La ville même de Lugdunum, qui s'élève adossée à
1. Athénée qui raconte le même trait nomme le père de Bituit Aoui^visç, Luernius. — 2. 'OxXoiç au lieu de fiXoi«. Conjecture de Coray fondée sur le texte d'Athénée.— 3. Le mot xoivàxtpov, difficile à entendre, nous parait expliqué
ito>iTCu6|ievoi JiaTârEOUfft icoixiXuç, dfxeî xâv Iv xsfaXalw Tt( eîtcir) , toû $' àxpi&oûç »XXoi(
«a^a]^wpi)-ciov. » Et, en effet, dans toute la description qui suit, il se règle sur les divisions purement physiques, principalement sur le cours des fleuves et des
rivières, tels que le Rhône, le Rhin, la Loire, la Saône, le Doubs, la Seine, et sur les divisions ethnographiques, Ségosiaves, £daens, S<
Séquanes, etc.
UDe colline, au confluent de TArar et du Rhône, est un établissement romain. Il n'y a pas dans toute la Gaule, à l'exception cependant de Narbonne, de ville plus peuplée, car les Romains en ont fait le centre de leur commerce, et c'est là que leurs préfets font frapper toute la monnaie d'or et d'argent. C'est là aussi qu'on voit ce temple ou édifice sacré, hommage collectif de tous les peuples de la Gaule, érigé en l'honneur de César Auguste : il est placé en avant de la ville, au confluent même des deux fleuves, et se compose d'un autel considérable, où sont inscrits les noms de soixante peuples, d'un même nombre de statues, dont chacune représente un de ces peuples, enfin d'un grand naos ou sanc* tuaire^ Lugdunum est en même temps le chef-lieu du territoire des Ségosiaves, lequel se trouve compris entre le Rhône et le Doubs [lis. le Liger']. Quant aux peuples qui succèdent aux Segosiavi dans la direction du Rhin, ils ont pour leur servir de limite, les uns, le Doubs, les autres l'Arar, deux rivières qui, ainsi que nous l'avons dit précédemment, descendent aussi des Alpes et se jettent dans le Rhône, apr^ avoir confondu leurs eaux. Mais il y a encore une autre rivière, le Sequanas, qui prend sa source, dans les Alpes et va se jeter dans l'Océan, après avoir coulé , parallèlement au Rhin et avoir traversé tout le territoire d'un peuple de même nom compris entre le Rhin à l'est et l'Arar à l'ouest : c'est de chez ce peuple que provient le meilleur porc salé qu'on expédie à Rome. Entre le Doubs* et l'Arar ce sont les iEduens qui habitent : la ville de Cabyllinum, sur l'Arar, et la place forte de Ribracte leur appartiennent. Les iEduens se faisaient appeler aussi les frères du peuple romain, et ils avaient été effectivement les premiers d'entre les peuples de la Gaule à rechercher l'amitié et l'alliance des Romains. Les Séquanes, au contraire, qui
1. Voy., dans VIndex var. lect. de l'édition de M. Mûller (p. 963, col. 2, 1. 13), le résumé des différentes conjectures proposées pour corriger le xal iXko<; du texte. — 2. Comme le fait remarquer M. Mûller, la phrase qui suit celle-ci empêche qu'on n'attribue à Strabon cette confusion manifeste entre le Doubs et le Liser. — 3. H faut évidemment ici, comme plus haut, lire le Lifjer au lieu du Douhs.
habitent an delà de i'Ârar, avaient été de bonne heure en butte à la haine des Romains, comme aussi des iEduens, pour avoir pris part à plusieurs reprises aux incarsions des (rermains en Italie^ d'autant que ces incursions avaient révélé leur supériorité militaire, ayant toujours été terribles ou impuissantes, suivant qu'ils avaient prêté ou refusé leur concours aux Germains. Avec les iEduens, la haine était de plus envenimée par des contestations incessantes au sujet du fleuve qui les sépare, chacun des deux peuples prétendant à la possession exclusive du cou^s de TArar et revendiquant la perception des péages. Mais aujourd'hui les Romains sont maîtres de tout.
