CONCLUSION
Nous avons indiqué la part de la France dans le commerce général du monde, et cette part est considérable, puisqu'elle place notre pays immédiatement après l’Angleterre et au-dessus des États-Unis ; cependant la France est encore loin du développement commerciai ‘qu ’elle doit espérer et que la nature lui assigne.
Située au cœur de l’Europe occidentale, c 'est-à-dire du monde civilisé, maïtresse, par sa situation géographique, des routes de la Méditerranée, de l'océan Atlantique, de la Manche et de la mer du Nord, elle peut défier en Europe toutes les concurrences, mème celle de l’Angleterre.
Marseille attire le commerce de l’Europe méridionale, celui de la Russie, de la Turquie d’Asie et de la Perse, par la mer Noire ; celui du Levant, de l'Égypte, des côtes barbaresques, par la Méditerranée : celui de l'extrême Orient et de l'Océanie, par l’isthme de Suez.
Bordeaux est le débouché naturel de la côte occidentale d'Afrique et de l’Amérique du Sud; Nantes et Saint-Nazaire, celui de l’Amérique centrale, des Antilles, de l'océan Pacifique, par l’isthme de Panama. Le Havre, de Liverpool français, dispute à l’Angleterre le commerce des États-Unis et celui de l'Europe du Nord; à Nantes, celui de l'Amérique centrale ; à Bordeaux, celui de l'Amérique du Sud et de l'Afrique.
Sans parler de nos relations avec l’Europe, l'Amérique tout entière, avec ses populations anglo-saxonnes, si riches et si actives, avec ses populations espagnoles, passionnées pour les recherches du luxe européen, est déjà ouverte aux produits de notre sol et de nos manufactures,
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à nos vins, à nos draps, à nos soieries, et la création de nos lignes transatlantiques, en multipliant les relations, doit nous y créer de nouveaux débouchés.
En Afrique, l'Algérie, le Sénégal, la Réunion pourraient nous ouvrir les plus riches marchés africains, le Soudan, Madagascar, etc., et nos relations avec l'Égypte s’étendraient facilement jusqu'à l’Abyssinie : nos cotonnades, nos lainages, notre quincaillerie, nos armes, nos ouvrages en cuir, nos vins y trouveraient un débouché assuré; et le coton, l’ivoire, les gommes, les aromates, la noudre d’or, les graines oléagineuses fourniraient à nos caravanes et à nos navires un précieux fret de retour; mais notre commerce semble hésiter devant la barbarie ou le fanatisme des populations, l'incertitude des routes commerciales, l'ignorance des mœurs et des usages, qui n’arrêtent pas les voyageurs et les commerçants anglais.
En Asie, nous avo?s déjà signalé les avantages que pourrait nous offrir le marché de la Perse, ce pays où le goût du luxe est si répandu, et où le nom français rencontre tant de sympathies,
Aux Indes, si nous allions chercher nous-mèmes le coton, le café, les épices, la soie, l’indigo que nous tirons en partie des entrepôts anglais, nous répandrions facilement dans les classes supérieures le goût de nos marchandises de luxe, qu’elles ne reçoivent que par l'intermédiaire de l’Angleterre; enfin, en Chine et au Japon, où les négociants n’ont plus aujourd'hui de dangers à redouter, pourvu qu’ils respectent les usages et les préjugés nationaux, nôs draps, nos cotonnades, nos articles dé Paris, nos armes, nos vins, nos livres même s’échangeraient sans peine contre la soie et le thé, ces deux riches produits que nous demandons aujourd’hui à l’Angleterre, en lui laissant le monopole d’un commerce que les traités nous permettent de lui disputer à armes égales,
En Océanie, où notre pavillon paraît encore si rarement, l'Australie et la Nouvelle-Zélande accueilleraient avec empressement, en échange de leurs métaux précieux et de leurs laines, nos marchandises de luxe, nos
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vins, nos sucres, et les traités avec la Hollande nous ouvrent le marché de Java.
Mais pour atteindre les destinées que nous avons le droit d’ambitionner, il faut savoir profiter des leçons que nous donnent nos rivaux; il faut étudier, jusque dans les détails les plus minutieux, les mœurs, les goûts, les besoins des peuples à qui nous offrons nos marchandises : souvent le succès tient à telle ou telle disposition de dessin ou de couleurs, à telle ou telle forme mieux adaptée aux habitudes et aux traditions; et nous ne saurions avoir la prétention d'imposer aux autres nos goûts ou nos usages.
Il faut connaître la législation, les usages commerciaux, la langue des affaires : dans l’Amérique du Nord, l'anglais; dans l'Amérique centrale et les Antilles, l’anglais, l'espagnol et le français ; dans l'Amérique du Sud, l'espagnol et le portugais; sur la côte septentrionale et orientale d'Afrique, dans le Soudan, au Sénégal, l’arabe et le berbère ; sur la côte occidentale et dans l’Afrique australe, le portugais et l’anglais; aux Indes, l’anglais et l’hindoustani ; en Chine, l’anglais et le portugais ; au Japon, le hollandais; en Océanie, le hollandais, le malais et l'anglais.
Il faut surtout savoir se passer de tutelle, accepter franchement les conséquences de la liberté, et ne pas demander à l’État ce qui n'appartient qu’à l'initiative privée.
Le gouvernement français a largement accompli sa tâche ; les traités nous ouvrent tous les maïchés du monde : nos lignes de paquebots, subventionnées par l'État, sillonnent toutes les mers; nos stations et nos consuls assurent partout à nos négociants sécurité et protection : c’est au commerce à faire le reste, et à poursuivre la route que l'État lui a frayée.