‹ Géographie de l'AlgérieChapitre 38 sur 51 · GOURT · texte numérisé non relu

GOURT

En 1856, la plupart des puits étaient ensablés ou taris; les palmiers dépérissaient à Tue d*œil et les habitants, réduits à la misère, songeaient à abandonner leurs oasis. Sur Tordre du maréchal Randon, alors gouverneur général» le forage de puits artésiens fut entrepris sur plusieurs points du territoire : le succès le plus complet couronna cette généreuse entreprise et le pays fut sauvé. On compte dans rOued-R*ir 38 oasis^ 2,878 maisons, 434 puits artésiens arabes et 72 puits artésiens tubes en fer. Population totale, 8163 hab. — Nombre de dattiers, 317,563.

Au sud de Tougourt est Toasis de Temacin : 2,161 hab., 50,128 dattiers. C'est à Temacin que se trouve la Zaouïa du grand maître des Tidjania.

Le système orographique du départ, se confond avec celui des deux autres provinces : massif Tellien, massif Saharien. Le premier est formé de chaînes irrégulières, dont les rameaux se projettent confusément dans toutes les directions. Les HONTAGNBS Ics plus remarquables, en allant de TO. à TE., sont :

l^ Dans la région maritime proprement dite : le DjeheU Amantous (1,660 met.), à 23 kil. S. de Djidjelli; le Djebel- Goufi (1,090 met.), à TO. de CoUo; le Filfila (700 met.), qui s avance jusque sur la plage, dans la partie centrale du golfe de Stora; le DjeheUZhila (528 met.), au S. du cap Toukousch; VEdough (1,004 met.), au-dessus de Bône;

2® Sur une ligne plus éloignée de la côte, orientée de 1*0. à TE. et parallèlement au rivage : Djebet-Takintouch (1,674 met.), au S. de Bougie; Takouch (1,904 met.); le Tababort (1,965 met.); le PiC'de-Tamesguida (1,635 met.) auS. de Djidjelli ; le Djebel-ounirChenak (1 ,477 met.) à l'E.-N.- E. du précédent;

iU CONSTANTINE.

S<^ Dans le massif qui 8*éteud autour de Sëtif : le Djebel'- Uarissane (1,497 met.) au N. de Bou-Arérîdj; le Maâdid (1,840 mèt.)> au S. de Bou-Arréridj ; le Magriz (1 ,722 met.) au N. de Sétif; le Guer^ur (1,800 met.) à lU-N.-O. deSctif; le Djebel'Youcef (1,421 met.), au S. de Sétif; et, plus au S. encore : le DjebelSoubella (1»513 met.), au S.-O. de Sétif, le BoU'Thaleb (1,820 met.);

4^ Dans la partie du massif qui s'étend de Constantiiie à la frontière de Tunis : le DjebeUOuach (1,292 met.), au N.-E. de Constantine; le Djebel-Debar (1,049 met.), au N.-O. de Guelma; le Ras-el-Alia (1,290 met.), au S.-E. de Guelma^ qui se prolonge au N.-E. par le Djebel-Mahabouba (1 ,261 met.) au N.de Souk-Ahras, et le Djebel-M'Cid (1,408 met.), au N.-E. du précédent;

5^ Le Djebel'Aurèg, formé de plusieurs chaînes pour la plupart parallèles entre elles, orientées obliquement dei*0.-S.- 0. à TE.-N.-E. et comprises entre Batna et Khenchela, au N., et les Ziban, au S. Son point le plus élevé, le Chellia (2,528 met.), est situé au S.-O. de Khenchela.

oc L*Aurès, dit le capitaine de Magron, était en 1879 le pays le plus ignoré de la province de Constantine. G*est un massif montagneux, d'environ 100 lieues carrées, aux crêtes nombreuses, aux pentes rapides et très escarpées, aux vallées rares et très étroites. C'est une sorte de Kabyiie, placée aux limites du désert, habitée de temps immémorial par des races autochtones, près desquelles sont venus s'établir les éléments étrangers, sans qu'une fusion se soit jamais opérée d'une manière sensible et de façon à absorber le peuple primitif. » La population (50,000 hab.) est exclusivement composée de Berbères et d'Arabes berbérisants parlant le dialecte chaouïa.

Dans l'extrême sud se dressent le Djebel-Tala, qui appartient à rOued-R'ir, et les montagnes sablonneuses de l'Oued- Souf.

Quoique moins nombreuses dans le département de Constantine que dans les deux autres départements, les plaines occupent de vastes espaces. Nous citerons :

PHYSÏONOilIE GÉNÉRALE. ^-&

Dans la région tellienne : la plaine de VOued-Senhadja qui s*étend du golfe de Stora au lac Fezzara; la plaine de Bône qui, sous des noms différents, plaine de Bône^ plaine des Kkarézas, plaine des Beni-Vrgine^ plaine de la Mafrag^ plaine de YOued-^l-Kébir, s*étend du lac Fezzara jusqu au massif qui avoisine La Galle ; la plaine de la Medjana entre rOued-Okris, à lest d'Âumale, et rOued-Bou-Sellam, et dont la ville de Bou-Âréridj commande la partie centrale : elle est dominée, au nord, par le Djebel-Morissane; la plaine de Sétif, qui s*étend au sud de cette ville, et où commence une série d*ondulations plus ou moins accentuées qui se prolongent, dans la direction de Test, jusqu*aux environs de Tébe&sa; enfm, au nord de Biskra, la grande plaine à'El'Outaya^ où se trouve Toasis du même nom et que le chemin de fer et la route nationale traversent dans toute sa longneur.

