‹ Géographie du département du TarnChapitre 4 sur 13 · CLIMAT · texte numérisé non relu

CLIMAT

mat de ce département appartient à ce qu'on est convenu de nommer la zone tempérée chaude.

Mais la température d'un pays, d'un lieu, ne dépend pas seulement de la latitude. Elle est encore, et surtout, déterminée par Taltiliide. Plus un lieu est bas, plus le climat y est doux et constant; plus un lieu est ^evé au-dessus des mers, plus le, climat y est rude en moyenne, en même temps que brusque et soumis à de rapides alternatives de froid et de chaleur.

Or le Tarn est un département essentiellement accidenté. Son point culminant est à 1266 mètres au-dessus de la mer; son point le plus bas, celui où le Tarn, grossi de TAgout, sort du territoire, n'est guère qu'à 88 mètres : cette différence de niveau de 1178 mètres établit entre les divers lieux habités une grande variété de températures, depuis le climat très froid des monts de Lacaune, jusqu'au climat tiède et tempéré de la basse vallée du Tarn.

tu somme, il y a deux climats dans le Tarn : la partie orientale, qui est la plus élevée, est constituée par des gneiss, des micaschistes, des schistes, roches dures qui ne laissent pas les eaux filtrer dans le sous-sol, et qui, par conséquent, donnent au climat une humidité froide, généralement inconnue dans les pays de roches perméables. Pour ces deux raisons, altitudes considérables, imperméabilité du sol, le Tarn oriental doit être considéré comme appartenant au climat auvergnat ou limousin^ le plus froid des sept entre lesquels on partage ordinairement la France.

Quant a la partie occidentale, qui est peu élevée, et composée de terres perméables, elle jouit d'un climat bien plus doux, le climçLt girondiriy qui est celui de Bordeaux ou de Bayonne, et qui est un climat maritime. Par opposition aux climats continentaux, âpres, froids et variables , les climats maritimes sont essentiellement tempérés et constants.

Albi, qui fait partie de la moitié « girondine » du département, jouit d'une température moyenne annuelle de 13 degrés, soit 2 degrés et 4 dixièmes de plus que la moyenne de Paris.

Si toute la pluie tombée dans Tannée restait sur le sol sans filtrer sons terre et sans s'évaporer dans Tair, Albi aurait, à la fin 3e Tannée, une hauteur d'eau moyenne de 740 millimètres, la moyenne de la France étant de 770. Dans la Montagné- Noire et 9lix sources du Dadou, cette hauteur dépasse un mètre.

T. — Carlosités naturelles.

Les curiosités naturelles du département du Tarn se trouvent dans la partie orientale du territoire, dans la région du gneiss et du micaschiste : là sont les gorges profondes, et avant tout celles du Yiaur, celles du Tarn en amont et en aval d'Ambialet, celles de TAgout, celle de TArn ; là sont les cascades dont nous avons nommé quelques-unes dans Thydrographie, notamment celle du Saut de Sabo, formée par le Tarn, et la catai'acte de Luzières, formée par TAgout; là sont les grandes roches, les vastes horizons des monts de Lacaune, les gigantesques entassements du Sidobre, les panoramas de la Montagne-Noire sur les plaines de TAude.

A 5 kilomètres au sud de Burlats, le Rocher Tremblant de la Roquette, bloc de forme ovale ayant environ 15 mètres cubes, est posé en équilibre sur d'autres rochers, de telle sorte qu'un homme le fait facilement osciller.

La région occidentale, ou région des Plaines, offre des sites agréables, de fertiles vallées, d'heureux vallons, mais la nature, très-riante, n'y est point grandiose. On y trouve seulement quelques grottes, quelques cascatelles et de jolis points de vue.

TI. — Histoire.

