition aux nones de janvier, c'est probablement dans l'année suivante qu'il mourut et

(1) Pers, Vand.j lib. I, cap. v.

(2) Pers. Vand,, lib. I, cap. VIII.

(3) Apud Çanis. Aut. Lect.f t. I.

son épiscopat aurait duré en conséquence trois ans deux mois

etdixjours. L'Eglise romaine Thonore, du reste, le22mars.

THOMAS. D'après certains manuscrits de Victor de Vite(^), Thomas aurait été le successeur immédiat de Deogratias. C'était certainement un évéque d'une vieillesse vénérable et qui fut en butte aux persécutions des Ariens comme les évéques précédents.

EVGÈNE. Victor de Vite, parlant du roi Hunéric qui avait succédé à son père Genséric, dit ^2) . << ^ la prière de l'empereur Zenon et de l'impératrice Placidie^ veuve d'OlyhriuSy il permit à l'Eglise de Carthage qui était privée de cet honneur depuis vingt-quatre ans, de se choisir l'évêque qu'elle voudrait, » Eugène fut élu en 479. Trois ans plus tard, par ordre du roi Hunéric, Eugène et tous les autres évêques catholiques d'Afrique furent convoqués à la fameuse assemblée de Carthage. Elle fut suivie de leur exil. Victor de Tonnone marque dans sa chronique, qu'Eugène vécut jusqu'en 505. Sa vie se passa partie en exil, partie à Carthage. C'est ce que nous apprend la chronique de Prosper le Conscrit, où l'on rapporte qu'Eugène fut rappelé d'exil la troisième année du règne de Gontamond, c'est-à-dire en 487, mais qu'il fut de nouveau exilé par Trasamond, qui commença son règne en 496. L'Eglise romaine honore saint Eugène le 13 juillet. Le calendrier de- Carthage l'annonce aux nones de janvier avec saint Deogratias. Ses reliques sont vénérées à Albi, en France.

(1) Pers. Vand.^ lib. I.

(2) Ibid.y lib. II, cap. i. Depuis la mort de Deogratias, en 457, jusqn'à rélection de Eugène, en 479, il n'y a que vingt-deux ans. Ce chiffre ne concorde pas avec l'assertion de Victor de Vite.

FVLGENCE. Nous le donnons comme douteux ainsi que nous avons fait pour Thomas. Il s'agit ici, en effet, de Fabius Furius Fulgence Planciades^ auteur de trois livres sur la Mythologie, d'un autre sur l'allégorie des œuvres de Virgile et d'un opuscule sur le vieux langage. Nous lisons bien dans les scholies des grammairiens, que cet auteur a été évêque de Carthage et dans un très ancien manuscrit de la bibliothèque de sainte Claire, à la fin du troisième livre des Mythologies dédié à Gatus, prêtre de Carthage, on lit ce qui suit, écrit de la même main que le reste : « C'est Fulgence, de l'ordre des sénateurs, qui publia des discours sur la science philosophique, qui aima les savants et s'en fit aimer, et qui fut plus tard^ au temps de l'em/pereur Anastase, sacré évêque de la ville de Carthage. » On devrait donc, si cela était certain, le placer aussitôt après Eugène ; mais on ne

peut admettre sans réserve que, dans un temps où l'Eglise de Carthage était opprimée sous le poids des plus grands maux et où une loi de Trasamond défendait à tous les catholiques d'élire des évêques , on ait fait choix d'un mythographe, imitateur d'Apulée, pour gouverner, consoler et défendre une si grande Église. Du reste, il n'est fait aucune mention de Fulgence Planciades dans les Fastes antiques, et à cette époque, on ne pouvait sans péril s'occuper à Carthage du choix d'un évêque (^).

BONIFACE. n succéda à Eugène, si ce n'est au précédent, mais pas avant l'année 523. Il fut élu évêque et sacré dans la basilique du saint martyr Agilée, lorsque Hildéric qui commençait son règne, eut, selon le langage de l'historien

(1) Il y a là sans doute confusion avec saint Fulgence, évêque de Bnspe, qui vint à cette époque défendre la foi à Carthage même.

de saint Fulgence, la rare bonté de rendre la liberté à l'Eglise africaine^^^ . Boniface convoqua à Carthage, en 525, un concile plénier de toute T Afrique ^*>. C'est sous son épiscopat que cette contrée fut reconquise, en 533, par l'empereur Justinien. Boniface mourut deux ans après, en 535.

