TUNISIE
cinée dans les hautes plaines numides. Son Atlas continue l'Atlas constantinien, ses plateaux les plateaux de Constantine ; sa grande rivière, la Medjerda, l'ancien Bagradas, a son cours supérieur en Numidie et passe, avant d'entrer sur le territoire de Tunis, au pied de la ville française de Souk-Harras. Seulement) la province de Constantine est la haute terre, la Tunisie le pays bas, plus chaud, plus fécond, mais comme tel destiné à nourrir des populations moins vivaces. On s'amollit vite sous ce ciel plus clément encore et plus illuminé que le ciel napolitain. Les guerriers vigoureux qui ont laissé leur nom au pillage coûte que coûte et à la destruction insensée, les Vandales, s'affaiblirent si rapidement sur ce bénin rivage, ils y perdirent si bien le ressort et la ténacité que, moins de cent ans après leur arrivée en armes dans l'Afrique du Nord, Bélisaire en eut raison avec quelques milliers de soldats du Bas- Empire. 11 y a plus d'énergie sur les plateaux numides, dans la patrie de Massinissa et de Jugurtha.
Après l'influence algérienne, l'influence de l'Italie pèse plus que toute autre sur cette côte. L'Italie serre de près Tunis» et des caps septentrionaux de la Tunisie, de Bizerte et du cap Bon, on peut, par de très-beaux jours, distinguer dans le bleu du nord les caps sardes et siciliens les plus avancés vers le sud. Les Italiens de l'ancien royaume de Naples, les Siciliens, les Maltais, ces brocanteurs intrépides auxquels leur patois arabe rend le séjour facile en Berbérie, ce sont là les Européens qui prédominent dans la capitale et dans les ports de commerce. Les Français viennent ensuite.
On ne connaît guère l'Atlas tunisien; la hauteur de ses pics ne dépasse point et peut-être n'atteint pas celle de l'Atlas d'Algérie (2,000 à 2,o00 mètres). A part les diiïérences provoquées par l'altitude moindre du sol, le climat, le régime des pluies les produits sont ceux de l'Afrique française orientale.
Nul document précis ne nous renseigne sur la force respective des deux grands éléments de la population, les Berbères elles Arabes (et les métis où l'emporte l'un ou l'autre sang). Comme dans le reste de la région, les Arabes ont surtout la plaine et le pûlurage, la terre du cheval, du brillant cavalier, du berger contemplatif. Les Berbères, probablement moin^
nombreux, ont gardé la montagne, le pays rude, les gorges, la terre du piélon et du travailleur. Il y a beaucoup de Juifs dans la capitale, beaucoup d'Kuropéens aussi, et leur nombre augmente. On parle arabe dans tout le pays. L'islamisme y règne.
Tunis passe pour renfermer 150,000 Ames; il est prudent de ne lui en laisser que 80,000. Elle s'étale en amphithéAlre sur une vaste lagune, communiquant avec la Méditerranée par le canal prés duquel s'ouvre le port de la Goulette. Entre la mer et la lagune, il reste de Carlhage quelques tronçons de murailles dispersés dans de pauvres villages.
Prés du lillornl, dans le golfe de la petile Syrte, deux îles tunisiennes sortent des flots; ce sont Kerkeni ol Djerba : dans les anses de Djerba, la Méditerrané(\ qui généralement n'a ni flux ni reflux appréciables, se gonfle, à l'équinoxe, en marées de trois mètres.