On ne sait rien de Torigine d'Albi, la seule ville du département du Tarn qui remonte à Tépoque celtique ; ce n'est que dans une notice des cités des Gaules qu'on voit figurer pouila première fois son nom (Civitas Albiensium, Albia, Albiga). Son territoire avait été compris par Auguste dans la première Aqui-

HISTOtRE. . ^ 19

taine. Castres, dont le nom est la traduction fidèle du mot latin castra (camp), ne fut fondé que sur la fin de la domination romaine. I^ christianisme fut prêché dans la contrée par saint Clair, qui créa Tévêché d'Albi. v

Ainsi que TAquitaine, dont il faisait partie, le territoire d'Albi ou l'Albigeois passa de la domination des Romains sous celle des Wisigoths, puis, après la journée de Veuille, eh 507, sous celle des Francs. Mais les Francs ne considérèrent long-

Lo Rocher Trembluut de la Roquelte, près de Burlats.

temps les provinces situées au midi de la Loir.e que comme des possessions lointaines : ils conservaient au nord le centre de leur empire; aussi, dans les partages bizarres faits par les fils de Clovis, puis par les fils de Clotaire P', des villes et des territoires du Midi étaient-ils annexés aux royaumes de Paris, d'Orléans, de Soissons, de Metz. Chaque fils du couquérant avait voulu, avec sa part du royaume, c'est-à-dire de la Gaule au nord de la Loire, sa part des provinces méridionales, dont la

richesse et le beau climat excitaient les convoitises de tous les princes. L'Albigeois appartint donc d'abord au roi de Metz, Thierry (511), et, danç les guerres que se firent les fils de Clovis et les fils de Clolaire, il se trouva réuni tantôt au royaume d'Austrasie, tantôt au royaume de Neustrie.

L'un des évoques d'Albi les plus renommés, Salvi, ne craignait point de parler sévèrement au roi de Neustrie, Chilpéric I*'. Chilpéric, roi barbare qui se piquait d'être savant et poëte, lut un jour à Salvi et au célèbre Grégoire de Tours un traité de théologie. Salvi, irrité des doctrines singulières du prince, manifesta si ouvertement ses sentiments qu'il voulait prendre le manuscrit et le déchirer. En 580 il assista au concile de Braine, dans le Soissonnais, et se rangea parmi les défenseurs de Grégoire de Tours, que poursuivaient les calomnies de la trop fameuse Frédégonde. Salvi mourut en 584; le désintéressement dont il avait fait preuve, sou dévouement en ces temps si troublés lui valurent l'honneur de devenir l'objet d'un véritable culte: une abbaye célèbre d'Albi prit son nom et le perpétua à travers les âges.

A quelque temps de là, saint Élan ou Alain, qui, selon plusieurs écrivains, est le même que saint Arnaud, ami de Dagobert, fondait l'église de Lavaur, et Sigebert 111 d'Austrasie ouvrait un monastère à Castres (647).

Les trois principales villes du département existaient donc déjà; elles eurent à souffrir de la guerre causée par l'invasion des Arabes, puis de la lutte soutenue par Pépin le Bref contre Hunald et Waïfre, qui essayèrent en vain de sauver Findcpendance de l'Aquitaine.

Englobé dans le royaume de Pépin, puis dans le vaste empire de Gharlemagne, l'Albigeois reprit, comme toutes les autres provinces, sa vie pro[)re aux neuvième et dixième siècles, lorsque s'établit le système féodal. Le pays forma un comté qui, dès les premières aunées du dixième siècle, passa dans la maison des comtes de Toulouse. Les comtes avaient des lieufenants ou vicomtes qui se rendirent également indépendants : on remai'quait au dixième siècle les familles des vicomtes

d'Albi et des vicomtes de Lautrec. Les chroniques mentionnent aussi les seigneuries de Rabastens, de Saint-Sulpice, de Paulin, et de nombreux châteaux où se cantonnaient les barons batailleurs. Les comtes de Toulouse avaient un palais à Burlats, où brillèrent plusieurs troubadours et où naquit une de leurs plus gracieuses protectrices, Adélaïde de Burlats.