RÉPARÂT. Il fut sacré l'année de la mort de son prédécesseur et tint aussitôt un concile d'où il adressa au Pape Jean II une lettre synodale<^>. Mais s'étant rendu à Constantinople, en 551, il s'y montra hostile à la condamnation des trois chapitres et il fut l'année suivante éloigné de son siège et envoyé en exil. Ce fut cependant sous un autre prétexte; car, comme les clercs d'Italie l'écrivirent aux Légats des Francs (*>. a On a fait son procès au saint évêque Réparât de Carthage, comme s'il avait fait mettre à mx)rty en Afrique, par le tyran Gontant, AréobindCy maître de la milice.

PRIMASE. n avait été, à Constantinople, l'apocrisiaire de Réparât. Les mêmes clercs d'Italie écrivent ce qui suit, au sujet de son élection : « On a m^ême envoyé à Carthage, contrairem£nt à la règle et à toutes les prescriptions des saints Pères, et on a fait sacrer un autre évêque à la place de Réparât. » En l'année 553, Sextilien, évêque de Tunia (Tunis), assista, au nom de Primase, au deuxième concile de Constantinople <^>. La date de la mort de Primase n'est pas exactement connue. Dupin, qui le fait mourir

(1) Vit. s. Fulg.^ cap. XXVIII.

(2) Hard., Conc, t. II, p. 1071.

(3) lUd., pp. 1154 et 1177.

(4) lUd., t. III, p. 48.

(5) Ihid.j p. 51.

avant Réparât, en 562, n'indique pas môme par un mot sur quelle autorité il s'appuie. Il n'est pas croyable non plus que Victor de Tonnone, ennemi de Primase, et qui triomphe presque, lorsqu'il énumère les malheurs du parti opposé, ait passé sous silence un événement favorable à sa cause, alors surtout qu'il a consigné avec soin la mort de Réparât lui-même. C'est pourquoi le décès de Primase peut être retardé jusqu'après la mort de Justinien, ou après 565, époque où se termine la chronique de Victor.

PVBUEN. On n'est point certain de l'année où il fut fait évêque. Cependant U est permis de croire, si l'on tient uniquement compte du temps, qu'il fut le successeur immédiat de Primase. Il est nonmié, en effet, dans la Pragmatique de Tibère, qui fut publiée en 581. Publien était donc alors, s'il fut fait évêque à la mort de Primase, dans la quinzième année environ de son épiscopat.

DOMINIQVE. Il peut passer, sans difficulté, pour le successeur de Publien; car saint Grégoire le Grand en fait mention dès l'année 591 ^^^ et en parle comme s'il était déjà presque ancien dans l'épiscopat. Il écrit ainsi, en effet, à Dominique lui-même sur sa charité qui s'accroissait avec le temps : « Nous savons que, grâce à la miséricorde de Dieu^ cette vertu est déjà affermie en vous par la pensée de votre sacerdoce, par la continuité de l'étude, par la maturité de l'âge, » Nous apprenons aussi de saint Grégoire que Dominique vivait après le mois de septembre de l'année 601 : car à cette date, il lui écrivit pour le féliciter de sa convalescence après une grave maladie (^\

(1) Lib. II, ép. XLVii.

(2) Lib. XII, ép. I.

FORTVNIVS. Nous ne savons pas avec certitude quel fut son prédécesseur immédiat, car Tintervalle qui le sépare de Dominique est trop considérable. Fortunius était, en effet, évéque de Carthage à Tépoque où Paul II, qui mourut en 655, était patriarche de Constantinople. On doit le conclure d'un passage du troisième concile de cette ville {Actio XrV) où il est fait incidemment mention de Fortunius en ces termes <^> : « Constantin^ prêtre aimé de Dieu et secrétaire pour les lettres latines^ dit: Je sais. Seigneur, qu'au temps de Paul, l'ancien patriarche^ Fortunius qui fut évêque de Carthage, vint ici, et comme il devait célébrer le saint sacrifice dans la grande et sainte église de Dieu, on se demanda comment il devait siéger, » Or Paul ne tint que pendant treize ans la charge épiscopale. n faut donc admettre que Fortunius se rendit à Constantinople après l'année 642.

