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HAUTES TERRES EUROPEENNES

vrait l'immense étendue que recouvrent les Alpes; une merde montagnes, de vallées, de glaciers, semblables à des vagues tumultueusement figées, se prolongeant d'un côté vers l'Est et le Danube, de l'autre vers le Sud et le golfe du Lion.

Dans la concavité formée par ces deux bras du massif alpestre, l'œil, planant au-dessus des vastes espaces de la plaine du Pô, rencontrerait à l'horizon la silhouette des Apennins, et, tout à fait au oin, derrière l'Adriatique, la ligne crénelée des Alpes Dinariques et de l'archipel dalmate, rempart de la péninsule des Balkans.

w.w Pla.tea.ii suisse et bavarois. — Se retournant vers le Nord, on embrasserait du regard la convexité du grand cercle alpestre; plus loin, la grande terrasse qui s'y adosse de Genève à Passau, avec ses pentes régulières où courent parallèlement les affluents du cours supérieur du Rhin et du Danube, plus loin encore, les Juras, qui se succèdent : en Fiance le long du lac de Neuchâtel et le long de l'Aar; en Allemagne, le long du Danube (Jura de Souabe), et qui forment comme le balcon du plateau subalpestre (p.103).

Là, aucune ville n'est à moins de 300 mètres au-dessus du niveau de la mer; Fribourg et Berne, en Suisse, Munich en Bavière, dépassent 500 mètres.

De là s'échappent le Rhin, le Danube et le Uhône.

~- Le massif central français et les Karpatlies. — Aux deux extrémités du vasie massif formé par les Alpes et les plateaux subalpestres, deux plaines se font pendant : la vallée du Rhône et les plaines hongroises, où, doublé par la Theiss, le Pinube coule vers e Sud parallèlement au cours inférieur du Bhône.

A l'Est du Danube et à l'Ouest du Rhône, deux grands massifs, le massif central français et les massifs Karpathiques, bordant les deux extrémités de l'Europe élevée, aboutissant, le premier aux plaines de la Loire et de la Seine, le second aux confins de la grande plaine russe.

Ce sont comme les deux bornes des hautes terres européennes, proportionnées l'une et l'autre aux dimensions de l'Europe elle-même, qui va s'amincissant de l'Est à l'Ouest.

vwn. L«a France «lu Xor«I-Est et la moyenne Allemagne. — Entre ces deux massifs s'étendent les dernières pentes qui dominent la grande plaine du nord : en France (p. 31 et33), le plateau de Langres et le plateau Lorraiii ; au Sud- Est de l'Allemagne, le plateau de Bohême.

De la Bohême à la Lorraine, les montagnes allemandes, qui bordent la rive

septentrionale du Main, rejoignent les Ardennes au delà du Rhin el projettent au Nord deux bastions avancés, le Harz el le Teutoburger Wald.

■wwk létm Vosges* et la Foi*êt-

IVoire. — Ln double accident géologique a rompu l'uniformité de ces terres élevées. Les Vosges et la Forél-Noire sont apparues en un seul massif dont la partie centrale s'est ensuite effondrée. Entre les débris de cet écroulement, le Rhin s'est frayé de Bâleà Mayence une large trouée, chemin naturel du Sud au Nord, trait d'union entre toutes les parties de l'Europe montagneuse.

ww Les Péninsules. — Au sud, les trois péninsules de l'Espagne, de l'Italie

et des Balkans étaient sans doute unies autrefois aux côtes africaines et asiatiques, vers lesquelles elles s'allongent.

La Méditerranée, en les isolant, a non seulement accru le développement des côtes maritimes de l'Europe, mais elle a ouvert une grandi' voie navigable, du Caucase au rocher de Gibraltar qui luimême est devenu la porte de l'Atlantique.

On trouve dans les trois péninsules des montagnes élevées : Pyrénées et Sierra Nevada, en Espagne ; Apennins, en Italie; Balkans, en Turquie.

