‹ Géographie de la Gaule au VIe siècleChapitre 85 sur 597 · ROYAUME DE CHILDEBERT I · texte numérisé non relu

ROYAUME DE CHILDEBERT I

à y compreudre la ville d'Amteus * qu'on a quelquefois attribuée au royaume de Soisâons, et nous touchons certainement ici à la limite septentrionale du royaume de Paris. La Vie de saint Vigor prouve que, avant 530, date de la mort de ce prélat, Bayeux obéissait à Childebert^, et la Vie de saint Marcoul nous donne la même assurance en ce qui concerne Coutances ^. L'autorité de Childebert était reconnue dans la péninsule armoricaine, et cela résulte, non-seulement de la Vie contemporaine de saint Samson*, mais aussi des légendes de saint Paul Aurélien^, de saint Tugdual ® et de saint Léonor'^, qui sont loin toutefois de remonter

1. Non-seulement le roi Childebert lit ensevelir honorablement les corps des saints Fuscien, Geutien et Victoric, qui venaient d'être découverts c juxta praedia urbis Ambiaoensis », mais il dota aussi, à cette occasion, Téglise d'Amiens de la terre du Mesge (Somme, canton de Picquigny). Ces faits sont rapportés dans un récit publié en partie au tome I^' de janvier, page 70\, des Acta sanctorum, par les Bollaiidistes, qui ont cru à tort que les mots c ad urbem Parisius, auribus Childeb?rti régis, qui illo in tempore Francorum gentem principali regimine gubernabat » s'appliquaient à Childebert II, lequel, s*il put résider à Paris de 593 à 596, après la mort de Contran, n*a certainement jamais possédé Amiens, Tune des rares cités demeurées fidèles, semble-t-il, au fils de Frédegonde, même dans les plus mauvais jours de son règne; celte erreur a d'ailleurs déjà été signalée par Lecointe (Annales ecclesiastici Francorum, t. I, p. 8tl).

t. Saint Vigor, alors évéque de Bayeux, reçut du roi Childebert une montagne située à un mille de Bayeux : ce lieu appartenait auparavant au fisc, et il échangea son ancien nom, Pkoenus, contre celui de Chiismatus, après que le saint prélat y eut élevé un monastère (Vita sancti Vigoris, apud Bouquet, t. III, p. 42^2), qui, réduit plus tard, au rang de prieuré, a donné naissance au village de Saint- Vigor le Grand.

3. Saint Marcoul, natif du Bessin, demanda à Childebert, qui le lui accorda, un lieu du Gotentin appelé Nantus, « locum quemdam in hoc pago Constantino cui Nantus est vocabulum >, afin d'y .établir un monastère {Viia sancti Marcul/iy c. iv-vii, apud Mabillon, Acta SS. ord. Ben., saec. I, p. 129-130). — Nanlus est représenté aujourd'hui par le village de Saint-Marcouf (Manche, arrond. de Valognes, canton de Montebourg).

4. Ce fut sur les instances de Samson que Childebert renvoya en Bretagne le jeune Judual, le chef légitime des Bretons établis dans le pays qui forma plus tard les diocèses de Saint-Brieuc, de Saint-Malo et de Do). {Vita sancti Samsonis, 1. 1, c. 53 i\ 59, a()ud MabiJlon, saec. I, p. 179-180.)

5. Ce bienheureux, dont le nom est resté à la ville de Saint-Pol de Léon, fut envoyé, paralt-il, par le prince breton Withur à Childebert, qui le força d'accepter la dignité épiscopale sur les pays d'Ach et de Léon : c Agnensem Leonensemque pages, i ( Vita sancti Pauli Aureliani, c. xlii-xi.vi; apud Bouquet, 1. 111, p. 433-434.)

