ABYSSINIEN A L'OUEST DU NIL
Allant par l'analogie du connu à l’inconnu , il nous est permis d’essayer quelques conjectures sur le pays voisin que nous ne connaissons que par des rapports fondés sur des ouï-dire et des traditions. En attendant que des hommes intrépides pénètrent dans l’intérieur du pays et nous dunnent ainsi une connaissance plus précise, nous pouvons au moins hasarder quelques suppositions.
Le pays à l’ouest du Nil semble être jusqu'au bassin de AVangaraunrpentede plateau en forme de terrasse , comme le llabech. C’est de l’a que le j eaple nègre dcsFoungi est descendu, pour se rendre maitre des basses terres qui bordent le plateau au nord , dans les plaines , c’est-à-dire dans le Darfour (pays de Four), le Kordofan , le Sennaaret la Nubie. Sur les deux bords du Nil , dans le Darfour et la Nubie , ce peuple fut vaincu par les Berbers indigènes et des émigrés arabes , et refoulé en partie dans ses montagnes, comme les Shangalla à l'est du Nil. Mais après sa victoire sur les tribus arabes (1301), il se rendit de
(1) Bruce, Trav.,1. lit, psg. 455.
(3) Brrrnudri lu Pures*», hls Pilgrim», t. Il , fol. 1168. — Bruce, Ir*v.. I, t, VII, »pp., pag. 60.
(3) Bruce, Tr*v., t. 111, pag. 335, 1. V, p*g. 44.
nouveau maître du pays qui s'étend le long du Bahr-el-Abiad (le fieu veblanc). jusqu'à la plaine, et fonda même le grand royaume de Sennaar (I). Ce royaume, situé dans une presqu'île (l'ancienne Meroe ) , est défendu naturellement contre toutes les invasions, à l’est par le Nil bleu, à l’ouest par le Nil blanc, et au sud par la terrasse de Fazouklo qui l’unit au plairait.
Dans la plaine de Senuaar, au pied du plateau, la vallée du Nil supérieur forme un pays entouré de deux fleuves (cet accident naturel est appelé Mésopotamie près de l’Euphrate, Pandschab à l'Indus, Duab au Gange). C’est ici que, comme dans toutes les situations semblables, s’est toujours développée primitivement la plus grande puissance , que s’est souvent manifestée la civilisation la plus haute comparativement aux contrées voisines. Dans l'antiquité, l’état de Meroe (i), situé dans i’Ile formée par le Nil et le Tacazzé (Mstaboras) , fut le centre de la civilisation et de la puissance; depuis 1301 le royaume de Sennaar, un peu plus haut sur le fleuve , a pris pour cette partie de l'Afrique le rôle de Meroé dans les premiers temps du monde. A défaut d'une connaissance générale du pays, nous ne pouvons que suivre isolément les routes qui nous conduisent dans l’intérieur.
1" Éclaircissement.
Chemin montant qui conduit du Darfour à la terrasse des mines de cuivre de Fertit (3).
Browne nous apprend quedeCobbé, centre du Darfour, on arrive en vingt-trois jours et demi de marche vers le sud, aux montagnes des mines de cuivre de Fertit. 11 faut observer que Fertit est, chez les Arabes, une appellation commune à plusieurs pays, et que ce nom ne désigne ainsi aucune contrée déterminée (4).
Les quatre premiers jours on marche à travers des plaines de sables; les quatre jours suivans on voyage depuis la frontière méridionale du royaume de Darfour, à travers des forêts et un sol gras et argileux, où habitent des Caifres, c’est-à-dire, des peuples non mahométans ou
(t) Bnf-ray, dam Bruce, t. lit, pag. 3 cl 314, et Bruce, Trar., t. VI, pag. 370, 445.
(3) Hérodote, I. Il, c. 33.
(3) Route frora CoblaC to tho Coppenuines of Ferilt, dan» Browne, pag. 473.
(4) Browne, Trar., prCf, pag. XXIV.
HACTE-AFEIQUE : III* DIVISION, S 1S.
idolâtres. Le chemin devient alors rocheux et monte pendant un jour et demi par-dessus des montagnes, jusqu’à ce qu’on arrive à Dar-Foungaro, qui est vraisemblablement le pays îles Foungi (?). Ici , on entre dans un pays tout différent; le sol, pendant onze journées, est rouge jusqu'aux mines de cuivre.
Tel est du moins ce que rapportent les marchands d’esclaves. Ce chemin, ’a ce qu’il parait, partttit de la plaine de sable de Darfour traverse une partie de la ceinture formée par le peuple Shangalla , et conduit à la terrasse d'Alpes des Foungi qui , en cct endroit , contient des mines de cuivre.