Au Nord, la presqu'île Scandinave est

EUROPE

dominée par une longue chaîne de montagnes (Alpes Scandinaves).

■vwv Conclusion. — L'Europe montagneuse unit à la variété une harmonie, une unité de plan que le travail des eaux a encore contribué h perfectionner.

Le Rhin, le Danube el le Rhône s'échappent de l'acropole centrale dans trois directions différentes; ils traversent en outre, le premier, les plateaux rhénans (Eifel, etc.); le second, les Karpathes; le troisième, le Jura, avant d'atteindre leur embouchure.

Uu Danube au Rhin par le Main, du Rhin au Rhône par la Saône, de la Saône à la Loire et à la Seine, il a été possible d'établir des canaux; il est probable que la Morara mettra bientôt le Danube en communication avec l'Oder et la Vistule, et le travail de l'homme aura ainsi achevé celui de la nature en perfectionnant les traits d'union naturels qui joignent entre elles les diverses régions de l'Europe.

Gravisseurs et touristes. — Legnùt des ascensions alpestres ne date guère que de la fin du dixhuitième siècle. Jusque-là ou ne visitait pas les montagnes, elles n'inspiraient que de l'effroi et de l'horreur. Il était réservé à Jean- Jacques Rousseau de découvrir en quelque sorte la natur», comme à un antre genevois, Horace Bénédict de Saussure de découvrir les Alpes.

Le premier vanta l'agrément des excursions à pied et surtout des courses dans les montagnes : « C'est une impression générale qu'éprouvent les hommes disait-il. quoiqu'ils ne l'observent pas tous,

que sur les hautes montagnes, où l'air est pur et Bubtil, on sent plus de facilité dans la respiration, plus de légèreté dans Le corps, plus de streuite dans l'esprit. »

Saussure, prêchant d'exemple, consacra plus de trente années à parcourir les Alpes; naturaliste passionné, grimpeur intrépide, écrivain éloquent, il comprit, il étudia, il décrivit l'architecture de ce massif central de l'orographie européenne; il forma le premier des guides pourles touristes ; l'événement le plus important de sa vie fut son ascension au mont Blanc, le ï août 1787.

Dès lors, le nombre des gravisseurs n'a cessé de s'accroitre. L'excellent Topffer a raconté dans ses Voyages en zigzag les expéditions qu'il accomplit en compagnie de ses élèves vers 1840.

De tous côtés se sont formées des associations de touristes : l'Alpine club, en Angleterre, dès 1858 ; le Club autrichien, en 186>; le Club alpin suisse et le Club alpin italien, en 1863 ; la Société Iiamond, à Bagnères de Bigorre, en 1865 ; le Club des Vosges, à Saverne, en 1872; enfin le Club alpin français, en 1874. Cette société patriotique, divisée en un grand nombre de sections, compte aujourd'hui plus d -7 000 adhérents. Elle a surtout pour but de mettre en lumière etde populariser les beautés de nos montagnes françaises et d'inspirer à la jeunesse le goût salutaire et fortifiant des excursions à pied. Elle surveille les guides, crée d.'S sentiers et des abris pour les explorateurs, facilite l'accès des hautes cimes. Les plus beaux sites des Alpes, des Pyrénées, du Massif central, des Vosges, de l'Algérie même, deviennent peu à peu classiques.

« La santé, la vigueur, l'énergie, la science et ses richesses, dit M. Abel Lemercier, se trouvent dans la montagne ; les querelles de toute sorte, politiques ou religieuses, se rapetissent ou s'éteignent pour ceux qui se rapprochent des hautes cimes. Une devise qui semble faite pour les Alpinistes est celle de la ville de Tulle, assise au milieu des montagnes de Vercingétorix : Sunt rupts virtutis iter, les montagnes sont l'école du courage ».

CIAP1TRE II

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