G. Le légendaire de Tréguier rapporte que Tugdual fut, de l'avis de Childebert, élu évéque du pays trécorois, et consacré à Paris malgré toutes ses résistances (A. de la Borderie, Annuaire historique et archéologique de Bretagne, année 18(î!2, p. 148).

7. d Illo autem tempore Childebertus, rex Franciae, iniperabat, simulque Britanniae transmarinac... — Childebertus autem rex conjuxque cjus, nomine Tltrogodis, et optimates regni obviaverunt festive sancto antistiti [Leonorii] et, pelita cpiscopali bene- (lictione, gaudcnteseum deducunt ad regiam. ^{Vit i sancti Leonorii episcopiin Britannia Annorica, apud Bouquet, t. 111, p. 43:2.)

au VI® siècle; elle était également acceptée dans le Maine, et nous avons ici pour garants de ce fait la Vie * de saint Calais * et celle de saint Rigomer^. On peut induire de la Vie de saint Lubin que la cité de Chartres, et sans doute aussi celle de Meaux, faisaient partie du royaume de Paris, dont dépendait aussi ^, au témoignage du biographe de saint Séverin, la ville de Château -Landon, au diocèse de Sens*. Un passage de la Vie de saint Cybar pourrait faire croire que Saintes reconnaissait la royauté de Childebert^. Enfin ce que la légende l'apporte de saint Ferréol, évêque d'Uzès, de 553 à 581, qui aurait passé trois années d'exil à Paris sur Tordre du roi Childebert, auprès duquel il avait été calomnié, peut aider à établir que la ville épiscopale de ce prélat fut détachée en 555 au plus tard du royaume de Metz ^.

C'est à tort que l'abbé Lebeuf a voulu comprendre rAnjou dans le royaume de Paris '^. Fortunat relate bien, à la vérité, dans la Vie de saint Aubin, un voyage de cet évêque d'Angers, près du roi Childebert^; mais la Vie de saint Maur prouve incontestablement que dans les dernières années du pontificat d'Aubin, qui mourut en 550, la cité d'Angers obéissait au

1. Ce document nous montre Childebert se rendant avec la reine Ultrogolhe à sa villa de Madualis, au Maine, qu'il donna ensuite à saint Calais, pour y édilier une abbaye. Vita sancii Carilefi, c. xv, apud .Mabillon, saec. 1, p. GiG-Oi?.)

!2. Saint Higomer et sainte Tenesline, faussement accusés auprès du roi Childebert, se disculpèrent et reçurent de ce prince deux r///a« sises in pago Cenomannico» {Vita sancii Rigoîneri, apud Bouquet, t. HI, p. 1274:28.)

3. Saint Lubin, évoque de Chartres, fut invité par Childebert, en même temps qu'un autre prélat, nomme Médovée (cum Medoveo consncerdofejj à venir célébrer les fêtes de Pâques à Paris {Vita S(incti Leobini, apud Bouquet, t. Hl, p. 131; ; or, ce Médovée n'étant autre que Tévôque de Meaux, on peut voir dans ce fait une preuve de la domination de Childebert sur la civitas Melduorum.

i. Voyez plus haut, page 102, note 5.

5. Un démoniaque saintongeois annonçant Tintention de se rendre auprès du roi Childebert {Vita sancii Eparchii^ c. xii, apud Mabillon, saec. I, p. !2G«S), il parait en résulter que Saintes obéissait à ce prince, car il esta peu près certain que le malade ne se serait pas préoccupé d'un souverain étranger au pays où il demeurait. Bemarquons, du reste, que la cité de Saintes est coutiguë à celle de Bordeaux, qui faisait certainement partie du royaume de Childebert.

G. Vaissete, Histoire yénéi'ale de Languedoc, t. I", p. 27 i.

7. Dissertation dans laquelle on recherche depuis quel temps le nom de FrancâyCtc. (Paris, i7iO), p. 8i.

Vita sancti Albini AndegavensiSj c. xiv, apud Mabillon, saec. I, p. 110.

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