CHAPITRE lll. — ALLEMAGNE DU SUD
coupent la chaîne obliquement et ont leurs sources sur ie versant oriental. Les plateaux supérieurs de la Forêt-Noire sont larges et souvent découverts, ils permettent de déployer des troupes et de défendre la naissance des vallées ; mais il faudrait occuper fortement les vallées de la Kinzig et de la Murg qui, par suite de leur obliquité, exposent le défenseur comme Tassaillant à des mouvements de flanc.
L'épaisseur de la chaîne vers Bâle est de 70 kilomètres et sa hauteur moyenne de 900 mètres; son point le plus élevé est le Feldberg (1,493"*). Le massif en patte d'oie que domine ce sommet recouvre tout l'espace compris entre le Rhin, la Wutach et la Dreisam ; cette contrée est connue sous le nom de Breisgau, Freiburg en est la capitale. Du Feldberg s'écoulent la Wutach et son afQ.uent la Gutach vers l'est, VAlb et la Wiese vers le sud, la Dreisam au nord. Vers le sud, ce massif détache des contreforts qui ne se terminent qu'au Rhin, en amont et en aval de Bâle : au sud, le Dinkel-Berg (537"") s'élève entre la Wiese et le Rhin; au sudouest, le contrefort du Ballon (Belchen) (1,415™) et du Blauen (1,165"") se prolonge jusqu'au Rhin et forme entre Scliliengen et Efringen un défilé très étroit où le chemin de fer passe sous deux tunnels ; la grande route ne le suit pas et franchit les derniers contreforts. Ce défilé constitue la forte position de Schliengen ou de Bellingen. La Dreisam ouvre le passage du Val d^Enfer^ au nord du Feldberg.
Entre la Dreisam et la Kinzig, la crête est continue ; les points les plus remarquables sont le Hohle-Graben^ le Xand^i (1,243°*), le Bohrhardts- Berg (1,143™). C'est dans cette région que se trouvent les sources du Danube : la Breg et la Brigach, qui forment le grand fleuve en se réunissant à Donaueschingen. Le pied des pentes sur la plaine badoise est très nettement marqué. Au milieu de cette plaine, au nord-ouest de Freiburg, s'élève le massif basaltique du Kaiserstuhl (558") ; il est tout couvert de vignes ; un peu au sud se trouve la colline moins élevée de Tuni-Berg. La Kinzig et son affluent la Gutach sont suivis par une voie ferrée qui réunit Offenbourg aux sources du Danube et du Neckar.
Entre la Kinzig et la Murg, le point culminant est le Hornisgrinde (1,165") ; les hauteurs pittoresques 'qui dominent Baden n'ont que 580 mètres. La vallée de la Rench ouvre le col duKniebis (973"*), où passe la route la plus directe de Strasbourg à Stuttgard par Freudenstadt.
Au nord du débouché de la Murg, à partir à^Ettlingen et de Pforzheim^ Dëprossion les montagnes s'affaissent au point de disparaître presque entièrement ; les plateaux ne dominent plus la plaine du Rhin que de 120 mètres ; ils ne se relèvent que pour resserrer le Neckar contre l'Odenwald dans un étroit défilé; le Komigstuhl, auprès d'Heidelberg, atteint 568 mètres. Cette dépression de Pforzheim forme un seuil de communication naturel entre
Dépression du Hegau.
PlaÎDe badoise.
Houles.
le Palatinat et la SouaLe ; elle est traversée par un grand nombre de routes et par trois voies ferrées : 1** celle de Durlach à Pforzheim, qui passe sous un tunnel de 900 mètres ; 2° celle de Druchsalà Heilbronn, qui passe sous deux tunnels de 126 et de 4O0 mètres ; 3** celle i^Heidelberg à Wimpfen.
A Tautre extrémité de la Forêt-Noire, entre la Wutach et le lac de Constance, ou plutôt entre le massif Jsolé du Hohe-Randen (928°") et le lac, existe une dépression analogue ;à la précédente qui forme un seuil de communication naturel entre le Rhin et le Danube, c'est la plaine du Hegau ; on y trouve les positions célèbres de Singen, d^Engen et de Stockach, qui sont les principaux nœuds de route. Le chemin de fer de Waldshut à Donaueschingen, qui remonte la Wutach, établira bientôt une communication facile entre le Rhin et le haut Danube. De Schaffhome et de Stein, partent des voies feiTées qui se réunissent à Singen^ et qui de là conduisent d'un côté à Engen, Immendingen et Tuttlingen, de l'autre à Stockach, Môsskirch et Ulm. Au milieu de cette dépression s'élèvent quelques pitons basaltiques, qui sont des emplacements tout désignés pour des forts d'arrêt et où existaient jadis d'anciens châteaux forts ; tels sont le Hohentwiel {691"^) qui domine Singen et qui était déjà fortifié à l'époque romaine, le Hohenstoffeln, le Hohenhowen (870") auprès d'Engen.
La plaine badoise, comprise entre la Forêt-Noire et le Rhin, se réduit d'abord à un étroit défilé vers Bellingen et Schliengen; elle s'élargit à hauteur de Freiburg et est ensuite coupée par le massif isolé du Kaiserstuhl, puis elle a une largeur à peu près uniforme jusqu'à Rastatt et Carlsruhe. Elle présente 1^ même aspect que la plaine de l'Alsace, mais elle est moins large; des champs parfaitement cultivés y alternent avec des parties pierreuses. Les rivières qui la traversent et qui descendent do la Forêt-Noire au Rhin çont : la Kandei*, VElz grossi de la Dreisam, la Kiiizig grossie de la Gutach, la Rench, VAcher, la Murg, ÏAib, la Pfhiz, la Saal et la Kraich.
Les routes qni traversent la Forêt-Noire sont très nombreuses, il en existe une dizaine au moins jusqu'à la Murg ; elles sont rejointes les unes aux autres par des voies transversales et suivent rarement de longs défilés sans débouché latéral, en sorte que la montagne est sillonnée en tous sens de chemins praticables. La chaîne est pourtant assez difHcile à franchir, parce que les positions défensives y sont nombreuses. Avant l'ouverture des routes actuelles, en 1703, Villars dut livrer plusieurs combats pour forcer l'obstacle de front ; il passa par la vallée de la Kinzig et déboucha à Villingen où il opéra sa jonction avec l'électeur de Bavière. Depuis, en 1800 et 1805, on a lourné la Forêt-Noire par les trouées du sud ou du nord.