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V. — Curiosités naturelles

Les grottes (VArcy, formées jadis par les eaux de la Cure, ont pour entrée une sorte de porche, d'où l'on descend rapidement au niveau de la prairie. On se trouve alors à la naissance d'une série de salles, suivant une ligne presque droite au nord, sur une longueur de 876 mètres. Les salles, au nombre de 9, sont séparées les unes des autres par des couloirs souvent fort étroits ; leur longueur varie de 50 à 1 60 mètres, leur largeur de 20 à 50 mètres, et leur hauteur de 6 à 7 mètres. On a donné à ces salles divers noms : il y a les salles de la Vierge, de la Danse, des Vagues de la Mer, etc. La salle du Lac est en partie occupée par une nappe d'eau limpide d'environ 40 mètres de diamètre. Les parois de la grotte sont recouvertes de concrétions calcaires plus ou moins épaisses, formant de

nombreuses stalactites fort blanches, qui varient à l'infini de formes et de grosseur, là s'élancent en colonnes légères, ici s'étalent en draperies transparentes, et partout tapissent la voûte de bizarres pendentifs.

A une centaine de mètres de la grotte principale, se trouve une autre grotte, dont le sol est rempli d'une énorme quantité d'ossements d'animaux d'espèces disparues, tels que l'ours des cavernes, l'éléphant primitif, le rhinocéros, et d'autres plus modernes.

La grotte du Larris-Blanc, au nord de Cry, a 40 mètres de longueur, 10 mètres de largeur et une hauteur de 6 à 7 mètres. Il y a des stalactites en quelques endroits.

A Druyes , existent quelques cavernes assez considérables et des fontaines d'une abondance extraordinaire. La Fosse Dionne, à Tonnerre, est également remarquable par son débit.

Les roches du Saussois, commune de Merr y-sur-Yonne; celles de Saint-Moré, qui bordent la Cure, et celles qui dominent les rives du Cousin, d'Avallon à Pontaubert, ont un aspect imposant.

Les eaux de la fontaine de Véron ont la propriété d'incrustation.

Jadis le territoire formant le département actuel de l'Yonne était occupé par divers peuples gaulois. Au nord, les Sénons avaient pour capitale Agendicum (Sens). Un autre peuple confédéré, les Auxerrois, clients des Sénons, s'étendait jusqu'à la Loire entre Gien et la Charité, ayant pour capitale Autissiodurum (Auxerre). Au nord-est, les Lingons occupaient Tonnerre (Tornodorum) et une partie de son arrondissement; Avallon [Aballo) appartenait aux Éduens. C'est une colonie de Sénons qui, forte de 50,000 hommes, envahit, en 391 av. J.-C, l'Étrurie septentrionale et s'empara de Rome.

A l'époque de la conquête romaine, César occupa Sens, qui avait pour roi Moritasgus. Il mit à la tête des Sénons Cavarinus, frère de Moritasgus; mais celui-ci fut chassé, en l'an 53

av. J.-C, par son peuple révolté et bientôt ramené à l'obéissance par la seule approche du proconsul.

Après la chute d'Alise en 52, un partisan sénon, Drappès, tint encore un an la campagne et alla se réunir au Cadurque Luctérius. Tous deux furent vaincus à Uxellodunum, sur les bords de la Dordogne. Après ce dernier effort, les Gaulois se

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Eglise de l'ancienne abbaye de Saint-Germain, à Anxerre.

résignèrent à accepter le joug des Romains et s'assimilèrent vite leur civilisation et leur culte. La grande voie d' Agrippa, partant de Lyon, passait par Aulun, Avallon, Auxerre, Troyes, et aboutissait à Boulogne. Parmi les voies secondaires, étaient

celles de Sens à Alise, de Sens à Orléans, etc. Les citoyens romains avaient élevé des temples, comme au Mont-Marte, près du Vault-de-Lugny, à Auxerre et dans d'autres lieux. Ils avaient bâti dans tous les sites agréables des villas, dont les vestiges se retrouvent encore. Les villes principales, comme Sens et Auxerre, reçurent des embellissements.

Au temps d'Auguste, l'Yonne dépendait de la province Lyonnaise. Au ive siècle, Sens et Auxerre étaient de la quatrième Lyonnaise, Tonnerre et Avallon de la première. Il y avait un camp de Sarmates à Chora, aujourd'hui Saint-Moré.