Dans la partie méridionale du département, on voit aussi de grandes plaines, dont quelques-unes sont couvertes d'alfa. Les plus remarquables sont celles du Hodna^ qui entourent le chott du même nom. Sous la domination romaine, et même quelques années après la conquête de ce pays par les Arabes, le bassin du Hodna était populeux et fertile. On y récoltait, dit un historien du dixième siècle, des fruits de toute sorte, des céréales et du coton ; on y cultivait aussi la canne à sucre. Mais, de cette ancienne splendeur, il ne reste plus que des décombres. Les bouleversements du sol ont changé le cours des eaux et tout a fini par disparaître sous une couche de sable. Grâce à l'administration française, cet état de choses change peu à peu : de nombreux puits artésiens ont été forés dans cette région et les habitants ont pu reprendre la culture du dattier.

La superficie des forêts domaniales et communales est évaluée à 810,288 hectares. Les essences dominantes sont le chêne-liège (242,959 hectares) ; le chêne vert (234,155 hectares); le chêne-zéen (37,550 hectares) ; le pin d'Alep (146,885 hectares); le pin maritime (2,206 hectai*es); le

CONSTANTINR.

cèdre (26,592 hectares). On compte, en outre, 119,941 heo tares peuplés d'essences diverses.

Les forêts les plus importantes sont celles : de TOuennougha, au sud de Beni-Hansour et à Test de rOued-Okris (12,200 hectares); d*Akfadou (8,100 hectares): des Babor (6,900 hectares) ; de Guergour, au sud de Bougie (14,000 hectares) ; de Dréats, au sud-ouest de Bou-Ârréridj (14,500 hectares); des Beni-Fourhal, au sud-ouest de Djidjelli (8,229 hectares); deCollo (40,000 hectares); les massifs qui s'étendont au sud de Jemmapes (17,744 hectares); à Test de Duvivier (12,598 hectares) ; entre Souk-Ahras et Tëbessa (23,826 hectares); les forêts du Bou-Thaleb, au sud de Sétif (28,720 hectares) ; du Djebel-Bou-Arif), au nord-est de Batna (10,000 hectares); des Aurès (25,000 hectares); celles situées : à louest de Khenchela (20,780 hectares); an sud-ouest d*El-Kantara (19,481 hectares); au sud de Tébessa (20,164 beclaves).

Le tableau ci-après indique, suivant la région à laquelle elles appartiennent, l'altitude d'un certain nombre de localité:

Région marilime.

Aégioa montagneuse.

Région saharienne.

mot.

met.

met.

Bougie . . .

Bou-Aréridj .

Biskra 424

Djidjelli. . .

Sétif ....

Chott Melr'ir . . 6

PÎiilippeville .

Constantin e .

Tougourt. ... 51

Bône (Quais).

Le Kroubs. .

Ei-Oued. ... 68

La Galle. . .

Souk-Ahras. .

Temacin. ... 72

Mondovi . . .

Batna. . . .

Duvivier. . .

El-Kantarn. .

Gueima . . .

Tébessa . . .

Ces cotes ne figurent pas toutes sur les cartes publiées par le ministère de la guerre. Quelques-unes ont été relevées par le service météorologique de TÂlgérie, les autres, par les ingénieurs des ponts et chaussées.

m. — Littoral, Conra d*eau.

La limite ouest du département est déterminée, sur le littoral, par Tembouchure de VOued-KherotUi, entre le cap Gorbelin et le cap Sigli. Entre ces deux caps, la côte est bordée d*une longue plage de sable; elle incline ensuite légèrement au sud jusqu'au cap Carbon, au nord-ouest duquel on voit Yîle Pisan, rocher de 500 mètres de long, et de 50 mètres de haut, qui peut offrir un abri pour les balancelles. Le cap Carbon, grande masse de rochers presque nus, se rattache au mont Gouraya (671 mètres).

A partir du cap Carbon, la côte tourne au sud jusqu'à la pointe escarpée du cap Botiakf puis, forme la baie de Bougie, comprise entre le cap Carbon et le cap Cavallo. Cette baie, régulière, moitié d*ellipse, regarde le nord et a 42 kilomètres d'ouverture. La rade, située dans la région occidentale de la baie, n'est fourmentée que par la houle du nord-est qui n'est jamais assez forte pour compromettre un navire mouillé sur de bonnes amarres. Mais le seul point absolument sûr est le mouillage de Sidi-Yaia, petite anse près de terre. II en sera ainsi jusqu'à ce que la nouvelle jetée qui part du fort soit assez avancée en mer. Le mouillage des vaisseaux est dans la région nord-est de la rade par des profondeurs d'eau de 12 à 20 mètres, sur fond de vase d*une excellente tenue. U est assez sûr pour que des bâtiments de guerre puissent y stationner sans danger pendant l'hiver; assez vaste pour contenir une escadre.

 partir de ce point, la côte s'incline régulièrement vers le sud, puis vers Test-sud-est, remonte à l'est-nord-est jusqu'au cap Cavallo, en décrivant une grande courbe harmonieusement régulière.

Le cap Cavallo, terre assez élevée, terminé par une pointe aiguë, est voisin des îles Cavallo, qui ne sont que des rochers. L'I/e Cavallo, proprement dite, à 800 mètres de la côte, a 300 mètres sur 80. Les autres îlots, rocs arides, bas, «'élèvent fort près de terre.

i:» CONSTANTINE.

Plus loin monte le cap A fia y une roche isolée, d'un rouge de feu, au N.-E. de laquelle sont quelques rochers noirs, qu'entourent des fonds madréporiques : on y trouve du corail rouge. Entre le cap Âfia et Djidjelli, s*échancrent deux criques où se réfugient quelquefois les caboteurs. Celle de Test, dite la Salamandre, est la meilleure : après quoi la cote est formée jusqu'à Djidjelli par un cordon de roches basses et uniformément placées comme les pierres d'un quai.

Djidjelli est bâtie sur une belle plage qui, en se courbant, forme l'enceinte d'un port protégé contre la mer, au nord, par une hgne de récifs longue de 900 met., en partie reliés entre eux par une jetée ; abrité des vents d'ouest, mais exposé aux vents du nord-est, il est, en somme, dangereux.

