INDES OCCIDENTALES
quents, Espagnols, Français, Anglais, Hollandais, nègres affranchis ou esclaves, se pressent entre leurs rives resserrées, et les coolies ou travailleurs chinois, commencent à arriver en grand nombre.
•vw^ l'arlaïe politique. (Pour le détail, voir la nomenclature). — Sauf Haïti et quelques îlots vénézuéliens, toutes les Antilles appartiennent à des États européens.
1° L'Espagne, jadis unique souveraine des Indes américaines a conservé Cuba et Porto-Rico qui égalent en superficie le cinquième de la France etontplus de Imillions d'habitants, près de la moitié de la population de toutes les Antilles.
2° L'Angleterre s'est emparée pendant les guerres du dix-huitième siècle et celles de la Révolution et de l'Empire, de la plupart des petites îles et de la Jamaïque. Ses possessions sont quatre fois moins étendues que celles de l'Espagne, mais relativement plus peuplées (1200 000 hab.).
3° La France, maîtresse autrefois de presque toutes les petites Antilles, en a conservé deux des plus belles, la Guadeloupe et la Martinique, et quelques îlots (370 000 h.).
4° La Hollande possède principalement le long de la côte de Venezuela, l'île de Curaçao et ses annexes (42 000 hab.).
5° Enfin le Danemark a, près de Porto- Rico, Saint-Thomas et deux autres îles (33 000 hab.).
-v/wv Diversité de régrime. — Suivant la nation à laquelle elles appartiennent, ces îles ont un régime différent.
Deux des grandes îles espagnoles ont conservé Y esclavage des nègres et ne l'abolissent que par degrés, tandis qu'il a été supprimé d'un seul coup dans les autres Antilles.
La grande culture de la canne à sucre, du café et du tabac y a évité ainsi une crise économique qui a sévi partout ailleurs et qui a rendu nécessaire l'appel de travailleurs chinois.
Elles subissent d'autre part des droits tellement élevés sur l'importation et même sur l'exportation (reste de l'ancien système du monopole métropolitain), que le commerce en est gravement entravé et que des tendances séparatistes se sont manifestées par de sanglantes révoltes.
Les autres îles, au contraire, développent librement leur prospérité, et les colonies anglaises, en particulier, s'administrent presque entièrement elles-mêmes.
-^v- L<es cultures. — Les Indes occidentales sont avant tout des colonies agricoles; leurs richesses minérales n'ont jamais eu d'importance. Leurs forêts ont presque entièrement disparu, si ce n'est à la Jamaïque.
De grands propriétaires continuent à y cultiver la canne à sucre, le tabac et le café. La canne à sucre qui subit aujourd'hui la concurrence du sucre de betle-
rave sur les marchés européens, a été en partie délaissée, sauf à Cuba qui reste pour cette production le premier pays du monde, comme elle est le second pour celle du tabac. La culture du café qui est en progrès, donne dans l'ensemble des Antilles une récolte au moins égale à celle du Brésil et de Java.
■^^ Importance commerciale. — Sucre de canne, tabac, café, alimentent principalement le commerce des Antilles.
Malgré les entraves douanières, Cuba exporte annuellement pour 300 millions de francs de sucre et 70 millions de tabac ; Porto-Rico, pour 1 12 millions de sucre, de café et de tabac.
Les colonies anglaises exportent environ 100 millions de sucre. La Martinique et la Guadeloupe réunies font annuellement un commerce d'exportation, surtout en sucre et café, qui atteint 50 millions, et ne le cède à celui d'aucune autre colonie française, si l'on excepte l'Algérie.
L'importance commerciale des Antilles ne tient pas seulement à leur richesse agricole, mais encore à leur situation géographique : elles occupent les avenues de toutes les côtes intérieures de l'Amérique centrale et commandent les débouchés maritimes de la grande vallée du Mississippi.
Il a suffi aux Danois de déclarer port franc la petite ville de Charlotte- Amalia, dans l'île de Saint-Thomas, pour qu'elle devint point de relâche de tous les navires qui font le service de l'Amérique centrale et de la Nouvelle-Orléans.
La Havane, mieux située encore, à l'extrémité occidentale de Cuba, qui s'allonge entre la Floride et le Yucatan, est la clef de tout le golfe.
Ni la guerre civile, ni la dureté du système douanier espagnol, n'ont pu diminuer son importance. Elle a 205 000 habitants, le mouvement de son port dépasse 1 million de tonneaux et le chiffre de son commerce 700 millions. C'est une des grandes places du globe.