L'Évangile fut, dit-on, prêché à Sens, dès le ier siècle ou seulement au 111e , par saint Savinien, qui y souffrit le martyre, après en avoir fondé l'évêché métropolitain. Auxerre reçut son premier évêque au milieu du 111e siècle. Les Barbares ravagèrent le pays au ve siècle. Clovis préposa des comtes au gouvernement de Sens, d'Auxerre, et des territoires de Tonnerre et d'Avallon. On cite parmi les comtes de cette période le fameux Mummol , comte d'Auxerre, général des armées de Gontran, roi de Bourgogne, qui, après avoir sauvé la Gaule d'une invasion lombarde, trahit tour à tour son maître et le prétendant Gondowald, et fut puni de mort en 585:

Sous les Mérovingiens, le pays vit se fonder plusieurs monastères célèbres de l'ordre de saint Benoît, qui donnèrent asile aux lettres et cultivèrent le sol abandonné; ce sont ceux de Saint-Germain d'Auxerre, de Saint-Pierre et de Sainte Colombe, de Sens, de Moutiers, de Yilliers-Saint-Benoît et de Saint- Michel-s ur-Tonner re .

Les rois carlovingiens favorisèrent beaucoup l'abbaye Saint- Germain, dans laquelle existaient, au ixe siècle , des écoles peuplées d'un grand nombre d'écoliers, et où brillaient des savants tels qu'Héric et Remy dit d'Auxerre. C'est dans cette abbaye que fut élevé Lothaire, fils de Charles le Chauve.

Les divisions qui régnaient alors entre les fils de Louis le Débonnaire furent terminées sur le territoire de l'Yonne, en 841, par la bataille de Fontanetum (Fontenoy-en-Puisaye), où

cent mille hommes, dil-on, périrent. Charles le Chauve fut vainqueur de l'empereur Lothaire et de Pépin d'Aquitaine, et de ce jour la nationalité française fut séparée de l'Empire.

C'est aussi au neuvième siècle, vers 821, que fut fondé le fameux monastère de Yézelay, par Gérard de Roussillon, chef de la première féodalité, qui lutta si longtemps contre Charles le Chauve. Ce monastère reçut d'abord des religieuses ; des Bénédictins de Cluny y entrèrent au xie siècle et en firent un des grands foyers de lumières de cette époque.

La fin du neuvième siècle et les deux siècles suivants furent des temps de désordres. Les Normands envahirent le pays et assiégèrent la ville de Sens (887). Les possesseurs des fiefs, jusqu'alors à titre viager, en devinrent propriétaires et purent les transmettre à leurs descendants. Les comtés anciens s'augmentèrent de celui de Joigny, qui fut détaché de celui de Sens, à l'époque où ce dernier comté fut réuni à la Couronne.

Au douzième siècle, l'ordre est rétabli en France par l'autorité du roi, qui s'étend sérieusement sur les grands vassaux. La propriété de la terre, qu'ils cultivaient jusque-là à titre précaire, est assurée entre les mains des serfs.

En 1146, la seconde croisade fut prêchée à Vézelay. Saint Bernard se transporta dans cette ville, où s'assemblèrent le roi Louis VII et ses vassaux, parmi lesquels étaient le comte Guillaume d'Auxerre, le sire de Chastellux, et beaucoup d'autres qui y prirent la croix.

En 1187, la troisième croisade fut aussi prêchée à Vézelay. Philippe Auguste, Richard Cœur-de-Lion et leur vassaux s'y donnèrent rendez-vous.

Au douzième siècle, commença l'affranchissement des communes. Les habitants de Vézelay, pays devenu riche et commerçant par l'affluence des pèlerins, eurent alors de violents débats avec les moines de l'abbaye, leurs seigneurs, et, soutenus par le comte de Nevers, ils les chassèrent du monastère. Après une lutte sanglante et opiniâtre, ils obtinrent une charte municipale en 1151. A Sens, Louis le Jeune avait établi, en faveur des bourgeois (1146), une commune qu'il supprima

trois ans après, à la sollicitation des seigneurs ecclésiastiques. Une émeute violente s'en suivit où l'abbé de Saint-Pierre fut tué, ce qui amena des représailles terribles. En 1170, Louis VII fonda et affranchit Villeneuve-sur-Yonne. Pierre de Courtenay, comte d'Auxerre, et sa fille Mathilde donnèrent des chartes de franchises aux habitants d'Auxerre (1 194-1225). Tonnerre reçut également des chartes de ses comtes en 1174 et 1210.