De Djidjelli à l'embouchure de VOued-el-Kébir, la côte suit à peu près l'est-nord-est presque en ligne droite; un peu plus loin, elle se courbe vers le nord et forme la baie de Mers-el'Zeîtoun (le port des olives), bien abritée des vents d'est, mais ouverte intérieurement aux vents d'ouest. Ici se dresse le premier des sept caps dont le cap Bougarone est composé. Ce cap, poii)t le plus septentrional de la oôte algérienne, occupe de l'est à l'ouest une étendue de 30 kil. à vol d'oiseau. Il se rattache au mont Goufi (1,090 mètres). Il est bordé de falaises et découpé par des baies peu profondes. Aucune de ces baies n'offre aux bateaux un abri sûr, si ce n'est celle de Collo^ rade foraine, d*où Ton peut appareiller par tous les vents et qui est praticable en toutes saisons, même avec les mauvais temps. Les grands navires y jettent l'ancre par 25 brasses d'eau sur un fond de sable vassard. L'anse qui lert de port, abritée de tous les vents dangereux, offre aux navires un abri sûr ; la baie de Collo se termine à l'ouest par le Ras'FraOf roches peu élevées. A peu de distance du rivage 6élève Vile de Collo, rocher de 60 mètres de haut. Puis la côte, séparée par un faible intervalle de roches énormes qui forment l'î/oi Tarsa et Vile de Srigina, continue à courir vers Test, sinueuse, escarpée, jusqu'à une petite pointe formant cap, puis tourne au sud en conservant le même aspect jusqu'à Stora,

LinORAL, COURS D'EAU. 129

Vame de Stora occupe le fond d'un golfe d*oîi U est difficile de sortir par les vents du large. Elle présente au sud-ouest une très belle plage, mais n'offre un bon abri contre la mer que par les yents d'ouest et de sud-ouest. En hiver, les bâtiments jettent l'ancre en dehors de l'anse, par 16 à 18 brasses d'eau; mais ce mouillage extérieur, qui est battu en plein par la grosse mer, est lui-même fort dangereux.

A 4 kil. environ au sud-est de Stora se trouve le bon port de Philippevillef l'un des plus fréquentés de toute la cote algérienne et où, grâce à des travaux considérables qui l'ont transformé, les navires peuvent aujourd'hui mouiller en sécurité par tous les temps.

La côte, entrecoupée de petites plages, suit la direction de l'est jusqu'au cap Skikda^ haut de 190 mètres, abrupte avec quelques rocliers. 11 kilomètres d'une plage droite le séparent du cap Filfila^ au delà duquel le littoral remonte vers le nord, puis vers l'ouest jusqu'au cap de Fer.

Le cap de Fer, qui termine à l'est le golfe évasé qu'on a pris l'habitude de nommer golfe de Stora, est fait de rochers gris entièrement nus; son extrémité ouest, encore plus dentelée que le reste, le Ras-Tchekidich, abrite une petite baie assez profonde où les corailleurs viennent s'approvisionner d'eau.

A 12 kilomètres est du cap de Fer, on trouve la petite baie de Sidi-Akacher, que domine la koubba du même nom et où les caboteurs peuvent relâcher; après quoi on rencontre le cap Toukouch, peu éloigné de Vîle Toukouch, rocher roux peu élevé.

Du cap Toukouch au cap de Garde, sur un parcours de 57 kilomètres, la direction générale de la côte est le sud-est. On rencontre d'abord le Ras ou cap Arxin, montagne arrondie du côté de la mer. A 4 kil. de là, une koubba domine un mamelon avancé. Le cap de Garde, éperon d'une crête de montagnes qui part du mont Edough, est d'une désolante aridité.

A l'est de ce cap, la côte tourne brusquement vers le sud, et la mer s'y précipite pour former le profond golfe de Bône,

150 GOMSTANTIIIE.

OÙ Ton trouve d'abord le mouillage du fort Génois, port de refuge, puis celui des Caroubiers, puis le Ras-el-Bamamion, cap des Pigeons) : celui-ci a devant lui un roc de 17 mètres de haut nommé cap du Lion de sa vague ressemblance avec le roi des animaux.

Le golfe de BÔne s*ëtend du cap de Garde au cap Rosa ; à Bône, où Ton a fait de grands travaux, la darse intérieure et Tavant-port sont sûrs, et le port est devenu Tun des plus praticables de l'Algérie.

La plage qui borde la ville tourne an sud jusqu'à l'embouchure de la Seybouse ; à partir de cette rivière, elle se courbe peu à peu vers le sud-est, puis vers Test et enfin remonte à Test-nord-est, pour aller à 24 kilomètres de distance rejoindre le cap Rosa, qui a 90 mètres de haut.

Du cap Rosa, la côte descend vers le sud-est pendant 8 kilomètres, remonte ensuite vers l'est-nord-est, jusqu'au Bastion de France (ancien établissement de la compagnie d'Afrique), puis tourne à l'est et vient former le cap Gros.

A 4 kilomètres environ de ce dernier cap, sur une petite baie abritée du nord et du nord-est par une presqu'île, est La Calle, port fréquenté par les corailleurs et par quelques navires qui viennent y chercher les minerais de Kef-oum- Teboul. Le mouillage est passable au dehors, mais le port est dangereux pour les bâtiments qui ne peuvent se héler à terre.

A partir de La Galle, la côte remonte insensiblement vers le nord-est jusqu'au cap Roux. A 11 kil. de La Galle on rencontre la plage de Mésida, où l'on embarque les produits métallurgiques de Kef-oum-Teboul. Le cap Roux, situé à 38 kilomètres de lia Galle, est escarpé de tous les côtés : c'est le point extrême de notre frontière, mais seulement en apparence depuis l'établissement de notre protectorat sur la Tunisie.

