CURIOSITÉS NATURELLES
ment de Ponlarlier, ceux de Montbéliard et de Baume-les- Dames presque en entier, une bonne partie de celui de Besançon, sont formés de terres élevées. Dans un pays aussi accidenté, où l'altitude du point le plus élevé dépasse de 1,261 mètres celle de l'endroit le plus bas, les différences de climat sont nécessairement fort grandes, puisque, de toutes les circonstances physiques, le degré d'élévation au-dessus du niveau général est celle qui a le plus d'influence sur les températures maxima, minima et moyenne. Aussi, dans le département du Doubs, la température change de ville à ville, souvent de village à village, et quelquefois de hameau à hameau.
Le sol y est généralement calcaire, perméable, sec, chaud : mais grâce aux forêts la sécheresse n'est pas à redouter. Le? vallées de TOgnon, du Doubs inférieur, de la Loue appartiennent au climat rhodanien, l'un des sept climats entre lesquels on partage la France. Ce climat, ainsi appelé parce qu'il règne le long du Rhône, se distingue par la beauté de l'été et de l'automne. Sur les plateaux élevés règne le climat vosgien, et même le climat auvergnat, qui se distinguent par la longueur et la rigueur de l'hiver. Les vents dominants sont le vent du nord-est, qui amène le beau temps, et le vent du sud-ouest, qui amène la pluie et souffle parfois avec une violence extrême.
Si toute l'eau tombée du ciel pendant Tannée restait sur le sol, sans être absorbée par lui ou évaporée par le soleil, elle fournirait, dans les douze mois, une nappe d'eau de 65 à 70 centimètres à Besançon et à Montbéliard, de 120 à Pontarlier, de 1 10 près de la source du Doubs.
\. — Curiosités naturelles.
Outre ses beaux paysages, ses rochers, ses gorges pittoresques, le département abonde en gouffres, en précipices, en entonnoirs, en fissures, qui absorbent les eaux et les conduisent dans des cavernes où elles s'emmagasinent en lacs. Ces réservoirs invisibles se déversent dans les vallées par des sources souvent remarquables. Les principales curiosités sont, comme
les nombreuses grottes et cascades du département, indiquées dans le Dictionnaire des communes. Nous signalerons seulement, parmi les gouffres, le Puits de la Brème (F. p. 12); parmi les cascades, le Saut du Doubs (F. p. 5) ; parmi les sources, celles de la Loue, du Lison, de la Barbèche (F. p. 10-13) et la Fontaine-Ronde; parmi les grottes, celles d'Osselle. La Fontaine-Ronde (commune de Touillon), source intermittente dont le flux et le reflux durent six à sept minutes, sourd à l'extrémité d'un pré marécageux, au pied d'une colline calcaire, entre deux autres sources qui n'ont rien de particulier. Les grottes d'Osselle, situées dans la commune de Roset- Fluans, forment une série de salles tantôt larges, tantôt étroites, tantôt basses, tantôt d'une grande bauteur. Les stalactites qui pendent aux voûtes et les stalagmites qui s'élèvent du sol semblent partout vouloir se réunir, et forment le plus bel effet. Les différents motifs qu'on y signale sont surnommés la Cloche de Sens, la première colonne, le Tombeau du Christ, la Chaire à prêcher, la Colonne Vendôme, le Panthéon, le Buste de Louis-Philippe ; la source de Jouvence, petit bassin d'une limpidité remarquable ; le Capucin, la Statue de Notre-Dame, le Palmier, le Tombeau de Napoléon, les Orgues, etc. A l'extrémité de la grotte se trouve un remarquable groupe de stalactites figurant des draperies. Sous les pétrifications qui recouvrent le sol, on trouve à volonté des ossements de l'ours des cavernes , animal de grande taille dont la race est depuis longtemps éteinte. Dans l'intérieur de la grotte, on franchit sur un pont une crevasse où l'on entend le murmure d'un ruisseau, qui va se jeter dans le Doubs à peu de distance de l'entrée des grottes.