On dit (1) que sur cette terrasse, le Bahr-Misselad prend sa source et coule vers le nord; en montant plus haut encore on doit arriver aux sources du Bahr-el-Abiad à Donga , dans le grand plateau Ethiopique (voy. plus haut , $. 9, chapitre 1).
2" Éclaircissement.
Chemin montant qui conduit du Cordofan à travers la chaîne de montagnes limitrophe de I)eir et Touggala à la terrasse d'or de Scheibôm (2).
Le pays de nègres, situé entre Darfour et Sennaar s’appelle Cordofan; Ibeit en est la résidence principale. Pendant sept ou huit jours on marche sous la même latitude que celle de Sennaar (13” lat. nord), vers l’est-sud-est, ’a travers un terrain sablonneux. Les quatre jours suivans on se trouve sur un sol glaiseux ( Clay ) et parfois rocailleux. L’a, habitent des peuples idolâtres entièrement nus , des Caffres , c’est-àdire des Shangalla, ou plutôt peut-être les Nouba occidentaux. Au milieu de celte contrée est Tummara. On ne sait si c'est une ville ou un pays. Ce nom lui vient peut-être des bois de Tamarin ( Tummara- Hindi des Arabes) qui sont le caractère propre de toute la ceinture de ta région des bois. Ce végétal est connu desmahométans comme plante médicinale (3), et son suc est généralement employé comme médicament contre les fièvres malignes qui sont endémiques dans ces basses terres, et même contre la peste. Derrière Tummara on va pendant un jour et
(1) Browne, Appcndix, pag. 440.
(2) Browne, Tr.t p. 450.
l3) Larrey, obiervatlonssur la peste, dan* la dcscript. do l'eut moderne do l'Egypte, t. I, p. 3.
demi à travers des montagnes rocailleuses, sans doute un défilé, à la terrasse de Dibou, et île là, on arrive en un jour et un quart à Scheibôm , le même lieu que Brurc appelle Shygoum (1), au sud du Cordofan , On trouve ici, dans une vallée, beaucoup d’or en grains et en poudre.
Les habilans de l’extrémité des plaines de sable sont tous noirs ; ils vont entièrement nus et se couvrent seulement les parties honteuses avec des herbes tressées. Ils ramassent l’or dans des coquilles d’oeufs de vautours et d’autruches. Les mahométans qui leur font la chasse, en réduisent beaucoup à l’esclavage. La misère force souvent aussi les parons à vendre leurs enfans comme esclaves. Ces nègres vivent en tribus indépendantes et souvent en guerre entre elles.
Cette chaîne de montagnes qui borde au sud la plaine de sable Cordofan, et s’étend de l’est à l'ouest, doit être située, au dire des prêtres /Youba, entredeux résidences, Deir et Touggala. Bruce (2) appelle cette chaîne les montagnes de Lyre et de Tëgta; Seezcn (3) la nomme Gibelet-Dginse. Les Français l’entendirent appeler au Caire (4), dans les marchés où l’on vendait des esclaves de Nôba (Nouba) amenés de ce pays, Dc/eb et Taguëli; on la disait éloignée de quinze jours de marche de Sennaar. Dans le voisinage est situé Touggala , capitale du roi de Touclatci.
De même que le Habech s’élève au-dt ssus de la bande de terre habitée par les Shangalla , de même s’élève ici au sud, au-dessus de Touggala, la terrasse d’Alpes, contenant à l’ouest les mines de cuivre, et ici les mines d’or qui sont le but de tant d’expéditions. Cette terrasse est appelée dans le pays Sagourmë ( Counlry of tho mounlaincers ) (3), c'est-à-dire pays d’Alpes.
Plus loin, à l'O. S.-O. de Scheibôm, est situé encore un autre pays d’or, appelé Louca, habité de même par des nègres indépendans.
3" Eclaircissement.
Chemin montant qui conduit de Sennaar, entre le Ml blanc et le If il bleu, à la terrasse d'or de Fazoglo (6).
Après les dix premiers jours de marche au
(t) Bruce, Tnv., 2e CJil., t, VU, Appcndix, pi; 97,
(2) Bruce, Tri*., I. VI, l«s 374.
(3) Von lacb, lonalllcbc < orrespondeni, Marri 1809.
(4) Lapauousc, Mt’in. sur i'Bgypte, ». IV, pag. 89.
(6) Browne, Trav., pag. 463, et nennell,dans Borne mann, edlt. Langlcs, voy. t. Il, pag. 241.
(0; Browne, Trav., pag. 436.