Au treizième siècle, la marche des affranchissements continua. La liberté accordée et la sécurité générale assurée par l'autorité royale développèrent le bien-être. La population s'accrut à tel point que, dans les villages des vallées, elle était aussi élevée qu'aujourd'hui. Le douzième et le treizième siècles furent l'apogée du moyen âge. Les arts se développèrent; partout on construisit des monuments. De nouveaux ordres religieux s'établirent dans les campagnes , à Pontigny, Dillo, Vauluisant, Régny, etc. Ils étaient dotés de grands biens par les seigneurs qui partaient pour les croisades, et ils défrichaient de vastes territoires où plus tard, au quatorzième et au quinzième siècle, se bâtirent des villages.

Le comté d'Auxerre , qui avait eu des comtes illustres de la race de Nevers, puis de celles des Courtenay et des Châlon, fut réuni à la Couronne par l'achat qu'en fit, en 1371 , le roi Charles V, du vieux comte Jean III de Châlon. Mais, au milieu du quatorzième siècle, la peste noire décimales populations. Les guerres des Anglais depuis 1339, les bandes appelées les Grandes-Compagnies, et, au quinzième siècle, les Ecorcheurs, ruinèrent les villages, d'où la population disparut. Les Français, avec leurs alliés les Écossais, furent battus par les Anglais à Cravant, en 1423. Ce n'est qu'après la paix d'Arras, en 1445, que le pays commence à respirer. Charles YII et Louis XI rétablirent l'ordre par de sages ordonnances et des mesures sévères. La population, qui avait fui, reparut, des étrangers vinrent même de divers points habiter la contrée. On releva les maisons détruites ; on arracha les bois qui couvraient le sol. Sous Charles VIII et Louis XII, les vieux châteaux

forts prirent un aspect plus habitable; des églises s'élevèrent de tous côtés, surtout dans les parties sud de l'arrondissement d'Auxerre. L'organisation judiciaire fut améliorée; les Coutumes d'Auxerre et de Sens furent rédigées par écrit, sur l'ordre du roi, et les baillis royaux de Sens et d'Auxerre étendirent partout leur autorité en appel.

L'influence de la Renaissance des arts se fit sentir, au seizième siècle, dans l'architecture par un nouveau style participant à la fois de l'imitation des Romains et des traditions du moyen âge, mais surtout riche d'ornements, comme aux églises de Tonnerre, de Neuvy-Sautour, de Villeneuve-sur-Yonne, Cravant, Saint-Bris, Saint-Jean de Joigny, Saint-Julien-du- Sault, Brienon, etc.

La culture intellectuelle, ravivée par les lettres latines et grecques, reçut de François Ier une vive impulsion, qui se répandit dans les provinces. Le collège de Sens fut fondé au milieu du seizième siècle. L'ordonnance de Moulins de 1560 prescrivit de prendre dans chaque chapitre de chanoines le revenu d'une prébende pour l'entretien du principal du collège du pays. Nous voyons les grands et les petits collèges de l'Yonne, au nombre de neuf, profiter de cette mesure. L'évêque et savant Jacques Amyot fonda le collège d'Auxerre à la fin du seizième siècle. Dans le même temps, l'instruction primaire, dont on trouve des traces dès le douzième siècle, est l'objet de fréquentes recommandations de la part des évêques.

Mais, tandis qu'on réclamait depuis longtemps des réformes dans le clergé, et un concile général pour les édicter, les doctrines de Calvin se répandaient peu à peu et menaçaient l'unité religieuse. Des répressions sévères, que les lois autorisaient, frappèrent les Calvinistes. Des exécutions à mort eurent lieu à Auxerre. A Sens, un certain nombre de sectaires furent tués dans une émeute (1562).

