TOULOUSE
La ville de Toulouse , chef-lieu de la Haule- Garonne et ancienne capitale du Languedoc, est située sous le 43^35' de latitude nord et le 0"53' de longitude ouest, sur la rive droite de la Garonne, à 10 kil. en aval du confluent de l'Âriége, et 5 kil. en amont du confluent du ïouch , au milieu d'une plaine fertile , mais basse et monotone, resserrée du côté de l'est par le rideau de collines qui la sépare du vallon de rilers, et limitée au sud par le promontoire terreux de Pech-David , dernier prolongement des plateaux accidentés qui bordent la rive droite de l'Ariége.
Le sol de la ville présente une inclinaison générale vers le nord-ouest , accentuée par diverses ondulations.
Sur la rive gauche de la Garonne, autrefois désignée sous le nom d'Ardenne basse, et limitée à l'ouest par les terrasses de l'Ardenne haute , qui marquent les berges des anciennes eaux, s'étend un faubourg populeux, créé, au moyen âge, autour du couvent de Saînt-Cyprien , et relié à la ville par un beau pont en pierre et brique élevé pendant le seizième et le dix-sepliéme siècle.
L'ancienne ville, massée autour de Tare que décrit la Garonne , est percée très-irrégulièrement, mal j)avée de galets pointus et médiocrement bâtie. La rareté de la pierre, dont il n'existe aucune carrière dans la plaine basse , et qu'il faut transportera grands irais des premiers contre-foris pyrénéens, a longtemps condamné les Toulousains à des constructions de brique, de pans de bois et même de torchis. Quelques rues seulement de Tanoienne ville , bordées d'hôtels élevés par des familles j)arlementaires ou par des capitouls enrichis , présentent, malgi'é la lourdeui' générale de leur architecture, un assez grand caractère. Autour de ce noyau central s'est développée, depuis la démolition des remparts flanqués de tours qui le cernaient , toute une ville nouvelle, improvisée pour ainsi dire au milieu des anciens jardins potagers, percée de larges boultvai'ds , d'avenues et de rues plus régulières et plus spacieuses.
C'est surtout dans la direction du nord-est, où se trouve situé l'embarcadère des chemins de fer, (pie les accroissements sont les plus sensibles. Ils atteignent et dépassent aujourd'hui h' canal des deux mers, cpii a dû méine , sur un point, recidei- devant les constructions envahissantes. \'ue à distance, des plateaux de r.Vrdrnne haute ou des collines de lllers, Toulouse frappe suitoul les l'rgai-ds par la multitude de clochei'S, de touis <'t <le t(iUirllrs qui en découpent la silhouette. Indépendamment des grands clochers de Saint-Sernin , une des
plus vastes églises romanes de France , des Jacobins et des tours massives de la Dalbade , de Saint-Etienne et d'autres églises moins importantes, un grand nombre d'habitations privées, construites pendant la Renaissance ou au commencement du dix-septième siècle, sont surmontées de tourelles et de clochetons. Parmi les plus curieuses, nous citerons l'hôtel Bernuy (occupé par le lycée), les hôtels d'Assézat , de Catelan, de Clary (Maison de pierre).
A part ces quelques hôtels , dont certains offrent une grande richesse d'ornementation , les seuls édifices remarquables de Toulouse sont des édifices religieux. Les vastes couvents des Jacobins , des Cordeliers , des Augustins , qui survivent à une foule de monastères, de collégiales, de chapelles démolies et remplacées par des constructions ou des voies publiques, peuvent donner une idée de l'ancienne physionomie essentiellement catholique de Toulouse.
Le couvent des Jacobins , dont la grande église à deux nefs a longtemps servi de caserne d'artillerie et de magasin h fourrages , est devenu aujourd'hui la propriété de la ville et attend une destination.
Le couvent des Augustins abrite dans ses diverses nefs et dans ses cloîtres pittoresques la galerie de peinture et les intéressantes collections archéologiques du musée de Toulouse (monuments gallo-romains i)rovenant pour la plupart des hautes vallées de la Garonne, séries de chaj)iteaux romans des anciens cloîtres détruits de Saint-Etienne et de la Daurade ,
inscriptions et figures tombales des principaux établissements religieux du pays).
Le couvent des Carmes déchaussés , beaucoup plus moderne, renferme lEcole de médecine, le musée d'histoire naturelle et le jardin des Plantes.
Le vaste enclos des Chartreux contient l'Arsenal et l'Ecole d'artillerie.
L'hôtel de ville, que l'on a pris Thabitude d'appeler Capiiole , est un ensemble de consti'uctions sans unité , — dont les plus anciennes datent du seizième siècle et sont aujourd'hui extrêmement délabrées , — dissimulé par une grande façade classique , en brique badigeonnée, élevée, de 175'^ à 1759. par i'architicte Cammas.
