‹ Géographie du département de la MancheChapitre 6 sur 17 · CURIOSITÉS NATURELLES · texte numérisé non relu

CURIOSITÉS NATURELLES

restait sur le sol sans être absorbée par la terre ou vaporisée par le soleil, on recueillerait, en moyenne, dans les douze mois, une nappe d'eau profonde de 75 centimètres à Saint-Lô, de 80 à Valognes, de 83 à Cherbourg, de 84 à Coutances, de 87 à Avranches.

¥. — Curiosités naturelles*

Le département de la Manche n'a ni hautes montagnes, ni grands lacs, ni grandes rivières. On n'y trouve par conséquent

Environs de Mortain : chapelle Saint-Michel.

ni glaciers, ni belles cascades, ni cirques de rochers, ni grandes sources, ni gouffres. Mais les bords de la mer y sont admirables avec leurs belles falaises, percées de grottes, et leurs jolies plages.

Les plus belles falaises sont celles de Flamanville, comprises entre le petit port de Diélelte, au nord, et la plage de Sciotot, au sud. Longues, eu suivant toutes leurs sinuosités, de 16 à

20 kilomètres, elles offrent une diversité d'aspects tous grandioses et imposants. Leur hauteur varie de 70 à 100 mètres. Les rochers qui les soutiennent sont noirs à leur base, rougeâtres au-dessus et enfin d'un blanc grisâtre au sommet. Les rochers supérieurs, dont les masses sont indépendantes les unes des autres, sont groupés et accidentés de la plus merveilleuse manière ; et le point culminant de la côte, connu sous le nom de Gros-Nez de Flamanville, présente certainement les plus belles masses granitiques qui se puissent voir. Dans ces belles falaises s'ouvrent plusieurs cavernes, dont la plus importante est le Trou-Baligan, Les falaises de Jobourg, moins longues que celles de Flamanville, ont au moins 125 mètres de hauteur. Elles sont hérissées de rochers abrupts et entrecoupées d'immenses précipices. On y remarque de profondes cavernes, notamment celles du Lion-au-Sorcier et de la Grande- Eglise, qui sont l'objet de nombreuses légendes.

Dans l'intérieur du département, le site le plus pittoresque est, sans contredit, celui de Mortain. Près de cette ville, les bords de la Cance offrent de charmants paysages : la rivière y roule à travers des blocs de rochers ses eaux écumeuses, qui forment ime longue suite de petites cascades. Au-dessous de l'abbaye Blanche, la Cance fuit une chute plus importante, haute de 20 mètres, au pied de hautes murailles de roches pittoresques.

Enfin nous mentionnerons le petit lac appelé Mare de Bouillon (58 hectares de superficie), dont les rives sont agrestes et maritimes.

D'après les Commentaires de César, le département actuel de la Manche était occupé par un peuple puissant , les Unelles. Ce peuple, en l'année 57 avant J.-C, avait d'abord sans résistance accueilli les troupes romaines, mais n'avait pas tardé à deviner les projets ambitieux de César, déjà vainqueur delà grande confédération des Belges. Aussi, l'année suivante

(56), les Unelles entrèrent-ils dans la ligue formée par les peuples des côtes de l'Océan et de la Manche. Leur chef, Viridovixj est un des premiers défenseurs de l'indépendance gauloise dont César nous ait laissé le nom. A la tête d'une armée nombreuse, secondé par les peuples de Lisieux et même d'Evreux, Viridovix se prépara à soutenir le choc des légions que com-

Environs de Mortain : cascade de la Cance.

mandait Q. Titurius Sabinus. Mais les Gaulois, ayant eu l'imprudence d'attaquer l'armée romaine, fortement retranchée, furent mis en déroute, et cette défaite entraîna la soumission des Unelles et des peuples voisins.

Parmi ces voisins étaient les Abrincatui, dont le chef-lieu

prit plus tard le nom du peuple et devint la cité d'Avranches. Les géographes et les antiquaires sont très-divisés sur les noms primitifs des villes du Cotentin. Coutances [Cosedià], Tune des plus antiques, prospéra sous la domination romaine, et même, à partir du quatrième siècle, elle fut reconnue comme une des sept cités de la seconde Lyonnaise, avec celle d'Avranches. Son nom fut alors changé en celui de Constantia [^e.niêtre en l'honneur de Constance Chlore, qui la fit fortifier), et ce nom qui, altéré, devint celui de Coutances, fut aussi celui du pays, le Cotentin.