Cependant la maison des vicomtes d'Albi prima les autres, surtout lorsque Raymond-Bernard, dit Trencavel, eut agrandi ses possessions par son mariage avec Ermengarde, sœur de Roger, vicomte de Carcassonne (1062). La famille des Trencavel guerroie contre les comtes de Barcelone; elle va secourir le roi d'Aragon, Alphonse I«', contre les Maures ; elle bat monnaie. Bientôt la féodalité ecclésiastique s'enrichit par des legs considérables faits aux évêchés et aux abbayes par la piété des fidèles. Les évéques d'Albi rendaient la justice dans leur ville épiscopale et exerçaient les droits de la souveraineté ; le pays se couvrait d'abbayes ; l'antique cité de Castres, détruite, se reformait dans le onzième siècle, autour d'une abbaye bénédictine.

Le mouvement communal n'avait pas, dans le Midi, donné lieu à des luttes aussi violentes que dans les provinces du nord. Une féodalité moins oppressive, des traditions romaines mieux conservées, une longue habitude de la vie municipale, avaient rendu plus facile le retour à cette liberté communale que les villes du nord durent acheter au prix d'une grande effusion de sang. Les villes de l'Albigeois eurent de bonne heure leurs consuls élus, et des actes font mention des bourgeois d'Albi dès Tannée 1055. La vie était moins rude dans les cités méridionales, la culture intellectuelle plus répandue, le goût pour la poésie très-vif. Le luxe des seigneurs était partagé par la bourgeoisie, et nulle part TÉglise n'avait plus oublié au milieu de ses richesses son vrai rôle et sa mission. Enfin la domination intolérante des Wisigoths ariens, les longs rapports avec les Arabes et l'ignorance populaire n'avaient pas été sans affaiblir les croyances catholiques, que ne recommandaient plus assez les vertus des prêtres, ni sans laisser dans les esprits une confusion, un doute qui favorisèrent le développement d'une

doctrine singulière, le manichéisme^. Ce fut pour les seigneurs fanatiques du nord l'occasion d'entreprendre une croisade tristement fameuse, la èroisade contre les Albigeois.

Se rattachant à la doctrine orientale et fort ancienne des deux principes souverains, le bien et le mal, l'hérésie des nouveaux manichéens admettait un dieu mauvais et un dieu bon. Mais elle en tirait des conséquences séduisantes pour une société qui s'indignait de la corruption du clergé. Les sectateurs de la nouvelle doctrine, s'attachant surtout au dieu bon qui avait créé les âmes, les choses spirituelles, se recommandaient par une austérité même excessive. Ils s'appelaient les parfaits, les purs, puis une foule de doctrines particulières vinrent se mêler à celles des. manichéens, qu'avaient propagées, au douzième siècle, Henri et Pierre de Brueys. La confusion fut telle dans les esprits qu'on désigna tous ces dissidents du seul nom d'hérétiques Albigeois, quoiqu'ils hc fussent pas cependant plus nombreux qu'ailleurs dans le diocèse d'Albi. Mais l'éloquence de saint Bernard, qui vint prêcher à AIbi en 1147, n'ayant pu arrêter lesprogrès de ces doctrines, le concile de Lombers les condamna toutes (1165) : de là vint l'habitude de les désigner sous le nom du pays où s'était tenu ce concile, premier acte de la résistance organisée par l'Église.

Le clergé, alarmé des progrès de cette hérésie, qui se propageait dans le comté de Toulouse, dans l'Albigeois, dans les vicomtes de Béziers et de Carcassonne, adressa ses plaintes à la fois au pape et aux princes : le pape envoya des moines de l'ordre de Gîteaux, qui vinrent prêcher l'Évangile en grand appareil, montés sur de beaux chevaux accompagnés d'une nombreuse suite. Aussi de telles prédications demeuraientelles sans effet, et les princes du Midi favorisaient-ils presque ouvertement les çectes nouvelles. Une réforme paraissait donc nécessaire dans la conduite des ordres monastiques, et les dispositions des princes faisaient entrevoir qu'on ne viendrait à bout d'extirper l'hérésie que par 1î^ force. Dominique de Gus-