On a trouvé à Carthage un plomb de bulle qui peut être rapporté à Fortunius. On y lit, en effet, ce qui suit : EPS FORTVNIVS, c'est-à-dire : Episcopus Fortunim; et au revers, ces sigles : RC VI qu'on pourrait interpréter : Regio seœta , ou bien encore Virgo , se rapportant à la Mère de Dieu. Du reste, nous donnerons ici le fac-similé de ce plomb :

(2) Hard., Conc, t. III, p. 1363.

VICTOR. Il succéda, sans intervalle, à Fortunius, car nous avons de lui une lettre écrite au pape Théodore vers Tan 646. En outre, au concile de Latran où cette lettre fut lue^^\ il est dit que Victor était encore vivant. C'était à la fin de Tannée 649, époque où Martin, successeur de Théodore, réunit le concile. Dans cette même lettre, Victor indique lui-même le jour où il prit le gouvernement de l'Église de Carthage^*) : « Nous informons y dit-il, votre Fraternité aimée de Dieu, que le 17 des calendes d'ajoûty indiction quatrième, c'est-à-dire en 646, par la grâce de Dieu et par l'ordre de sa providence bienfaisante et grâce à vos saintes et dignes prières^ notre humble personne a eu l'honneur de recevoir la consécration et la Juridiction épiscopales. » Nous savons à peine combien de temps il jouit de cet honneur, mais ce qu'il est permis d'affirmer, c'est que son pontificat tombait à une époque désastreuse, car dès sa seconde année, l'armée des Sarrasins envahit l'Afrique pour le grand malheur de l'Église et pour celui du nom chrétien. Aussi ne sait-on môme pas si, à la mort de Victor, on put lui donner im successeur.

ETIENNE. Son nom nous est parvenu sur un plomb de buUe trouvé à Carthage. Encore ce nom n'est-il pas absolument certain, pas plus, du reste, que l'époque à laquelle il a siégé et que le siège lui-même. On lit en eflfet sur ce plomb : Stephanus archiepiscopus ^ et on voit au revers le buste nimbé d'un saint personnage, peut-être saint Etienne, premier martjr. Voici, d'ailleurs, le fac-similé de ce plomb :

(1) Hard., Ckmc.y t. III, p. 754.

(2) Hard., Ctmc,y t III, p. 765.

La particularité la plus intéressante du texte est le titre d'archevêque que les Souverains Pontifes, nous le savons par rhistoire, ont donné aux évéques de Garthage, parce que ceux-ci étaient les primats de toute l'Afrique , même dès répoque de l'empereur Justioien.

Le musée de Saint-Louis conserve sept ou huit fragments de plaques fiméraires qui concernent des évêques de Garthage sans doute, mais les noms sont mutilés ou bien ont disparu complètement. Nous allons néanmoins donner ces fragments qui ont été recueillis dans les ruines de la basilique de Damous-el-Karita.

Sur un fragment de marbre blanc, épais de quatre centimètres, en caractères de quatorze centimètres de hauteur, on lit :

La beauté des caractères permet de reporter cette épitaphe à une époque très ancienne.

Sur trois fragments d'une plaque de pierre, de l'espèce dite saouan^ fragments hauts de dix-huit centimètres et formant une longueur de soixante-quatre centimètres, nous lisons en caractères de dix centimètres de hauteur :

lae

L'épitaphe comprenait au moins deux lignes de texte. Sur un fragment on lit en lettres de huit centimètres de hauteur :

copui

Sur un fragment de marbre, haut de trente-cinq centimètres et large de vingt, nous lisons en caractères de vingtet-un centimètres de hauteur :

opus

Un autre fragment nous offre des lettres de dix centimètres de haut, trois lignes de texte et la formule (m) pace :

..^in

copus^.

Enfin trois fragments de marbre, de diverses dimensions, portent deux lignes de texte et des caractères de huit centimètres de hauteur :

La déposition de cet évêque eut lieu le 10 ou après le 10 des calendes d'avril, c'est-à-dire en mars. Dès lors s'agirait-il de saint Deogratias dont l'Église romaine fait mémoire le 11 des calendes d'avril? Il serait téméraire de l'affirmer.