Toulouse est une des plus anciennes villes de France ; mais l'origine précise n'en est pas connue. Peut-être, suivant l'habitude des populations gauloises, la primitive Tolosa , élevée au-dessus des hautes coUin-^s qui commandent le confluent de la Garonne et de l'Ariége, n'était-elle qu'une bourgade de refuge , sorte de chef-lieu fédéi'atif et religieux , où se réunissaient en cas de guerre les peuples dispersés en temps de paix dans l'étendue d'un assez vaste territoire. Ces populations , qui faisaient partie de la grande tribu des Volkes, vêtus de saies, étaient aventureuses et remuantes ,^ mais d'une civilisation jteu avancée. Elles enfouissaient dans les mares sacrées voisines de leurs plateaux les masses d'or qu'elles rapportaient de leurs conquêtes.
En 106 avant Jésus-Christ, le consul Q. Servilius Cœpio s'empara de Toulouse et la pilla. Les marais sacrés furent desséchés par des spéculateurs romains qui en tirèrent de grandes richesses , et, grâce à l'influence des conquérants, la ville entra dans le grand courant commercial de la Gaule méridionale.
Selon toute vraisemblance, il fallut chercher, pour ce nouveau rôle , une assiette plus accessible ; et, comme une foule de grandes cités antiques, Toulouse descendit de ses collines pour s'étaler en plaine, au bord du fleuve, et devint le noyau rayonnant d'un système de voies militaires qui allaient atteindre les vallées sauvages de l'Aquitaine.
Pendant les quatre siècles de l'empire, Toulouse fut très-prospère , et , sans s'élever au rang des grandes métropoles, telles que Narbonne ou Lyon, occupa une place considérable parmi les villes gallo-romaines. Plusieurs poètes ont célébré la gloire de ses écoles , et le succès de ses professeurs de rhétorique lui fit donner le surnom de Palladia^ ville de Pallas, dont elle s'enorgueillit encore.
En 4-19, un acte officiel de l'empereur Honorius céda Toulouse aux Wisigoths, qui l'avaient momentanément possédée. Elle devint alors capitale de royaume.
Clovis en prit possession en 508.
Charlemagne en fit la capitale du royaume d'Aquitaine. Elle passa ensuite 'sous la domination des comtes, répara ses désastres, et redevint un centre de vie et d'éclat.
Les plus anciens souvenirs de la vie municipale à Toulouse datent de cette période. La ville était administrée par des consuls au nombie de vingt-quatre ou de douze, élus par les divers quartiers ou partidas dont se composait la cité antiijue , civitas , et le bourg , nouvelle ville féodale, hurgitm , élevée dans le voisinage et sous le nom de Tabbaye de Sainl- Sernin. Ces consuls étaient choisis avec une 'galité démocratique parmi les chevaliers et les commerçants ou industriels , changeurs , drapiers , peintres. Ils constituaient h' chapitre de la ville y et présidaient le cowniun conseil , assemblée générale de tous les citoyens honorables où se traitaient les afliiires les plus sérieuses.
La ville était alors opulente , et, malgré des droits féodaux très-développés , jouissait d'une liberté comparable à celle des républiques italiennes. Les grands événements du ti'eizième siècle, les rigueurs exercées par les croisés français, commandés par Simon de Monlfoi't, contre les hérétiques albigeois et plus tard indistinctement contre tous les partisans de la dynastie comtale , tarirent brusquement les sources de prospérité.
Les foi'tificalions et remparts de Toulouse fui'ent démolis ; les lois du droit féodal français partout imposées; la tille du dernier comte dut épouser un prince de la maison royale , le comte Alphonse de Poitiers , <'t, en \'21{ , à la mort d'Alphonse, les territoires du comté de Toulouse, d'Albigeois et d'Agenais
furent réunis à la couronne de France.
Deux établissements émanés de la monarchie devaient compenser , en quelque sorte , pour Toulouse , devenue capitale de la province de Languedoc, la perte de son autonomie et de sa brillante existence sous l'administration des comtes : l'université et le parlement.
Grâce à la première institution , qui date de l'année 1259, et aux cours de théologie, de droit canon et de droit civil , de belles-lettres et de médecine ouverts à Toulouse, les étudiants de toute la région du Sud-Ouest affluèrent dans la capitale du Languedoc, en modifièrent entièrement la physionomie et en firent un centre d'études des plus animés. L'influence de ces écoles, qui étaient, en quelque sorte, une restauration des anciennes écoles gallo-romaines, ramena ouvertement les esprits vers les traditions de l'antiquité classique, supprima pour ainsi dire, en esprit, toutes les réalités de la vie communale de Toulouse sous les comtes, pour y substituer une sorte de mythe pseudo-romain qui a jeté de puissantes racines dans les croyances populaires.
