Homère, Odyssée j IV
GÉOGB. DE STRABON. I. — 5
trême situé de ce côté, comme le prouve la mention du zéphyr, placée à dessein par le poëte dans les vers qui suivent :
0 Toujours du sein de TOcéan s'élève le souffle haxmonieux c du zéphyr *. »
Il faut en convenir, tout ce système d'Eratosthène n'est qu'un tissu d'énigmes.
32. D'ailleurs, s'il est vrai qu'Homère d'une ou d'autre façon ait été instruit qu'anciennement la mer couvrait de ses eaux Fisthme tout entier, ce serait une raison de plus pour nous de croire à cette division des Éthiopiens en deux corps de nation, puisque, dans ce cas-là, la ligne de démarcation aurait été représentée par un bras de mer aussi considéraLle. Quelles richesses, en outre, Ménélas eûtil pu rapporter de chez les Ethiopiens de la mer extérieure et des bords de l'Océan? Quand Télémaque s'extasie sur la somptuosité de son palais, que distingue-t-il dans cette quantité infinie d'objets précieux?
« L'or, rélectre, et l'argent, et l'ivoire*. :d
Or, de ces différentes substances, aucune, si ce n'est l'ivoire, n'abonde chez ces peuples, extrêmement pauvres pour la plupart, et tous encore nomades. - — Soit, dira-t-on; mais près de là était l'Arabie et tout le pays jusqu'à l'Inde , l'Arabie, qui, seule entre toutes les contrées de la terre, a reçu le nom d*Heureuse, et l'Inde, qui sans porter expressément le même nom, n'en est pas moins réputée et représentée aussi comme une très-heureuse contrée. — A quoi nous répondrons à notre tour qu'Homère n*a point connu l'Inde, car autrement il n'eût point manqué d'en parler ; et, en ce qui concerne l'Arabie, V Arabie heureuse, comme on l'appelle aujourd'hui, tout en convenant qu'ill'a connue, nous ferons remarquer que, de son temps, elle était loin d'être riche encore, qu'elle manquait même du nécessaire et n'é-
1 Homère, OiysséefTV, 567. — 2. Id.j Odyssée^ IV, 73.
tait guère peuplée que de sceneïes. Quant au canton, qui produisait les parfums ou aromates, et d'où est venu ce nomd'aromatophorej étendu plus tard à l'Arabie entière à cause de la rareté de cette denrée et du prix qu'on y attache en nos contrées, il n'en formait que la moindre partie. Aujourd'hui, à la vérité, les Arabes ne manquent de rien ; l'activité, le développement de leur commerce les enrichit sans cesse, mais dans ce temps-là en était-il déjà ainsi ? La chose est peu probable. Si le commerce des aromates, d'ailleurs, suffisait à enrichir un marchand, un simple chamelier, ce qu'il fallait à l'avide Ménélas, c'étaient ou les profits de la guerre, ou les présents de rois et de chefs ayant le moyen et en même temps la volonté de donner à proportion de l'illustration de sa race et de la gloire de son nom ; et, comme en effet les Égyptiens, voire même ceux des Éthiopiens et des Arabes qui confinent à l'Egypte, possédaient déjà un certain degré de civilisation et pouvaient avoir entendu quelque chose du retentissement de la gloire des Atrides, surtout après Theureuse issue de la guerre de Troie , Ménélas avait tout lieu d'espérer en leur munificence. Qu'on se rappelle ce que dit Homère à propos de cette fameuse cuirasse d'Agamemnon ;
« Ginyras la lui avait donnée naguère, comme gage d'hospio; talité ; car le grand renom du héros avait pénétré jusqu'à « Cypre *. j
Ajoutons que Ménélas, dans ses longues erreurs, avait passé la plus grande partie du temps dans les parages de la Phénicie, de la Syrie, de l'Egypte et de la Libye ainsi que dans les eaux de Cypre, sur les côtes en un mot et parmi les îles de notre mer intérieure, tous pays en effet où il lui était facile soit d'obtenir de ces précieux gages d'hospitalité, soit de s'enrichir par la violence et la piraterie aux dépens surtout des anciens alliés des Troyens , tandis que les populations barbares, les populations lointaines des bords de la mer extérieure n'auraient guère pu offrir au hé-
l. Homère, Iliade^ XI, 20.
ros une perspective semblable. Cela étant, quand le poète nous dit que Ménélas était venu jusqu'en Ethiopie, [le mieux n'est-il point d'entendre que ce héros n'avait pas pénétré au cœur même du pays], mais qu'il s'était contenté d'en toucher la frontière du côté de l'Egypte? D'autant qu'il n'est pas impossible que cette frontière fût alors plus rapprochée de Thèbes qu'elle ne Test aujourd'hui, bien que la frontière actuelle en soit déjà assez rapprochée, puisqu'elle passe près de Syène et de Philœ, la première de ces deux villes, Syène, appartenant à l'Egypte, et l'autre, Philae, ayant une population mixte d'Ethiopiens et d'Égyptiens. Or, une fois arrivé à Thèbes, Ménélas aura bien pu, surtout à la faveur de l'hospitalité royale, atteindre ces premières limites de l'Ethiopie, voire même les dépasser un peu : cette supposition n'a rien qui choque la raison. C'est ainsi qu'Ulysse dit être venu dans le pays des Cyclopes, pour s'être avancé seulement depuis la mer jusqu'à l'antre de Polyphème, situé, comme il le marque lui-même, tout à l'entrée du pays; pour l'-^olie et le pays des Lœstrygons la même chose. En général, il lui suffît d'avoir un jour abordé en tel . ou tel point d'un pays pour dire qu'il l'a visité. Voilà donc comment Ménélas sera venu en Ethiopie ; en Libye pareillement, il lui aura suffi de toucher à quelques points de la côte, comme est ce port voisin d'Ardanie, au-dessus de Parœtonium, qui a retenu le nom de Ménélas»
33. Si maintenant, après avoir nommé les Phéniciens, Homère mentionne aussi les Sidoniens, dont la ville était proprement la métropole ou capitale de la Phénicie, il ne fait en cela qu'user une fois de plus d'une figure de mots qui lui était familière, témoin ce vers :
c 11 guide jusqu'aux vaisseaux les Troyens et Hector ' ; ■
et ceux-ci :
c Les fils du magnanime OEneus n'étaient plus au nombre