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Géographie du département de l'Isère

Le département de l'Isère doit son nom à sa situation sur le cours de l'Isère, puissante rivière venue de la Savoie, qui le traverse du nord-est au sud-ouest et y baigne Grenoble.

11 a été formé, en 1790, de la portion septentrionale du Dauphîné, l'une des provinces qui constituaient alors la France.

Situé dans la région sud-est de la France, il est séparé de l'Italie par le département de la Savoie et par celui des Hautes-Alpes, et de la Suisse par le département de l'Ain. Six départements, le Rhône, Saône-et-Loire, la Nièvre, l'Yonne, Seine-et-Marne, Seine-et-Oise, s'étendent entre sa pointe nordouest et Paris, dont il est à 635 kilomètres (au sud-est) par chemin de 1er, et à i80 seulement en ligne droite. Trois départements le séparent du Cher, qui occupe assez exactement le centre de la France : ces départements sont le Rhône, la Loire et l'Allier. 11 est traversé à Test et près de Rourgoin, et plus près encore de Saint-Marcellin, par le 5e degré de longitude est du méridien de Paris, et tout à fait sur sa limite orientale, vers les sources du Vénéon, pur le 4° degré. Enfin, B8 pointe septentrionale s'approche du 46e degré de latitude nord, et, dans sa portion méridionale, au sud de Villard-de- Lans, de Vif, de Vizille, du Bourg-d'Oisans, il est coupé pai

2 ISERE.

le 45e degré; il est donc, au moins dans cette portion méridionale, aussi rapproché de l'équateur que du pôle, séparés l'un de l'autre, par 90 degrés.

Le département de l'Isère est borné : au nord, par le département de l'Ain ; au nord-est, par celui de la Savoie ; au sudest, par celui des Hautes-Alpes; au sud, par ceux des Haules- Alpes et de la Drôme; à l'ouest enfin, par ceux de l'Ardèche, de la Loire et du Rhône. Ses limites sont naturelles, c'està-dire formées par des rivières ou des montagnes, ou artificielles, c'est-à-dire tracées à travers champs par des lignes conventionnelles. Les frontières naturelles de l'Isère l'emportent en longueur sur les limites artificielles : au nord-est, l'Isère a pour bornes le cours du Guiers, qui le sépare de la Savoie, et celui du Rhône, qui le sépare de l'Ain; au nord, il a pour frontière le Rhône, vis-à-vis du département de l'Ain; à l'ouest, c'est encore le Rhône qui le sépare des territoires du Rhône et de la Loire; au sud et à l'est, les limites ne sont plus tracées par d'importants cours d'eau, mais par des ruisseaux, de petits torrents, des montagnes, et, plus souvent, par des lignes conventionnelles.

La superficie est de 828,934 hectares : sous ce rapport, c'est le huitième département; en d'autres termes, sept seulement sont plus étendus. Sa forme ressemble vaguement à un ovale aminci dans la partie centrale. Sa plus grande longueur, du nord-ouest au sud-est, du Rhône en amont de Lyon aux glaciers d'où descend le Vénéon, est de 145 à 150 kilomètres ; sa largeur varie entre un peu plus de 40 kilomètres (de Roybon à Entre-deux-Guiers) et un peu plus àe 80 (des montagnes d'Allevard au confluent de l'Isère et de la Bourne). Son pourtour est en nombre rond de 475 kilomètres.

Le cours de l'Isère et celui du Drac partagent le département en deux régions inégales : à l'est et au sud sont les puissantes montagnes de granit, de gneiss, de talc et de schiste, avec

leurs neiges éternelles, leurs glaciers, leurs torrents; à l'ouest et au nord, les chaînes calcaires, les plateaux moyens, les larges plaines, les grandes vallées.

Le département de l'Isère renferme les plus hautes cimes de la France, après le Mont-Blanc. L'Oisans et le massif du Pelvoux proprement dit, qui appartient aux Hautes-Alpes, forment sur la limite de l'Isère un vaste ensemble de pics et de

Pont-en-Royans.

glaciers dont de nombreux sommets s'élèvent depuir 5,500 mètres jusqu'à 4,103 (la Barre des Écrins), point culminant de cette partie des Alpes. Les cimes les plus hautes appartenant en propre au département de l'Isère sont la Meije ou Aiguille du Midi (5,987 mètres), une des plus fières montagnes des Alpes.

