Cochinchine française
Situation, clendueet aspect. — La Cochinchine française est située entre 10° et 14° lat. Nord, à l'embor.nure du Mé-kong; elle occupe environ 20,000 kilom. carrés et se compose de plaines immenses, basses, coupées d’arroyos *et de canaux, humides, quelquefois marécageuses, mais partout d'une incomparable fertilité.
Rivières. — Les principaux cours d’eau sont : le Dong-naï ou Don-naï, belle rivière, navigable pour des vaisseaux de ligne ; ellepasse à Bien-hoa; — la riviére de Saïgon, qui se jette dans le Dong-naï ; — le Vaico oriental; — le Vaïco occidental : — le Mé-kong ou Tiengiang. Tous ces cours d’eau sont profonds et navigables, et se divisent en nombreux arroyos, qui forment partout un dédale de lignes d’eau.
Climrt. — Ilya en Cochirchine deux saisons : .a saison sèche, d'octobre à avril, et la saison des pluies, de mai à septembre. — Le climat est chaud, humide, peu sain et surtout débilitant. Le thermomètre varie entre + 17° et 34°. Les maladies dominantes sont la dyssenterie, les insolations, le choléra, les fièvres pernicieuses et intermittentes. L'incroyable malpropreté des indigènes engendre l’éléphantiasis, des cancers, des plaies chroniques et toutes les variétés les plus repoussantes des maladies de la peau. |
Productions et cultures. — Les grandes cultures de la Cochinchine française sont celles du riz, du maïs, du coton, du tabac, de l’arachide5, du sésame, de la canne à sucre, de l'indigo, du bétel4 et de la soie. La Cochinchine française est un pays producteur de riz par excellence er en exporte beaucoup#, Le riz, la banane, le porc et le poisson constituent les aliments ordinaires des Cochinchinois. — Le coton’ (courte-soie) est trèsbeau, et le tabac de bonne qualité.
Les autres productions du pays sont : les bananes, l'igname, la patate, la tomate, l'au-
Ce chapitreestextrait du remarquable ouvrage du capitaine L. ne Gnaxmonr, intitulé : Once mois de souspréfecture en Basse Cochinchine, 1 volume in-8°, 1865,
? En espagnol arroyo veut dire bras de riviére, canal.
3 On fait de l'huile avec l'arachide, mais on mange surtout ses pistaches.
4 Le bétel est un tonique indispensable pour combattre l’action énervante du climat,
5 On cultive des mûriers nains pour les vers à soie.
® On cultive le riz dans toutes les terres basses; les parties moyennes servent aux autres cultures, et les parties les plus élevées sont boisées,
bergine, le chou annamite (Brassica Sinensis), les haricots et toutes sortes de cucurbitacées: — l'ananas, les cocos, l'orange mandarine et le citron, le mangoustan, la mangue, le durion, le jack, la pomme-cannelle, la goyave, les pamplemousses, le genipat et la grenade ; — le chanvre de Siam et le chanvre de Saïgon (Urtic nivea) ; — l'arbre à suif, le savonnier à lon: gues feuilles (Sapindus longifolius), qui donne un savon excellent, le benjoin, le cachou, la gomme laque, la gomme-gutte, l'huile de coco, le cardamome, le poivre, le piment et les noix d'arec, dont on exporte de grandes quantités en Chine; — les bambous, les rotins, les joncs, les roseaux et les pandanus, dont les vanniers cochinchinois, qui sont fort habiles, se servent pour faire des siéges, des canapés et des paniers. — Les essences qui peuplent les forêts de notre colonie sont : le bois. de fer, lé bois de teck, le bois de santal, l’ébéne et divers bois de teinture.
Le règne animal fournit au commerce des nids d’hirondelles, des trépangs, des ailerons de requin, des nerfs de daim (pour la Chine), de la cire, de l’ivoire et des cornes de buffle et de rhinocéros.
Les bœufs, les chevaux et les moutons sont peu nombreux et petits. Les buffles, employés au labour et aux transports, et les porcs, qui donnent la viande de consommation ordinaire, sont au contraire très-nombreux !.
Villes. — Les principales villes de la Co-
.chinchine sont : Saïgon*, capitale de la colonie, ville de 8,000 hab., sur la rivière de Saigon. Bien que située à 100 kilo. de la mer, Saigon n’en est pas moins un port de commerce et de guerre de grandei mportance. La ville et ses environs sont défendus par plusieurs oufrages fortifiés. Saïgon a été pris par les Français le 17 février 4859, — Cho-len, ville chinoise de 15 à 20,000 hab., à 5 kilom. à l'Ouest de Saïgon. — My-tho, ville forte, sur un des bras du Mé-kong et dans une belle position commerciale, — Bien-hoa, ville forte, sur le Dong-naï.
Poulo-Condor (ile des Calebasses) est sitné à 180 kilom. au Sud du cap Saint-Jacques et de l'embouchure du Dong-naï 5 ; c’est unesta-
‘ La volaille est abondante, mais la racedite cochinchinoise est très-rare ; cette race, improprement appelée cochinchinoise, est chinoise et porte le nom exact de race de Nan-king.
2 Ce nom veut dire grand marché.
Exactement Poulo-Condor, est un groupe de 12 ilots, dont un seul a quelque étendue. Gette ile principale, située par 8 40° lat., est montueuse, haute de 600 m., granitique, boisée et insalubre.
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tion et une relâche très-commode sur la route de Manille et de la Chine à Siam, à Singapour et à Java. La France y à établi un pénitencier pour les Annamites. La population s'élève à environ SOU habitants annamites. :
Population, langue et religions — La poulation de la colonie, d'environ un million, est petite, laide, sale, immorale, mais laborieuse, robuste et brave, — Elle parle l'annamite, langue voisine du chinois, mais les missionnaires ont remplacé les caractères chinois par nos lettres. — La religion dominante est un boudhisme altéré par le Tao. Lesmandarins suivent la doctrine de Confucius. Un culte trèspopulaire est celui du seigneur Tigre (Ongkôp) ; de nornbreuses chapelles reçoivent des offrandes de mets délicats, que les Cochinchiuois y déposent pour conjurer la colère du redoutable animal. — I y a environ 30,000 catholiques dans la Cochinchine française.
Historique et administration.— Les Cochinchinois ont conservé leurs lois et leur adminis-
tration communale, qui est placée sous la sur-
veillance d'inspecteurs français. On a créé des bataillons indigènes, composés surtout de chrétiens et commandés par des officiers français, et des spahis indigènes, qui forment avec les troupes françaises la garnison de la colonie. — Jaguerre entreprise par la France et l'Espagne contre le royaume d’An-nam (1858-62) s’est terminée par letraité de Saïgon (5 juin 1862), par lequel la France a acquis une partie de la Basse| Cochinchire, avec l'ile Poulo-Condor, et la liberté pour les Français et les Espagnols de commercer dans plusieurs ports du royaume (Tourane, etc.). Le traité de Saïgon a aussi décidé que les Français, les Espagnols et les Annamites chrétiens auraient le libre exercice de leur culte.