3. Des différents peuples, maintenant, qui bordent le Rhin, les Helvètes * se présentent à nous les premiers : c'est sur leur territoire, en effet, au mont Adulas*, que se trouvent les sources du fleuve. De la même montagne, laquelle fait partie des Alpes, descend, mais dans une direction opposée, c'est-à-dire dans la direction de la Gaule cisalpine, le fleuve Adduas * qui, après avoir formé le lac Larius, sur les bords duquel s'élève Côme, s'en va s'unir au Padus. Nous parlerons plus loin de ce dernier fleuve et de ses affluents : pour le Rhin, U forme également dans son cours, et de vastes marais, et un grand lac qui marque la limite extrême des possessions des Rhsetiens et des Yindoliciens, peuples établis en partie dans les Alpes, en partie au-dessus des Alpes. Asinius affirme que la longueur du cours du Rhin est de 6000 stades; cependant il n'en est rien. Mettons en effet que ce fleuve puisse avoir en ligne droite un peu plus de la moitié de cette longueur; assurément ce sera assez d'ajouter mille stades pour les sinuosités qu'il décrit. On sait quelle est sa rapidité, bien qu'il coule dès sa sortie des montagnes dans des plai- ' nés presque sans pente, et combien il est difficile à cause de cette rapidité même d'y établir des ponts; or, je le de-
1. 'EXouiiTTioi. au lieu de aVtou^tioi, qui egt la. leçoa des Mss., conjecture de Clavier, ratifiée par Coray, et préfSérable, suiyant nous, à la correction Novxovdxat, proposée par Xylander, Casaubon et Siebenkees. ~ 2. Les Mss. donnent AiaSouiXXa : la Correction 'AîodXa appartient à Xylander. — 8. Coray écrit 'A$5o6a( ; les Mss. donnent tous la forme A$o6a(.
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mande, se pourrait-il qu'il conservât cette rapidité et cette force de courant, si, avec le peu de pente qu'il a, nous lui faisions décrire encore une infinité de longs détours ? Asiniusveut aussi que le Rhin n'ait que deux bouches, et il taxe d'ignorance ceux qui lui en prêtent davantage. Comme le Rhin, le Sequanas embrasse une certaine étendue |de pays dans ses sinuosités, mais il s'en faut bien aussi que ces sinuosités aient le développement qu'on a dit ^ Les deux fleuves coulent du sud au nord et débouchent l'un et l'autre en face de la Bretagne, le Rhin assez près pour que de son embour chure on aperçoive distinctement le cap Gantium, extrémité orientale de Tile, le Sequanas im peu moins près : aussi estce dans le voisinage de l'embouchure du Rhin que le divin Gésar établit le rendez*vous de sa flotte, quand il fut pour passer en Bretagne. Ajoutons que le trajet qu'ont à faire par le Sequanas les bateaux qui ont reçu les marchandises venues de l'Arar est un peu plus long que le trajet par le Liger ou par le Garounas, sans compter qu'il y a bi^ 1009 stades de Lugdunum au Sequanas et le double ou peu s'en faut des bouches du Rhône à Lugdunum. Fort riches euxmêmes, à ce qu'on prétend, les Helvètes ne s'en étaient pas moins laissé tenter par la vue des richesses des Gimbres, et c'est ainsi qu'ils se tournèrent vers le brigandage : ils eurent dans la guerre des Gimbres deux de leurs tribus, sur trois, exterminées; mais on put voir, lors de la guerre contre le divin Gésar, qu'une grande nation s'était déjà reformée des^ débris deTancienne, puisque les Helvètes perdirent 400000' hommes dans cette guerre, et qua Gésar en épargna encore' 8000, pour éviter que leur pays, une fois dépeuplé, ne tom-bât au pouvoir des Germains, leurs voisins.
4. Aux Helvètes, le long desbords du Rhin, succèdent le9 Séquanes et les Médiomatrices, et, compris parmi ces derniers, les Tribocques, peuple germain, enlevé naguère à ses foyers et transporté là de la rive opposée du fleuve. Le mont Jurasius; situé dans le pays des Séquanes, sert de
1. Au lieu de où ToaaOTtjv que portent les Mss., Coray lit [àxv] o4 toaavniv.
s:^' ^édfîWPmS DE STRABON.