1. Du nom deManè.s qui vivait au troisième siècle de notre ère et qui prétendait avoir peifectionné le Christianisme.

man, espagnol qui traversait alors le midi de la France h la suite de son ëvèque, donna le signal de la réforme en prêchant pieds nus et en préparant Tinstitution des Frères Prêcheurs destinés à devenir si célèbres. Le pape Innocent 111, Tun des pontifes les plus ambitieux et les plus énergiques, donna de son côté le signal de la guerre. Il avait repris les traditions de Grégoire VII, et le maintien de Tunité chrétienne de l'Europe était indispensable à son rêve de théocratie universelle. Aussi, quoique engagé dans des luttes graves contre l'empereur d'Allemagne, somma-t-il Raymond VI, comte de Toulouse, de lui prêter l'appui de la force pour triompher de l'hérésie. Prince débonnaire, Raymond refusa de sévir contre des hommes, ses sujets d'ailleurs, dont il ne comprenait pas nettementles idées, mais qui étaient dociles à son autorité. Le légat du pape, Castelnau, qui se retira en proférant des menaces contre Raymond, périt assassiné sur les bords du Rhône. Aussitôt le Saint- Siège attribua ce meurtre au comte de Toulouse (1208). Innocent III, profitant de ce que le mouvement des croisades était encore dans toute sa ferveur, fit prêcher la guerre sainte contre les Albigeois. Un baron de l'Ile-de-France, qui avait aussi des possessions en Angleterre, Simon de Montfort, accepta le titre de chef de l'armée envahissante et l'investiture des territoires qu'il se proposait de conquérir.

Les malheurs de cette guerre, qui fondirent plutôt sur les vicomtes de Béziers et de Garcassonne que sur celle d'AIbi, témoignent que cette ville ne renfermait pas le plus grand nombre d'hérétiques. La cité de Béziers fut saccagée et incendiée « telle- ( ment qu'il n'y resta chose vivante au monde. » Le vicomte Roger, i obligé de capituler dans Garcassonne, ne tarda pas à mourir empoisonné. La maison de.Trencavel fut dépouillée de tous ses domaines au profit de Simon de Monfort. En vain Agnès de Montpellier, veuve de Roger, essaya-t-elle de résister dans Gastres où elle s'était réfugiée, la terreur répandue par les massacres de Béziers et de Garcassonne était telle que les habitants de Gastres se soumirent à Simon de Honfoit. Albi reconnut aussi pour maître le chef de la croisade : elle n'eut point à soulfrir

des calamités de la guerre, et ses murailles restèrent debgut. Bais à Lavaur, Amalricde Montréal, qui défendait la ville au nom de sa sœur Guiraude, veuve du sire de Lavaur, affronta les seigneurs du nord. Il se fiait à la solidité des murailles : en effet, dit Tauteur de l'histoire de la croisade, « Lavaur était une si forte ville que jamais en nul autre royaume homme n'en vit de plus forte en pleine terre avec plus hauts remparts ni fossés plus profonds. » La place n'en fut pas moins prise, et ks vainqueurs y commirent d'horribles cruautés. On montre encore non loin du rempart un puits dans lequel, selon la tradition populaire, la veuve du sire de Lavaur fut précipitée avec sa fille par ordre de Simon (i2H). Lavaur renfermait de grandes richesses, que Montfort abandonna à Raymond de Salvagnac, marchand de Gahors, pour le rembourser des avances que ce marchand lui avait faites. La forteresse de Rabastens fut aussi enlevée d*assaut, ainsi que celle de Puylaurens, puis le château d'Hautpoul, voisin de Mazamet et i(ui fut l'un des derniers centres de la résistance des hérétiques dans TAlbigeois.

En 1213, un concile se tint à Lavaur, oùle comte de Toulouse devait venir se justifier, et où se rendit aussi Pierre , roi d'Aragon, son allié. La médiation de Pierre d'Aragon n'aboutit pas ; la guerre recommença mais s'éloigna de la vallée du Tarn; la bataille de Muret (1213), où périt Pierre d'Aragon, ruina les espérances du comte de Toulouse et sembla affermir la domination de Simon de Montfort dans le midi. Mais cette domination était précaire. Les rigueurs d'un tribunal nouveau établi en 1216 pour punir les hérétiques, l'inquisition, ravivèrent la haine des populations contre leurs maîtres étrangers. Toulouse chassa ses oppresseui*s et soutint un siège héroïque contre Simon de Montfort, qui périt frappé d'une pierre au front(1218).