Rivières. — L'OMed-SaAe/ prend sa source dans le Djebel- Dira, au sud d'Aumale, passe à Aumale, à Bouhira et à Béni- Mansour, longe au sud, puis à l'est, la haute crête du Djurjura, reçoit VOued-Mahrir qui a traversé les Bibans ou Portes-de- Fer et la rivière de Sétif, le BouSellam^ plus longue, bien

LinOx^AL, COURS D'EAU. 131

plus forte que lui, et toute en sinuosités dans de hautes montagnes peuplées de Kabyles. L*Oued-Sahel, prenant le nom de Soummam se perd en mer près de Bougie. Cours 175 kilomètres. Étiage 900 litres par seconde; débit d'hiver considérable. On se propose de le barrer près du confluent de VOued'Sebkhay en aval d'El-Adjiba, pour aiTOser en partie le superbe bassin de Beni-Hansour.

VOued'Agrioun, qui descend duDjebel-Magris, au nord-ouest de Sétif, traverse les fameuses gorges du Ghabet-el-Akhra et se jette dans le golfe de Bougie à 35 kilomètres est, environ, de cette ville. Étiage considérable : malgré la brièveté de son cours, le peu d'étendue de son bassin, c*est une des meilleures rivières d'Algérie.

VOued'Djindjen, qui descend des montagnes du Babor, coule d*abord de l'ouest à l'est, puis descend vers le nord et se jette dans la mer à 12 kilomètres est de Djidjelli. Étiage, 500 litres par seconde.

VOued-el'Kébir, qui est formé de l'Oued-Rummel, grossi du Bou-Merzoug. L'Oued-el-Kébir descend des montagnes qui sont à l'est de Sétif et, sous le nom de Rummel, coule de l'ouest à l'est jusqu'à Constantine, qu'il entoure sur les deux tiers de son périmètre, après avoir reçu le Bou-Merzoug au sud de cette ville; il descend ensuite vers le nord, prend le nom AOued'eUKébir au confluent de VOued-Endja qui vient de l'ouest, et tombe dans la mer à 52 kilomètres est de Djidjelli. Cours, 225 kilomètres. Étiage de plus d'un mètre cube par seconde, même dans les années les plus sèches. Débit moyen, considérable.

11 doit remplir un grand réservoir projeté dans la gorge de rOued-Athmenia derrière une levée de 30 mètres : ce réservoir aura 45 millions de mètres cubes ; il fera marcher des usines, nettoiera le ravin de Conslantine et irriguera des terres au-dessous de cette ville, grâce à son débit de plus d'un mètre cube par seconde.

Le BoU'Merzoug a pour origine une des grandes sources de l'Algérie» au pied du muât Ferlas : elle donne d^ 300 ou

192 GONSTANTINE.

400 à 600 OU 900 lit. par seconde ; aussi le Bou-Herzoug estil précieux pour les irrigations.

VOued'ZhouVj petite rivière dont Tembouchure est située à quelques kii. au S. de Hers-ez-Zitoun, et qui mérite une mention spéciale en raison de ce que c*est, de toutes les rivières de l'Algérie, la seule qui nourrisse la truite {salar macrostyma).

VOued-El'Guebli, qui se jette à la mer à peu de distance au S.-E. de Collo.

Le Saf-Saf(90 kil.) descend du Djebel-Thaya, au N.-O. de Guelma, coule du S. au N., arrose les territoires d*El-Arrouch, de Gastonville, de Saint-Charles et de Yalée et se jette dans lamer à 1 kil. de Philippeville. Le barrage qu*il remplira chez les Zardezas, à Kalaat-el-Haidj, doit emmagasiner 22 millions de met. cubes pour Tirrigation de 4,000 hect.

VOuedSenhadja (95 kil.) descend également du Djebel- Thaya, coule du sud au nord et se jette dans le golfe de Stora, au-dessous du cap de Fer.

La Seybome (220 kil.) qui, dans son cours supérieur, a le nom d'Oued'-Cherff descend des plateaux des Ouled-Khau^ feur, coule du S. au N., jusqu'à Hedjez-Hamar, où elle reçoit sur sa g. rOued-bou-Hamdan ou VOued-Zenati^ baigne le beau bassin de Gueima et se jette dans la rade de Bône. Son étiage est presque nul, mais de l'entrée de la saison des pluies jusqu'au mois de juin elle donne 5 met. cubes par seconde.

La Mafrag (95 kil.) se jette dans le golfe de Bône. Elle reçoit, à dr., près de son embouchure, un Oued-Kébir qui descend des crêtes de la frontière tunisienne.

Il est question de barrer cette rivière pour la jeter dans le lac Oabéira, la plus grande des trois nappes d'eau voisines de La Galle (il a, dans son plein, entre rives marécageuses, 2,500 hect., k 32 met. d'alt.). On constituerait de la sorte une réserve d'environ 50 millions de met. cubes pour l'irrigation des immenses plaines du Tarf et des Béni-Amar : soit 10,000 à 12,000 hect., sinon 15,000. D'après un autre projet^ on dessécherait^ au ûontraire^ ce lac^ et l'on obtiendrait

Gorges du Cliak'l-"l-Aklir

134 CONSTAKTINE.

d'excellentes terres. Les deux autres lacs de La Calle sont le guerrah El-Hout, ou encore Tonga ou Tonègue (1,800 hect.), qu'une petite rivière unit à la Méditerranée, et le guerrah FA- Melah (800 hect.) ou lac Salé, qui, de niveau avec la mer, et tout près d'elle, a en effet des eaux amères.

La Medjerda n'a que son cours supérieur en Algérie : née à Khamissa, elle va passer à quelques kilomètres de Souk- Aliras, et s'achemine vers la Tunisie par des gorges très fraîches et fort pittoresques, tantôt suivies, tantôt coupées parle chemin de fer de Tunis; elle quitte l'Algérie après un cours de 100 kilomètres à peine, sur 365 de longueur totale : 485 jusqu'à la source de son affluent rOued-Mellègu€f venu des monts de Tébessa.