La Meije se dresse au-dessus de la Grave (Hautes-Alpes) ; elle appartient même à ce département par son versant septentrio-

nal, tandis que le versant méridional appartient à l'Isère. Le glacier le plus vaste est le glacier du Mont-de-Lans , long de 7 kilomètres, large de 2 à 3, qui s'étend à l'ouest du massif de la Meije, sur les deux départements des Hautes-Alpes et de l'Isère, au pied nord du Râteau (3,754 mètres), des Pics de la Grave (3,673 et 3,649 mètres) et du Jandri (3,292 mètres). Malgré leur altitude considérable, ces derniers pics ne sont point ceux qui viennent immédiatement après l'Aiguille du Midi : le second rang appartient à l' Aiguille d'Olan (3,885 mètres), au sud-sud-est de Saint-Christophe- en-Oisans. Après elle viennent le Pic Gaspard (3,880 mètres) dans le massif de la Meije, le Pic de la Temple (3,756 mètres), la Grande-Ruine (3,754 mètres), la Rochc-Faurio (3,716 mètres), les Bans (3,651 mètres), les Rouies (3,654 mètres), l'Aiguille du Plat de la Selle (5,602 mètres), cimes dont la plupart ont un versant dans T Isère et l'autre dans les Hautes-Alpes. Les glaciers les plus vastes après ceux du Mont-de-Lans cité plus haut, sont les glaciers Noir et Blanc, ceux de la Pilatte et du Sélé.

Ce groupe de montagnes superbes dépendant du Pelvoux et alimentant par ses glaciers et ses névés la Romanche, affluent du Drac, etleVénéon, affluent de la Romanche, a un rival dans le groupe des Grandes-Rousses, qui, dit-on, doit ce nom à la couleur rousse de ses parois de granit et de gneiss. Les Grandes-Rousses, remarquables par l'étendue de leurs glaciers de Saint-Sorlin, de la Cochette, des Rousses, des Quirlies, du Grand-Sablat, s'élèvent au nord de la Romanche, vis-à-vis du massif de la Meije, qui se dresse au sud de ce fougueux torrent; elles appartiennent aussi au département de la Savoie. Les Grandes-Rousses séparent le bassin de la Romanche de celui de son affluent, l'Eau-d'Olle, et de celui de l'Arc, rivière savoisienne; leurs principaux sommets sont la Cochette (5,173 mètres), deux pics d'égale altitude (5,475 mètres) connus sous le nom commun des Grandes-Rousses, et appelés souvent, l'un, au nord, l'Étendard, l'autre, au sud, la Scie ou Pic Bayle; enfin le Grand-Sauvage (5,229 mètres) et le Savoyat (5,540 mètres).

Un troisième massif, ou une chaîne de montagnes alpestres, se dresse à l'ouest des Grandes-Rousses, entre l'Eau-d'Olle et la Romanche d'une part, et la vallée du Graisivaudan, parcourue par l'Isère, d'autre part. C'est la chaîne de Belledonne, moins haute, moins terrible que le Pelvoux ou les Grandes-Rousses, mais qui peut encore prendre rang parmi les plus belles montagnes de la France. La chaîne de Relledonne a pour principaux sommets les trois pics de Relledonne (2,981 mètres; le grand pic est de quelques mètres plus élevé). Vient ensuite la Grande- Voudène ou Vaudène (2,789 mètres); la Grande-Lance d'AUemont a 2,844 mètres ; la Grande-Lance deDomène, 2,835. Ghamprousse (2,255 mètres) porte à son sommet un lambeau de roches calcaires. En un point, le chaînon de Relledonne est coupé par la Romanche, qui coule avec rapidité, à un niveau plus bas de \ ,700 mètres, au fond des gorges de Livet. Au delà de ce redoutable torrent, la montagne se relève : la cime deCornillon, on l'ointe de l'Infernet,a 2,494 mètres ; le Grand-Galbert, 2,565; la belle montagne de Taillefer, 2,801. En allant des pics de Relledonne vers le nord-est, et non plus vers le sud-ouest, comme de ces pics au Taillefer, on arrive au plateau des Sepl-Laux, ou des Sept-Lacs, ainsi nommé de sept lacs situés à 2,100-2,277 mètres d'altitude, au pied du Rocher Rlanc ou Pic de la Pyramide (2,931 mètres).