Le département du Doubs était occupé, pendant la période celtique, par les Séquanes, qui formaient une des plus puissantes confédérations de la Gaule et qui prirent part aux expéditions des Gaulois en Italie el dans la vallée du Danube. Plus
lard ils commencèrent le rôle que la nature leur avait dévolu, celui de défendre la Gaule contre les peuples voisins. Ils commirent d'abord l'imprudence d'ouvrir leur pays aux Germains, qui les aidèrent d'abord dans leurs guerres, puis les asservirent. Un roi des Suèves, Arioviste, s'empara d'un tiers de leur territoire, y établit ses Germains, et menaçait de prendre tout le pays, quand ses progrès furent arrêtés par César. Une autre invasion menaçait au même moment le territoire des Séquanes, celle des Helvètes, qui avaient quitté en masse leur pays. Ils se virent obligés de leur livrer passage, mais ceux-ci promirent en retour de ne commettre sur leur route aucun désordre, aucune violence. Les Helvètes avaient traversé les défilés et le pays des Séquanes, lorsque César les atteignit au moment où ils franchissaient la Saône.
La guerre des Helvètes terminée, César songea à délivrer les Séquanes, comme on l'y invitait, de l'oppression des Germains» Il noua d'abord des négociations avec Arioviste et demanda une entrevue. Arioviste fit alors celte fière réponse :« que s'il avait besoin de César, il irait le trouver ; que si César avait besoin de lui, il vînt le trouver. » Cependant Arioviste s'était mis en campagne pour s'emparer de Vesontio (Besançon), la forteresse la plus importante des Séquanes. « César pensait (c'est son propre témoignage que nous citons) qu'il fallait à tout prix empêcher cette place d'être prise, car elle renfermait d'immenses ressources pour toutes les choses nécessaires à la guerre. Fortifiée par la nature même du terrain, elle offrait, pour la conduite des opérations, un point très-important. » César s'arrêta quelques jours à Vesontio pour s'occuper des approvisionnements de blé et de vivres, puis il marcha contre Arioviste ; mais la grande bataille se livra hors du territoire du département du Doubs, dans la plaine d'Alsace (58 av. J.-C).
Les Séquanes, délivrés par César, passèrent sous sa domination, et leur pays fut pour lui un point d'appui dans sa grande lutte contre les Gaulois. Aussi on conçoit difficilement que le combat suprême de cette lutte se soit livré en Séquanie, sur le plateau d'Alaise, non loin d'Amancey. Cependant les arebéo-
logues du Doubs, suivant la voie ouverte par le savant et vivement regretté Delacroix, architecte à Besançon, et soutenus par un de nos plus savants professeurs de l'École des Chartes, M. .Iules Quicherat, ont écrit sur celte question d'intéressants mémoires. La majorité des historiens s'est prononcée contre Alaise en faveur d'Alise (Côte-d'Or), mais cette cou-
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l'une Taillée, à Besançon.
traverse a éclairé d'une vive lumière bien des points obscurs de la dernière campagne de César et révélé l'existence d'une nécropole celtique sur un plateau longtemps ignoré.
César conserva à Yesontio sa suprématie sur les autres villes de la Séquanie. Mise au rang des munlcipes par Galba, dont les habitants avaient soutenu ia cause contre Néron, elle eut son sénat, ses décemvirs, ses décurions, et fut la résidence des lieuteiunls romains. Les principales divinités des Romains y
avaient des lemplcs remarquables, surtout Jupiter, Mercure et Apollon. L'empereur Marc-Aurèle vint, dit-on, à Besançon et installa dans celle \ille une colonie romaine. Il subsiste encore des restes de monuments antiques à Besançon (V. p. 48), et sur d'autres points du département, notamment à
Porte Noire, à Besançon.
Mandeure (V. p. 60), l'ancienne ville romaine d'Epomanduodurwn, détruite par les Barbares.
Dès le commencement du troisième siècle, les prédicateurs de l'Évangile arrivaient dans la Séquanie. Tandis que saint Bénigne se rendait à Dijon, saint Ferréol allait à Besançon. Saint Fcrréol et saint Ferjeux furent arrêtés par ordre de Claudius,
préfet delà province, et condamués à être décapiLés (212), sous le règne de Caracalla. Saint Ferrcol et saint Ferjeux sont demeurés les patrons de la ville et du diocèse de Besançon.
Vers 266, les Barbares envahirent la Séquanie. Besançon fut dévastée par une bande d'Alamans commandés par Crocus. A peine relevée , cette ville fut de nouveau attaquée par les Alains (407), puis par les Burgondes, et enfin par Attila.
