SITUATION ET PRODUCTION
et des plus tempérés de l'Afrique. Le bassin supérieur du Nil, arrosé par d'innombrables rivières, sillonné par des chaînes de collines élevées, déploie tontes les magnificences d’une végétation aussi variée que puissante ; mais au-dessous de Khartoum, le fleuve resserré dans une étroite vallée, où ses débordements périodiques (de juillet à octobre) apportent la fécondité, est bordé jusqu’à l’entrée du Delta d’une mer de sable et de pierres où surnagent à peine quelques rares oasis.
Les céréales (riz, froment, orge, millet, avoine) donnent jusqu’à trois récoltes par an ; les légumes croissent presque sans culture ; la garance, %e safran, l’indigo, le henné abondent dans la haute Égypte; la culture du coton et celle du Zn ont pris d'immenses développements : les plantes oléagineuses, l’opium, le tabac, la canne à sucre, les rosiers du Fayoum, les forêts du Kordofan et du Sennaar, sont une source importante de revenus : les races domestiques, chevaux, ânes, chameaux, bestiaux, moutons, volailles, abeilles prospèrent dans toute l’ "Égypte : la culture du müûrier et la production de la soie s’y développent également; quant aux richesses minérales, les carrières de porphyre, de marbre et de pierre, le natron, le bitume, et le sel sont les seules exploitées.
Si la petite industrie est assez active, au Caire, à Alexandrie et dans les principaux centres de population, la grande industrie n’a réussi qu’à demi à s'établir en Égypte malgré les efforts du gouvernement : les papeteries, les indigoteries, les raffineries de sucre, les filatures languissent; les constructions maritimes ont perdu l’activité que leur avait imprimée le génie de Méhémet-Ali, et c’est à l'Europe que la Com: agnie de Suez, et les Compagnies de chemins de fer demandent tout leur matériel, que les rares établissements métallurgiques de l'Égypte seraient impuissants à produire.
Situation commerciale, L’isthme et le canal de Suez. — L'Égypte est, par sa position, l’intermédiaire naturel entre l’Occident et l'Orient, le trait d'union entre la Méditerranée et l'Océan indien. Sous la domination des
Ptolémées, des Romains et des Khalifes arabes, elle servit d'entrepôt au commerce des Indes, jusqu’au moment où les découvertes des Portugais détournèrent ce courant vers le cap de Bonne-Espérance. De nos jours, l’établissement de la grande route de transit entre l'Europe et l’extrême Orient, arendw à l'Égypte sa prospérité commerciale, que portera à son comble l'ouverture définitive du canal de Suez,
L'/sthme de Suez est une langue de terre sablonneuse, coupée de lacs salés et bitumineux, qui s’étend sur une largeur de 145 kil., entre la mer Rouge et la Méditerranée.
En 1854, un Français, M. de Lesseps; obtint du viceroi d’ Égypte la concession d’un canal maritime qui réunirait les deux mers, et d’un canal d'eau douce, dérivé du Nil, qui aboutirait à Suez, en suivant le tracé ‘de l’ancien canal des Pharaons et des Arabes. Depuis cette époque, malgré les difficultés locales et les chicanes diplomatiques, l’œuvre a été poursuivie avec une persévérance que rien n’a découragée et que le succès a couronnée. Le canal, long de 150 kil. et large de 56 mètres, part de Port-Saïd, sur la Méditerranée, traverse le lac Menzaleh, le lac Timsah et les lacs Amers, et finit à Suez, sur la mer Rouge, ville de 30,000 h., point de départ des lignes de la Compagnie péninsulaire:et orientale et des Messageries Impériales, pour l’Asie, l’Australie et l'Afrique orientale, entrepôt du commerce de l'Égypte avec la mer Rouge, et l’une des grandes étapes des routes de l'Orient.