A partir du cinquième siècle, des noms restés célèbres dans la contrée montrent que le christianisme avait déjà fait de grands progrès dans le Cotentin. Saint Pair était évêque d'Avranches ; saint Lô, cinquième évêque de Coutances. Enfin, au commencement du huitième siècle (710), saint Aubert, évêque d'Avranches, élevait, sur le mont Tumba, aujourd'hui Mont -Saint-Michel, les premières constructions d'un monastère qui devint un centre religieux célèbre dans le monde entier. Les rois comblèrent de richesses ce monastère privilégié, qui attira une foule considérable de pèlerins durant tout le moyen âge. Lorsque les invasions des Normands répandirent la terreur dans le Cotentin, lorsque les villes mêmes d'Avranches (869) et de Coutances (886) furent dévastées parles pirates, un grand nombre de paysans cherchèrent un refuge sur le Mont-Saint-Michel et formèrent une ville qui s'étagea par gradins sur le versant du rocher.

Les Normands s'établirent ensuite à demeure dans le pays qu'ils avaient ravagé. Charles le Simple leur céda, en 912, une partie de la Neustrie, et le Cotentin fut compris dans cette donation. Les Normands ne devinrent pas immédiatement des cultivateurs paisibles ; mais, possesseurs du sol, intéressés à la prospérité du pays, ils défendirent leurs domaines contre toutes les attaques, et permirent à l'ancienne population de travailler avec sécurité.

Avec l'établissement des Normands coïncida celui du système féodal ; les chefs normands devinrent la tige de maisons

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puissantes, et lorsque, en 1066, Guillaume le Bâtard entreprit la conquête de l'Angleterre, il fut suivi d'une nombreuse noblesse sortie duCotentin. Ce fut un ëvêque de Coutances, Gaufrid ou Geoffroy de Montbray, qui célébra la messe et bénit les drapeaux normands avant la bataille d'Hastings.

La conquête de l'Angleterre ne procura aucun avantage à la Normandie, qui souffrit longtemps des lutles engagées entre les rois d'Angleterre et les rois de France; elle souffrait également des conflits qui s'élevaient avec les ducs de Bretagne, car l'ambition des rois anglais était de réunir la Bretagne à la Normandie. La rivalité la plus sérieuse était celle des rois anglo-normands et des rois de France : elle s'aggrava surtout lorsque la couronne d'Angleterre eut passé à la famille des Plantagenets et que Louis VII, par un divorce imprudent, eut encore augmenté les domaines de cette famille, qui s'enrichit de la dot de la reine Éléonore de Guyenne. Heureusement pour le roi de France, Henri II s'engagea dans une lutte violente contre l'Église d'Angleterre, et compromit sa puissance par un crime, le meurtre de l'archevêque de Cantorbéry, Thomas Becket. L'épilogue de ce drame saisissant eut lieu dans la cathédrale d'Avranches, en 1172. Là, en effet, devant plusieurs évêques et abbés au milieu desquels on remarquait le plus illustre et le plus savant des abbés du Mont-Saint- Michel, Bobert de Thorigny, le roi Henri 11 fit amende honorable pour le meurtre dont il se reconnut la cause involontaire par ses plaintes imprudentes. Il reçut l'absolution de la main des légats, à la porte delà cathédrale de Saint-André, à genoux sur une pierre qu'on montre encore aujourd'hui.

Henri II vit la fin de son règne troublée par les révoltes continuelles de ses fils qu'encourageait le roi Louis VII, et la puissance des rois anglais, qui avait paru d'abord si dangereuse, ne tarda pas à s'affaiblir après le règne de Bichard Gœur-de-Lion. L'habileté et la vigueur de Philippe, Auguste parvinrent à enlever à l'Angleterre cette Normandie qui, restée française tandis que ses anciens maîtres étaient presque devenus Saxons, rentra avec joie sous Tautorilé des rois de France.

Le roi Jean ayant lâchement assassiné son neveu Arthur (1203), PhiHppe Auguste fit sommer le roi anglais, comme son vassal, de comparaître devant sa cour, devant les barons ses pairs. Jean se garda bien de venir. Alors un jugement, prononcé selon les lois féodales, rendit à la France le Vexin, la Normandie, le Maine, l'Anjou et la Touraine.