Toutes ces rivières arrosent le territoire du Tell.

Au nombre des cours d'eau qui appartiennent à la région saharienne, nous citerons seulement :

LOued-Djedh qui prend sa source dans le Djebel-Amour et, sous le nom d^Oued-Hzi, passe à Laghouat (prov. d'Alger) dans la province de Constantine ; il reçoit VOued-Biskra^ et, après un parcours de 500 kilomètres, va se perdre dans le chott Meir'ir. II est le plus ordinairement à sec.

VOued'Biskra (170 kilomètres) descend des monts Aurès par les gorges fameuses d'Ël-Kantara ; de même VOued-Abdi (100 kilomètre»), son affluent, dont les défilés ne sont pas moins beaux.

UOued-el'Abiod (150 kilomètres) et VOued-eUArah (150 kilomètres) courent également en cascades dans de superbes fissures ; ce n'est que dans les très grandes crues qu'ils arrivent jusqu'au choit Meir'ir.

Lacs et Ghotts. — Dans le département de Constantine, les lacs, qu'on désigne aussi sous le nom de guerra^ et les chotts sont en plus grand nombre que dans les deux autres départements. Les principaux sont :

Le lac Fetzara, à 20 kilomètres sud-ouest de Bône : immense lagune d'eau saumâtre dont la superficie couvre encore aujourd'hui, .suivant les saisons, de 4 à 9,000 hectares ; la

LnrORAL, COURS D'EAU. 135

Compagnie de Mokta-el-Haddid procède à son dessèchement, qui était depuis longtemps réclamé comme mesure d*utiHté publique;

Les lac$ de la Calle. (F. ci-dessus, à l'article de la rivière Mafrag, page 122.)

Le chott El'Bèîda, situé à 44 kilomètres sud-est de Se lie (5,000 hectares);

Le chott Mzouriy à 50 kilomètres sud de Constantine (5,000 hectares);

Le guerra Ank-Djemel-eUKébir, à 72 kilomètres sudsud-est de Constantine (5,000 hectares) ;

Le guerra El-Guellif^ à 76 kilomètres sud-est de Constantine (5,000 hectares);

Le guerra El-Tarf, à 92 kilomètres sud-est de Constantine (20,000 hectares) ;

Le grand chott du Hodna, à 50 kilomètres nord -est de Bou-Saâda (75,000 hectares) : entre autres rivières, il reçoit des monts et plateaux de Bordj-bou-Aréridj VOued-Ksab (i 35 kilomèt.), facile à barrer, dans la défilé du Kef-Matrak, par une digue de 25 mètres de haut permettant de réserver 20 millions de mètres cubes d*eau pour Tirrigation des environs de Hsila et des plaines Hodnéennes ;

Le petit chott du Hodna, à Test du précédent, et dont l'extrémité orientale est à 66 kilomètres nord-ouest de Biskra (8,500 hectares) ;

Enfin, le chott Metr*ir, situé dans la région saharienne, à 70 kilomètres sud de Biskra (240,000 hectares environ). Son lit communique à Test avec celui du chott Sellent. — Du chott Sellem au golfe de Gabès, situé à 320 kilomètres à l'est, on trouve une série de bas-fonds semblables, parmi lesquels les plus importants sont les chotts Barsa et El- Djerid. Le bord oriental de ce dernier n'est distant de la Méditerranée que d'environ 18 kilomètres. Le commandant Roudaire a conçu le hardi projet de réunir tous ces chotts en un seul lac, qui constituerait une mer intérieure.

On a constaté sur les bords du chott Melr'ir des variations

436 GONSTANTINC

d*altiiQ<]e très notables. C*est ainsi que certains points sont de 4, 9, 18, 20 et même 25 mètres au-dessous da niveau de la mer, tandis que certains autres dépassent ce niveau de 6, 10, 24, 26 et même 36 mètres.

I¥. ~ CUmqC

Le climat du département dé Constantlne est sensiblement le même que celui des deux autres départements : mêmes divisions climatologiques, mêmet» influences exercées sur réconomie par les variations de l'atmosphère.

Dans la zone maritime, le thermomètre ne descend nulle part à zéro, mais il atteint quelquefois 48 degrés (maximum absolu).

Dans les villes du littoral, les tempéiatures moyennes 5ont les suivantes : Bougie et Djidjelli,18<» ; Philippeville,l 8*,5 ; Bône, 18«,5; LaCalIelS^

Dans la zone montagneuse, la température la plus basse est de 4 degrés au-dessous de zéro, et la plus haute atteint 46 degrés. Températures moyennes : Sétif, 15<»; Constautiney 16%7; Guelma, 17«.

Dans la région mixte, le thermomètre descend jusqu*à 8 degrés au-dessous de zéro et dépasse 38 degrés. Températures moyennes : Batna, 16®,2; Tébessa, 17*,4.

Dans le Sahara, où le thermomètre marque parfois 50 degrés, on a pour températures moyennes : à Biskra, 20®; à Tougourt, 22<^ ; en hiver le climat de Biskra ne diffère pas beaucoup de celui du littoral.

La neige est assez rare dans la zone maritime, ainsi que dans le Sahara; mais elle tombe chaque hiver en quantité notable dans la région montagneuse et sur les Hauts-Plateaux.

On évalue ainsi qu*il suit la quantité annuelle d*eaux pluviales : la moyenne est de 1,000 à 1,100 millimètres sur les bords du golfe de Bougie et à Djidjelli ; elle est de 850 millimètres dans la partie comprise entre Djidjelli et La Galle.

Dans rintérieur du Tell, la moyenne est de 400 milli*

138 CONSTANTWB.

mètres à Sétif et h Batna, de 600 millimètres à Constantine et Guelma.

