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CHAPITRE III. — DÉFENSE DE LA SUISSE

résoudre que celui d'un système convenable de défense de THelvétie ; il rejette le système de cordon qui consiste à disséminer les troupes tout le long de la frontière, comme étant faible partout et n'ayant pas plus de valeur qu'une ligne de douaniers cherchant à couvrir le pays; il conseille de concentrer l'armée entre la Reuss et l'Aar, d'attendre l'ennemi de pied ferme et de tomber sur ses colonnes à mesure qu'elles débouclient. Mais de quels avantages ne se prive-t-on pas en abandonnant ainsi à ses adversaires, sans coup férir, une foule de passages où jadis une poignée de braves défirent des armées entières ! Ce n'est pas ainsi qu'opéra Masséna, comme nous le verrons ; du reste, en 1799, la protection de la nouvelle République helvétique, qui venait de s'organiser à l'image de la France, nous faisait un devoir de 'ne pas abandonner la moitié des cantons aux ravages et aux vengeances de l'ennemi.

Aujourd'hui, la Suisse, à l'exemple des autres États de l'Europe, veut Organisation organiser sur des bases plus solides la défense de son territoire et étudie prf^efôe* le système de fortification qui lui conviendrait le mieux. Divers projets ont été présentés ; le manque d'argent en fera sans doute ajourner encore pendant longtemps l'exécution. Celui qui semble le plus rationnel consiste à concentrer la défense dans le Jura bernois, à fortifier les débouchés de Soleure, du Hauenstein et du Staffelegg, surtout à occuper très fortement le confluent de l'Aar, de la Reuss et de la Limmat, qui a toujours passé pour un point stratégique de première importance. Cette région serait, en cas de guerre, convoitée par les Allemands comme protection de leur ligne du Rhin, et par les Français comme base d'opérations contre le haut Danube ; les Suisses, en s'y établissant solidement, espèrent ôter aux deux adversaires la tentation d'envahir leur pays. Il est bon d'observer que la France n'aurait aucun intérêt à violer la neutralité de la Suisse dont le territoire est tout à fait excentrique par rapport aux lignes d'invasion les plus directes sur Berlin.

Front ouest ou frontière de France. — La frontière de la France et de la Suisse comprend deux parties distinctes : la frontière de Savoie et la frontière du Jura.

On sait qu'aux termes des traités de 1815, la partie nord de la Savoie est neutre et que les Suisses pourraient l'occuper en cas de guerre, mais il faut observer que cette disposition était prise contre la France et que la Savoie fait aujourd'hui partie intégrante du territoire français, par suite elle est illusoire.

Sur la frontière de Savoie, l'arn^ée fédérale devra simplement sur- Défense do la veiller les sentiers et chemins qui traversent la chaîne frontière du mont frontière

^ de Savoie.

Blanc au lac de Genève, et défendre leurs débouchés sur le haut Rhône.

du Jura.

Rappelons que trois de ces chemins sont praticables aux voitures : celui des Montets et de la Forclaz entre Chamounix et Martigny, celui du col de Morgin entre Abondance et Monthey, enfin la grande route qui longe la rive du lac et qui passe au défilé de Meillerie et à Saint-Gingolph. La position de Saint-Manrice S qui ferme le Valais et où se trouvent des travaux de fortifications, est située entre Martigny et Monthey, c'est-à-dire entre les débouchés des deux premiers chemins ; elle aurait donc un rôle important à jouer en cas d'attaque sur cette frontière. De la position de Pierre-à'Voir, au-dessus de Martigny, les Suisses pourraient enfiler le débouché de la route de la Forclaz et celui du col de Balme. Une fois maître de Saint-Maurice et de la vallée du Rhône entre Martigny et le lac de Genève, le corps français, pouifpénétrer sur le plateau suisse, devrait suivre soit la route qui longe la rive nord du lac par Montreux et Vevey, soit celle d^ Aigle à Château-d'Oex; dans les deux cas il aurait à vaincre de grandes difficultés et rencontrerait les Suisses établis dans de fortes positions. La route qui remonte le Rhône et traverse tout le Valais n'a de débouché sur le plateau suisse que par le Saint-Gothard et la vallée de la Reuss. Défense Le Jura peut être partagé en 3 sections, correspondant à 3 lignes d'opé-

rations différentes.

La !'• section s'étend du Rhône au col de Saint-Cergiies; elle est avantageuse à l'offensive venant de France. La crête du Jura, depuis le fort de VÉduse jusqu^aux Housses, nous appartient et domine toutes les communications qui passent entre la montagne et le lac. Les routes de la vallée du Rhône, de la Faucille et du col de Saint-Cergues suffiraient pour assurer un prompt et facile passage à nos colonnes, et nous permettraient, dès le début d'une guerre, d'isoler Genève, point stratégique important.

La mise en état de défense de Genève serait un travail considérable à cause du grand périmètre que la configuration du sol obligerait d'occuper. Genève entre les mains de nos ennemis, serait le point de départ d'opérations offensives sur Lyon.

La 2* section s'étend de la route de Lausanne à Pontarlier jusqu'à celle de Sienne à Porrentruy. La Suisse est de ce côté à l'abri de toute attaque. Les routes ont en effet à traverser des défilés d'une défense facile et viennent déboucher en face des lacs de Neuchâtel et de Sienne et des marais de la Thiele et de Moraty obstacles insurmontables. L'armée suisse peut occuper trois positions successives : 1^ celle des hauts plateaux, immédiatement en arrière de la frontière ; elle comprend la combe de la Srevine, le plateau des Franches-Montagnes et les têtes des hautes vallées ; 2^ les nombreuses positions d'an*ôt qu'on rencontre dans les cluses du Val Travers, du Val de Ruz et du Val Saint-Imier; 3** la ligne des lacs et des marais de la Thiele.

l. Consulter la carte 6.

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