Géographie de Grégoire de Tours, p. iG
Bourguignons pour désigner les subdivisions du pagus ou comi-tatm)y puis teivnbiuSy serait enfin qualifié pagm^.
La plupart des savants qui ont étudié les divisions territoriales de la Gaule franque ont cru à Texistence simultanée de pagi de même nom représentant, Tun le territoire d'une cité, Tautre une fraction seulement de cette même circonscription : Guérard cite pour exemple le nom de pagus Parisiacus, appliqué tantôt à la cité entière des Parisiens, tantôt à cette même cité dépouillée du territoire qui forma depuis les archidiaconés de Brie et de Josas, au diocèse de Paris*. On a même exagéré cette tendance, et récemment un érudit flamand parlait de pagi médiocres^] A notre avis, cette distinction est fausse : il n'y a pas eu de pagi majores ^ ni de pagi minores; il y a seulement des pagi d'étendue différente suivant les époques, et nous allons essayer de démontrer ce fait.
On s'accorde généralement à penser qu'au début de la domination franque, tout au moins, il y avait identité complète entre les divisions de l'ordre civil et celles de l'ordre ecclésiastique, et l'on sait, du reste, que cette concordance était recommandée par les conciles. La civitas^ gouvernée au point de vue spirituel par un évêque, était régie au point de vue judiciaire ou militaire par un cornes. Le territoire soumis au cornes n'est pas immédiatement désigné par le terme «comté» (comitatus), qui, à l'époque mérovingienne, est encore réservé à l'office du comte*; cette circonscription porte dès lors le nom de pagus ^ et les chartes n'indiquent jamais la situation d'une villa autrement que par le pagus dont elle dépendait.
i. Ce diplôme donne en effet : c infra ipso pago Elariacense » (Pardessus, Diplomaia, chartœ, t. Il, p. 132); mais c'est peut-être là une faute du copiste auquel on doit le cartulaire de Saint- Bénigne, d'où il est tiré, et l'original pouvait d'autant mieux porter c infra ipso agro » , que, par trois fois déjà, au cours de la pièce, le territoire de Larrey avait été appelé ager.
2. Essai sur le système des divisions ien'itoriales de la Gauley p. 47.
3. M. Th. Leuridan, archiviste de la ville de Roubaix, dans son livre sur les Châlelains de Li7/^, publié en 1873 (voy. Revue cntique d'histoire et de littérat.,i. XV, p. GO).
4. C'est en ce sens que l'emploie Grégoire, dans les passages suivants : c Firminum a comtalu urbis [Arvernorum] graviter injuriatum abegit. » {Historia Franc. , I. IV, c. xiii.) — c Itaque Nicetius per emissionem Eulalii a comitatu Arvcrno submotus, ducatura a
rege expetiit Gundobaldus autem comitatum Meldensem super Guerpinum accipiens,
ingressusque urbem...» {Ibid., L VHI, c. xviii.) —Voyez encore Historia Francorum 1. IV, c. xLii, et Vitae Patrum, c. vu, § 1 ; c. iv, § 3.
/A) lA GAI LE Al SIXIÈME SIÈCLE.
Grrgoire n'employant le mot cmnitntus que pour désigner Toffice du cornes j nous ne dirons pas qu'il nous fait connaître Texistencc de dix-huit comtés, au sens moderne du mot, mais nous donnerons la liste suivante de dîx*sept villes mentionnées par lui comme le siège d'un cornes :
Angers'. Bourges'.
Anîfoulénie-. Chalon-sur-Saône •>
Aulun'. Cliàleaudun'.
AuTcrgiie (ou Clermont) *. Javols ••.
Auxerre*. Limoges".
Bordeaux^. Meaux"'.
i. Théoduif esl nomme comte d'Angers par Contran, en 585 {ibid.y 1. VllI, c. xviii).
2. Grégoire mentionne Nantinus, qui mourut vers 580 revêtu de l'office de comte d'Angouléme, que son oncle Marachaire arait rempli avant lui (ibid., 1. V, c. xxxvii).
3. L'évoque de Tours rapporte que son trisaïeul maternel, saint Grégoire de Langres, avait exercé les fonctions de comte d'Autun pendant quarante années, et, parait-il, de -465 à 505 environ (Vitae Patrum, c. vu, § I).
4. Hortensius était comte d*Auvergnc vers 531 {Vitae Patrum^ c. iv, § 3). Un de ses successeurs, Firmin, fut dépouillé de son ofGce, en 556 environ, par c le roi Chramm >« qui mit en sa place Salustius, fds d*Evodius (Historia Francorum, 1. IV, c. xiii). Une trentaine d'années plus tard, en 586. Nicelius, comte d^Auvergne, était remplacé par Eulalius, qui exerçait encore cette fonction en 590 {ibid., 1. VIII, c. xviu; I. X, c. viii). — En dehors de ces cinq administrateurs de la cité d'Auvergne, Grégoire mentionne encore deux comtes du môme pays, Bcccon (Miracula beaii Jultani, c. xvi) et Georges, citoyen vellave {De gloria confessoruin, c. xxxv), mais sans donner aucune indication qui permette de leur assigner une date quelconque.