La croisade des Albigeois n'amena pas seulement, comme ane véritable invasion, des calamités matérielles ; elle arrêta le progrès intellectuel, et tua, dans sa fleur, la poésie romane, qui chantait sur un ton si gai et si Houx , par la bouche des

troubadours* L'Albigeois n'avait pas été étranger au développement de cette littérature de la langue d'Oc, si brillante quand on la con)pare à la littérature des trouvères du norii, à la langue d'Oïl. Les fastes de l'histoire des troubadours gardent la mémoire d'Adélaïs, dame du château de Penne, qui fut chantée par Raymond Jourdain, vicomte de Saint-An tonin. Azemar le Negro ou le noir, né à Albi, au Castelviel, fut, disent les historiens, « fort civil et beau parleur » : il était le protégé du comte de Toulouse, Raymond YI, qui encourageait aussi le troubadour Raymond de M ira val. Le château de Burlats avait lépélé les poésies de Marviéll. Toutes ces voix s'étaient tues. (( On ne pouvait plus aller de château en château chanter des vers, les offrir aux nobles dames. Tout était hérissé et ensanglanté par la guerre *. »

Après la mort de Simon de Montfort, Albi et son territoire, toujours distincts du comté de Toulouse, reconnurent cependant pour maître le fils de Simon, Amaury. Mais ce dernier, n'ayant point l'énergie de son père et comprenant qu'il ne parviendrait point à établir s:i domination sur des pays si hostiles à sa race, céda au roi de France, Louis VIII, les droits qu'il tenait de son père. La couronne de France allait recueillir les fruits de cette sanglante croisade, où elle ne s'était, grâce à la prudence de Philippe Auguste, ni compromise, ni souillée.

Louis Mil vint dans le Midi en 1225 et prit possession d'abord de V Albigeois, qui fut réuni à la couronne bien avant le Languedoc, car le comte Raymond VII tenait toujours Toulouse, et le sort de sa vaste province ne devait être réglé que par le traité de Meaux, en 1 229. La paix rétablie permit au pays de réparer ses pertes. Sous l'administration bienfaisante de Raymond VU et de son ministre, Sicard Alaman, puis sous celle d'Alphonse de Toulouse, frère de saint Louis, les villages se rebâtirent, les villes se repeuplèrent, et quelques-unes furent créées ; plusieurs de ces dernières devinrent même llorissantes, grâce aux libertés niunicipales et aux privilèges commerciaux

i . Yillemain, Littérature du moyen âge.

que leurs fondateurs leur avaient octroyés. Ces villes neuves, ou bastides f étaient construites autant que possible sur un plan régulier ; il en existe une vingtaine dans le territoire actuel du Tarn : irf^ex (1528), la Bastide-de-Le'vis {i22'5), Beauvais (1342), Labessière-Candeil (1227), BonnevUle^ Briatexte^ CadiXy Cordes (1222), encore célèbre par ses maisons gothiques; Damiatte (1295), Dénat, Lisle-d^Albi,^ construite en 1250 sur remplacement du village de Montaign ; Montmiral (1222), Pampelonne (1280), Réalmont (1270), Saint-Jeande-Rives (1540), Saint-Sulpice, près deLavaur (1247); Saint* l/Vcisse (1256), recoM(1277), Trébas{2), Valence-d' Albigeois, Venès (?), Yiane (?), Villefranche-d' Albigeois (1259) et Viterbe. Quelques noms furent empruntés à des cités étrangères, tels que Beauvais, fondé par un évêque de Beauvaîs, Cadix, Cordes (Cordoue), Damiatte (Damiette), Pampelonne (Pampelune), Venès (Venise?), Viterbe. Il y eut des bastides qui ne prospérèrent point et demeurèrent de petits villages ; Tune d'elles, Bonneville, n'est même qu'un hameau de la commune de Fayssac.

