Dissemblances entre Mmérifpie du Nord et celle du Sud
— L'Amérique du Nord et celle du Sud se ressemblent par leurs caractères généraux; mais elles sont très différen tes dans leurs détails. L'Amérique du Sud forme entre l'isthme de Panama, le cap Horn et le cap San-Roch un triangle rectangle presque parfait dont l'hypoténuse sérail la côte du Pacifique. Au contraire la forme triangulaire de l'Amérique du Nord n'est qu'apparente.
Elle ne se termine pas véritablement par une seule pointe, mais par une brusque suppression de la plaine, au Sud du 30» de latitude Nord et par deux poinles : l'une est la Floride, l'autre est le plateau mexicain. Ce plateau s'arrête exactement à l'isthme de Téhuantépec, seuil de -J00 mètres seulement d'élévation, qui sépare l'Amérique du Nord de l'Amérique centrale.
D'autre part les limites de l'Amérique méridionale sont très nettes au Nord.
Celles Je l'Amérique septentrionale ne le
sont point. Les lies de la région polaire en effet sont très semblables aux terres glacées il u Dominion. Depuis les grands lacs jusqu'au Groenland septentrional il n'y a en réalité qu'une seule et même masse de terres granitiques coupées d'étroites fissures marines.
De ce côté l'Amérique du Nord est donc largement soudée à des régions plus boréales qu'américaines. Aucune union du même genre ne se retrouve dans le nord de l'Amérique du Sud.
•v/wv. L<a région i toln i re boréale. — Le centre de la région polaire américaine est la grande baie d'Hudson.
Doublement barrée à son issue septentrionale par les terres de Southampton et de Baffin, qui ne laissent que d'étroits passages vers le Nord et l'Est, elle forme comme une cuvette centrale autour de laquelle le Labrador et le Territoire du Nord-Ouest sont disposés en une sorte d'ampbithéâtre environné lui-même par un chapelet circulaire de lacs très étendus.
Tels sont : le Grand ours, Y 'Esclave, Y 'Athabasca, dont Je Mackensie emporte les eaux à l'océan Polaire, le lac Ouinipeg relié à la fois à la baie d'Hudson et aux grands lacs dont le plus élevé, le Supérieur, est à 182 mètres d'altitude et se déverse ainsi que le Michigan, l'Huron, YErié et l'Ontario dans l'artère du Saint-Laurent.
Ce fleuve est ainsi, à proprement parler, un fleuve polaire.
•^^ Les Montagnes Rocheuses et leurs dépendances. — C'est seulement au Sud et au Sud-Ouest de cette région lacustre que commencent les terres réellement Américaines.
La grande région montagneuse qui les borde du côté du Pacifique est exactement dirigée du Nord-Ouest au Sud-Est depuis le détroit de Bering, jusqu'à l'isthme de Tébuantépec.
Sur cette ligne directe sont situées les hauteurs les plus considérables et les masses les plus compactes, les Montagnes Rocheuses proprement dites, avec leurs larges plateaux couverts de steppes et profondément ravinés parle Fraser, \a.Columbia, le Colorado et le Rio Grande del Norte.
Du côté oriental elles offrent des pentes rapides dominées par des pics de 4 000 à 4 nUO mètres, et aboutissant à la plaine centrale du Missouri et du Mississipi, ou bien au golfe du Mexique.
Du côté occidental le Pacifique borde directement le plateau de la Colombie Britannique au Nord, et celui du Mexique au Sud; l'un touche aux volcans des îles Aléouiiennes, l'autre à ceux de l'Amérique centrale, et le Saint-Elie, presque sous les glaces du cercle polaire, n'a que 1 000 mètres de moins que le Popocatepctl et VOriznba (5 400 mètres), sous le chaud soleil du tropique.
Dans leur partie intermédiaire, entre la Colombie britannique et le Mexique, les
hauts plateaux des Montagnes Rocheuses sont séparés du Pacifique par des terrasses successives qui donnent à la masse montagneuse tout entière, sous le 40° de latitude Nord, les 2/5 de la larpeur totale du continent.
C'est d'abord le large plateau presque désert du Grand lac Salé, puis, au delà des montagnes des Cascades et de la Sierra Nevada, la riche vallée et le golfe de Californie séparés de l'Océan par d'étroites chaînes côtières.
^~a. Les Alleg-Iianys. — Du côté de l'Atlantique les montagnes qui forment la bordure orientale de la plaine sont les Alleghanys.
A l'Est du Mississipi et de YOhio ils ont tout à fait le caractère de montagnes jurassiques : ils sont coupés d'étroites vallées parallèles et hauts parfois de plus de 2 000 mètres.
Les montagnes de la Nouvelle- Angleterre et du Nouveau-Brunswick qui les prolongent au Nord-Est entre le Saint-Laurent et la côte, ont un aspect analogue, mais moins original.
^^. La plaine du Mississipi. — Entre les deux systèmes montagneux inégaux de l'Est et de l'Ouest s'étend une des plus vastes et des plus riches plaines du inonde, avec sa gigantesque artère centrale le Mississipi, qui pousse tous les jours plus avantdans le golfe du Mexique ses masses d'alluvions et ses bouches limoneuses.
Le Missouri , YArkansas , la Rivière Rouge, qui sont eux-mêmes de très grands fleuves, lui apportent toutes les eaux qui coulent sur le flanc oriental des Montagnes Rocheuses entre le 35° et le 50° de latitude Nord. L'Ohio, recueille pour lui celles des Alleghanys.
Les terres, les arbres emportés par les eaux sur une aussi vaste superficie forment dans le Mississipi des îles flottantes et à ses embouchures des digues qui s'allongent sans cesse comme des jetées.
Lorsque surviennent des crues, les inondations sont terribles : elles submergent des villes entières et laissent derrière elles des lacs, des marécages permanents, des bras de fleuve à demi-vides, mais qui se remplissent à la première occasion et deviennent ou cessent d'être tour à tour le principal lit.
Malgré ces révoltes d'un fleuve sauvage encore et que sa dimension rend indisciplinable, le Mississipi offre d'admirables avantages à la navigation qui y prend tout à fait l'allure de la navigation maritime ; des bateaux immenses transportent des milliers de voyageurs ou amènent à la Nouvelle-Orléans les blés abondants des États du Nord.
Le Mississipi est pour ainsi dire la Méditerranée des États-Unis, réduction de la vaste mer qui s'étendait jadis des Alléghanis aux Montagnes Rocheuses.