A Biskra, la quantité <l*eaa qui tombe chaque année, principalement pendant les mok d'avril et d'octobre, est évaluée par le docteur Sériziat à 380 millimètres. L'aridité du climat de Biskra est donc beaucoup moins grande qu'on ne le croit généralement.

Y. «— Cari<isité0 ■atorellea*

Parmi les curiosités naturelles de cette belle province, nous signalerons avant tout les gorges du Chabet-el-Âkhra, qu'emprunte la route de Bougie à Sétif, pendant 7 kilomètres, jusqu'au village de Kerata, entre deux montagnes à pic de hauteurs vertigineuses, le long de TOued-Agrioun , brisé de cascades ; les gorges et les cascades du Rhummel, autour et au pied du fameux rocher de Constantine, haut de 100 à 200 mètres : le Rhummel y coule au fond de l'abîme, passe fous un pont extraordinairement haut et sous quatre grandes voûtes naturelles, puis tombe de 67 mètres de haut par une triple cascade; — les tortueuses gorges du Bou Sellam inférieur, les Biban ou Portes-de-Fer, plus arides que belles ; les gorges de la Hedjerda entre Souk-Ahras et la frontière de Tunisie; les gorges d'El-Kantara, si justement célèbres, sur la route deBatna à Biskra, près de l'entrée du Sahara; celles de l'Oued-Abdi, de l'Oued-el-Abiod, de l'Oued-el-Arab et, en général toutes les gorges du massif des Babor ou Petite Kabjlie, pays éminemment pittoresque, et surtout celles du versant méridional de l'Aurès, très profondes, très sauvages, avec d'immenses roches et de curieux villages berbères accrochés au flanc des précipices. — Parmi les sources, les plus puissantes sont celles du Hamma, thermales, donnant au moins 600 litres par seconde ; puis viennent les sources du Bou-Merzoug, donnant de 300 à 900 litres par seconde suivant les saisons et suivant les années ; les sources de Khollekhol dans la plaine de Tifech ; les admirables sources

thermales et les cônes de dépôt d'Hammam-Méskoutine qui sont une merveille de la nature ; Hammam-Salahhiny 46^, à 8 k. N.-O. de Biskra, au commencement du Sahara : un grand nombre d'entre elles donnent naissance à de véritables rivières thermales : les sources de Melili^ par exemple, fournissent 400 litres par seconde, etc. , etc. Nombreuses cascades ou plutôt cascatelles; grottes d'Aîn Taya dans les montagnes; lac souterrain h Hamman-Heskontine.

WI. — Histoire.

Le département de Gonstantine comprend l'ancienne Mauritanie Sétifienne et la partie de la Numidie qui s étendait de rOued-el-Kébir jusqu'à la frontière actuelle de la Tunisie.

Nous n*avons point à faire ici un exposé même succinct de rhistoire ancienne; nous rappellerons seulement que l'Afrique du Nord a subi successivement la domination deà Carthaginois, des Romains, des Vandales, des Grecs-Byzantins, des Arabes et des Turcs ; que les Romains l'ont occupée pendant plusieurs siècles et qu'on retrouve encore de nos jours, mais plus particulièrement dans la partie orientale de l'Algérie, des traces ineffaçables de leur grandeur et de leur génie, notamment à Lambèse,àTimgad (Tamugadi)^ et à Tébessa oii nous pouvons encore admirer le Temple de Minerve et l'arc de triomphe de Caracalla.

Il nous paraît que ces notions générales doivent suffire, parce que les faits qui se rattachent aux époques reculées dont nous parlons appartiennent séparément à l'histoire de chacun des peuples qui, l'un après l'autre et jusqu'à l'expulsion des Turcs, ont été les maîtres du pays; et comme nous avons surtout en vue de faire connaître l'Algérie « contemporaine )), nous bornerons notre tâche à raconter les principaux événements dont l'ancien beylick de Constantine a été le théâtre depuis la conquête d'Alger.

Le dernier bey de Constantine fut Hadj-Ahmed-Bey. 11 appartenait à une famille puissante : son aïeul, Ahmed-Bey- Turqui» avait gouverné la province pendant quinze ans, et sa

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mère était fille de Ben-Ganah» un des grands chefs du Sahara.

Il était né en 1786. On Thabitua de bonne heure au commandement : en 1805, le bey Âbd-AUah le créait caïd El- Aouassi et le chargeait d'administrer l'importante tribu des Haractas; en 1818, Ahmed-el-Mamluk le prenait pour son khalifat, et, en 1826» Hussein, dey d'Alger, qui le tenait en grande affection, le nommait bey de Constantîne.

Dans les premiers jours de juin 1830, Ahmed, escorté de cinq cents cavaliers. Tint à Alger pour verser entre les mains du dey le tribut annuel du beyiick. Il y arriva au moment même où la flotte française se présentait devant Sidi-Ferruch et prit part avec ses troupes aux combats de Staouëli, et de* Sidi-Khalef. Le lendemain de l'abdication du dey, il rallia les fuyards, et, refusant de répondre aux dépêches du général de Bourmont qui l'engageait à demander l'aïuan, regagna Gonstantine. Son premier soin en rentrant dans son palais fut de faire égorger en masse les janissaires qui, pendant son absence, l'avaient déclaré déchu du pouvoir; après quoi, il prépara la défense et attendit les événements.

Marcher contre lui et porter la guerre dans un pays presque inconnu était chose périlleuse. Le maréchal Glauzel, qui avait remplacé Bourmont dans le commandement de l'armée (2 septembre 1830), n'osa pas tenter l'aventure: pensant mieux faire et se croyant investi de pouvoirs illimités, il offrit au bey de Tunis de lui céder la province de Constantine, qu'il administrerait pour le compte et sous la protection de la France. Ces propositions furent favorablement accueillies par la Cour du Bardo, mais elles furent hautement désavouées par le gouvernement français. Le maréchal résigna ses fonctions et la situation politique d'Ahmed s'en trouva consolidée.