Ce lut à la fin du xm^ s., en 1282, qu'Albi vit commencer les travaux de sa grandiose cathédrale de Sainte-Cécile, qui durèrent deux siècles. La vaur, sortie de ses cendres, fut érigée en évêché en 1518. L'abbaye de Castres avait été déjà l'année précédente érigée aussi en évêché. L'Ëglise multipliait ainsi les sièges épiscopaux pour continuer la lutte contre l'hérésie des Albigeois qui, étouffée par la force, conservait encore un grand nombre d'adeptes.

Une apparition des Pastoureaux, bandes étranges et fanatiques qui avaient déjà parcouru la France au treizième siècle, pendant la captivité de saint Louis, et qui, de temps à autre, se montraient en diverses provinces, effraya en 1520 tout l'Albigeois. Les Pastoureaux pénétrèrent dans Albi, dans Gaillac, dans Rabastens, massacrant les juifs et ne vivant que de pillage. Mais ces bandes furent dispersées par les troupes royales. Lorsque la guerre de Cent-Ans renouvela les misères de la France, l'Albigeois dut à sa situation écartée de n'en rcssen-

tir que faiblement le contre-coup. Cependant les Grandes Compagnies pénétrèrent dans le pays, et les Routiers assiégèrent Albi en 1362. Ils désolèrent longtemps l'Albigeois, et s'emparèrent de Sorèze en 1377. En 1422, une nouvelle apparition des Routiers, fut suivie d*un nouveau siège d'Albi, mais cette fois encore ces bandes d'aventuriers échouèrent et ne purent que brûler le Castel-Viel.

Le siège épiscopal d'Albi demeurait toujours un des plus renommés de cette région de la France, et Ton y vit s'asseoir deux cardinaux, de la même famille, les deux Louis d'Âmboise, l'un frère, l'autre neveu de Georges d'Amboise, le célèbre ministre du roi Louis XII. Ce fut Louis I^' d'Amboise qui fit la consécration solennelle, en 1510, de la cathédrale d'Albi.

En dépit de l'Inquisition et des efforts des évêques, l'esprit des populations n'en restait pas moins sourdement hostile à la religion catholique. Aussi la réforme de Calvin trouva-t-elle un terrain excessivement favorable dans l'Albigeois pour se développer. Si la ville d'Albi ne se laissa pas entraîner par le mouvement calviniste, la ville de Castres le suivit avec ardeur. Dès 1561, les protestants s'emparent des églises, détruisent les autels et les images/ chassent les religieux de leurs couvents. Ils dominent aussi à Rabastens, à Réalmont, à Puylaurens, à Mazamet ; ils s'emparent de Lavaur. La réaction ne tarde pas à éclater, et à Gaillac les catholiques massacrent un grand nombre de religionnaires (1562). Les protestants se vengent par le massacre de prisonniers faits au château de Lacaze.

A chaque reprise des guerres civiles, la lutte recommençait dans les villes de l'Albigeois. Castres devint bientôt une sorte de capitale pour les protestants du Midi, et leurs députés s'y constituèrent en cour souveraine pour rendre la justice aux réformés. Sous le règne d'Henri III, le théâtre de la grande guerre se rapprocha de l'Albigeois. Le roi de Navarre, Henri de Bourbon, tenait sa cour depuis 1579 à Nérac ; le vicomte de Turenne, son lieutenant général dans l'Albigeois, occupait Castres, où Henri se rendit lui-même en 1585, etce prince était déjà populaire dans le pays quand la mort d'Henri 111, en 1589,

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le lit roi de France. Cependant les villes d*Albi et de Lavaur, restées dévouées à la Ligue, ne se soumirent qu'en 4595. L*édil de Nantes, rendu par Henri IV (1598) instituait dans plusieurs villes un tribunal dont les juges étaient la moitié catholiques et l'autre moitié protestants: c'est ce qu'on appelait les Chambres de l'Ëdit. Une de ces Chambre fut éCliblie à Castres, ville désignée par son obstination à soutenir la cause des réformés.

