CHAPITRE XII
La Bretagne
E — Douceur du climat armoricain
La vieille Armorique,
.... terre de granit, recouverte de chênes,
comme 1 appelait le poêle Brizeux, est, à l’extrémité de la France, une terre de rare originalité. « Au groupe de la roche puissante et de l’arbre robuste, dit E. Reclus, il faut ajouter les paysages plus modestes et non moins beaux que font les Arasles landes, rouges de bruyères ou dorées par les fleurs des genêts et des ajoncs, les rangées de pierres grises plantées en bordure le long des champs, les chemins sinueux entre les baies vertes, les ruisseaux tranquilles, les mares à demi cachées sous l’ombrage, les vieux murs revêtus de lierre. Dans le voisinage des baies et des rivières à marées qui découpent tant de péninsules sur la côte de Bretagne, ce sont d autres aspects : les sables émergés et recouverts tour à tour, les roches solitaires qui résistent aux vagues, les
LA BRETAGNE
grèves noires de cailloux que le flot pousse et ramène avec un bruit de chaînes et de sanglots... Souvent un ciel bas et sombre pèse sur l’espace et donne à la nature entière une physionomie de tristesse et de désespoir. Pendant les beaux jours, la mélancolie de la terre et du ciel fait place à une joie tout intime et contenue, si discrète qu’elle ose à peine se révéler : on la sent, mais elle ne se montre pas ».
L’océan de Bretagne, ce hurleur de sanglots, qui tonne et souffle des vents lugubres, est cependant le bienfaiteur de la côte armoricaine : c’est lui qui nourrit ses habitants, c’est son haleine qüi lui donne ce doux climat qui en a fait un véritable jardin de primeur.