Outre le Pelvoux, les Grandes-Rousses et Relledonne, le département possède des chaînes moins élevées, quoique trèshautes encore, généralement composées de roches jurassiques ou de roches crétacées. La plus célèbre, comme aussi la plus belle de ces chaînes secondaires, est le massif de la Grande- Chartreuse, qui n'a pas moins de 420 kilomètres de tout. 11 s'élève au nord et immédiatement au-dessus de Grenoble, qu'il domine par son dernier contre-fort, le mont Jala, qui porte sur ses flancs les forts Rabot et de la Bastille, et qui n'est lui-même qu'un éperon du Rachais (1,053 mètres); longeant ensuite la rive droite de l'Isère, il se prolonge de ce côté jusqu'en Savoie, au-dessus de la vallée de Chambéry; au nord, il se termine aux gorges du Guiers-Vif ; à l'ouest et au sud-

ouest, il s'achève sur la vallée de la Morge, et de nouveau, sur la rive droite de l'Isère, en face du Bec de l'Échaillon.

Le massif de la Grande-Chartreuse, dont le célèbre monastère est bâti, à 977 mètres d'altitude, dans une gorge austère, doit son caractère de grandeur à ses failles profondes, à ses ro-

Les Grands-Goulets.

chers, a ses forêts, où, comme sur Belledonne, les Grandes- Rousses et le Pelvoux, le sapin et le pin se mêlent au hêtre, au chêne, au frêne, à l'érable, au tremble, à l'aune, au saule, au bouleau. Le pic culminant du groupe, Chamechaude, aux escarpements gigantesques, arrondis comme des tours affaissées, n'a que 2,087 mètres ; le Petit-Som, ou DeuL de Ciolles, en

8 ISERti.

a 2,066; le Grarid-Som, 2,035; le Charmant-Som, 1,871; audessus de la plaine où le Draç se jette dans l'Isère, les gorges de la Vence et celles du torrent de Pimie-Pierre ou de Saint- Martin séparent du groupe le Casque-de-Néron, mont de 1,305 mètres. De même, la Roize et l'Hérétang isolent du massif un petit chaînon calcaire, le Raz (804 mètres), coupé par les gracieux défilés du Rret.

Le Casque-de-Néron et le Raz font face aux montagne? de Lans, du Villard-de-Lans ou d'Autrans. Calcaires comme le massif de la Grande-Chartreuse, dont ils sont la continuation au delà de l'Isère, les monts de Lans sont bornés à Test, au nord, à l'ouest, sur la moitié de leur contour, par l'Isère, qui décrit un demi-cercle à leur extrémité septentrionale, au pied des assises du beau promontoire ou Bec de VÉchaillon, dominant la rivière de 200 mètres. Au sud-ouest, le massif se termine sur la profonde vallée de la Bourne ; au sud, il va se relier aux monts du Vercors. Les pics culminants des monts de Lans, qui abondent en paysages gracieux, sont inférieurs à 2,000 mètres, mais un grand nombre dépassent 1,500.

Au sud de la Bourne, à l'ouest du Drac, les monts du Vercors, tant par la direction de leur axe que par la nature de leurs roches de calcaire néocomien, sont le prolongement des monts du Villard-de-Lans et de la Grande-Chartreuse; ils s'épanouissent surtout dans le département de la Drôme : là sont leurs plus belles falaises, la forêt de Lente, et, sur la Vernaison, les gorges magnifiques des Grands-Goulets. Dans l'Isère, leur montagne la plus curieuse est le mont Aiguille, ou mont Inaccessible, obélisque haut de 2,097 mètres, difficile à gravir. Le grand Veymont a 2,346 mètres; la Grande-Moucherolle, ou Grand-Arc, 2,289, et le Moucherotte, 1,906.

Tout à fait au Sud du département, au sud-ouest de Corps, au sud-est de Mens, le mont Obiou (2,793 mètres) est le pic le plus haut d'un massif appartenant presque en entier au département des Hautes-Alpes, le Dévoluy , ensemble de montagnes ruinées, de traînées de roches, de plateaux sans arbres

et sans gazon, de ravines, de lits desséchés de torrents.

