CHAPITRE IX — GÉOGRAPHIE POLITIQUE
LECTURE
Tananarive.
f La fondation d'une ville et sa croissance offrent ceci « de particulier qu'elles se rattachent intimement à l'iiis- « toire d'un peuple et qu'on ne peut les considérer sans « suivre parallèlement les faits intérieurs et extérieurs dont « est constitué le passé de ce peuple. Quand il s'agit d'une « capitale, la volonté d'un souverain est souvent l'origine « de la cité destinée à servir des desseins politiques, à deve- « nir le centre des forces qui président aux destinées du « pays : son emplacement est choisi en vue de faciliter « l'exercice et l'extension du pouvoir ; sa construction est « réalisée dans ce but, son développement consécutif aux « progrès de la puissance du monarque.
« Tananarive n'a pas échappé à cette règle quasi générale ; « un roi la créa dans un site merveilleusement approprié à a son objet ambitieux ; ses successeurs tirèrent partie de ces « avantages et, fondant de leur capitale sur l'île, comme « d'un repaire, parvinrent, en un siècle et demi, à la domi- « ner toute entière. Jamais capitale ne parut mieux mériter ce a titre, tant par sa position géographique et la configuration a du sol sur lequel elle repose que par l'aspect imposant de « ses édifices et la grandeur des souvenirs évoqués par son « seul nom. Tananarive c'est une race intelligente se levant « au milieu d'autres races inférieures qu'elle asservit ; c'est « une série de souverains donnant ce spectacle curieux d'ob- « server, avec un art et une prudence consommés, malgré « l'état primitif de la civilisation malgache, une règle de « gouvernement remarquable par son unité et son envergure; « ce sont, d'autre part, la barbarie s'épanouissant sous ses « formes les plus cruelles, l'absolutisme le plus intransi- « géant, la mauvaise foi la plus insigne, le crime élevé à la « hauteur d'une institution ; c'est aussi une ville sans « pareille, presque magique, qui surprend et arrête le voya- « geur le plus accoutumé à voir de grandes choses.
« Il y a des moments dans notre vie, écrit Sibree, qui ne « ressemblent à aucun autre et qui se gravent dans la mémoire « en caractères ineffaçables ; tel fut celui où j'aperçus Tana- « narive pour la première fois.
« Tous les récits qui lui sont consacrés traduisent cette « impression de non-vu, cette émotion singulière produite « par Tananarive sur ceux qui, venant de la mer, en décou- « vrent le panorama du sommet des crêtes éloignées. Ce n'ost « pourtant pas que la ville soit comparable, par sa raagnifi-
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c cence à ces cités de l'Inde dont la simple description en- « flamme l'esprit ; ce n'est pas non plus qu'elle possède le « pittoresque chinois, ou l'éblouissant reflet des grandes 0 agglomérations africaines. Des maisons de très modeste « apparence accrochées sans ordre aucun, au flanc escarpé « d'une montagne et dominées par des palais dont les pro- « portions anormales étonnent sans choquer ; une multitude 0 de temples qui la font ressembler à une ville sainte, tels « en sont les principaux caractères. Mais de cet ensemble qui « n'a même pas un cachet local, se dégage une originalité si « puissante ; la curiosité est si fort éveillée par le décor et « son cadre, que les enthousiastes appréciations des écrivains « se justifient en un instant et que l'on éprouve une hâte « inexplicable de mieux connaître cette cité dont l'apparence « est vraiment grandiose. »
X Tananarive et ses environs.
(Journal Officiel de Madagascar, 9 Décembre 1903).
BIBLIOGRAPHIE