La haute et la basse Normandie furent vite conquises. Toutefois le Mont-Saint-Michel résista ; la ville dut être prise d'assaut et fut détruite. Philippe Auguste répara ensuite généreusement les maux de la guerre et apprécia les motifs de fidélité au suzerain qui avaient déterminé les défenseurs du monastère à lutter contre les Français. Le Mont-Saint-Michel devait plus tard, et avec plus de succès, résister aux attaques des Anglais. Néanmoins cette lutte et la difficulté qu'éprouvaient les Français à cette époque pour engager une guerre maritime empêchèrent Phihppe Auguste d'ajouter à sa conquête les îles normandes de Jersey, Guernesey et Aurigny, qui restèrent et sont demeurées attachées à l'Angleterre.

De l'année 1204 à l'année 1328, la Normandie respira. Rendue au domaine royal, revenue à la patrie française, elle oublia ses anciens maîtres, et la paix n'ayant pas été troublée sous les règnes de saint Louis et de PhiHppe le Bel, la prospérité reparut. Cette prospérité même devait exciter la convoitise des rois anglais, qui regrettaient toujours la perte d'un « si gras pays ». Aussi, lorsque éclata la guerre de Gent-Ans, la Normandie fut-elle la première proie dont Edouard 111 tenta de s'emparer. Et ce fut un Normand, un seigneur du Gotentin, qui l'excita à recouvrer ce qu'il appelait « son héritage » et qui le guida dans sa première invasion.

Geoffroy d'Harcourt, seigneur de Saint-Sauveùr-le-Vicomte, voulant se venger de Philippe de Valois, qui avait fait décapiter plusieurs seigneurs normands accusés d'avoir, ainsi que Geoffroy, traité avec le roi d'Angleterre, se retira auprès d'Edouard III (1344). Il n'avait pas besoin d'exciter l'ambition du monarque anglais, mais il lui conseilla de changer la direction de l'attaque projetée contre la France.

Edouard prit terre à la Hougue, le 12 juillet 1546. Guidé par Geoffroy d'Harcourt, qui connaissait bien cette contrée, il traversa le Cotentin. Les Anglais « trouvèrent le pays gras et plantureux de toutes choses )). A Saint-Lô, ajoute Froissart, i( nul homme ne peut penser ni croire le grand avoir qui là fut gagné et la grande foison de draps qu'ils y trouvèrent. )) Le Cotentin éprouva donc le premier les maux de cette terrible guerre dont les ravages devaient, dans un intervalle de cent ans, s'étendre à la France entière.

La déroute de Crécy fit cependant réfléchir Geoffroy d'Harcourt. Il avait combattu à côté du prince de Galles et n'avait pas réussi à sauver les jours de son frère Jean, comte d'Harcourt, qui tomba en combattant sous l'étendard de la France. Geoffroy quitta l'armée anglaise et se réconcilia avec Phihppe de Valois, qui lui octroya sa grâce, lui rendit ses biens et l'autorisa à relever son château de Saint-Sauveur. Mais, sous le règne du roi Jean, il passa dans le parti des mécontents et prit part à l'odieux guet-apens qui coûta la vie au connétable Charles d'Espagne. Jean crut couper court à cette conjuration des barons normands en saisissant, à la table même de sou fils le dauphin, à Rouen, les seigneurs qui lui avaient été dénoncés; il en fit immédiatement décapiter plusieurs sans aucune forme de procès. Parmi les victimes se trouvait le neveu de Geoffroy, le comte d'Harcourt (1556).

Irrité et effrayé, Geoffroy se tourna de nouveau vers Edouard III, qui oublia son ancienne défection. Geoffroy, avec ses partisans et des troupes anglaises, commença la guerre contre les troupes du roi Jean, et son audace fut accrue par l'échec des Français à Poitiers (1556). Malgré ce désastre, le régent Charles, duc de Normandie, ne négligeait pas d'opposer des troupes aux Anglais et aux partisans de Geoffroy, maîtres du Cotentin. Une colonne expéditionnaire poussa une pointe jusqu'à Barfleur, mais Geoffroy accourut et chercha à détruire l'armée de Piobert de Clermont durant sa retraite. L'action s'engagea au passage des Veys. L'armée française avait franchi le bras de rivière formé par le confluent

de rOuve, de la Sève et de la Tante ; elle défilait sur rétrolte chaussée qui traversait les marais de Brévands. Les Français attaqués résistèrent bravement, et Geoffroy d'IIarcourt reçut dans le combat une mort plus glorieuse que celle qu'il avait méritée pour ses trahisons (1356).