Entre le Dévoluy et les monts du Vercors, dans la région appelée le Trièves, se groupent des montagnes de craie d'élévation moyenne, nues, grisâtres, ravinées ; on peut les appeler Monts de la Croix-Haute, d'un col (1,500 mètres) qui s'y ouvre aux limites de l'Isère et de la Drôme, sur la route de Grenoble à Marseille.

Ce sont là les montagnes de l'Isère : tout le reste, c'est-à-dire à peu près la moitié du département, est composé de plateaux peu élevés, de collines et de plaines basses : Terres Froides, Terres Basses, Balmes de Crémieu, Balmes Viennoises, Plaines de Lyon, Bièvre, Valloire et Plateau de Chambaran.

Les Terres Froides doivent leur nom à ce que la nature de leur sol, le nombre de leurs sources, l'étendue de leurs bois, en font une région humide, sujette aux brouillards, désagréable en hiver, et quelquefois en automne et au printemps, autant qu'admirable de fraîcheur, belle d'aspect et agréable en été. Elles s'étendent sur tout ou partie des cantons de Virieu, du Grand-Lemps, de Saint-Geoire, de Pont-de- Beau voisin, de la Tour-du-Pin et de Bourgoin. On y trouve de petites montagnes qui atteignent jusqu'à 809 mètres d'altitude, au-dessus du lac charmant de Paladru.

Au nord de la vallée palustre de la Bourbre, les marais des Avenières, de Morestel, d'Aoste et de Granieu, forment ce qu'on appelle les Terres Basses. De la Bourbre, en aval de Bourgoin, aux lieux où le Bhône reçoit le Guiers, elles occupent une dépression en demi-cercle où, selon les géologues, passait le Bhône quand ses eaux n'avaient pas encore percé les calcaires du Jura.

Les Balmes de Crémieu sont comprises entre les Terres Basses au sud, la Bourbre inférieure à l'ouest et le Bhône à lest et au nord ; ce sont des collines calcaires qui, à leur point culminant, atteignent 444 mètres. Elles portent quelques bois, et généralement tombent sur le fleuve par des escarpements où s'ouvrent des grottes, balmes ou baumes : d'où le nom de ce massif peu élevé, mais souvent très-pittoresque.

Les Balmes Viennoises s'élèvent dans les cantons d'Heyrieu, de Saint-Symphorien d'Ozon et de Meyzieu, de la Bourbre au Rhône, au nord des plateaux perméables de Saint-Jean-de- Bournay, qui engloutissent divers ruisseaux, tels que la Gervonde. C'est une série de plateaux ondulés recouverts d'une terre végétale remarquablement féconde, très-propre aux céréales, profonde, grisâtre, argileuse, sans ruisseaux courants, presque sans sources, où Ton ne trouve l'eau que dans des puits de 50 à 40 mètres de profondeur. Leur altitude ne dépasse pas 370 mètres.

Les Plaines de Lyon, ainsi nommées de la grande ville, tout près de laquelle finit le territoire du département au nord-ouest, s'étendent le long du Rhône, entre ce fleuve et les Balmes Viennoises. Leur sol, rongeâtreet perméable, est un mélange de cailloux roulés et d'alluvions modernes, moins fertiles que les alluvions anciennes des Balmes Viennoises.

La Bièvre est une plaine commandée au nord par les Terres Froides et par les collines du Banchet, qui ont près de 700 mètres d'altitude, au sud par le plateau de Chambaran, qui en a plus de 700. Longue de 50 kilomètres, large de 4 à 10, elle est inclinée de l'est à l'ouest : à Test elle est à 450 mètres au-dessus des mers, au centre à 350, à l'ouest (où elle porte le nom de Plaine de la Côte-Saint- André), à 300 seulement. Elle fut boisée, elle est nue maintenant; elle manque de fécondité et Ton n'en tire des récoltes passables qu'au moyen d'amendements de plâtre. Elle ne retient pas à sa surface les ruisseaux que lui envoient les coteaux, et ces ruisseaux, filtrant sous terre, vont rejaillir dans la Valloire.