Les Burgondes affermissent enfin leur domination sur le pays, et leur royaume se maintient jusqu'à l'année 534. Le pays, quoique placé sous l'autorité des Francs, conserva toujours le rang de royaume; tantôt indépendant, tantôt rattaché au royaume d'Austrasie, il fut mêlé à tous les événements de l'histoire générale. Protadius, maire du palais de Bourgogne à la fin du sixième siècle, releva les ruines que les Barbares avaient faites à Besançon, et fut le père d'un des plus illustres évoques de cette ville, saint Prothade. Malgré sa situation naturellement forte, Besançon eut à souffrir d'une incursion des Sarrasins (732), puis des Hongrois, qui furent longtemps la terreur de l'Allemagne. C'est à peu près à cette époque (763) que fut fondée l'abbaye de Baume-les-Dames, où les religieuses n'étaient admises qu'en faisant preuve de seize quartiers de noblesse.
Après Çharlemagne, la Bourgogne appartint à cette bande de territoire, indécise entre la Gaule et la Germanie et que les deux pays se disputèrent pendant des siècles : funeste résultat du partage de Verdun en 843. La Séquanie, perdue dans la Bourgogne,, fit successivement partie du royaume de Lothaire Ier, de Charles de Provence, du royaume d'Italie de Louis H, puis de celui dé Boson, roi de Bourgogne et de Provence.
De même que les grands royaumes s'étaient démembrés, les petits se divisèrent à leur tour. L'ancienne Séquanie, qui n'avait point perdu ses souvenirs d'indépendance, forma un état particulier et un comté dans le royaume de Bourgogne. Le premier comte héréditaire fut Otte Guillaume (995), dont le fils se vit obligé de rendre hommage à l'empereur d'Allemagne Henri III (1044). Toutefois ce comté ou celte comté (jadis ou
employait indifféremment les deux genres) demeura exempte de toute taille ou imposition. « La comté de Bourgogne, dit le bénédictin dom Plancher, a depuis été appelée Franche-Comté, parce qu'elle n'était point sujette aux charges ordinaires établies et exigées dans les autres provinces; qu'elle ne payait point de tributs pécuniaires forcés, c'est-à-dire imposés par le souverain, auquel elle ne devait que le service militaire; si elle ajoutait quelques services pécuniaires, ils étaient libres, volontaires et gratuits. » La Séquanie devint donc un comté libre, et on la désigna le plus souvent sous le nom de franche comté de Bourgogne.
Henri III épousa Agnès, petite-fille d'Otte Guillaume : il créa à cette occasion l'archevêque de Besançon son archichancelier, et l'autorisa à ressaisir sur la ville les droits de souveraineté dont avaient joui les prélats de l'époque mérovingienne. L'archevêque Hugues Ier (ou ses successeurs) institua une mairie pour administrer la ville, une vicomte et un tribunal supérieur nommé régalie.
Renaud III, dernier comte de la race d'Otte Guillaume, mourut en 1148, laissant une fille, Béatrix, qui épousa le célèbre empereur Frédéric Barberousse. La ville de Besançon fut replacée sous l'autorité pins imm'diate des empereurs, et Frédéric y tint, en novembre 1157, une cour plénière, une de ces diètes où il aimait à s'entourer des seigneurs allemands et à étaler sa puissance. En 1167, il fut contraint d'y revenir pour apaiser la sédition qui éclata contre l'archevêque Herbert. Cette sédition n'était qu'un épisode des longues luttes soutenues par les bourgeois contre l'archevêque pour arriver à faire reconnaître leurs franchises municipales. En 1289, la ville de Besançon eut encore à soutenir un siège contre les troupes de l'empereur Rodolphe de Habsbourg.