,5. Eunius Mummolus, que le roi Gontran éleva à la dignité de patrice, était fils de Peonius, comte d'Auxerre : celui-ci l'avait envoyé au roi avec de riches présents pour obtenir le renouvellement de son titre; mais Mummolus, travaillant pour lui-mômc, supplanta son père dans l'office de comte (Historia Francorum, 1. IV, c. xlii).
6. Garachaire était comte de Bordeaux en 585, au temps où Gondovald se faisait reconnaître roi par une partie de l'Aquitaine, et il embrassa la cause du prétendant {ibid», I. VllI,
c. VI).
1. Ollon était comte de Bourges en 585 (ibid,, 1. VU, c. xxxviii).
8. On ne sait à quelle date vivait Gallus, comte de Gha1on->sur-Sadue, mentionné par Grégoire au c. Liv du De gloria martyrum.
0. L'évoque de Tours parle, dans VHistoria Francorum (1. Vil, c. xxix), d'un comte de Ghàteaudun, qui administrait celle ville en 585; mais il ne donne pas le nom de ce magistrat.
10. Palladius, fils du comte Brittianus, obtint du roi Sigebert (561-575) le comté do Gévaudan {Historia Francorum, 1. IV, c. xi,) ; mais, dépouillé bientôt de sa dignité, il se donne la mort. Plus lard, en 584, cette même cité était administrée par le comte Innocontins, le bourreau de saint Louvent {ibid,^ 1. Vil, c. xxxvii).
il. Nonnicliius était comte de Limoges en 582 {ibid., 1. VI, c. xxii). Grégoire mentionne aussi Tcrcnliolus, c cornes quondam urbis Lemovicinae >, qui périt sous les murs de Carcassonne, en .580 {ibid., 1. VIH, c. xxx).
12. Vers 585, Gucrpin fut remplacé dans l'office de comte de Meaux par Gondovald, qu'il tua pou après; mais il fut lui-même mis à mort par les parents de sa victime {ibid., 1. VIII, c. xviH).
IWGUS OU COMITATLÏS. 31
Orléans'. Saintes*.
Poitiers-. Tours s.
Rouen '.
Grégoire mentionne assez fréquemment les comtes sous la qualification de cornes vrbisy en y ajoutant le nom de la « ville » — au sens de territoire , évidemment — où ils exerçaient leur mandat. Cela paraît prouver que Vurbs était réellement la circonscription du comitatus. Au reste, on a tiré des capitulaires carolingiens la preuve qu'au temps de Charlemagne le comte était regardé dans la cité [civitas) comme le fonctionnaire qui, dans Tordre laïque, correspondait à Tévêque®.
La liste que nous venons de dresser à Taide de Grégoire renferme cependant un chef-lieu de comté qui n'avait pas le rang de cwitas, c'est-à-dire un simple castrum : nous voulons parler de Châteaudun (castrum Dunensé) ; mais cette exception était motivée par les partages qui suivirent la mort de Charibert (567) et qui, détachant Châteaudun et Vendôme de la cité de Chartres, unissaient ces deux castra au royaume d'Austrasie"^. Le nouveau possesseur de Châteaudun ne se contenta pas d'établir un comte dans la portion de la civitas Carnotum qui lui échut alors, il voulut
1. Willachaire était comte d'Orléans en 58 i, et le roi Goutran lui confia à celte époque la ville de Tours, qu*il venait de saisir après la mort de Chilperic {Historia Francorwïit 1. VII, c. xiii).
2. Ennodius, comte de Poitiers, fut destitué en 578, lorsque Chilperic se fut emparé de celte ville (ibid.y 1. V, c. xxv. (Maccon, l'un de ses successeurs, figure en 589 et 590, notamment dans le récit des troubles du monastère qu'avait fondé sainte Aadegonde {ibid,y 1. IX, c. xu; 1. X, c. xv, xvi et xxi).
3. Un comte de Rouen fut tué en 583 par Chilperic, furieux de ne pouvoir arracher du pillage l'armée qu'il avait conduite en Berryiibid.y 1. VI, c. xxxi).
i, Grégoire parle de deux comtes de Saintes : Waddon, qu'il désigne en 58 i comme ayant rempli autrefois cet office {ibid., 1. VI, c. xlv), et Gondegisile Dodon, qui, en 585, fut nommé évéque de Bordeaux par Gontran (ibid.y 1. VUl, c. xxii).
5. Leudaste fut nommé comte de Tours vers la fin du court règne de Charibert. A la mort de ce prince (567), il embrassa le parti de Chilperic, tandis que Tours passait au pouvoir de Sigebert« et rentra dans son comté lorsque Chilperic s'empara de Tours, en 573 d'abord, en 575 ensuite : celte dernière fois, il garda son office pendant cinq ans, après lesquels il fut révoqué. Eunomius lui fut donné comme successeur en 580 {ibid., 1. V, c. XLViii); mais celui-ci parait avoir quitté le gouvernement de Tours en 58i, à la mort de Chilperic {ibid., 1. VII, c. xxm).
