‹ Géographie de la soieChapitre 126 sur 135 · URUGUAY · texte numérisé non relu

URUGUAY

M. Pierret, consul de France à Montevideo a eu l'extrême obligeance de demander pour moi à l'Association rurale de la République de l'Uruguay, un rapport sur l'état de la sériciculture dans cette région. Je résume ainsi cet intéressant document :

(( Tout le territoire de la République, sans exception, se trouve, par sa position géographique et ses conditions cli matériques, dans les meilleures conditions pour l'éducation, sur une grande échelle, du ver à soie ; cependant, on peut dire que cette importante industrie est encore à l'état embryonnaire parmi nous.

« Quelques amateurs seulement, par goût pour cette occupation, et peut-être aussi dans l'intention de stimuler le développement d'une nouvelle source de richesse pour le pays, se sont adonnés à l'élevage des vers à soie, mais dans des proportions tout à fait restreintes.

(c Le P. Larragnaga, curé de la cathédrale de Montevideo, est le premier (dans la seconde décade de ce siècle) qui ait introduit dans le pays la graine du ver à soie, et c'est à lui que revient l'honneur d'avoir obtenu les premiers cocons.

18'i GEOGRAPHIE DE LA SOIE

Le goût pour la sériciculture est resté dans sa famille, et sa nièce, M"** veuve Jackson, a pu obtenir la soie nécessaire pour la confection des étoflfes destinées à Tornement de la jolie petite église construite par ses ordres dans sa maison de campagne d'Âtahualpa.

« Après le P. Larragnaga, MM. Gatalà, Lecoq, Juanico, Fauvety, Bertelli, Polleri, ainsi que quelques familles agricoles dont les noms nous échappent, se sont aussi occupés de sériciculture, mais sur une très-petite échelle.

((M. Lecoq a présenté à l'Exposition universelle de Paris de 1867 des échantillons qui lui ont valu une médaille d'or.

(( A la dernière Exposition de Vienne ont figuré des échantillons de soie provenant de la récolte de M. Bei*telli, une des personnes qui se sont le plus occupées à développer dans l'Uruguay l'industrie séricicole.

« Au printemps de 1873, M. Polleri a fait éclore cinq onces de graines et a obtenu un résultat splendide tant en en cocons qu'en graines.

« Gomme nous l'avons dit, tout le territoire de la République se prête admirablement à la sériciculture, mais jusqu'à présent ce n'est guère que dans les^ environs de Montévideo que les essais ont eu lieu.

« Il existe aussi dans le pays quelques autres espèces de lépidoptères qui vivent à l'état sauvage ; mais la soie qu'ils filent est en si petite quantité et d'une extraction si difficile qu'elle ne paraît guère propre à être employée par l'industrie.

c( On a tenté d'élever à- l'air libre, mais sans résultat, les vers qui vivent sur le ricin et l'allante; pour réussir, il faudrait donner à ces vers les mêmes soins qu'à ceux du mûrier, mais alors il n'y aurait aucun profit, les frais étant les mêmes et le produit étant inférieur.

«Nos mûriers, qui appartiennent à Tespèce multicaule, se multiplient très-facilement. On pourrait en faire sans peine de très-grandes plantations.

« Le ver à soie est très-robuste dans notre pays ; aucune épidémie ne l'affecte. Gela tient surtout au climat qui, étant très-sec, empêche les branches sur lesquelles vivent les vers de se corrompre : loin de présenter Taspect de foin humide, elles se pulvérisent sous les doigts et n'ont aucune mauvaise odeur.

« Notre opinion est que la sériciculture constituera un jour dans rUruguay une exploitation agricole très-productive pour les familles qui l'adopteront comme un supplément à leurs travaux ruraux.

« Signé : M. BâEZA,

Vice-président de rAssociation rurale de la République

de r Uruguay.

D. ORDOGNANA, secrétaire.

c Pour copie conforme, Montevideo, le 23 avril 1875.

« Signé : Ad. VAILLANT, Chef de bureaade la statistique générale de l'Uruguay. »

Gomme on le voit, la sériciculture ne trouve dans TUruguay aucun obstacle de la part du climat. 11 en est un cependant qui l'empêchera longtemps encore de prendre un développement considérable, je veux parler de la cherté de la main-d'œuvre. Or, la production de la soie ne peut guère devenir une source de richesse pour une contrée tant qu'elle est confinée entre les mains de quelques familles aisées. Il est donc probable que de longues années s'écouleront avant que l'Urugua}'', comme, du reste, les autres Etats méridionaux de l'Amérique du Sud, puisse prendre rang parmi les pays vraiment séricicoles»

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