La Valloire, qui prolonge la Bièvre, s'étend de celle-ci à la plaine du Rhône, avec une pente d'à peu près 150 mètres. Elle appartient pour la plus grande partie au département de la Drôme. Longue de 20 kilomètres, large de 4 à 7, spongieuse comme la Bièvre, elle est aussi fertile que la Bièvre l'est peu; les eaux qui lui viennent souterrainement de cette dernière plaine jaillissent par les belles sources de l'Auron (Isère) et de la Veuze (Drôme), qui à leur tour s'engouffreut et vont repa-

raître près de Saint-Rambcrt (Drôme) par les grandes fontaines des Claires ou Collières.

Le Plateau de Ghambaran, partagé entre l'Isère et a Drôme, s'étend entre la Bièvre-Valloire et la belle vallée de l'Isère ; près de Tullins, c'est-à-dire dans des parages où il ne porte pas encore le nom de Chambaran, ce massif a un sommet de 787 mètres, la colline de Marsonna ; le Chambaran, ou Chamberan, n'en a que 735. Ce plateau, fort mouvementé, est boisé de chênes, de hêtres, (\e charmes et de châtaigniers.

Le département tout entier appartient au bassin du Rhône, le premier des fleuves français par la masse de ses eaux. Ce fleuve a son origine en Suisse, dans le canton du Valais, à 1,750 mètres environ d'altitude, au célèbre glacier du Rhône, l'un des plus beaux de l'Europe.

Le Rhône ne pénètre point dans le département, il le borne au nord-est, au nord, à l'ouest. D'abord large et plein d'îles, il se rétrécit ensuite entre les escarpements du Bugey (Ain) et le Bois-du-Mont (Isère) au point de n'avoir plus que 56 mètres d'un bord à l'autre, au-dessous du château de Mérieu. A une quinzaine de kilomètres en aval de ce détroit, au Saut-du-Rhône, le fleuve franchit une espèce de barrage de rochers à fleur d'eau, ne laissant à la masse du courant qu'un passage de 8 mètres. Longeant les Balmes de Crémieu, il passe près de la grotte de la Balme et au pied des rochers à pic d Hières.

Après cela, grossi déjà du Guiers, de la Bourbre et de l'Ain, il pénètre dans les plaines de Lyon, quitte pour quelque temps le département, va baigner Lyon, où il reçoit la Saône, et, tournant droit au sud, il ne tarde pas à toucher de nouveau l'Isère. Devant Vienne, il a 200 mètres de largeur, 5 de profondeur, et, à 50 centimètres au-dessus del etiage, une vitesse de 2 mètres par seconde. Au-dessous de Vienne, le fleuve pa^se au pied de hauts coteaux qui bientôt fout place à la iéconde plaine de

Roussillon, dernier chef-lieu de canton de l'Isère, voisin du Rhône. A la sortie du département, l'altitude du fleuve est de 154 mètres; sa pente totale dans l'Isère est de 70 mètres. Le Rhône reçoit ensuite l'Isère, baigne Valence, Avignon, et se grossit de la Durance. A Arles, il se divise en deux branches qui enferment les 75,000 hectares marécageux de la Camargue.

Il reçoit (rive gauche) dans le département : le Guiers, la Bièvre, la Braille, la Save, le Fouron, l'Amby, la Bourbre, le ruisseau de Meyzieu, l'Ozon, la rivière de Levau, la Gère, la Varèze, le Dolon. Hors du département, il reçoit trois rivières appartenant au département par une portion de leur bassin : les Claires, la Galaure et l'Isère.

Le Guiers, long de 55 kilomètres, est formé de deux torrents également abondants et rapides, bien que l'un s'appelle Guiers-Mort et l'autre Guiers-Vif : tous deux viennent du massif de la Grande-Chartreuse. Le Guiers-Mort coule bruyamment dans les belles gorges du Désert, où il entre par la porte (défilé) de V Enclos, reçoit le ruisseau de la Grande- Chartreuse, passe sous l'arche du pont de Saint-Bruno (42 mètres au-dessus de l'étiage), sort du Désert par la porte de Fonrvoirie, baigne Saint-Laurent-du-Pont et recueille le tribut de YHérétang. Le Guiers-Vif sort d'un roc immense; il sépare l'Isère de la Savoie, puis, au-dessous des sombres gorges du Grand Frou, passe entre les Échelles et Entre-deux-Guiers. — Ainsi formé, au-dessous des Échelles, par ces deux torrents, le Guiers roule ses eaux bleues de cuve en cuve, entre les rochers de la belle gorge de la Chaille, recueille YAinan, qui vient de Saint-Geoire, puis coule sous l'arche hardie du Pontde-Beauvoisin; il reçoit ensuite le Tier, déversoir du lac d'x\iguebelette, et baigne Saint-Genix-d'Ao^te.