La mort de Geoffroy d'Harcourt ne délivra pas cependant le pays des Anglais, qui en restèrent maîtres jusqu'en 1560, avec les partisans du roi de Navarre. Les Navarrais s'étaient solidement établis à Carentan , au Pont-d'Ouve, à Pont-l'Abbé, à Valognes et à Cherbourg. Les Anglais occupaient Barlleur et,* au centre de la presqu'île, le château de Saint-Sauveur. Le traité de Brétigny, du reste, laissa à Edouard III les biens de Geoffroy d'Harcourt, que le roi anglais donna à un de ses vaillants guerriers, Jean Chandos. Même après le traité de Brétigny, lorsque la plupart des places du Cotentin eurent été rachetées, les garnisons anglaises de Saint-Sauveur, des forts de Saint-Vaast et de Lingèvre ne cessèrent de désoler les campagnes de la basse Normandie. De plus les Grandes-Compagnies ajoutaient leurs ravages à ceux des Anglais.

Cependant un temps meilleur s'annonçait : au début du règne de Charles Y, Bertrand du Gueschn, déjà vainqueur des bandes navarraises à la journée de Cocherel (1564), s'avança vers la basse Normandie , et , secondé par Olivier de Mauny, il enleva les principales positions qui étaient au pouvoir des Navarrais dans le Cotentin : Carentan, le Pont-d'Ouve, Néhou , Magneville et Valognes. Toutefois, malgré les succès de du Guesclin,lalut(e contre les Anglais et les Grandes-Compagnies dura jusqu'en 1369. En 1375, le château de Saint- Sauveur fut enfin repris. Ces longues luttes avaient amené une misère affreuse : un grand nombre de paroisses étaient entièrement dépeuplées ; les loups erraient librement, et, pour comble de malheur, la guerre civile des Armagnacs et des Bourguignons allait se compliquer de la guerre étrangère. Les Anglais revenaient plus nombreux, plus redoutables sous un chef plus ambitieux qu'Edouard III, Henri V.

La Normandie devint une province anglaise après la prise

de Caen (1417) et de Rouen (1418). Le Cotentin fut obligé de recevoir ses anciens maîtres d'outre -mer et de leur obéir, jusqu'en 1449. Seul le Mont-Saint-Michel resta exempt de la domination étrangère. Aussi les écrivains normands ont-ils exalté cette résistance du célèbre monastère, qui, à partir de 1421, repoussa toutes les attaques. Les chevaliers du pays qui ne voulaient pas courber la tête sous le joug de l'étranger, avaient cherché un asile sur ce rocher invaincu, et leurs noms furent conservés par les religieux qui les avaient fait graver avec leurs armoiries, liste glorieuse qui nous a été conservée par Dom Huynes.

Les opérations qui firent rentrer la basse Normandie sous la domination française furent dirigées par François, duc de Bretagne, et par le connétable Arthur de Richemont.

Au mois de septembre 1449, ces deux barons conduisirent sous les murs de Coutances une armée d'environ six mille hommes et firent dresser dans le jardin des Jacobins une grosse bombarde qui devait servir à pratiquer une brèche dans les murailles de la ville. A la vue de ces préparatifs, les habitants manifestèrent hautement le désir qu'ils avaient d'être délivrés de l'occupation anglaise et ouvrirent leurs portes. Saint-Lô se rendit également, et les principaux châteaux du pays tombèrent successivement au pouvoir des Français. Les Anglais cependant ne pouvaient se laisser ainsi enlever la Normandie sans tenter au moins un effort pour la ressaisir. Vers la mi-mars 1450, un corps de cinq mille hommes, commandé par Thomas Kyriel, débarqua à Cherbourg, puis occupa Valognes et se vengea, par des dévastations horribles, des échecs qu'essuyaient depuis si longtemps les Anglais. Puis il voulut gagner le Bessin. Le comte de Clermont, qui était à Carentan, le suivit avec les troupes du Cotentin, et, ayant été rejoint par le connétable de Richemont, livra l'heureux combat de Formigny (Calvados), qui assura la délivrance de la Normandie.

Cherbourg resta la dernière place occupée par les Anglais. Elle soutint un siège en règle et i\e se rendit c[ue le 1 2 août 1450^

date à jamais célèbre dans les annales de la Normandie, puisqu'elle est celle du départ définitif de ces Anglais qui l'avaient si longtemps possédée et pillée, et qui n'en pourront plus désormais insulter que les côtes, grâce aux îles qui restaient en leur pouvoir.