6. Dcloche, Éludes sur la géographie hislorique de la Gaule, dans les Mémoires présentés par divers savants à l'Académie des inscriptions, t. IV, 2*^ partie, p. i20.
7. Voyez, dans la troisième partie de ce travail^ le paragraphe consacré à la civUa9 Carnotum.
I tm .
faire de cette ville le chef-lieu d'un évêché particulier; mais le titulaire de celui-ci fut déposé par le concile parisien de 573. Cependant si Tévêché de Châteaudun n'eut qu'une durée éphémère, le nouveau comté de Danois garda sa place parmi les divisions civiles de la Gaule franque, bien que la réunion du castrum Dunense aux Etats de Contran, en 584, eût pu le faire replacer sous l'autorité du comte de Chartres : c'est en effet précisément dans Tannée qui suivit cet événement que Févêque de Tours nous montre un comte particulier exerçant le pouvoir militaire à Châteaudun.
On peut donner une raison semblable de l'existence du pagus Milidune?isis dès l'an 558*, alors que, d'après le principe d'identité entre les divisions civiles et les divisions ecclésiastiques, Melun aurait dii faire partie ànpagiis Smo?iïcus. Melun, dépendant à cette date du royaume de Paris, bien qu'il appartînt à l'ancienne civitas Senomon dont le chef-lieu obéissait au roi de Metz, on comprend que le roi de Paris y ait établi le siège d'un cornes dont le pouvoir s'exerçait évidemment sur la fraction du diocèse de Sens qui lui était échue : c'est ainsi que le castrum Miglidiomm devint le chef-lieu d'un pagus dont le temps consacra l'existence.
L'Etampois, au diocèse de Sens, le Ressontois^, au diocèse de Beauvais, sont, avec le Dunois et le Melunois, les seuls pagi de nouvelle formation dont nous entretiennent les documents du vi*" siècle : il en surgit sans doute plusieurs autres, et l'on doit croire que ces divers /)«(/2 durent leur origine aux morcellements de l'empire franc. Le traité d'Andelot ne nous apprend-il pas que le Ressontois fut lui-même l'objet de partages entre plusieurs des rois mérovingiens?
Plus tard, c'est-à-dire dans le cours du vu'' et du viii'' siècle, le nombre des pagi ou des comitatus s'accrut considérablement ;
1. La plus ancienne mcnlion connue du pagus Milidunensis existe dans un diplôme de Cliildebert I*'', en date de janvier 558, pour Téglise de Paris (Pardessus, Diploniata, chariae, legeSy t. I, p. 115).
2. Ces deux territoires sont mentionnés dans le traité d*Andelot (Hisioria Francorum^ 1. IX, c. \x), mais l'Étampois est seul qualifié pagus; le Ressontois est simplement nommé Rossontetise.
PAGUS OU COiMlTATlIS. — TEÏIRITORIUM. 33
mais le motif n'en doit plus être cherché alors dans les partages, qui deviennent moins fréquents et qui ne sont plus guère Tobjet de luttes comme sous les fils et les petits-fils de Clotaire P^ Le nombre des pagi s'accrut par le démembrement des pagi primitifs, mais presque exclusivement dans la partie de la Gaule où les rois francs séjournaient le plus habituellement, soit que les offices de comités fussent plus recherchés dans les Germanics, les Belgiques et les Lyonnaises qu'habitaient de préférence les hommes de race franque, soit que la présence des rois dans ces provinces leur fit prendre plus de souci de leur administration que de celle des provinces plus éloignées, telles que les Aquitaines, les Narbonnaiscs et les Viennoises. Toujours est-il que les pagi de seconde formation ne dépassent pas en général une ligne partant du mont Saint-Michel dans la direction de Lyon .
§ i. — TERRITORIUM.
Les écrivains antérieurs à l'an mil se servent indistinctement des mots pagus et territoriiim pour désigner la circonscriplion civile dont dépendent les localités nommées dans leurs ouvrages : il en est de même des rédacteurs de chartes. On ne doit donc pas s'étonner si l'historien des Francs considère le terintorium comme la circonscription de la civitas ou l'équivalent à\\ pagus administratif, dans tous les cas où il emploie ce terme*.
Les écrits de l'évêque de Tours nous donnent les noms des vingt-huit territoria qui suivent :
Terrilorium Andegavuin *. Territorium Aurelianense^.
— Arvernum^. — Avennicum*.
i . Le terrilorium Divionense, mentionné par Grégoire , n'étai t cependant pas une civita$ ; mais nous avons déjà rappelé plus haut que notre auteur s'étonnait de ne pas voir Dijon au rang des cités, et témoignait ainsi de Tiniportaiice exceptionnelle de ce casiruniy qui peut-être était déjà, par suite de quelque événement ignoré de nous, le chef-lieu d'une circonscription civile.
2. Miracula beati Martiniy 1. II, c. xlviii; 1. Hl, c. xi et xxvn.
3. De gloria martyrnm, c. ix et xlviii. — Miracula beati Juliani, c. iir. --Degloria confessoriim^ c. i. — Vitae Patrum, c. xii, § i.
4. Miracula beati Martini, 1. H, c. vi. — De gloria martyrum, c. Lxvr.