THOMAS n. Ce nom nous est fourni après quatre siècles d'intervalle, c'est-à-dire en l'an 1054, par le pape samt Léon IX, à qui Thomas s'était plaint de ce que l'évêque de Gummi lui disputait le premier rang. Léon lui répondit, en effet, en ces termes ^^^ : « Sachez donc y à n'en pas douter, que Vèvêque de Carthage est, après le Pontife romain, le premier archevêque et le plus grand métropolitain de toute l'Afrique ; et cet évêque de GuTnmi, qu^l qu'il soit, n'a aucun droit d'ordonner ou de déposer* des évêqueSf ni de convoquer un concile provincial sans le consentement de l'archevêque de Carthage, quelles que puissent être d'ailleurs sa dignité et sa puissance, à l'exception toutefois des choses qui concernent son Église propre. Pour tout le reste, il agira comme les autres évêques d'Afrique^ d'après le conseil de V archevêque de Carthage, » Thomas avec les autres évéques

(1) Hard., Orne., t. VI, p. 949.

qui n'étaient plus qu'au nombre de quatre, dans sa province sans doute ou dans les environs de Carthage, tint un concile, comme nous l'apprend la lettre du même pape Léon aux évoques Pierre et Jean, pour les féliciter d'avoir soutenu la prééminence de l'Église de Carthage^^^. Du reste ni dans l'une ni dans l'autre de ces lettres, saint Léon IX ne donne à Thomas le titre d'archevêque de Carthage ; mais seulement celui d'évêque d'Afrique, à moins que l'on ne préfère croire que les adresses de ces lettres se sont perdues.

CTRIAQVE. Il vivait en 1076, année où le pape Grégoire VII lui écrivit^*) en l'appelant expressément archevêque de Carthage. Il le pria, puisque toute l'Afrique n'avait plus que deux évêques, d'en faire élire un troisième et de l'envoyer à Rome pour être sacré, afin que, ensuite, leur nombre étant porté à trois, ils pussent, conformément aux dispositions des saints canons, subvenir y par des consécrations épiscopales, aux besoins des Églises. Que firent ces évêques? quel fut le sort de l'église de Carthage? Personne ne nous l'apprend et ne porte la moindre lumière dans de si profondes ténèbres. Nous savons cependant, au sujet de Cyriaque que, accusé par les chrétiens eux-mêmes auprès des Sarrasins, il fut dépouillé de ses vêtements, battu de verges et flétri comme coupable de vol. Aussi saint Grégoire VU reprend-il ses accusateurs en termes justement sévères^^^

Environ quatre siècles plus tard, nous retrouvons des archevêques de Carthage, mais ils sont simplement titulaires. Nous allons donner les noms de ceux qui nous ont été signalés par les congrégations romaines.

(1) Hard., Cane,, t VI, p. 960.

(2) lUd.

(3) Lib. I, ép. XXII.

Jacques de Padula, en 1461 ;

Louis DE Padula, en 1463;

LÉONARD, en 1475;

Bernardin, en 1519;

Didace Reqdesens, en 1637;

Scipion CoSTAQUTO, en 1648;

Laurent Trotto, en 1666;

Jacques Colbert, en 1680 ;

Corneille de Bentivoqli, en 1712; Antoine Balsarini, François Bona, en 1731 ; Joseph Thrautson, en 1750; Gristofore Migazzi, en 1751 ; Joseph LucATELLio, en 1760; Matthieu Testa, en 1766; Ferdinand Saluzza, en 1784; Jean Devoti, en 1804; Augustin de Montblanc, en 1821 ; Philippe DE Angelis, en .1830; Michel PiÉLA, en 1841 ; Sauveur de Otherio, en 1862; Louis Haynald, en 1864; Pierre Rota, en 1879.

Le siège de Garthage, rétabli dans son premier état, avec la juridiction métropolitaine sur toute TAfrique du Nord, a été confié, par décret de Notre Très Samt Père le Pape Léon Xin, le 10 novembre 1884, à rÉminentissime

CHARLES-MARTIAL- ALLEMAND LAVIGERIE , Cardinal- Prêtre de la sainte Église romaine, du titre de Sainte-Agnèshors-les-Murs, archevêque d'Alger.

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