La Bièvre, qui passe à Aoste, reçoit les canaux de dessèchement du marais des Avenières.

La Draille, qui passe à Vézeronce, reçoit les dégorgeoirs des marais de Mores tel.

La Save passe au nord de Morestel et en draine les marais.

Le Fouron baigne Chareste.

VAmby reçoit le déversoir du petit lac d'IIières.

La Bourbre (80 kilomètres) vient des Terres-Froides. Elle arrose Virieu, la Tour-du-Pin, Cessieu où tombe YHien, Bourgoin, reçoit YAgny, passe près de la Verpillière et gagne le Rhône à 2 kilomètres au-dessus du confluent de l'Ain, après avoir fait marcher un très-grand nombre d'usines, notamment celles du Pont-de-Chéruy. La Bourbre, au-dessous de Bourgoin, traverse de larges prairies tourbeuses, et absorbe, par un canal, l'excès d'eau du marais des Veines.

Le ruisseau de Meyzieu, formé au pied des Balmes Viennoises par un nombre prodigieux de fontaines, est d'une fraîcheur et d'une limpidité extrêmes. Son affluent, le ruisseau de Pusignan, naît aussi de sources abondantes à la base des mêmes Balmes.

UOzon, venu des environs d'Heyrieu, passe devant Sainl- Symphorien-d'Ozon.

La rivière de Levait commence son cours sous le nom de Seveines : elle passe dans un faubourg de Vienne.

La Gère n'a pas plus de 40 kilomètres de longueur, mais e'e^t une des rivières industrielles les plus remarquables de la France. Ce cours d'eau limpide, lorsqu'il arrive à Vienne, a reçu la Varèze, la Vésonne, la Svze, la Véga, ou rivière de Septême, née d'une source très-abondante.

La Varèze, un peu plus longue que la Gère, mais bien moins importante, a son embouchure à Saint-Alban.

Le Dolon, rivière de la Valloire (40 kilomètres), gagne le îleuve tout près de la limite du département.

Les Claires ou Collières sont formées, dans le département de la Drôme, par des sources qui proviennent des infiltrations de la Valloire. Ces eaux rejaillissent une première fois par la Veuze (Drôme) et par l'Auron, qui appartient en partie à l'Isère. L'Auron, ou Oron, naît à côté de la ligne de Saintlîambert à Grenoble, à la base de la colline de Beaufbrt (570 mètres), de soin ces très-nombreuses, abondantes et limpides, jaillissant dans 1 20 hectares d î marais ; il arrose, avec le Suzon^

son affluent, le vallon de Beaurepaire, puis passe dans la Drôme, ou il s'engouffre, ainsi que la Veuze, pour reparaître sous le nom de Glaires.

La Galaure, longue de 55 kilomètres, n'a dans l'Isère que son cours supérieur : elle descend de la forêt de Chambaran et passe à Roybon.

L'Isère est une rivière des plus considérables, la première de France à l'étiage après le Rhône, bien qu'elle n'ait pas même 300 kilomèlresde cours. Elle tire son origine des glaciers du massif du col lseran, puissant groupe de montagnes de 3,000 à 4,000 mètres, situé en Savoie, entre la France et l'Italie. A Val-de-Tignes, premier village de la vallée, l'altitude de son lit est de 1,849 mètres. Dans la Savoie, elle reçoit l'Arc, torrent terrible. Elle entre dans le département, au-dessus de l'embouchure du Bréda et de la colline escarpée du Fort-Barraux; son altitude en ce point est de 250 mètres. Large entre digues de 130 mètres, du confluent de l'Arc à la limite départementale, elle n'en a plus que 112 de celte frontière à Grenoble : ces digues, entretenues à grands frais, protègent 6,750 hectares dans la vallée du Graisivaudan, la plus belle peut-être et l'une des plus fertiles de France, comprise entre les monts de la Grande-Chartreuse et la chaîne neigeuse de Belledonne. Dans cette admirable vallée, l'Isère passe entre le Touvet et Goncelin, près de Domène, à Grenoble et à quelque distance de Sassenage, lieu près duquel elle s'augmente des deux cinquièmes par la jonction du Drac : après quoi, coulant entre les escarpements de la Grande-Chartreuse et ceux des monts du Villard de Lans, elle va contourner le beau promontoire du Bec de l'Échaillon. A partir de ce point, la vallée, cessant d'être contenue à droite par les monts de la Grande- Charlreuse, et n'étant plus dominée que par les monts de Lans, devient beaucoup plus large et peut-être encore plus féconde. La rivière passe à 3 ou 4 kilomètres de Tullins, près de l'ancienne fonderie de canons de Sain t-Ger vais, à 3 kilomètres et demi de Saint-Murcellin, et, au moment ou elle re-

