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SITUATION ET AVENIR

rang des grandes puissances du commerce { transatlantique. D'une niera l'autre, les relations sont plus rapides chez nous que partout ailleurs.

.,. Colonies. — Nos colonies, bien que réduites depuis le dix-huitième siècle tendent à s'accroître de nouveau, à se développer. Leur avenir est entre nos mains.

Si nous perdons nos habitudes casanières, si nous craig?io?is moins les lointains voyages, si nous ajipre?ions les langues étrangères, si nous gagnons en hardiesse, en décision, si nous savons développer dans la nation l'esprit d'initiative, éclairer et encourager V émigration, abolir dans l'administration la manie des règlements, nous pourrons peut-être un jour, par notre développement colonial, soutenir la comparaison avec l'empire Britannique et rester supérieur à l'Allemagne : le Sénégal et Y Algérie nous donneront la prépondérance au Soudan ; le Tonkin est la clef de la Chine méridionale, comme Saigon est le débouché naturel de l'Indo-Chine. Madagascar s'appela autrefois la France orientale. Taïti est une des grandes escales du Pacifique.

■vw Agriculture. — Le sol de la France, qui s'étend des brumes du Pas de Calais aux plages lumineuses et presque africaines de la Provence, des pâturages glacés des Alpes aux tièdes vergers de la Tou raine, se prête aux cultures les plus variées. Nulle part aussi, sauf peut-être en Chine, les liens entre la terre et l'homme qui la cultive ne sont plus étroits ; nulle part n'est plus féconde la collaboration de la terre et de l'agriculteur.

Plus de 25 millions de Français passent toute leur vie à travailler, à féconder la terre, ils y ont mis leur âme, ils Pont « épousée. » Ces cultivateurs persévérants et robustes forment la majorité et la solide réserve de la nation. Mais pour que notre agriculture reste vraiment prospère, il faut qu'elle renonce à la routine, qu'elle se perfectionne; qu'elle sache se servir des procédés économiques nouveaux, qu'elle renonce à réclamer la protection illusoire des taxes douanières qu'elle comprenne et pratique Yassociation.

>vw>, Richesse financière. — C'est surtout à son agriculture que la France doit sa richesse et à ses capitaux, les sommes énormes qu'elle dépense pour développer son outillage industriel, pour étendre ses voies de communication, les avances que son crédit offre aux nations étrangères.

Elle est, avec l'Angleterre et les États-Unis, un des « greniers d'or » du monde. Pas une œuvre d'intérêt universel, comme le percement des istbmes de Suez ou de Panama, n'est entreprise et ne s'accomplit sans que l'or français n'y contribue largement et n'assure en retour à la France une des meilleures parts dans les revenus du travail achevé.

vw* Produits industriels. — Si nous n'occupons que le second ou le troisième rang dans plusieurs industries qui vivent surtout de la houille et du fer, nous pourrons, avec desefl'orts soutenusetune vigilance constante, conserver la prééminence dans tous les tra-

vaux qui exigent du goût. Nos ouvriers artistes ont à l'étranger des uvaux et surtout des imitateurs, mais qui ne les surpassent point : ils fournissent le monde de nos objets de luxe, Ces matières de prix sont — avec nos tissus, nos blés et nos vins — le principal aliment du commerce extérieur.

vw. Le budget français. — La prospérité agricole, industrielle, commerciale de la France, se résume dans sa situation financière, si solide que les désastres de 1870 et 1K71 et de sérieuses crises économiques ont pu l'atteindre sans l'entamer.

La France peut ainsi contracter à bon compte des emprunts énormes et supporter sans fléchir les charges militaires qui accablent d'autres nations.

vw^ Le caractère français. — Il est délicat de s'apprécier soi-même. Ne tombons ni dans cette fierté ridicule et turbulente qu'on appelle le « chauvinisme, » ni dans l'humilité égoïste de pessimistes chagrins.

Nous sommes de langue latine comme les Espagnols et les Italiens, mais notre race descend surtout des anciens Gaulois, ce qui nous donne une physionomie à part au milieu des peuples latins. L'habitude de nous vanter outre mesure ou de nous dénigrer hors de propos, n'est au fond qu'une franchise et une bonne humeur naturelles, trop faciles à exalter, ou une imagination parfois encline à tourner au noir. Les désastres de 1870 ont été une rude leçon : sachons l'envisager sans forfanterie comme sans faiblesse.

La légèreté dont on nous accuse aussi est plus affectée que réelle. Nous excellons à parler sérieusement sur un ton frivole, etee genre d'esprit n'est point toujours compris des étrangers.

Des qualités très françaises qu'il faut regarder précieusement sont : la lucidité, la souplesse de l'intelligence, la clartés', !a précision du langage, la rigueur de la méthode. Conservons aussi la politesse et Yurbanité dont s'honoraient nos ancêtres.

Nous sommes une démocratie et nous avons un instinct très juste et très vif de Yëgalité politique : craignons qu'il ne dégénère en un sentiment confus de jalousie contre toute supériorité d'influence, de richesse, de talent, ou même de vertu. L'envie n'est point digne de cœurs francs et loyaux.Or,la loyauté, l'honneur, l'amour de lajustice et du droit, la sociabilité sont le meilleur patrimoine de notre race.

Il n'y a au monde que la Suisse, l'Angleterre et les États-Unis où les libertés politiques soient aussi développées qu'en France. Gardons-nous d'enfaire mauvais usage, de peur qu'elles ne nous conduisent au désordre et à l'anarchie.

Efforçons-nous, par notre sagesse, notre concorde fraternelle, notre tolérance réciproque, notre respect de la dignité, des convictions et des opinions d'autrui, notre persévérance à nous instruire, de mériter le succès de cette expérience de la liberté.

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