CHAPITRE m. — ALLEMAGNE DU SUD
En 1644, rarmée, après avoir hiverné en Alsace, passa le Rhin à Brisach et se porta aux sources du Danube; repoussé par Mercy, Turenne dut reculer et ne put empêcher Freiburg de capituler. Enghien vint le renforcer et prit le commandement en chef. Mercy, battu à Freiburg (3 août 1644), se retira épuisé dans le Wurtemberg. L'armée victorieuse prit encore PhUippsbourg et toutes les places entre Rhin et Moselle.
L'année suivante, une armée française dut envahir la Bavière, pendant que Torstenson entrait en Bohême ; ce dernier battit les Impériaux à Tabor et se porta sur Brunn. Turenne, ayant franchi le Rhin et le Neckar, se porta sur la Tauber; mais, surpris dans ses quartiers de rafraîchissement par Mercy, il fut battu à Marienthal (5 mai 1645) et rejeté dans la plaine du Rhin- Enghien renforça l'armée, la concentra à Spire et se porta de nouveau sur la Tauber, puis il se dirigea au sud, espérant surprendre les ponts du Danube ; mais il trouva Mercy en bataille à Nordlingen. Il le battit après une lutte acharnée (8 août 1645) ; mais, épuisé lui-même, il ne put continuer sa marche en avant et se replia sur Philippsbourg.
En 1646, une armée suédoise se porta en Silésie, une seconde entra dans la Hesse, où elle devait se joindre à une armée française. Turenne fut d'abord arrêté par la promesse que fit l'électeur de Bavière de retirer ses troupes de l'armée des cercles, si les Français ne passaient pas le Rhin; ses efforts se portèrent en Flandre. Les Bavarois, au mépris de leur engagement, s'étant joints aux Impériaux, Turenne descendit la rive gauche du Rhin jusqu'à Wesel, passa le fleuve, rallia Wrangel, marcha droit au Danube avec 20,000 hommes et surprit les ponts de Donauwôrth, Il fit capituler Rain et assiégea Augsbourg. Forcé de lever le siège, il se retira sur la rive gauche du Lech; puis, reprenant l'offensive au moment où les Impériaux passaient cette rivière, il les battît complètement à Landsberg. L'hiver suspendit les hostilités.
En 1647, Mazarin, voulant faire des conquêtes en Belgique, avait traité avec l'électeur de Bavière et avait détaché plusieurs princes de la ligue ; Turenne reçut l'ordre d'envahir le Brabant, mais il fut arrêté par la révolte des Weymariens qui refusèrent d'aller combattre dans les Pays- Bas. L'électeur de Bavière, ayant de nouveau violé sa parole, rejeta les Suédois derrière le Weser, passa le Rhin et assiégea Worms.
Au commencement de 1648, Turenne fit d'abord lever le siège de Worms; puis il passa le Rhin, se joignit à Hanau à Wrangel, franchit le Danube entre Ulm et Donauwôrth et battit complètement les Austro-Bavarois à Susmarshausen (17 mai 1648). Il envahit la Bavière et s'avança jusqu'à l'Inn ; mais il ne put franchir cette rivière et se replia sur Munich. La paix de Westphalie vint mettre fin aux hostUités.
Froiburg.
Tabor.
Marienllml.
Nordlingon.
Landsberg.
Susmarshausen.
FriocHiDgcn.
Uochstedl.
Guerre de la Succession d'Espagne. — Au début de la guerre de Succession, l'alliance de Télecteur de Cologne, de Télecteur de Bavière et du duc de Savoie donnait pour front d'opérations à nos armées le Rhin et les lignes de Tlnn et de TAdige.
Dès 1702, Churchill enleva, en présence de Boufflers, les places de la basse Meuse et envahit le territoire de Cologne. En Allemagne, l'électeur de Bavière qui avait donné rendez-vous à Catinat aux sources du Danube, prit Ulm et Biberacli, mais les Français durent se replier devant Louis de Bade et lui abandonner toute la basse Alsace. Quand les Impériaux furent rappelés sur la rive droite du Rhin par les succès des Bavarois, Catinat n'osa pas les attaquer. Villars, qui le remplaça, déboucha d'Huningue et culbuta Louis de Bade à Frledlingen (14 octobre 1702)^ l'inaction de l'électeur, qui cherchait à se rapprocher de l'empereur, rendit cette belle victoire inutile.
Au commencement de 1703, l'électeur vainquit l'armée des cercles sur les deux rives du Danube, prit Ratisbonne et marcha au-devant de Villars pour se réunir à lui. Celui-ci déboucha d'Huningue, chassa Louis de Bade de la plaine du Rhin, prit Kehl, enferma l'armée ennemie dans le camp de Stollhofen, la fit observer par Tallard, remonta la vallée de la Kinzig et se joignit à l'électeur de Bavière aux sources du Danube. 11 voulait marcher survienne, que menaçaient à cette époque les Hongrois révoltés, et terminer ainsi la guerre ; malheureusement, il ne put s'entendre avec l'électeur. Un autre plan fut adopté et faillit amener des résultats tout aussi décisifs. Pendant que Villars, établi à Dillingen, entre Ulm et Donauwôrth, observait l'armée des cercles et le camp de Stollhofen, l'électeur envahit le Tyrol et s'empara d'Innsbruck au même moment où Vendôme assiégeait Trente. La défection du duc de Savoie contraignit ce dernier à se rendre en Piémont et nous força à renoncer à une marche combinée sur Vienne. D'autre part, Louis de Bade, déjouant la surveillance de Tallard, rallia l'armée des cercles sur le Neckar et descendit sur le Danube. Tallard, au lieu de marcher à sa suite, s'empara de Brisach et voulut reprendre Landau, ce qui laissa à l'ennemi la supériorité sur le Danube.
Heureusement Louis de Bade divisa ses forces ; l'armée des cercles, sous le comte de Styrum, resta en face de Villars, pendant que lui-même, passant le Danube en amont d'Ulm, pénétrait en Bavière et s'emparait d'Augsbourg. Villars et l'électeur réunis, sans se laisser intimider par cette démonstration, culbutèrent l'armée des cercles à Hochstedt (20 septembre 1703) et la rejetèrent sur Nuremberg ; puis ils retournèrent sur le Danube dans le but de couper la retraite à Louis de Bade, qui eut grand'peine à s'échapper en Franconie.