çoil la Bourne, entre dans le département de la Drômc par 145 mètres environ d'altitude ; elle quitte l'Isère après un rouis de 110 kilomètres, pendant lesquels sa pente dépasse »le très-peu 100 mètres. Dans la Drôme, elle baigne la ville de Romans et tombe dans le Rhône enlre Tain et Valence, par 107 mètres au-dessus des mers.

Aux plus basses eaux connues, au fort de l'hiver, quand le froid ferme les sources et congèle les cascades, l'Isère roule encore 64 mètres cubes d'eau et demi par seconde devant Grenoble, et 105 au-dessous du confluent du Drac : c'est quatre fois le débit de la Loire à Tours, dans les sécheresses exceptionnelles, deux fois et demie la Seine à Paris à l'étiage, un grand tiers de plus que la Garonne et la Dordogne ensemble. Malgré cela, celte rivière, navigable officiellement pendant 164 à 165 kilomètres, de Montmélian (Savoie) jusqu'au Rhône, porte en réalité très-peu de bateaux, à cause de l'irrégularité de son lit et de la rapidité de son courant. Dans ses grandes crues, elle roule environ 1,000 mètres cubes par seconde.

L'Isère reçoit dans le département : le Bréda, le ruisseau de Tencin, le ruisseau du Carre, le ruisseau de Lancey, le Mannival, le Doménon, le Sonnant, le Drac, le Furon, la Vence, la Roize, la Morge, la Fure, la Drévenne, lTvery, la Cumane, la Bourne, le Furand et, dans la Drôme, FHerbasse.

Le Bréda (rive gauche) descend des Sept-Laux , où il se forme des déversoirs de plusieurs lacs situés à plus de 2,000 mètres d'altitude. Il coule dans la belle vallée d'Allevard, passe à Pontcharra et porte à l'Isère, outre le tribut de ses propres eaux, celui du Gleyzin, du Veyton et du Bens : ce dernier coule dans la gorge bordée de forêts où s'élèvent les ruines de la Chartreuse de Saint-IIugon, et passe sous l'arche du Pont-du-I)iable, haute de 80 mètres. Le Bréda a 40 kilomètres de cours.

Le ruisseau de Tencin, affluent de gauche, tombe, par une jolie cascade, dans la gor^e du Bout-du-Monde.

be ruisseau du Carre ou de Vors, affluent de gauche, descend de Belleilonne et traverse le lac Blanc % situé à 2,168 mètres.

Le ruisseau de Lanceij, affluent de gauche, sort du lac Doménon et traverse celui du Crozet.

Le Mannival, affluent de droite, est un large torrent dévastateur qui passe auprès de Saint-Ismier. Parfois à sec en été, il roule des blocs énormes de rochers quand les pluies viennent le grossir.

Le .Doménon, affluent de gauche, commence par les lacs, presque toujours glacés, de Doménon, sur un flanc de Belledonne; il reçoit le déversoir du lac Robert, et forme la haute et imposante cascade de l'Oursière. Il passe à Domène et porte à l'Isère près d'un mètre cube d'eau par seconde à l'étiage.

Le Sonnant, affluent de gauche, coule dans le vallon d'Uriage.