Les guerres religieuses, qui paraissaient terminées, recommencèrent pourtant sous Louis XIII. LeducdeRohan, en 1621, réveilla les défiances des protestants, les réorganisa, et les villes de Castres, de Puyiaurens, de Sorèze, de Saint- Paul, de Mazamet, lui obéirent. Les trou[)es royales entrèrent dans l'Albigeois, en 1625, sous les ordres du maréchiil de Thémines, et ravagèrent tout le pays. Autour de Castres, disent les relations du temps , le dégât fut si bien exécuté qu'on ne laissa debout ni arbre, ni maison « ni souche de visne , ni épi de blé. Le duc de Rohan était alors en Bas-Languedoc, mais la duchesse animait les habitants de Castres. Quand l'armée royale parut devant la ville, cette femme intrépide était malade. Elle se fit porter dans une chaise découverte à la porte de Lalbenque, 011 l'attaque avait lieu; tout le monde prit les armes sans considération de profession , d'âge ni de sexe. Le maréchal de Thémines fut obligé de s'éloigner de Castres, qui, du reste, ne tarda pas à reconnaître l'aulorité royale. En 1627, le prince de Condé s'empara de Réalmont, où un grand nombre d'habitants furent mis à mort. Enfin la prise de la Rochelle, en 1628, découragea les Réformés, et la paix d'Alais (1629) rendit le calme à cette contrée, qui ne devait plus être troublée par la guerre.

Les dissidences religieuses avaient au moins eu. un résultat favorable pour la ville de Puyiaurens, où les Calvinistes avaient fondé, vers la fin du xvi« siècle, un collège ou académie. Cette institution, devenue florissante, rivalisait avec celle de Montauban : des chaires de théologie, d'hébreu, de grec y avaient été établies. Une louable éniulaliun s'empara des catholiques, et les bénédictms fondèrent le collège de Sorèze, qui, tout en changeant plusieurs fois de direction, maintint sa célébrité et qui,

dans notre siècle, fut la studieuse retraite de réminenl prédicateur dominicain Lacordaire.

Mais l'académie dePuyIaurens ne put survivre à la révocation de rÉdit de Nantes. Sa suppression fut une des premières mesures de proscription ordonnées par Louis XIV. Une année même avant la révocation de TÉdit, le culte protestant avait été interdit par le parlement de Toulouse dans la ville de Gastres.Les persécutions amenèrent une nombreuse émigration, qui porta un coup funeste à la plupart des villes de la vallée du Tarn. Cependant la religion protestante se maintint dans la contrce en dépit de la surveillance qui avait été organisée. L'évêché d'AIbi avait été, dès i678, érigé en archevêché, et le catholicisme, appuyé sur l'autorité royale, essaya de regagner le terrain perdu pendant les guerres de religion. Il n'y réussit point partout, car le protestant Calas, qui donna lieu à un procès si inique, était né à Lacabarède, petite ville du pays castrais, et la famille Sirven donna aussi, auxvni® siècle, aux juges deMazamet, loccasion de satisfaire la haine profonde que les protestants leur inspiraient.

Toutefois l'éloignement du théâtre des grandes guerres de Louis XIV et de Louis XV permettait à l'industrie et au commerce de prospérer. Mazamet fabriquait des papiers, Lavaur des soieries, Castres des draps. Le commerce des vins faisait la richesse de Gaillac. Au moment de la Révolution de 1789, Castres était, comme aujourd'hui , la ville la plus peuplée de -'Albigeois, aussi fut-elle choisie pour le chef-lieu du département du Tarn ; mais, au bout de quelques années, le siège de l'administration fut transporlé à Albi, où il est resté. Castres répara grandement ce dommage par les progrès étonnants que fit son commerce de draps qui Ta placé au rang des principales villes manufacturières de la France. Ajoutons aussi que le goût des études littéraires s'y est conservé [)lus que dans les autres villes du département , et qu'une société savanle a pu s'y former pour l'étude de l'histoire et de l'archéologie du pays castrais. Albi, qui a conservé son archevêché, est resté la ville catholique, taudis que Castres demeure la ville protestante.

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