Cependant les idées des novateurs faisaient des progrès, même à la cour du roi. Les dissensions qui éclatèrent sous Henri ïï amenèrent une prise d'armes générale des huguenots,

dont les chefs étaient Coudé et Coligny. Auxerre et son diocèse furent, dans ces conjonctures, envahis par des bandes de soldats et de troupes étrangères allemandes. Les églises, les presbytères, les monastères, furent saccagés, en représailles des exécutions qui avaient eu lieu contre les nouveaux réformés (1567). Sens et Avallon leur résistèrent; Tonnerre se racheta moyennant 5000 livres.

La contrée traversa le dernier tiers du seizième siècle au milieu des troubles causés par la Ligue, cette prise d'armes des catholiques contre Henri III et le roi de Navarre. La mort du premier, assassiné par Jacques Clément, moine de Serbonnes, ouvrit au Béarnais le chemin du trône, mais il dut lutter encore longtemps et enfin abjurer le protestantisme pour être reconnu roi. Sens et Joigny, qu'il avait fait bombarder en vain, lui ouvrirent alors leurs portes, ainsi qu'Auxerre et Avallon, et beaucoup de petites villes fortifiées. Tonnerre était la seule place importante qui lui fût demeurée fidèle.

La pacification générale rétablit la prospérité que les guerres avaient détruites. L'agriculture fut protégée ; les chemins furent réparés. Sully ordonna d'y planter, sur les bords et sur les places des villages, des chênes qu'on appela desRosny, de son nom, et dont on voit encore des représentants à Col I an et à Plessis du-Mée.

A la mort de Louis XIII, la France fut jetée dans de nouvelles inquiétudes. La Fronde, à la tête de laquelle était le prince de Condé, éclata avec force, et le parlement de Paris, qui soutenait les Frondeurs, força le jeune roi Louis XIV à sortir de sa capitale (1648). La vallée de l'Yonne fut plusieurs fois traversée par les armées, qui n'épargnaient pas les lieux où elles passaient. Quatre ans après (1652), fut livrée à Bléneau, entre les troupes royales et celles de Condé, une bataille où les premières, d'abord victorieuses du maréchal d'Hocquincourt, furent ensuite battues par Turenne. Quand Condé eut fait sa soumission , le parti des seigneurs ambitieux, n'ayant plus de chef, se dissipa, et Louis XIV signifia au parlement qu'il voulait être obéi.

Les guerres continuelles du règne de Louis XIV épuisèrent les ressources de la France ; l'excès des tailles ruina les villages, et la fin du dix-septième siècle fit oublier les splendeurs de Versailles.

Cependant, au dix-huitième siècle, on vit dans la contrée de l'Yonne les écoles se multiplier dans les villages, dont un assez grand nombre en furent pourvus. Les États de Bourgogne firent tracer de grandes routes, et établir un canal allant de la Saône à l'Yonne par les vallées de l'Ouche et de l'Armançon. En 1787, Louis XVI créa les Assemblées provinciales et divisa les provinces qui n'avaient pas d'États particuliers en Départements. Il y eut dans l'Yonne le département de Sens, celui de Joigny-et-Saint-Florentin et celui de Tonnerre-et-Vézelay. Les régions de la Puisaye furent réunies sous le titre de département de Saint-Fargeau.

Les assemblées de département, composées de notables, fonctionnèrent avec beaucoup de zèle, et préparèrent la voie aux réformes plus radicales que les États généraux de 1789 devaient assurer.

En 1790, le département de l'Yonne fut composé de portions de provinces différentes, et divisé en sept districts, réduits plus tard (l'an III) en cinq arrondissements.

Le département traversa la Révolution sans éprouver de crises violentes, sinon l'assassinat à Auxerre, en 1792, de deux honorables citoyens par une bande de Marseillais et par la populace. Il fournit aux armées trois bataillons de volontaires, dont le troisième était commandé par Davout, et qui se signalèrent dans la guerre de l'invasion.

Le dix-neuvième siècle a vu se développer peu à peu es éléments de prospérité que le département renferme dans son sein. Les lettres et les arts y sont cultivés. L'agriculture y a pris un grand développement et y a fait de remar^ quables progrès. Malheureusement l'invasion de 1870 y a durement sévi. Ses villes ont été longtemps occupées par les Allemands ; Auxerre a subi un commencement de bombardement, et ses campagnes ont été iniquement rançonnées.

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