La paix ne régna pas toutefois encore dans la Normandie. Sous le règne de Louis XI, les habitants soutinrent la cause de son frère Charles, qu'il avait été obligé d'investir du duché et qu'il avait ensuite dépouillé. Aussi le roi voulut-il se venger des villes qui s'étaient montrées favorables à son frère, et Coutances eut à subir ses rigueurs (1465). Il fit abattre les fortifications de la ville.

Après les guerres d'Italie vinrent les guerres civiles religieuses. La Réforme fit de rapides progrès dans le Cotent in, et la majorité des habitants de Saint-Lô devint protestante. Les chefs du parti protestant dans la basse Normandie furent le comte de Montgommery et le seigneur de Bricqueville-Colombières. Les catholiques avaient à leur tête Jacques de Matignon, lieutenant du roi et gouverneur de Cherbourg. D'abord vainqueurs, les protestants obligèrent Matignon à se renfermer dans Cherbourg, mais ne purent l'y forcer. Valognes, Carentan, Coutances, Avranches, enfin Saint-Lô, sont pris et repris (1562). Matignon toutefois empêcha que le massacre de la Saint-Barthélémy fût imité dans le Cotentin (1572). Ce massacre n'en avait pas moins accru l'irritation du parti protestant, et Montgommery revint d'Angleterre avec une petite armée. La guerre recommença avec plus d'acharnement : les principales villes, Carentan, Saint-Lô, Valognes, tombèrent encore une fois aux mains des protestants, et Cherbourg fut de nouveau assiégé. Montgommery choisit Saint-Lô comme sa place d'armes et s'appliqua à fortifier Carentan, qui était la elef de la presqu'île fermée" d'une mer à l'autre par une lisière de marais. 11 força les paysans à creuser un canal où la mer pût être introduite et qui portât ses eaux et celles de la rivière d'Ouve dans les niarai^ voisins pour les rendre ipaç? cessible?.

Matignon cependant reprit Toffensive ; il bloqua et assiégea Saint-Lô. Montgommery s'en échappa et courut à Domfront. Matignon le poursuivit, car la reine Catherine de Médicis lui avait recommandé de s'attacher surtout à prendre Montgommery, l'auteur involontaire de la mort du roi Henri IL Montgommery se rendit, et, conduit à Paris, fut décapité. Son compagnon Bricqueville de Colombières continua de résister dans Saint-Lô, et se fit tuer sur les remparts. La ville fut prise (18 juin 1574), et les vainqueurs, sans pitié, massacrèrent plus de 300 personnes. Quelques années après la Ligue se formait ; les catholiques, ne comptant plus que sur eux-mêmes, s'associaient et se promettaient de ne reconnaître comme prince qu'un prince catholique. Valognes, Avranches, se distinguèrent par leur attachement à la Ligue. L'avènement d'Henri IV, puis sa conversion (1593), ramenèrent en (in la paix.

Cette paix ne fut troublée, a^i dix-septième siècle, que par la révolte des Nu-Pieds ou paysans armés contre la gabelle. On les appela ainsi du nom de leur chef insaisissable, Jean Nu- Pieds. Le gouvernement de Louis XIII envoya contre les révoltés les troupes de Gassion. La répression fut cruelle (1639), , Sous le règne de Louis XIV, lorsque Colbert eut mis l'industrie en honneur, un établissement situé à Tourlaville attira son attention par les belles glaces qui s'y fabriquaient à l'instar de Venise. Les Vénitiens gardaient pourtant leur secret* avec un soin jaloux, car la peine de mort était portée contre les ouvriers qui le révéleraient. Mais deux jeunes gens de Strasbourg s'étaient, à Venise, postés sur les toits pour voir travailler les ouvriers et s'étaient approprié le tour de main qui constituait leur originalité. Ils avaient apporté leur science nouvelle à Tourlaville, et c'est là que le prévoyant et sagace Colbert alla chercher les procédés qui devaient faire de l'industrie des glaces une des plus belles industries françaises.