La Franche-Comté appartenait alors à une branche allemande issue d'Olton, troisième fils de Frédéric Barberousse. La fille d'Otton avait épousé un duc de Méranie, qui fut Otton II; puis régnèrent Otton III, Alix de Méranie et Otton IV. Celuici était fils d'Alix de Méranie et d'Hugues de Chalon, comte
crAuxonnc. En 1314, la Franche-Comté tomba en partage à Jeanne de Bourgogne, épouse de Philippe le Long; en 1518, le comté de Bourgogne fut réuni au duché par le mariage de Jeanne de France, fille de Jeanne de Bourgogne, avec Eudes IV, duc de Bourgogne. La Franche-Comté revenait donc du côté de sa région naturelle, du côté de la France. En 1549, les duché et comté de Bourgogne passèrent à Philippe de Rouvre. En 1 561 , Philippe de Rouvre mourut; le duché revint à la Couronne, pour un instant seulement, car Jean II le Bon fonda immédiatement une nouvelle maison féodale en donnant cette belle province à un de ses fils, Philippe- le Hardi. Quant à la comté, elle revenait à Marguerite de France, mariée à Louis II, comte de Flandre. Séparée du duché, elle ne devait pas tarder à s'y joindre de nouveau, car elle échut en 1584 au duc de Bourgogne Philippe le Hardi, qui avait épousé l'héritière de la Flandre. L'ancienne Séquanie fit donc partie des états de Charles le Téméraire, ce puissant duc de Bourgogne qui tint longtemps la royauté française en échec et entraîna le comté dans ses guerres. Aussi, en 1472, la Franche-Comté fut-elle ravagée parles troupes du duc d'Autriche, qui avait à se venger de Charles le Téméraire. La mort de ce prince (1477) sembla fournir au roi Louis XI l'occasion de mettre définitivement la main sur le comté de Bourgogne, complément indispensable de notre frontière de l'est. 11 le tenta, fit entrer une armée, s'empara de presque toutes les villes ; mais l'époux de Marie de Bourgogne, Maximilien, duc d'Autriche, défendit les états de sa femme, et la paixd'Arras, en 1482, nelaissa point laFranche-ComtéàLouisXI. Cette province demeura à Marguerite d'Autriche, fille de Maximilien et de Marie de Bourgogne, et, après la mort de cette princesse, passa à son neveu Charles-Quint. C'est ainsi que la Franche-Comté, après tant de dominations diverses, tomba sous la domination.espagnole (1550) ; elle devait y rester un siècle et demi. Charles-Quint confirma les privilèges dont jouissaient les habitants de Besançon et leur accorda le droit de battre monnaie ; la ville adopta la devise de ce prince : Utinam (Plût à Dieu), qui est encore celle des Bisontins.
Après quelques troubles causés par les passions religieuses à l'époque de la Réforme, la Franche-Comté eut à souffrir des guerres de la France et de l'Espagne, d'abord sous Henri IV, qui parut avec une armée devant Besançon (1595), mais qui traita avec la ville. La guerre de Trente-Ans fut plus sérieuse. Une armée française, secondée par celle du duc de Saxe-Weimar, envahit la Franche-Comté. Presque toutes les villes, à l'exception des quatre places fortes de la province, Besançon, Salins, Gray et Dole, furent prises et incendiées. La peste et la famine vinrent s'ajouter à tant de malheurs.
La paix des Pyrénées (1659) semblait devoir permettre à la Franche-Comté de respirer; mais Louis XIV, sentant l'Espagne affaiblie, résolut d'enlever à cette puissance la Flandre et la Franche-Comté. Après la mort de Philippe IV, Louis XIV prétendit que cette province devait revenir à sa femme, fille aînée du roi. Ses meilleures raisons étaient d'excellentes armées et de grands capitaines. Quinze jours de campagne suffirent pour la première conquête (1668). Toutefois Louis XIV fut obligé de rendre cette province, à la paix d'Aix-la-Chapelle. Il fallut recommencer la conquête pendant la guerre de Hollande. Quoique plus sérieuse, cette conquête ne fut pas beaucoup plus longue que la première. En deux mois, toute la Franche-Comté tombait au pouvoir du roi de France, et Louis XIV entrait à Besançon, par la citadelle, le 22 mai 1674.
La ville prit dès lors un nouvel aspect. Louis XIV fit abattre les anciennes murailles pour construire des remparts plantés d'arbres : il fit élever des fortifications par Vauban. On nivela les rues, on bâtit des casernes, on construisit les quais ; l'entrée du pont de Battant fut décorée d'un arc de triomphe à ' la gloire de Louis XIV, et la ville repeuplée vit renaître son commerce et sa splendeur. En 1676, le Parlement, qui siégeait à Dole, fut transféré à Besançon, et, en 1691, cette ville s'enrichit encore de l'université qui avait été créée à Dole par Philippe le Bon.