hei» 4fe 4^ïiMirMtw'^ «nl*^ ce peuple et les Helvètes. Au- ,^MK «ini»«>M"**» *^®^ Helvètes et des Séquanes, dans la A'iMum A ^!«<w<**°*'> habitent les iEduens et les Lingons, >u« là »toe direction, au-dessus des Médiomatrices, W Ijtmtf*^ •^ encore les Lingons. Puis, entre le Liger et u "^Mwaoas» dans la contrée qui s'étend par delà le Rhône «t TAt^f i^^^^ ^^ ^* ^^^ Allobriges et du territoire de jji^^Dum, habitent différents peuples : les plus célèbres jgf les Arvernes et les Gamutes dont le Liger traverse les
risessions. Le Liger est tributaire de l'Océan, et, comme trajet qui sépare la côte de Bretagoe de l'embouchure des fleuves de la Gaule n'est que de 320 stades, en partant le soir avec le reflux, on peut aborder le lendemain dans cette île vers la S^ heure. Au-dessous des Médiomatrices et des Tribocques sur le Rhin, à la hauteur du pont, que les généraux romains, qui opèrent actuellement contre les Germains, viennent de jeter sur ce fleuve, habitent les Trévires. Juste vis-à-vis, sur la rive opposée, étaient établis les Ubiens, avant qu'Agrippa les eût transportés de leur plein gré de ce côté-ci du fleuve. Les Nerviens, qui succèdent immédiatement aux Trévires, sont aussi d'origine germanique. Puis viennent les Ménapes, qui habitent, eux, aux bouches mêmes et des deux côtés du Rhin, parmi des marais et des bois, ou pour mieux dire, vu le peu d'élévation des arbres, parmi des halliers touffus et épineux. Les Sugambres, autre peuple germain, sont établis dans le voisinage immédiat des Ménapiens. Enfin, au-dessus de la vallée même du fleuve, et tout le long de sa rive droite, habitent les Suèves, Germains aussi d'origine, mais qui surpassent de beaucoiip les autres peuples de la même race par leur nombre et leur puissance militaire : ce sont les armes des Suèves, en effet, qui ont expulsé le peuple que nous avons vu tout récemment chercher asile sur la rive citérieure, et, règle générale, jà mesure que les peuples placés devant eux déposent les armes et traitent avec les Romains, les Suèves ne manquent jamais de prendre violemment leur place; comme pour faire renaître la guerre de ses cendres.
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5. A rO. des Trévires et des Nerviens habitent les Sé- Dons et les Rèmes, auxquels il faut ajouter les Atrébatiens et les ÉburoDS ; puis, à la suite des Ménapes, sur le littoral même, viennent les Morins, et, après eux, les Bellovaques, les Ambianiens, les Suessions et les Galètes jusqu'à l'embouchure du Sequanas. Le pays des Morins^ des Atrébatiens et des Éburons offre le même aspect que celui des Ménapes, l'aspect d'une forêt, mais d'une forêt d'arbres très-peu élevés, qui, tout en présentant une superficie considérable, n'a pourtant que les 4000 stades d'étendue que les historiens lui donnent. On désigne cette forêt sous le nomd'Arduenne. Habituellement, en cas de guerre et d'invasion, les gens du pays entrelaçaient ensemble *■ les branches de ces arbustes, qui sont épineux et rampants comme des ronces, pour que l'ennemi trouvât tous les passages obstrués; dans certains endroits même ils enfonçaient en terre de gros pieux, après quoi ils allaient se cacher eux et leurs familles au plus profond des bois dans les petites îles de leurs marais. Seulement, s'ils trouvaient là, durant la saison des pluies, d'impénétrables retraites, il devenait aisé de les y atteindre quand commençait la sécheresse. Actuellement, toutes ces populations en deçà du Rhin ont déposé les armes et obéissent aux Romains. Nous nommerons encore dans le bassin même du Sequanas les Parisii qui occupent une île du fleuve et ont pour ville Lucotocia, les Meldes, les Lexoviens dont le territoire borde l'Océan ; mais ce sont les Rèmes qui forment la nation la plus considérable de cette partie de la Gaule, «t comme Duricortora, leur capitale, est en même temps la ville la plus peuplée du pays, c'est elle naturellement qui sert de résidence aux préfets envoyés de Rome.
1. Casaubon , d'après César, propose de lire ici : ouni^vsvrt; xal 9U|jiicU-
XOVTCf.
J22 GEOGRAPHIE DE STRÂBON.