Le canal de Suez abrége de moitié la traversée des principaux ports de l’Atlantique et de la Méditerranée à ceux des Indes, de la Chine, de l'Australie, et si l’on songe que 5,000 navires, jaugeant 4 millions de ton- . neaux, franchissent chaque année le cap de Bonne-Espérance, que le transit de Suez s’élève déjà à plus d’un milliard en marchandises et en matières précieuses, et qu'il faut ajouter à cet immense mouvement celui que déter-
mine le pèlerinage de la Mecque et le commerce spécial de l'Égypte (30 ou 40 millions), on pourra se faire une idée
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de l’avenir réservé à cette entreprise, la plus utile et la plus hardie des temps modernes.
Alexandrie (180,000 h.), sur la Méditerranée, réunie au Nil par le canal Mahmoudieh, et à Suez par un chemin de fer, est aujourd'hui le débouché du transit de l'Orient, et restera toujours le plus grand port de l'Égypte. Desservie par toutes les lignes de la Méditerranée : Compagnie péninsulaire et orientale, Messageries Impériales, Compagnie de Navigation marseillaise, Lloyd de Trieste, Compa-
. gnie adriatico-orientale d'Ancône, Compagnie russe d’O-
dessa, Alexandrie présente un mouvement de six ou sept mille navires (2 millions de tonneaux) ; elle sert d’entrepôt à tout le trafic de l'Égypte avec l'Europe, et si l'ouverture du canal doit réduire le chiffre du transit, ce désavantage sera largement compensé par l’activité nouvelle imprimée au commerce égyptien.
Rosette et Damiette, dans le delta marécageux du Nil, et sur deux des branches du grand fleuve, n’ont plus de relations qu'avec la Syrie et les îles turques de l’Archipel.
Sur le littoral abrupt et désolé de la mer Rouge, l'Égypte n’a que deux ports ou plutôt deux rades naturelles, ÆKosséir et Souakim, qui doivent toute leur importance aux relations avec l’Arabie, et surtout au pèlerinage de la Mecque.
Navigation intérieure. Chemins de fer. — L'Égypte possède la plus belle voie de navigation intérieure de l’Afrique, et l’un des plus grands fleuves du monde, le Nil, dont les sources mystérieuses ont enfin livré leur secret. Sorti sans doute du massif neigeux du Kilimandjaro, dans l'Afrique orientale, il traverse les lacs Victoria et Albert Nyanza, et arrose des contrées tour à tour âpres et fertiles, habitées par des populations sauvages, mais pour la plupart inoffensives, qui appartiennent à la race noire ou à celle des Gallas, et que les explorateurs anglais, Speke, Grant, Baker, ont fait connaître au monde européen. La première station du commerce sur le Nil est Gondokoro,
centre de la traite des esclaves, ce fléau de l’Afrique centrale, et entrepôt des tissus, des armes, de la quincaillerie,
de la verroterie, que les commerçants tures et européens échangent contre l'ivoire, le principal objet du trafic dans la région du haut Nil. C’est à partir de Gondokoro que l'influence de l'Égypte commence à remplacer celle des Arabes, qui dominent dans la région des lacs.
Au confluent du Nil Blanc et du Nil Bleu s’élève la capitale du Soudan égyptien, Æhartoum (40,000 h.), entrepôt du commerce avec l’Abyssinie, le Soudan et le haut Nil, centre des routes de caravanes qui rayonnent au nordouest vers la mer Rouge, à l’est vers le Kordofan, le Darfour et le Ouaday; résidence des consuls européens et l'une des grandes étapes de la navigation du Nil.
Grossi du Nil Bleu et de l’Atbarah , le Nil, dont la navigation est interrompue par de nombreuses cataractles, arrose les villes déchues de C'hendi et de Dongolah, les anciennes capitales de la Nubie, et entre en Égypte à Assouan; à Keneh commencent les services de navigation à vapeur, qui descendent par Girgeh et Minieh jusqu'au Caire, la capitale politique et commerciale de l'Égypte, le point où viennent converger les routes de caravanes de l'Arabie par Kosséir, de la Turquie d’Asie par Damas, des États Barbaresques par l’oasis de Siouâ, du Soudan et de la haute Égypte par Khartoum et la vallée du Nil.
