Miracula beaii Juliani, c
A. Le nom actuel de Brioude est formé de l'accusatif Brivatem. Dans les versdi
Sidoine Apollinaire, les cas obliques du nom Brivas ont Taccenl tonique sur a; mais^
accent a été certainement reporté par le vulgaire sur la voyelle antérieure, comme cela
est arrivé pour Tune des nombreuses localités du nom Condate, aujourd'hui Ca»^
(voyez plus haut, page 271), et pour Mimatem {Mende). Brivatem a produit Brv>^
par suite de la vocalisation du v; une autre forme française de BrivâUm est Bridi,
qu'on trouve à la fin du xii« siècle, dans le poème du Charroi de Nimes, pour désigner
la yille de Brioude :
Tôt droit à Bride le cors saint heanorer.
(Edit. Jonckbloet, v. 825.)
CIVITAS ARVERNORUM. 495
des noms de cités précédés de la même épithète, sans que rien justifiât l'hypothèse du déplacement de ces cités* : tels sont le Vieux-Rouen, le Vieux-Laon, le Vieux-Châlons, le Vieux-Poitiers, Vi eille- Toulouse, Marseille -Veyre, et d'autres encore, qui doivent ces appellations, quelquefois fort anciennes, aux ruines importantes qu'on y remarquait dès les premiers siècles du moyen âge. Ces dénominations seraient le produit d'une fausse érudition ; mais on pourrait citer des noms de même for- . mation, n'ayant d'autre prétention que de rappeler l'emplacement primitif d'une bourgade ou d'une ville de rang inférieur dont l'emplacement aurait quelque peu varié : c'est là le cas du Vieil-Baugé (Maine-et-Loire), de la Vieille-Lyre (Eure), du Vieux-Condé (Nord), du Vieux-Ferrette (Haut-Rhin), du Vieil- Hesdin (Pas-de-Calais) et du Vieux-Brisach (grand-duché de Bade). Nous signalerons surtout ces deux dernières localités : on sait efiectivement, d'une manière certaine, que le Vieil-Hesdin porta le nom d'Hesdin jusqu'en 1553, époque à laquelle, ruiné par Charles-Quint, il vit passer ce nom à une ville nouvelle, bâtie par le duc de Savoie en 1554; de même l'épithète vieitx n'est attachée au nom de Vieux-Brisach que depuis la fondation de Neuf-Brisach par Louis XIV.
Le nom de Vieille-Brioude rentre naturellement dans la seconde catégorie des noms que nous venons de rappeler ; ainsi il ne paraît guère possible, tout d'abord, d'être aussi péremptoire que Valois à l'égard de la situation de Drivas. Cependant un chapitre des Miracula beati Juliani nous permettra de résoudre cette question. Grégoire raconte en effet que, se rendant dans sa jeunesse au tombeau de saint Julien, il passa auprès de la basilique de Saint-Ferréol qui, dit-il, est à une distance de dix stades environ (1850 mètres) du vicus Brivatensis^ . Or, l'emplacement de la basilica Sancti Ferreoli à Saint-Ferréol les Minimes, à 2 kilomètres au nord de Brioude et à 6 kilom. au sud de Vieille-Brioude, n'étant l'objet d'aucun doute, on peut affirmer l'identité du vicus Brivatensis et de la ville actuelle de
i. Notitia Gaîliarum, p. iOi.