Le cabinet des Tuileries n'admettait point, cependant, que la prise d'Alger dût être l'unique résultat de la campagne : il fut donc décidé en principe que les points principaux de ^a côte seraient occupés par nos troupes, l'exécution de ce projet restant d'ailleurs soumise à certaines conditions de temps et d'opportunité.

Le port le plus important était celui de Bône. Le général Damrémont s y transporta avec sa brigade, débarqua sans être inquiété, puis s'installa militairement dans la ville (2 août 1830); malheureusement» le peu d'hommes dont il disposait ne lui permit pas de s*y maintenir et il fut, presque aussitôt, contraint de l'évacuer. L'année suivante (13 septembre), sur les sollicitations pressantes des habitants, une compagnie de zouaves indigènes (commandant Houder), vint occuper la place, mais elle en fut chassée peu de temps après par les partisans du bey ; enfin, dans la nuit du 26 mars 1832, les capitaines Yusuf et d'Armandy, à la tête de 30 matelots de la Béarnaise, escaladèrent les murs de la Casba et s'em* parèrent de la forteresse. Trois mois plus tard (26 juin), le général Monk-d'Uzer s'installa dans la ville.

On s'en tint là pour le moment, parce qu'il fallait parer au plus pressé et ne point aggraver une jsituation que le moindre échec pouvait compromettre. Ahmed connaissait les causes de notre inaction : mais trop faible pour engager la lutte et trop habile pour associer sa fortune à celle d*Âbd-el- Kader, il se confina dans son palais, laissant à ses aghas la garde et la défense des frontières.

Cet état de choses prit un en 1836, lorsque le maréchal Glauzel, qui avait remplacé le comte d'Erlon (8 juillet 1835) obtint du ministère, pour son malheur et le nôtre, l'autorisation d'assiéger Gonstantine.

Partie de Bône (13 novembre 1836), l'armée arriva le 21 sous les murs de Gonstantine, sans avoir presque tiré un coup de fusil, mais déjà à moitié ruinée par les privations et la fatigue.

Le maréchal n'en fut point troublé : on lui avait affirmé que les habitants se rendraient sans combat, et il attendait patiemment la députation qui devait lui apporter les clefs de la ville, lorsque le feu d'une batterie, soudainement démasquée, vint détruire ses illusions. ,

La première et la deuxième brigade, sous le commandement du général de Rigny, reçurent Tordre de se porter sur

HISTOIRE. 1î5

le Coudiat-Aty, d'occuper les enclos et de s'emparer des ap* proches : inquiétée dans sa marche par les tirailleurs arabes, la tête de la colonne fut un instant repoussée; mais bientôt, soutenue par le l?"* léger, elle culbuta Tennemi, qui s'enfuit en désordre. Le reste de l'armée s'établit à Mansoura.

Le 23, aux approches de la nuit, les troupes furent massées en silence, prêtes à donner l'assaut. Malheureusement, la lune brillait d'un vif éclat, et l'ennemi, mis eH défiance par les tentatives de la veille, faisait bonne garde. Les sapeurs du génie se coulèrent sur le pont à travers une grêle de balles. Beaucoup furent atteints, et les attirails qu'ils portaient roulèrent avec eux dans le Rhummel; le peu qui s'échappa parvînt à se loger et se mit au travail. Le général Trézel, croyant la porte enfoncée, accourut aussitôt à la tète du 59* et du 63* de ligne; mais la porte résistait toujours, et la colonne, entassée sur le pont, fut littéralement hachée par la mitraille : la position n'était pas tenable, et c'eût été folie de s'engager plus avant. Le maréchal fit sonner la retraite. Au même moment, la colonne Duvivier partait de Goudiat-Aty et cherchait à pénétrer dans la place par la porte d'Ël-Djabia; mais, faute de moyens mécaniques indispensables pour briser les portes, l'attaque échoua complètement. Clauzel s'avoua impuissant à atteindre son but, et l'armée dut battre en retraite. Elle était à peine en marche que les assiégés, sortis en foule en poussant des cris sauvages, se jetèrent sur les flancs de la colonne. Nos tirailleurs les tinrent en respect ; mais la défense était molle, et d'une minute à l'autre nous pouvions êtie enveloppés.

C'est alors que le commandant Ghangamier, ne prenant conseil que de lui-même, exécuta ce mouvement audacieux qui a commencé sa fortune militaire. Son bataillon (2* léger), ainsi que nous 1 avons dit, formait l' arrière-garde : Ghangarnier ralentit sa marche et laisse augmenter la distance qui le séparait du convoi. Bientôt il s'arrête, forme sa troupe en carré, l'enlève au cri de Vive le Boil puis commande le feu. Les Arabes étaient à vingt pas : à la première décharge, les

141 COiNSTAKTINE.

trois faces du carré furent entourées d*uii glacis d*hoinmes et de chevaux ; ce qui ne tomba pas s'enfuit à toute bride^ et le bataillon rejoignit la colonne.

L^armée poursuivit sa marche, réglant son allure sur le pas des plus faibles; peu de jours après, elle amvait à Bône (!«' décembre 1856). Il était temps : officiers et soldats étaient à bout de forces!...

Le maréchal confessa franchement son imprévoyance. Hais s*il se montra sévère pour lui-même, il fut juste pour ses compagnons d*armes. Au moment de partir pour Alger, il se fit un devoir de complimenter les troupes du courage et de la résignation qu'elles avaient montrés, et se plut à constater que tous avaient supporté avec une admirable constance les souffrances les plus cruelles de la guerre : et c'était vrai.

Peu de jours api*ès, le corps expéditionnaire fut dissous et le comte Glauzel se rendit à Paris. On le destitua.

Cependant la France ne pouvait rester sous le coup d'un pareil échec, et le général Damrémont, nouvellement nommé gouverneur (12 février 1837), reçut Tordre de s'emparer de Gonstantine.

