INITIATIVE PRIVÉE
'"•'• Les attributions de l'État sont considérables, et à mesure que les rapports des hommes entre eux se développent, elles tendent à s'accroître. Mais l'État ne peut tout faire, et, dans un pays libre comme le nôtre, il faut qu'il soit puissamment secondé par l'initiative privée.
L'État n'est point d'ailleurs une personne morale à part, une entité indépendante de la nation ayant sa raison d'être particulière, il est la nation elle-même agissant par l'intermédiaire d'un certain nombre de fonctionnaires. Aussi chacun, dans la mesure de ses talents et de ses moyens, doit-il prêter spontanément main-forte à l'État, c'est-à-dire concourir à l'intérêt général. La Société est une association naturelle, un véritable organisme, dont tous /les membres, tous les organes, toutes les fonc-» 1 tions sont solidaires. A mesure que chaque
citoyen comprend mieux son devoir et l'usage précieux qu'il peut faire de sa liberté, le rôle de l'initiative individuelle s'accroît.
C'est ainsi que depuis une quinzaine d'années surtout, une foule d'associations volontaires, dont le nom et l'importance ne cessent de grandir, concourent à l'œuvre de l'État. Telles sont:
Les Sociétés de gymnastique et de tir, qui préparent pour notre armée des soldatsrobustes et habiles ; les sociétés colombophiles, qui élèvent des pigeons voyageurs destinésàrendre de précieux services en temps de guerre;
La société de patronage des prisonniers libérés, qui s'efforce d'améliorer les criminels.
Les innombrables sociétés d'instruction populaire, telles que la Société Franklin, la Société d'instruction élémentaire, la Ligue de renseignement, Y Association philotechnique, etc., qui organisent des cours, encouragent les écoliers, distribuent des livres de lecture ;
Les sociétés de géographie; la société de colonisation, la société &' encouragement au commerce français, qui ont préparé et qui continuent à seconder le mouvement d'expansion de la France au dehors;
L' Alliance française, qui en propageant la langue française dans les colonies et à l'étranger, contribue à l'extension de notre influence intellectuelle, politique et commerciale ;
Les sociétés d'agriculture ; la société à'acclimatation, qui s'efforcent de doter notre pays de plantes et d'animaux utiles;
D'innombrables sociétés de bienfaisance, et entre autres l'Hospitalité de nuit, la Bouchée de pain, les Crèches, qui forment tout un département libre de l'Assistance publique ;
Les Sociétés industrielles, qui en groupant d'énormes capitaux rendent possibles, soit à elles seules, soit en s'associant avec l'État, des travaux prodigieux tels que la construction des chemins de fer, le percement de l'isthme de Suez ou de l'isthme de Panama ;
Les sociétés ouvrières, groupant les travailleurs par métier ; les Chambres syndicales, placées à la tête de ces groupes, dont l'ardeur novatrice prépare la solution de quelques-unes des questions sociales ; — Les sociétés d'Économie politique, qui étudient ces mêmes questions à un autre point de vue ; — Les sociétés coopératives de production, de consommation ou de crédit qui appliquent pratiquement les théories économiques.
Les sociétés littéraires et artistiques, qui entretiennent le goût du beau, c'est-à-dire la santé morale du corps social ;
Les sociétés savantes enfin, qui sont innombrables et embrassent dans leur labeur tout le domaine du savoir humain. Si plusieurs d'entre elles et des plus éminentes sont devenues de véritables institutions publiques, la plupart ne demandent à l'État que de modestes subventions ou même simplement l'autorisation d'exister. Elles ne suppléent pas aux recherches personnelles, encore moins au génie, qui est ce qu'il y a au monde de plus individuel ; mais elles soutiennent, elles encouragent les savants, elles les éclairent par la discussion et la contradiction, elles propagent leurs découvertes ; elles contribuent à faire passer dans le domaine public les applications précieuses d^s sciences (machine à vapeur, pile électrique, photographie) ou leurs applications bienfaisantes (chloroforme, traitements antiseptiques, vaccine de la rage). C'est à l'initiative individuelle que l'on devra l'Institut Pasteur.