LIVRE II
de Pliilon), en revanche, personne, pas même Ératosthèse, n'a détermine le vrai climat de l'Iode. Seulement s'il est vrai, ainsi qu'on le croit sur la foi de Néarque, qu'on y assiste au coucher des deux Ourses, il devient impossible que Méroé et rextrémité de l'Inde soient situées sons le même parallèle. » — De deux choses Tune pourtant : ou bien Ératosthène a ratifié ce que différents auteurs avaient dit de celte circonstance qu'on voit dans rinde les deux Ourses se coucher, et alors comment BUpparque a-t-il pu dire que personne, et Ératosthène pas plus que les autres, n'avait rien publié sur le climat de llnde, car cette circonstance du coucher des Ourses se rapporte bien, j'imagine, au climat; ou bien il est faux qu'Ératosthène ait confirmé le dire des autres sur ce point, et alors pourquoi ne l'avoir pas mis hors de cause? En fait Ératosthène ne l'a pas confirmé positivement, et, s'il a taxé Déimaque d'ignorance, pour avoir prétendu, contrairement . au témoignage de Mégasthène, qu'il n'y a. pas un lieu dans rinde entière, d'où l'on puisse assister au coucher des deux Ourses et où l'on observe le renversement alternatif des ombres, c'est qu'il avait lieu de soupçonner un double mensonge dans une assertion, dont la première partie (j'entends celle-^i que l'on ne voit nulle part dans l'Inde les ombres tomber alternativement en sens contraires) se trouvait être de l'aveu de tous, et est, de l'aveu même d'Hipparque, un mensonge notoire: car,siHipparque ne veut pas que l'extrémité méridionale de l'Inde corresponde juste à Méroé, au moins paraît-il admettre qu'elle est plus méridionale que Syène.
21. Dans ce qui suit maintenant, Hipparque revient encore sur les mêmes questions, mais ou il ne fait que répéter ce que nous venons de réfuter, ou bien il s'appuie sur des données ou propositions fausses, ou bien encore il introduit des conséquences inexactes. Ainsi, de ce qu'Ératosthène compte depuis Babylone jusqu'à Thapsaqùe 4800 stades et de làvers le nord, jusqu'aux moDts d'Arménie, [2] 100 stades, il ne résulte pas nécessairement qu'en suivant le méridien même de Babylone on trouvera encore plus c!3 6000 stades
CÉOGR. DE STRABOrï. I. — 9
entre cette ville et les monts d'Arménie : loin de dire en eôet que de Thapsaque k ces montagnes il y ait 2000 stades*, Eratosthène signale dans Imtervalle certain espace qui n'a pu être encore mesuré. Or, Targument qu'on tire d'une donnée fausse n'offre plus rien de concluant. D'autre part, Eratosthène n'a jamais dit que Thapsaque fût situé à plus de 4500 stades au nord de Babylone.
22. Plus loin, Hipparque, qui continue à plaider la cause des anciennes cartes, citera encore inexactement Eratosthène au sujet de sa troisième sphragide ou section de la terre habitée, s'arrangeant ainsi avec une sorte de complaisance des propositions plus faciles k réfuter. On sait qu'Ératosthène, après avoir au préalable établi certaines données touchant la direction du Taurus et de la mer intérieure depuis les Colonnes d'Hercule et avoir, conformément k ces données, et au moyen d'une première ligne, divisé la terre habitée en deux parties , Tune boréale et Tautre^australe, essaye de diviser encore chacune de ces parties en autant de sections, ou, pour parler comme lui, en autant de sphragides que la nature des lieux le comporte. Or, l'Inde forme la première sphragide de la partie australe et l'Ariane la seconde, et, comme l'une et l'autre de ces contrées comportent une délimitation facile, Eratosthène a pu en donner exactement la longueur et la largeur et jusqu'à un certain point la figure géométrique. Ainsi il prête à l'Inde la forme rhomboïdale, parce qu'effectivement, de ses côtés, deux soiit baignés par la mer du sud et la mer orientale, sans être découpés par ces mers en golfes profonds, et que ses deux autres côtés sont limités, l'un par la chaîne de montagnes et l'autre par le fleuve, qui achèvent de lui donner ime orme, à peu de chose près, rectiligoe. Quant à l'Ariane, il fait remarquer que trois de ses côtés représentent assez exactement les trois côtés d'un parallélogramme, mais qu'en revacche la limite occidentale ne saurait être déterminée aussi rigoureusement, vu que de ce côté les popula-
1. Ai<T)riXl(i>v au lieu de nllta^ que portent les Mss. : conjecture de Casaubon.