La seconde institution , le parlement fixe , date de l'année 1444. Elle ne changea pas moins profondément le caractère de la ville comtale : elle en lit un caravanséraï de plaideurs. Le ressort du jjarlement de Toulouse était extrêmement étendu. Il ne comprenait pas moins de trente et un diocèses. La multiplicité des jugements d'appel que l'autorité royale attribuait à la cour souveraine . conduisirent dans la ville
une innombrable populaliun llollanto, dont le logement et Tenlretien dépassèrent bientôt les ressources du pays , et contraignirent les magistrats municipaux à instituer seize auberges privilégiées dont ils concédaient les enseignes par des lettres de provision.
Par suite de cette double fondation, le nouveau caractère de Toulouse fut nettement déterminé. Les hommes de loi y pullulèrent; les exercices du barreau devinrent le stage oblige de toutes les ambitions , la voie la plus sûre vers les dignités municipales et parlementaires, et, à la place de Tancienne noblesse féodale, que les guei'res avaient ruinée ou détruite, ou qui s'était retirée dans les campagnes , cédant la place à l'envahissement des gens de robe, il se créa, parles eiVorts successifs de générations laborieuses, écononjes et modestes, une aristocratie nouvelle qui finit par faire oublier son ainée.
Nous ne devons pas oublier de mentionner, comme un des traits caractéristiques de Toulouse et l'un des plus connus au dehors, la fondation, en lo'i'i, du plus ancien corps littéraire de la Fi'ance , le C'jlUyc du (jui-sacuir, établi en mémoire des anciennes sociétés de troul)adours par sept habitants de Toulouse, qui se constituèrent en tribunal de i)oèsie , et distribuèrent des th'urs d'or et d'argent aux vainqueurs de leurs concours. Cette création, (jui a traversé des phas<'s diverses, et dont la nalui'c s'est entièi'ement modifiée , a été oi-ganisèe sous une forme nouvelle par Louis XIV avec le titre d'Académie des jeux Floraux.
Après de rudes périodes d'épreuves , des famines, des inondations , des pestes , des incendies qui avaient amené une dépopulation considérable pendant le quatorzième siècle , Toulouse respirait, au commencement du seizième, et renaissait à la richesse et aux arts , quand les terribles conséquences des dissensions religieuses , et les troubles de la Ligue vinrent suspendre brusquement Toeuvre réparatrice de la paix. Jusqu'au règne de Louis Xlil, la capitale du Languedoc vécut à peu près constamment dans un véritable état de siège, contraignant ses bourgeois au service militaire, entretenant des sentinelles à ses portes et sur ses remparts, organisant des chevauchées, comme à Tépoque féodale , contre les petites places fortes du voisinage.
Le régime énergique de Richelieu et les mesures absorbantes de Louis XIV réduir^irent à des questions de forme et de vanité extérieure tous les anciens privilèges municipaux, et Toulouse eut dès lors une existence purement administrative. La mort de son gouverneur, Montmorency, décapité dans la cour de la maison de ville, avait clos dramatiquement l'hisloire de son passé.
Au moment de la Révolution , Toulouse essaya de défendre ses vieux privilèges monarchiques , qui furent bientôt emportés avec la monarchie elle-même. L'Empire y introduisit quelques amélioialions matérielles , et y livra une de ses dernières batailles, le 10 avril 1814, sous les ordres du maréchal Soult, contre les
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forces combinées de TAngleterre, de l'Espagne et du Portugal.
Sous les régimes qui ont succédé , la population s'est considérablement accrue et la ville agrandie, mais en gardant son caractère de vieille ville, et sans être franchement emportée par le grand courant de vie moderno qui a métamorphosé tant d'autres cités françaises.
Toulouse possède aujoui'd'hui un grand nombre d'établissements scientifiques : une Académie impériale des sciences , inscriptions et belles-lettres, fondée en 1G40, organisée en 1746; une Société archéologique , fondée en 1831 ; une Académie de législation, fondée en 1851, et qui compte parmi ses membres les juristes les plus distingués de TEurojie ; des Sociétés de médecine , d'agriculture , d'hoi'ticulture , d'histoire naturelle; des facultés de droit, des lettres, des sciences; une école de médecine ; une école vétérinaire ; une école municipale des beaux-arts et des sciences industrielles qui a pris un grand développement.
L'industrie et le commerce de Toulouse sont très-variés mais ne dépassent pas en général des proportions moyennes. Les principales industries locales sont : la carrosserie, les manufactures de fer et d'acier, la fabrication des vitraux peints ; il s'y fait un débit considérable decjuelques prociuils alimentaires, et surtout des pâtés de foie de canards aux tiuffes qui ont obtenu une renommée cosmo))olile.
La population de Toulouse , d'après les derniers recensements, s'élève à 127,000 habitants.