^a/vn. Importance politique. — Les Antilles doivent aussi à leur situation géographique une importance politique qui s'accroîtra encore lorsque le canal de Panama sera terminé.
Bien que la doctrine, dite de Monroc, professée par les Américains du Nord, tende à exclure du Nouveau-Monde toute influence européenne, la seule possession des Antilles (dont la superficie totale n'égale pas la moitié de la France), confère aux États d'Europe des intérêts et des moyens d'action considérables en Amérique.
En cas de guerre avec les États-Unis ils pourraient bloquera Nouvelle-Orléans, ou quand le canal sera ouvert, empêcher toute communication maritime rapide entre San Francisco cl New-York.
vwv. Guyane». — Les Guy ânes an-
glaise, française et hollandaise sont loin d'avoir la même importance que les Antilles, bien qu'elles soient plus étendues et que leur climat (contrairement à un préjugé trop répandu) ne soit pas plus insalubre.
L'exploitation de l'or, l'introduction de coolies, l'élevage du bétail, pourront les rendre prospères. L'exportation des bois y est l'objet d'un commerce important.
Notre poil de Cayenne est malheureusement moins actif que Paramaribo (Guyane hollandaise) et surtout que Georgetown (Guyane anglaise).
La Guyane et le problème pénitentiaire, d'après M. Léveillé. — La Guyane est plus malheureuse qu'elle ne le mérite et elle vaut mieux que sa réputation. La zone littorale, large de 20 à 40 kilomètres, inondée parles pluies de l'hivernage, sèche en été, est très fertile et pourrait devenir très productive, si elle était aménagée par un vaste système de canalisation. Les terres hautes qui s'étagent dans l'intérieur jusqu'aux monts de Tumuc-Humac, à 1 000 ou 1 200 mètres d'altitude sont couvertes d'arbres de toute sorte. Le territoire contesté, qu'il serait aisé de partager une fois pour toutes avec le Brésil renferme aussi de vastes prairies et d'immenses forêts. Le climat n'est pas irrémédiablement malsain : des quarantaines rigoureuses pourraient empêcher l'invasion périodique de la fièvre jaune; l'eau du ciel reçue dans des citernes et servant d'eau potable ne causerait pas de dyssenteries ; un régime substantiel et l'abstention de tout excès préserveraient de l'anémie ; enfin les fièvres paludéennes seraient combattues par des précautions hygiéniques prises lors des défrichements. Ce qui manque le plus à la Guyane ce sont des bras.
L'émancipation brusque des esclaves a supprimé le travail des noirs; personne ne s'occupe d'apprivoiser les Indiens; l'introduction de coolies indous a été interdite : les Chinois qui ne s'attachent jamais au sol sont plus nuisibles qu'utiles ; d puis la découverte de l'or ce qui restait de travailleurs agricoles est allé aux mines. Les lois pénitentiaires fourniront-elles du moins à la Guyane la main d'oeuvre qui lui manque T
) ° La loi de 1850 a institué la déportation politique; elle n'a pas profité à la colonie, car les condamnés politiques ne peuvent être astreints à aucun travail, et ne perdent jamais l'espoir de revenir en France.
2° La loi de 1854, en vidant les bagnes de France, a ordonné la transpor talion des criminels de droit commun; elles les astreint à une discipline militaire et permet à l'administration de les employer aux plus rudes corvées ; s'ils se conduisent bien, ils peuvent obtenir des concessions de terre et la permission de se marier. On peut à la rigueur coloniser avec des forçats.
Le dépôt de la transportation et des ateliers pour la confection des vêtements sont installés aux Iles du Salut. Des forçats, logés dans une grande caserne, assurent à Cayenne le service de la rade et du port. en même temps que la propreté de la ville.
Il y a quelques champs de culture et un parc à bestiaux à Kourou. Enfin le véritable centre pénitentiaire est à Saint-Laurent. C'est une sorte de cité ouvrière administrative où les forçats apprennent un métier ou l'agriculture coloniale. Mais le régime est trop doux et la plupart des criminels préfèrent l'inaction du bagne aux fatigues de la vie libre. D'ailleurs, depuis 1867 on ne transporte plus à la Guyane que des Arabes et des noirs travailleurs inhabiles et inutiles.
3° La loi de 188o a introduit dans notre législation le système de la relégation des récidivistes. Elle n'a pas encore été appliquée à la Guyane et ne produira de résultats que si elle est exécutée avec vigueur et unité de vues. On eera amené par la force dos choses à n'expulser que les récidivistes incorrigibles et a les assimiler aux transportés ordinaires. Peutêtro alors fournira t-elle la main d'œuvre que réla coloa'e.
AMÉRIQUE