Les routes de terre ne sont guère suivies que par les caravanes ; mais un chemin de fer fonctionne entre Alexandrie et Suez par Zagazig, et se prolonge jusqu’au Caire, d’où il doit remonter la vallée du Nil. Le télégraphe électrique est établi jusqu’à Khartoum.
Relations avec la France. — Le commerce de l'Égypte avec la France s’élève en moyenne (1860-65) à 115 millions, dont 69 millions importés en France (54 millions pour le commerce spécial).
Les principales marchandises que nous demandons à l'Egypte sont les cotons (45 millions), les graines à ense- . mencer, les graines oléagineuses, les gommes, les soies et les plumes de parure.
Nous lui renvoyons en échange, les tissus de soie, de laine et de coton, les machines et mécaniques, les outils
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et ouvrages en métaux, les vins, les sucres, les bougies stéariques, les ouvrages en peau et en cuir, la verrerie, la porcelaine, les voitures, et les mille articles de luxe de la fabrique parisienne.
Commerce général. Impertation et Exportation, — Sans y comprendre le transit par Suez, des marchandises et des métaux précieux, qui représentent une valeur annuelle de plus d’un milliard en 1863, contre 700 millions en 1836, le commerce spécial de l'Égypte s'élève à plus de 450 millions répartisentre l'Angleterre, la France, la Turquie, l'Autriche, et l’Afrique du centre et de l'est. Les cotons, dont l'exportation a presque décuplé en dix ans, les céréales, les graines oléagineuses, les dattes, les matières tinctoriales, les sucres, les gonimes, lu laine , l’ivoire, la cire et l’encens du Soudan et de l’Abyssin », la nacre et les écailles de tortue des bords de la mer fouge, sont les principaux articles exportés, dunt la 1leurs’élève à près de 300 millions. L’importation, qui re dépasse pas 460 millions, consiste, outre les articles français, en cotonnades et tissus anglais et autrichiens ; fez de Tunis et de Malte ; quincaillerie et fers ouvrés d'Angleterre et d’Allemagne, verres à vitres et cristaux de Belgique et d'Italie: bois de construction d'Autriche ; houilles et métaux anglais, etc.
Etat de la civilisation. — Le territoire égyptien est habité par des races diverses d’origine et de caractère, le Turc indolent et orgueilleux com: nartout, l’Arabe nomade et pillard sur les bords de ia mer Rouge et dans le désert de Libye, cultivateur et sédentaire dans la vallée du Nil où mèlé à l’ancienne population, il forme la classe misérable et opprimée des Fellahs, le Copte chrétien et commerçant, le Nubien de Dongolah, doué au plus haut point de l'instinct des voyages et du négoce, le nègre du Kordofan, sauvage comme le sol où il végète, Un despote de génie, le Pierre le Grand de l'Egypte, Mehemet-Ali, a essayé de réunir ces éléments hétérogènes, et de leur imposer de gré ou de force la civilisation : l'Égypte s’est ouverte au commerce, aux idées, aux industries de l’Eu-
rope; des routes, des canaux ont sillonné son territoire, des bateaux à vapeur remontent le Nilau delà de Khartoum; des usines se sont élevées jusqu'aux confins du Darfour et de l’Abyssinie, une Compagnie égyptienne de navigation à vapeur dessert les ports de la mer Rouge jusqu’à Souakim ; les monopoles ont été abolis, la culture émancipée ; les banques privées se sont multipliées, on songe même à fonder des établissements de crédit foncier ; des tribunaux et des chambres de commerce fonctionnent à Alexandrie et au Caire : les Européens peuvent s’établir et fabriquer librement dans toute l'Égypte ; mais ils trouvent une rude concurrence dans le génie commercial des Coptes, des Nubiens et des Banians de la mer Rouge.
Poids, mesures et monnaies. — Les poids les plus usités sont le Rottole, — 444,73 grammes, et le Mantar, — 100 rottoli.
Les monnaies de compte et les monnaies réelles sont les mêmes qu’en Turquie : dans le haut commerce, on compte par Kis ou bourse de 500 piastres, par éularis autrichiens et piastres espagnoles.