Le Drac, affluent de gauche, est l'un des plus abondants, des plus terribles torrents de toute la France. Aux eaux les plus basses, il roule encore 40 mètres cubes et demi par seconde, ce qui est à peu près le volume h plus faible de la Seine devant Paris (sauf les « maigres » tout à fait exceptionnels). Sur 448 kilomètres de cours, il en a un peu plus de la moitié, 76, dans l'Isère, où il entre par 750 mètres d'altitude, venant du département des Hautes-Alpes, de montagnes neigeuses de 2,900 à 3,438 mètres d'élévation. Dans l'Isère, il coule tour à tour au fond d'étranglements étroits ou sur de très-larges grèves; il laisse à droite, sur la montagne, la ville de Corps, court entre les charmantes montagnes du pays de Beaumont, à droite, et les monts décharnés du Dévoluy et du Trièves, à gauche, et passe sous un beau pont suspendu long de 125 mètres, à pareille hauteur de ses eaux. Il passe dans les admirables précipices, profonds de 300 à 400 mètres, où sourdent les eaux thermales de la Motte, puis, entrant dans la plaine du Graisivaudan avec 150 mètres de largeur entre digues, coule sous le pont de Claix, et laisse à une petite distance, à droite, la ville de Grenoble, préservée de ses inondations par des travaux particuliers de défense. Le Drac reçoit dans le département : la Souloise, venue du Dévoluy ; ce torrent appartient surtout aux Hautes-Alpes; — h Bonne (40

kilomètres), gros torrent qui arrose le Valbonnaisetque grossissent l»1 Béranger, hMalsanne et la Hoisonne; — la Jonche, qui sort du lac de Pierre-Châtel et arrose le froid pays de la Mateysine ; elle passe à la Mure; — YÊbron, qui vient du Dévoluy et arrose le pays de Trièves (cantons de Mens et de Clelles) ; — la Romanche et h Gresse; cette dernière, longue de 40 kilomètres,

Cuves de Sassenage.

passe à Vif; — quant à la Romanche, c'est un torrent des plu considérables, une rivale duDrac lui-même : elle n'a pas 90 kilomètres de longueur; mais les glaciers de la majeure partie du massif du Pelvoux lui fournissent en toute saison un volume d'eau considérable; ses inondations sont terribles, et son

tfp ISERE.

cours n'est qu'une succession de défilés obscurs, de bassins désolés, de larges grèves de pierres. La Romanche se forme dans le département des Hautes-Alpes. Dans l'Isère, elle coule dans la combe de Malaval, et passe, par la gorge de l Inf émet, dans la plaine du Bourg-d'Oisans, qui fut le lit du lac de Saint- Laurent; de là elle s'enfonce dans les gorges de Livet, après quoi elle baigne Vizille et, large d'environ 45 mètres en moyenne, gagne le Drac par le passage de VËiïoit. La Romanche reçoit : le Ferrand, descendu des glaciers des Quirlies et des Sablats, qui pendent sur la face Est des Grandes-Rousses ; le beau Vénéon (40 kilomètres), torrent bleu venu du cirque de la Bérarde par la vallée de Saint-Christophe; le ruisseau de la Rive, né des belles sources de la Gardette ; la Sarenne, descendue des Grandes-Rousses; Y Eau d'Olle (36 kilomètres), fort torrent qui descend également des Grandes-Rousses et des montagnes d'Allevard; le ruisseau de Laffrey, déversoir des lacs de Laffrey et du Petit-Chat.

Le Furon, affluent de gauche, né dans les monts de Lans, se précipite de cascade en cascade au fond de la faille grandiose des gorges d'Engins et du défilé du Passage des portes d'Engins, surplombés par d'immenses roches grisâtres, recouvertes d'une vigoureuse végétation. A Sassenage, il reçoit le Germe ou ruisseau des Grottes, qui sort avec impétuosité, au printemps, de belles cavernes, appelées Cuves, creusées dans le calcaire néocomien supérieur qu'on appelle dans le pays calcaire de Sassenage.

La Vence, affluent de droite, a ses sources et son cours dans le massif de la Grande-Chartreuse. Elle contourne Grenoble au nord, derrière le Rachais et le i\éron.

La Roize, affluent de droite, descçjid également du massif de la Grande-Chartreuse et passe à Voreppe.

La Morge, affluent de droite, fait marcher les nombreuses usines de l'importante ville industrielle de Voiron.

La Fure (40 kilomètres), affluent de droite, sort du lac de Paladru (6 kilomètres de longueur, 1,000 mètres de largeur, ï(J0 hectares, 25 à 30 mètres de profondeur), bordé de collines

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