Le corps expéditionnaire montait à dix mille hommes, divisés en quatre brigades, commandées : la première, par le duc de Nemours, la seconde par le général Trézel, la troisième par le général Rulhières, la quatrième par le colonel Combes. L'artillerie avait à sa tête le général Yalée ; le génie, le général Rohault de Fleury.

L'armée partit de Medjez-Hamar le !•' octobre 1837 ; elle arriva devant Constantine le 6, sans avoir trop souffert et put mesurer dès la première heure les difficultés qu'elle aurait à vaincre. Un des combattants, H. Pélissier de Raynaud, a décrit en ce peu de lignes l'aspect que présentait la ville au moment où nos troupes prenaient position : « Constantine se présentait, conune l'année précédente, hostile et décidée à une résistance énergique; d'immenses pavillons rouges s'agitaient orgueilleusement dans les airs; les femmes, placées sur le haut des maisons, poussaient des cris aigus auxquels rcpon-

datent par de mâles acclamations les défenseurs de la place. C'est ainsi que furent salués le général Damrémont et le jeune prince qui marchait à ses côtés. Bientôt le son grave du canon, répété par des milliers d*échos, vint se mêler au bruit de ces créatures humaines, et de nombreux projectiles» habilement dirigés, tombèrent au milieu des groupes qui se présentaient sur la crête du ravin par lequel Gonstantine est séparée de Hansoura. »

Après avoir disposé Tattaque et formé les colonnes, le générai en chef envoya faire aux assiégés les sommations d'usage. Ce fut un soldat du bataillon turc qui porta la dépêche. 11 se hissa à une corde jetée du rempart, et fui introduit dans la place. Le lendemain il revint avec cettt^ réponse verbale :

« 11 y a dans Constantine beaucoup de munitions de gueri*e et de bouche. Si les Français en manquent, nous leur en enven*ons. Nous ne savons pas ce que c'est qu'une brèche ou une capitulation. Nous défendrons à outrance notre ville et nos maisons. On ne sera maître de Constantine qu'après avoir égorgé jusqu'au dernier de ses défenseurs. »

— « Ce sont des gens de cœur, dit H. Damrémont. L'affaire n'en sera que plus glorieuse pour nous ! »

Et il se rendit avec sa suite sur le plateau de Coudiat-Aty pour examiner la brèche. Là, il mit pied à terre, fit quelques pas en avant et s'arrêta sur un point découvert ; — un boulet, parti de la place, le renversa sans vie....

Le lieutenant-général Valée prit le commandement des troupes. Il fit canonner la ville et ordonna l'assaut pour le lendemain.

Les troupes furent réparties en trois colonnes : la première sous les ordres du lieutenant-colonel Lamoricière; la seconde et la troisième sous ceux des colonels Combes et Corbin.

A sept heures précises, par un soleil radieux, le duc de

Nemours donne le signal : la première colonne s'ébranle,

gagne la brèche au pas de course, au milieu d'une ardente

fusillade, et le capitaine Gardarens plante sur les remparts le

1/i6 CONSTANTmE.

drapeau tricolore. Mais à mesure que la colonne descend dans la ville, elle se heurte contre de nouveaux obstacles : chaque maison a été transformée en forteresse, il faut briser les portes; on se bat corps à corps, et les assaillants sont décimés par un feu de mousqueterie tiré de mille embrasures. — Mais nos soldats ont juré de vaincre ; ils s*excitent les uns les autres, chargent avec furie, et font un épouvantable massacre.

Pendant Tassant, une partie des habitants tenta de fuir par un des côtés du ravin, à Taide de cordages qui descendaient le long des rochers; mais les cordes, incessamment tendues, se brisèrent sous le poids des fugitifs : une grappe d'hommes, de femmes, d'enfants et de vieillards roula dans l'abîme et périt dans une affreuse et lamentable agonie.

La yille prise, le général Rulhières en fut nommé commandant supérieur : comme il arrivait, il reçut une lettre dans laquelle les autorités et les personnages influents de Constantine faisaient leur soumission et imploraient la clémence des vainqueurs. Le général fit cesser le feu et se dirigea vers la Casba, dont les derniers défenseurs furent promptement expulsés. Deux heures après, le drapeau de la France flottait sur tous les édifices, et le duc de Nemours prenait possession du palais dubey (13 octobre j 837) devenu aujourd'hui l'hôtel du général commandant la division.

Ahmed échappa par la fuite à la captivité ; disons de suite que, onze ans après (juin 1848), il se rendit à merci et fut interné à Alger : il y mourut le 30 août 1851.

Le général Yalée avait décidé que les notables de Gonstantine participeraient à l'administration de la Cité, sous la surveillance de l'autorité française. Cette mesure rassura les habitants et rendit leur soumission plus facile. Les tribus voisines se sentant surveillées de près déposèrent les armes ; les chefs se rallièrent avec plus ou moins d'empressement au nouvel ordre de choses et le cercle de noti*e domination s'élargit d'année en année. On créait Phillippeville, en même temps que le général Galbois s'installait à Sétif (1838); La Galle et

1 i8 CONSTANTINE.

Djidjelli ouvraient leur port au commerce; plus tard, on établissait à Batna un camp rctranciié et le duc d'Aumale qui commandait la province, s*emparait de Biskra (1844). G*est ainsi que nos troupes s'installèrent au cœur du pays et que, de proche en proche, elles pénétrèrent jusqu'à Textrôme sud; leur tâche fut rude, et parfois elles rencontrèrent une résistance dont elles eurent difficilement raison : la prise de Zaatcha (1849) et i'insurrection de 1871, qui mit à feu et à sang la province tout entière; ont laissé d'ineffaçables souvenirs.

La colonisation a eu des phases diverses : pénible au début, elle est aujourd'hui en pleine prospérité.

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