Jusqu'en 1790, Besançon conserva le titre de capitale de la province. Son histoire en réalité s'arrête à cette époque,
comme celle des autres villes du déparlement. Parmi ces villes, celle de Montbéliard mérite une mention spéciale. Située au confluent de l'Allan et de la Lusine, la ville de Montbéliard (Monsbelicardus, Monpelgard)est assez souvent citée au moyen, âge comme le chef-lieu des cantons d'Elsgau et Sundgau. Elle appartenait à une maison indépendante, et le comté auquel elle donnait son nom passa dans la maison de Wurtemberg dès Tannée 1397. Jusqu'au milieu du quatorzième siècle, les comtes de Montbéliard s'allièrent presque constamment avec les seigneurs de Franche-Comté, tantôt contre les empereurs, tantôt contre les ducs de Bourgogne. En 1525, un des chefs de la Réforme, Guillaume Farel, vint prêcher à Montbéliard et faillit être mis à mort. En 1676, lorsque la Franche-Comté fut devenue française, Louis XIV s'empara du comté de Montbéliard, mais il le rendit au traité de Ryswick, et Montbéliard demeura une possession d'une maison étrangère jusqu'à la Révolution. Toutefois le voisinage de pays français avait tellement facilité la réunion qu'il suffit d'une simple démonstration, en octobre 1793, pour que la ville arborât les couleurs françaises. Les traités de Râle el de Lunéville confirmèrent cette annexion. Montbéliard fit successivement partie des départements de la Haute-Saône, du Mont- Terrible, du Haut-Rhin; enfin, c'est aujourd'hui le principal chef-lien d'arrondissement du Doubs.
A l'époque contemporaine, le département du Doubs, quoique un des derniers réunis à la patrie française, a montré combien il lui était attaché. C'estunde nos départements où l'esprit militaire est le plus développé. En 1814, les volontaires du pays, à l'exemple de leurs devanciers de 1792, répondirent à l'appel de la patrie en danger, et organisèrent une résistance sérieuse contre les Alliés. Resançon soutint héroïquement un blocus de plusieurs mois.
En 1871, le département du Doubs, longtemps préservé de l'occupation prussienne, fut le théâtre de la retraite malheureuse de notre armée de l'Est. Le général Rourbaki, voulant délivrer Relfort, s'était avancé par Montbéliard, qu'il avait oc-
cupé à l'exception du château, mais n'avait pu forcer les retranchements du général prussien Werder, à Hcricourt. Cette lutte acharnée et sanglante (janvier 1871) avait épuisé l'armée française. Il fallut reculer. Les Prussiens, reprenant l'offensive, essayèrent alors de couper la retraite au général Bourbaki et de l'acculer à l'impasse que forment les montagnes du Jura, près de la frontière suisse. Il fallut précipiter la marche. Le 28 janvier, l'armée de Bourbaki était autour de Pontarlier, présentant l'aspect le plus lamentable et l'image d'une nouvelle retraite de Moscou, lorsqu'on apprit la conclusion de l'armistice. Mais les Prussiens n'avaient pas voulu étendre l'armistice à l'armée de l'Est, qu'ils espéraient capturer tout entière; et, tandis que nos généraux, mal informés, s'arrêtaient, les Prussiens continuaient leur mouvement. Le malheureux Bourbaki, à la vue de tant de désastres, avait cédé à un moment de désespoir et tenté de s'ôter la vie. Le général Clinchamp, qui le remplaça, résolut, pour sauver son armée et son matériel, de passer en Suisse. Grâce à son énergie, la retraite put s'achever au prix de combats acharnés et des plus vives souffrances. Jamais armée, et armée aussi jeune, n'avait été soumise à de pareilles épreuves. C'était, selon les témoins oculaires, un spectacle navrant que celui de ces soldats à peine vêtus, à peine chaussés, grelottant de froid, couchant sur la neige, se laissant tomber de fatigue et de faim. Les habitants de Pontarlier furent admirables de dévouement ; ils recueillirent 5,500 blessés ou malades, et la charité des Suisses s'empressa de soulager tant de misères, et si grandes que fussent celles-ci, elle les égala ; disons-le à l'honneur de ce pays pour lequel la France conservera toujours une vive gratitude.