‹ Géographie de la Gaule au VIe siècleChapitre 581 sur 597 · Historia Francorum^ 1. II, c. ix · texte numérisé non relu

Historia Francorum^ 1. II, c. ix

4. Ces diverses opinions sont relatées par Ruinart, Gregorii Turonensis Opéra omnia, col. 63, note a. — Jacobs {Géographie de Grégoire de Tours et de Frédegaire, p. 1"2:2), d'accord avec V Atlas historique de Spruner, se prononce pour Duysborch, entre Bruxelles et LouTain.

dédié à saint Martin, ou possédant tout au moins des reliques du bienheureux évêque de Tours, et il était situé sur les bords d'une rivière navigable, puisque, en 574, au temps où une guerre terrible désolait la Gaule centrale, une vingtaine de soldats traversèrent cette rivière pour piller le couvent*. Il n'y a donc pas lieu de chercher le monasterium Latta, à Ciran-la-Latte, en Touraiue*, lors même que le surnom de ce lieu ne serait pas relativement moderne et que l'on ne connaîtrait pas le nom de Ciran {Cisomagus)^ à l'époque mérovingienne^; Ciran-la-Latle n'est effectivement arrosé que par un faible ruisseau qui preud sa source six mètres plus haut, TEstrigueil, affluent de droite de la Vienne.

MOMOCIACUS, urbs^ opidum. — Le nom de Momociacus parait deux fois dans les écrits de Grégoire, qui mentionne deux évêques de cette ville, Sigebert et Thaumastus. Sigebert était contemporain de notre auteur, et en 589 il invita le roi d'Austrasie, Chii— debert, à célébrer les fêtes de Vk(\{ye^%kMomociacus^. Thaumastus était évidemment un des prédécesseurs de Sigebert, car il n'existait plus lorsque Tévêque de Tours écrivit son livre des Confes^ seurs, où il consacre un chapitre à ce prélat de MomociacuSy dont le tombeau se voyait à Poitiers, non loin de Téglise de Saint— Hilaire*.

La ville épiscopale de Momociacus n'est pas autrement connue ; aussi les commentateurs de Grégoire se sont-ils cru le droit d'y voir un nom altéré, bien que la présence de ce nom en deux ouvrages différents, et sous une même forme cependant, semble en garantir l'exactitude^. Les deux érudits qui, au xvn* siècle,

i. Historia Francorum, 1. IV, c. xlix.

2. Celle opinion, déjà énoncée en 1699 par Ruinarl (Gregorit Turon. Opéra omnta, col. 191, noie /*), a été adoplée depuis par tous les traducteurs de Grégoire, ainsi que par Jacobs (Géographie de Grégoire de Tours et de Frédegaire, p. 129).

3. Voyez plus haut, page 269, Tarlicle Cisomagus. i. Historia Francorum, 1. IX, c. xxix.

5. De gloria confessorum, c. lvii. — Voyez plus haut, page 563.

6. Cet accord entre les meilleurs manuscrits de VHistoria Francorum et le De gloria confessorum ne permet point de tenir compte dès variantes Noviociacensis ou Novio^ mensis, par lesquelles deux copies de l'œuvre principale de Grégoire ont remplacé Momo^ ciacensis.

MOMOCIACUS. 621

ont étudié avec le plus de conscience Thistoire de Tépoque mérovingienne, Valois et Lecointe*, n'ont vu dans Momociacus qu'une variante fautive du nom de Mayence {Mogontiacus) \ d'autres ont identifié cette localité avec Mouzon, sans paraître songer que Mouzon^ se nommait alors Mosomagus et qu'il ne fut jamais le siège d'un évêché.

Le seul point sur lequel les écrits de Grégoire ne laissent subsister aucun doute, c'est que Momociacus faisait partie, en 589, du royaume d'Austrasie. Mais plusieurs questions se présentent alors à l'esprit: Momociacus faisait-il partie du groupe principal ou groupe franc des États de Childebert, ou bien était-il compris dans l'un des groupes secondaires situés sur la Loire, sur la Garonne, dans l'Aquitaine ou dans la Provence ? Momociacus était-il le chef-lieu d'un évêché contesté, comme Châteaudun etAlais^?

La première de ces questions est immédiatement résolue par une lecture attentive des deux derniers livres de l'Histoire des Francs : de 588 à 590, le roi Childebert résida constamment, semble-t-il, dans le territoire de Strasbourg, à.Marlenheim*; c'est là, ou tout au moins en Alsace, que naquit, en 588, Théoderic, le second des fils du roi d'Austrasie^. Aussi l'invitation faite en 589 à Childebert par l'évêque Sigebert nous porte-t-elle à voir dans Momociacus une ville épiscopale voisine de Strasbourg.

Dès lors il n'y a pas lieu de considérer Momociacus comme le siège d'un évêché contesté, car les quelques évêchés du vi* siècle dont l'existence fut menacée par les réclamations de prélats voisins devaient leur origine au partage d'une division diocésaine entre deux souverains ; or, rien de semblable ne s'est produit, à l'époque

1. Cités par Ruinart, Gregorii Turon. Opéra omniay col. 451, noie /.

2. Cette traduction a été donnée notamment par MM. Guadet et Taranne (Histoire ecclésiastique des Francs^ t. III, p. 335). M. ^ovàxev {Histoire ecclésiastique des Francs, trad. Douv., t. II, p. 209, note 2) a protesté contre cette identification.

3. Nous n'admettons même pas que Momociacus put être un évêché provisoire comme celui de Ciiantoceaux (voyez plus haut, page 572), puisque Ton connaît deux titulaires du siège de Momociacus.

i. Historia Francorum, 1. IX, c. xxxvi et xxxvra; 1. X, c. xvm. 5. Voyez plus haut, page 380.

mérovingienne, dans les provinces rhénanes. Il est donc probable qu'on doit classer Momociacus au nombre de ces villes que certains évêques adoptèrent pour résidence ordinaire, de préférence au chef-lieu officiel de la cité, que les invasions barbares avaient rendu presque inhabitable. C'est ainsi que, au VI* siècle, les évêques de Coutances et de Poitiers sont parfois qualifiés évêques de Briovera (Saint-Lô) et de Rézé, lieux qui prenaient alors le titre de civitas ; c'est ainsi que l'évêque de Langres résidait habibiellement à Dijon, celui de Tongres à Maastricht, celui de Vtromandis (Saint-Quentin) à Noyon, celui d'Avenches à Lausanne, celui de Windisch à Constance, celui du Velay à Anicium (le Puy), celui de Carpentras à Ve— nasque*. De même, Momociactis pourrait avoir remplacé l'une des cités voisines de Strasbourg, Spire et Worms, qui avaient eu cruellement à souffrir des invasions, et que les documents du vi* siècle ne mentionnent en aucune façon : plus tard, l'ancienne civitas serait rentrée en possession du siège épiscopal comme plusieurs des villes que nous avons nommées. Nous laissons aux érudits allemands le soin de rechercher si notre conjecture est fondée, et si l'on peut espérer de retrouver, dans la partie cisrhénane des anciens diocèses de Worms et de Spire, le Momociacus de Grégoire.

1. Peut-être Mende était-il, dés la même époque, la résidence de Tévêque de Gévaudan ou de Javouls. Parmi les diocèses du vi* siècle ayant un double chef-lieu, nous citerons ici le diocèse de Maurienne et Suse, ainsi que celui de Gimiez et Nice.

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