Durant les longues guerres de Louis XIV, le Cotentin se vit de nouveau aux prises avec ses éternels ennemis, les Anglais. A l'époque de la ligue d'Augsbourg, lorsque Louis XIV entreprit de rétablir sur le trône d'Angleterre le roi Jacques II, le

Cotentin devint le rendez-vous de l'armée qui était chargée de cette expédition, et ce fut non loin de ses rivages que se livra la grande bataille dite de la Hougue (29 mai 1692). A la suite de ce glorieux combat, où durant une journée entière la flotte de Tourville soutint les efforts des flottes combinées de l'Angleterre et de la Hollande, doubles de la sienne, les vaisseaux français se virent dans l'impossibilité de trouver un refuge. Cherbourg ne pouvait leur donner asile ; sa rade magnifique était ouverte et la France manquait, sur ce point si exposé, d'un véritable port de guerre. Une partie de la flotte s'échappa par le Raz Blanchard et le passage de la Déroute. Mais une partie des vaisseaux fut obligée, avec Tourville, de doubler la Pointe de Barfleur et de se réfugier à la Hougue. Tourville y arriva dans la soirée du 31 mai avec douze vaisseaux parmi lesquels V Ambitieux, de 100 canons, monté par Tourville lui-même. La flotte ennemie le poursuivit et enferma dans la rade de la Hougue les vaisseaux français qui s'y trouvaient. Tourville descendit à terre, où il rencontra le roi Jacques II avec le maréchal de Bellefonds qui commandait 7 à 8 mille hommes de troupes françaises et 5 bataillons irlandais destinés à faire une descente en Angleterre. Voyant l'impossibilité de sauver ses vaisseaux, et ne voulant pas les laisser enlever par l'ennemi, Tourville résolut de les faire échouer. Six furent mis à la côte derrière le fort de la Hougue et les autres derrière le fort de Lillet. 200 chaloupes ennemies bien armées s'approchèrent du rivage, les six vaisseaux échoués sous Lillet furent assaillis et brûlés (2 juin) ; le lendemain les six autres furent également brûlés. Tel fut ce qu'on appela le désastre de la Hougue, désastre qu'on exagéra et qui détermina Louis XIV découragé à renoncer à la grande guerre maritime.

Cette leçon, du moins, ne fut pas perdue pour la France, et l'attention se porta dès lors sur le Cotentin. Tandis que certaines de ses villes, heureuses de la paix, ne songeaient, comme Valognes, qu'à copier les modes de Paris et à mériter les railleries de Le Sage dans la comédie de Turcaret, Cherbourg

devenait la ville principale. Le roi Louis XYI faisait enfin commencer les travaux de la digue. Le roi s'y rendit le 22 juin 1786, et vit immerger une des grandes caisses coniques qui devaient consolider le môle.

Quand la Révolution de 1789 détruisit l'ancien régime, le Cotentin fut à peu près à l'abri des grandes convulsions qui troublèrent d'autres parties de la France. 11 ne fut pas entamé par l'armée vendéenne qui, sous les ordres de la Rochejacquelein, se heurta contre la résistance de Granville. Les Vendéens comptaient sur la coopération de la flotte anglaise qui leur fit défaut, et ils furent obligés de se retirer.

Les progrès du port de Cherbourg furent rapides sous le règne de Napoléon P*", qui était préoccupé de s'assurer une forte position en face de l'Angleterre. Il vint lui-même en 1811 visiter les forts et la digue, dont la construction s'avançait. Enfin, dans notre siècle, Cherbourg fut la dernière étape du roi Charles X, partant pour l'exil, après la Révolution de 1830. Cherbourg, malgré la paix, n'en continua pas moins à voir se développer ses ressources maritimes : arsenaux , bassins , magasina, nouvelles fortifications. La digue, achevée en 1855, fait de la rade une des plus grandioses, une des {)lus sûres qui soient au monde.

TU. — Personnag^es eélèbres.

Onzième siècle. — Les fils de Tancrède de Hauteville-la- Guichard, qui conduisirent les Normands en Italie et en Sicile.

Douzième siècle. — Landry, poëte, né à Valognes.

Treizième siècle. — Alexandre de Villedieu, né près d'Avranches (1170-1236), écrivain, professeur, grammairien.

Seizième siècle. — Guillaume Morel (1505-1564), savant imprimeur, né au Teilleul. — Louis Le Roy, célèbre helléniste, né à Coutances, mort en 1577. — Jean Brohon, médecin, astrologue, né à Coutances. — René Laurens, seigneur DP LA Barre, né à Mortaln, sayant jurisçorisulte, -^ Le cardinal

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